Résistance Identitaire Européenne

La guerre a commencé !

L’islamisme vient de déclarer une guerre sans merci aux croisés de l’Occident : « Tuez les mécréants partout où vous le pourrez, notamment les « sales et méchants Français ».Nous voici avertis. Le Quai d’Orsay vient de publier une liste de trente pays où les Français ne sont plus en sécurité : la totalité du Sahel, du Maghreb, du Mashrek et du Moyen-Orient : adieu soleil de Djerba et pyramides d’Egypte ! La décapitation d’Eric Gourdel n’est qu’un avertissement.


Mais les Français ne sont pas non plus en sûreté chez eux, dans leur pays qui compte maintenant au moins sept millions de musulmans (plus de trente en Europe) et où reviendront bientôt quelques milliers de fous de Dieu, dont quelques centaines de fauves lâchés dans nos rues. Et où « l’islam de France », représenté par les faux-culs que sont Dalil Boubakeur, le recteur de la mosquée de Paris, Hassen Chalghoumi, l’imam de la mosquée de Drancy, et le leader des Frères musulmans, Tariq Ramadan, n’est qu’une pilule destinée à nous endormir. Ne nous voilons pas la face : l’immense majorité des musulmans de France soutient tacitement les actions des islamistes (où sont leurs grandes manifestations de réprobation ?). Comme pendant la guerre d’Algérie, ils ne tarderont pas à hurler avec les loups, par solidarité ethnico-religieuse.


Quel gâchis ! Voici le prix à payer pour une politique occidentale calamiteuse à l’égard du monde arabo-musulman depuis un siècle. Tout remonte aux manigances judéo-américaines qui ont abouti à la déclaration Balfour de 1915 et à la promesse de la création d’un foyer juif en Palestine. Depuis 1948, les élites par judéophilie et les masses par arabophobie ont soutenu, en toutes circonstances, l’action criminelle d’Israël et de son allié anglo-saxon : nettoyage ethnique des Palestiniens en 1948, opération de Suez en 1956, guerre des Six Jours en 1967, guerre du Kippour en 1973, destruction du Liban à de multiples reprises, invasion de l’Irak en 1991, élimination de Saddam Hussein en 2003, puis de Kadhafi en 2011, manigances contre Bachar el-Assad, blocus inhumain de Gaza…


Les Occidentaux ont détruit l’Irak, la Libye, le Soudan, la Somalie, le Yémen, la Syrie et l’Afghanistan. Ils ont dressé les sunnites contre les chiites, fabriqué les talibans, fermé les yeux sur les agissements de leurs « amis » saoudiens, qataris et turcs qui finançaient et armaient les égorgeurs. A cette désastreuse politique d’intrusion dans le monde musulman, ils ont ajouté un crime encore plus grand : l’introduction en Europe par l’immigration « librement consentie » de dizaines de millions de croyants en Allah, véritable cinquième colonne de la reconquête islamique. Ce sont les Occidentaux qui ont rallumé cette « guerre des mille ans ».


L’incendie se propage partout, dans le Sud du Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye, en Egypte, au Mali, au Niger, au Nigeria, en Centrafrique, au Soudan, en Somalie, au Yémen, en Irak, en Syrie, au Liban, en Afghanistan, au Pakistan… Les pompiers pyromanes ne savent plus où donner de la tête.


Les nôtres minaudent encore, tenant des discours aussi mensongers qu’incohérents, comme Hollande ou Lévy : « Si on avait bombardé Bachar al-Assad, il y a un an, ce ne serait pas arrivé… ». Sans parler de Fabius qui ne veut pas parler d’Etat islamique, mais de Daesh, pour ne pas froisser nos musulmans à nous. Pauvres imbéciles ! Les Américains, plus pragmatiques, ont compris ; comme disait Bush : « Qui n’est pas avec nous est contre nous » C’est avec l’accord secret de Bachar al-Assad qu’ils bombardent l’EI en Syrie. Ils ont aussi placé devant leurs responsabilités les Saoudiens et les Qataris, dépassés par le Golem qu’ils ont créé.


Mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir : la réconciliation avec l’Iran et avec la Russie, par exemple, deux partenaires indispensables dans cette guerre impitoyable. Le prix à payer sera probablement le nucléaire militaire pour le premier et l’Ukraine pour le second. Car les Occidentaux doivent cesser de se mentir. Notre ennemi, ce n’est pas la Syrie de Bachar al-Assad, la Russie de Poutine ou l’Iran des mollahs, comme ne l’étaient ni la Libye de Kadhafi ou l’Irak de Saddam Hussein ; aucun d’entre eux ne voulait ou ne veut nous faire la guerre. Notre ennemi, ce sont les sunnites fanatiques qui veulent la mort des infidèles que nous sommes, les salafistes, les wahabbites et les Frères musulmans soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Voici nos vrais ennemis !


Mettons-nous quelques instants dans la peau des djihadistes. Une action même pas coordonnée mais simultanée, visant la France par l’exécution d’une trentaine d’otages à travers le monde et l’explosion de quelques bombes bien meurtrières dans les grandes métropoles du pays, aurait raison de la République. Voici ce à quoi nous sommes arrivés par le biais d’une politique uniquement motivée par le soutien à Israël et l’accaparement de la manne pétrolière : un gigantesque bordel nous attend, y compris chez nous, contre lequel nos bombes atomiques et nos porte-avions ne servent à rien.


Alain CAGNAT

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Les jihadistes progressent en Irak

Jeudi 12 juin, des islamistes membres du groupe jihadiste de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont pris le contrôle de la ville de Tikrit, chef-lieu de la province de Salaheddine, en Irak. Mossoul, la deuxième ville du pays, est déjà tombée entre leurs mains. Ils projettent d'attaquer ensuite Samarra. La route Vers la capitale Bagdad s'ouvre inéxorablement. Lors de cette progression vers le sud du pays, les islamistes ont libéré plus de 300 prisonniers. Ce qui ne peut que renforcer leurs troupes et leur emprise sur cette région.
Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), cette insurrection a poussé plus de 500 000 personnes à l'exode dans la région de Mossoul. Les Irakiens peuvent remercier les Etats-Unis d'avoir apporté la Démocratie et les Droits de l'Homme. Il est vrai que depuis leur immonde déclaration de guerre en 2003, l'Irak est devenu un pays pacifié où il fait si bon vivre... Les attentats pratiquement quotidiens et le développement des groupes islamistes ne sont que les conséquences de l'invasion américaine. Si le pays a sombré dans un tel chaos, il ne faut pas chercher bien loin les responsables : merci qui ? Merci les Yankees !

 

Yann

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Libye : un an plus tard

En ce premier anniversaire de l’ « insurrection libyenne », et alors qu’une « résistance verte » dont il est difficile d’évaluer la force réelle, semble être en mesure d’opérer sur la totalité du territoire, la Libye apparaît comme étant coupée en trois :

 

La Cyrénaïque n’accepte pas les décisions prises depuis Tripoli par le CNT. De plus, et les journalistes ne l’ont naturellement pas vu, les tensions y sont fortes entre les islamistes fondamentalistes et les membres des confréries soufies dont le poids régional est important. Les premiers pourchassent les seconds en les traitant d’hérétiques et des heurts se sont récemment produits lors des processions traditionnelles. Les fondamentalistes ont commis l’irréparable le 13 janvier, à Benghazi, quand ils ont passé un cimetière au bulldozer et profané une trentaine de tombes de saints - les marabouts du Maghreb -, dont ils ont dispersé les ossements. Pour eux, les rassemblements autour de leurs tombeaux, l’équivalent des moussem du Maroc, ne sont rien d’autre que de l’idolâtrie, donc du paganisme.

 

Le sud de la Libye a éclaté en deux zones qui, toutes deux, échappent totalement au CNT. Celle de l’ouest, peuplée par des Touaregs constitue la base arrière de l’insurrection qui embrase le nord du Mali depuis le mois de janvier dernier. Dans le centre/sud/est, des combats ont éclaté entre Toubou et Arabes. Comme il est peu probable que les ombrageux toubou du Tchad laissent leurs frères du Nord se faire massacrer sans réagir, un autre front risque donc de s’ouvrir avec tous les risques de contagion qui en découleraient.

 

La Tripolitaine est quant à elle coupée en quatre :

 

- Misrata est aux mains de milices gangsgtéro-fondamentalistes unanimement détestées. Ce furent leurs membres qui massacrèrent le colonel Kadhafi et qui tranchèrent les mains de son fils.

- Au Sud, la tribu des Warfalla qui, à elle seule totalise environ 30% de la population de la région, refuse de reconnaître l’autorité du CNT.

- Tripoli est sous le contrôle de milices rivales qui n’obéissent qu’à leurs chefs respectifs, le président du CNT, M. Mustapha Abd el-Jalil, étant quant à lui totalement impuissant.

- Pour le moment, les seules forces « solides » sont les milices berbères de Zentan et du jebel Nefusa. Celle de Zentan est composée de Berbères arabophones, cousins de ces Berbères berbérophones dont le centre est la ville de Zouara et qui peuplent une partie du jebel Nefusa autour de Nalout et de Yafran. Pour mémoire, les berbérophones -et non tous les Berbères-, totalisent +- 10% de la population libyenne, mais comme ils vivent à plus de 90% en Tripolitaine, ramenée à cette seule région, ils y sont +- 20%.

 

Les miliciens de Zentan qui détiennent Seif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi, jouent pour le moment une subtile partie de poker menteur. Pour tenter d’y voir clair il faut avoir à l’esprit que :

 

1) Les berbérophones savent que le CNT suivra une politique arabo-islamique niant leur spécificité et qu’ils n’ont donc rien à attendre de lui.

2) Les Berbères arabophones de Zentan n’ont rien obtenu de tangible du CNT et, pour le moment, ils refusent donc de coopérer avec lui.

3) Les Warfalla ainsi que la tribu du colonel Kadhafi, adversaires naturels du CNT, sont en attente.

 

Si ces trois forces qui représentent ensemble +- 70% de la population de la Tripolitaine, s’unissaient, elles en prendraient facilement le contrôle. Or, avec Seif al-Islam, les Zentaniens ont dans leur jeu une carte maîtresse, ce dernier étant en mesure de leur apporter l’appui outre des Warfalla et des Kadhafa, celui également des Touaregs et des Toubous. Le seul problème est que la justice internationale a émis contre lui un mandat d’arrêt.

C’est autour de ces données complexes et mouvantes qu’un âpre et discret marchandage a lieu en ce moment en Libye. A suivre…[1][1]

 

Bernard Lugan

18/02/2012



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La crise libyenne, aspiration démocratique ou éclatement des alliances tribales ?

La crise libyenne, aspiration démocratique ou éclatement des alliances tribales ?

 

 

Personne ne regrettera le satrape libyen responsable de multiples attentats, de nombreux crimes et de la déstabilisation de régions entières de l’Afrique. Ceci étant, laissons l’émotionnel aux amateurs de superficiel et les pamoisons aux journalistes, pour ne nous intéresser qu’au réel. La fin de Kadhafi qui risque d’avoir des conséquences dont nous sommes loin de mesurer l’ampleur est en effet moins une aspiration démocratique populaire que la manifestation de l’éclatement de l’alchimie tribale sur laquelle reposait son pouvoir.

 

A la différence de la Tunisie ou de l’Egypte, la Libye dont plus de 90% du territoire est désertique, n’est en effet pas un Etat, mais un conglomérat de plus de 150 tribus divisées en sous tribus et en clans. Ces ensembles ont des alliances traditionnelles et mouvantes au sein des trois régions composant le pays, à savoir la Tripolitaine avec la ville de Tripoli qui regarde vers Tunis, la Cyrénaïque dont la capitale est Benghazi et qui est tournée vers Le Caire et le Fezzan dont la principale ville est Sebba et qui plonge vers le bassin du Tchad et la boucle du Niger.

De l’indépendance de la Libye en 1951 jusqu’au coup d’Etat qui porta le colonel Kadhafi au pouvoir en 1969, la Libye fut une monarchie dirigée par les tribus de Cyrénaïque. Membre d’une petite tribu chamelière bédouine, le colonel Kadhafi fut porté au pouvoir par une junte militaire multi tribale mais dans laquelle dominaient les deux principales tribus de Libye, celle des Warfallah de Cyrénaïque et celle des  Meghara de Tripolitaine. La plupart des tribus de Cyrénaïque demeurant attachées à la monarchie, le colonel Kadhafi réussit un grand coup politique en épousant une fille du clan des Firkeche membre de la tribu royale des Barasa, ce qui lui assura le ralliement de la Cyrénaïque rebelle.

Or, aujourd’hui, c’est tout son système d’alliance avec la Cyrénaïque qui a volé en éclats. La date clé du délitement tribal du système Kadhafi est 1993 quand  un coup d’Etat des Warfallah fut noyé dans le sang. Les haines furent ensuite tues tant la terreur imposée par le régime fut forte, mais les tribus de  Cyrénaïque n’attendaient qu’une occasion pour se révolter et elle se présenta  durant le mois de février 2011. Elles s’emparèrent alors de la région et arborèrent le drapeau de l’ancienne monarchie.

Kadhafi  avait certes perdu la Cyrénaïque, comme les Turcs et les Italiens avant lui, mais il lui restait la Tripolitaine et le Fezzan. Dans ces deux régions, le régime avait également constitué de subtiles alliances tribales. Au moment où ces lignes sont écrites, à savoir le 27 février 2011, certaines tribus ont ainsi quitté le camp Kadhafi, mais les grandes solidarités demeurent, même si elles sont chancelantes.

A court terme, le principal danger qui menace le colonel Kadhafi n’est pas la Cyrénaïque séparée par plus de 1000 km de désert de la ville de Tripoli ; ce n’est pas non plus la surréaliste armée libyenne et encore moins les volontaires que l’on voit parader dans les rues de Benghazi ou de Tobrouk. Tout est en effet suspendu au choix que vont faire les chefs de la tribu guerrière des Megahra qui domine en Tripolitaine. Longtemps alliée à celle de Kadhafi, les Khadîdja, elle donna un temps le numéro 2 du régime en la personne du commandant Abdeslam Jalloud avant sa disgrâce de 1993 quand il fut suspecté d’avoir noué des liens avec les putschistes warfallah. Si les Megahra demeurent loyaux ou même neutres, Kadhafi se maintiendra un temps encore au pouvoir sur une partie du pays. Dans le cas contraire, il se trouvera alors véritablement en difficulté et contraint de se replier sur sa seule tribu laquelle n’est forte que de 150 000 membres.

Si les Meghara abandonnaient Kadhafi, cela voudrait dire qu’ils ont l’intention de s’emparer du pouvoir et la Libye serait coupée en deux, la Tripolitaine et la Cyrénaïque se trouvant  dominées par les alliances tribales constituées autour des Warfallah et des Meghara. La question qui se poserait alors serait celle de la survie de l’Etat libyen.

Ces deux ensembles se combattront-ils ou bien se partageront-ils le pouvoir dans un cadre fédéral ou confédéral ? Nous l’ignorons, mais le danger est de voir apparaître une situation de guerres tribales et claniques comme en Somalie. Elles pourraient être suivies d’un éclatement en plusieurs régions, ce qui ouvrirait un espace inespéré pour  Aqmi qui prospérerait au milieu du chaos avec en plus, dans le sud du pays, une dissidence toubou qui aurait des répercussions au Tchad, et des initiatives touareg auxquelles pourraient s’adosser l’irrédentisme touareg du Mali et du Niger ; sans parler, naturellement des conséquences pétrolières qu’aurait un tel conflit.

 

Bernard Lugan

 

27 février 2011

 

www.bernard-lugan.com

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De Sarajevo (1914) à sarajevo (2009) en passant par Sarajevo (1993)

De Sarajevo (1914) à Sarajevo (2009) en passant par Sarajevo (1993)

 

 

 

 

Mon premier mouvement aurait plutôt intitulé cette chronique en paraphrasant la suite des Trois mousquetaires : "20 ans après". Les guerres de Yougoslavie nous paraissent achevées, faute du moignon de la moindre structure géographique se référant encore elles-mêmes à cette appellation. Il pourrait donc se révéler nécessaire sinon profitable d’en faire désormais sereinement le bilan. Ne serait-ce que pour conjurer l’hypothèse d’un retour de ce cauchemar, certaines braises incandescentes couvant encore sous la cendre.

 

Hasardeux, dans un tel exercice, que de prétendre totalement à l’objectivité. Les voix de la vérité clament en général moins passionnément que celles de la tribu. La France a toujours prétendu intervenir, et n'a jamais hésité à verser le sang de ses soldats dans le sud-est européen. Or, relativement à cette région du monde, on éprouve la plus grande difficulté à trouver rationnelle sinon la patrie de Descartes dans son ensemble, du moins la conduite de ses dirigeants et diplomates. Ce pays dans lequel j’ai grandi, que j’aime profondément et que je persiste, sans joie mais avec discipline, à alimenter de mes contributions fiscales, mon pays par conséquent, croit avoir inventé le système métrique. On peut se rendre au pavillon de Breteuil à Sèvres où se trouve un bon vieux mètre étalon en alliage de platine et d’irridium, qui régna sur les définitions scientifiques de 1889 à 1960. Or nous reconnaissons pour gouvernants, souvent d’arrogants et inutiles énarques, des gens qui ne savent mesurer ni l’enjeu ni les conséquences des conflits aux lisières de l'Europe et de la Turquie. Ils se révèlent incapables d’évaluer, ici plus qu’ailleurs, et plus dangereusement que partout dans le monde, car menaçant nos propres cités : le poids du péril islamiste, de la pression turque et du passé ottoman.

 

Aujourd’hui par conséquent, nous pouvons, nous devons établir le bilan de la catastrophe qui s’est produite ces 20 dernières années sur les lieux d’apparition de la première guerre mondiale, lieux de rivalités séculaires et mortifères entre le germanisme et le slavisme, mais également d’intrigues permanentes de Londres, de Paris, de Vienne ou de Venise.

La pseudo fédération, organisée en 1949 par l’aventurier trotskiste Tito sur la base d’un maillage pervers de 6 soi-disant républiques et 2 régions prétendument autonomes, ne pouvait durer.

Elle survécut chaotiquement quelques années à la mort du dictateur. Une certaine doctrine Badinter de 1991 crut pouvoir ériger en sujets de droit international les parts de ce découpage artificiel. Au bout du compte, sont apparues, à ce jour, 7 nouvelles petites entités étatiques dont 2 d'ores et déjà gouvernées par des musulmans.

 

Rassurerais-je les profiteurs de tous les conflits en rappelant que d’autres pourront leur permettre de vendre des avions ou des kalachnikov ? Restent encore à partager les 3 composantes de la fragile Bosnie-Herzégovine, issue des accords de Dayton de 1996, dont on juge actuellement à La Haye l’un des signataires. Plus tard on pourra d'ailleurs imaginer encore de dépecer les territoires hongrois de la Voïvodine, juridiquement de même statut que l’ancienne région autonome du Kossovo-Metohidja, dont on a proclamé l'indépendance, l’appellation de Kosmet étant oubliée, mais aussi la zone de peuplement turc dite sandjak de Novi-Pazar, et encore la province de Tetovo en Macédoslavie.

 

Que d’inextricables complications en perspective !

 

Que de belles occasions pour les souverainistes de notre Hexagone ! Cela leur permettra de ricaner grassement des impuissances bruxelloises et strasbourgeoises, auxquelles ils émargent confortablement eux-mêmes. Et le si péremptoire général Gallois dénoncera jusqu’à son dernier souffle la faute, dans toutes ces affaires, des méchants Allemands, en espérant trouver, enfin, des clients pour le "meilleur avion du monde", Serge Dassault dixit, mais qu’aucune armée du monde n’a encore acheté. Le monsieur te dit : c’est la faute aux Allemands. Peut-être même pourra-t-on soupçonner celle des Luxembourgeois. Va savoir avec tous ces paradis fiscaux.

Faut-il applaudir à ce bilan, le juger comme très positif pour l’idée européenne ? Qu’on me permette de ne pas le considérer tout à fait.

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui précisément après plus de douze années de fonctionnement occulté la fédération croato-musulmane de Bosnie-Herzégovine semble à la veille d’exploser. La joyeuse petite supportrice de la photo fêtait à Mostar, en juin 2008 la victoire, sportive donc pacifique de la Turquie sur la Croatie. Des dizaines de blessés furent quand même hospitalisés à la suite des incidents qui en résultèrent.

 

Aujourd’hui dans la même région, les musulmans de Bosnie après s’être alliés aux (gentils) catholiques croates pour éliminer les (méchants) Serbes orthodoxes humilient de plus en plus, et marginalisent leurs alliés d'hier.
 

 

Le discours islamiste de Bosnie accorde une grande place à un passé plus ancien, celui du paradis ottoman, et se réjouissent à l'idée de son retour. Le nationalisme bosniaque trouve même ses fondements dans une curieuse thèse historique. Il existerait, nous assure-t-on, une continuité entre l’hérésie dualiste des bogomiles du Moyen Âge, celle qui donna naissance au catharisme occitan, et le ralliement au conquérant turc. Par cela, on entend souligner que les descendants de ces Européens devenus musulmans détiendraient, sur la Bosnie, une sorte de droit primordial exclusif de celui des Serbes et des Croates, tournés vers Belgrade et Zagreb. Qu'on puisse les considérer comme des traîtres à l'Europe, eux qui se tournent vers Ankara ou La Mecque, voilà au contraire une pensée impie, unzeitgemässig, intempestive. Étrangement, on cite un certain nombre de dignitaires islamiques qui se sont ralliés à cette théorie, sans peut-être mesurer combien elle devrait résonner faux du point de vue de leur propre religion : citons le chef spirituel des musulmans de Bosnie, le "Reis-ul-Ulema", Mustafa efendi Ceric, mais également le mufti de Mostar Seid efendi Smajkic ou le représentant de l'ancienne "Narodna uzdanica" , disparue en 1945, réapparue sous le nom de "Preporod" , le professeur Munib Maglajlic.

 

D'autres se tournent plus explicitement encore vers l'avenir radieux par la voix de Dzemaludin Latic appelant à la révolution culturelle bosniaque  et proclamant Sarajevo capitale religieuse et culturelle de tous les musulmans des Balkans et d’Europe :

 

"la culture ottomane est en train de renaître dans toute sa splendeur et son élan, comme un soleil lors d’un jour nuageux, sur le continent européen. Quand aura-t-on un État puissant et ordonné, notre propre système musulman des médias, notre foyer bosniaque, pour cesser de trembler devant les bottes et les tanks étrangers ?"


Sa réponse et son espoir se fondent sur "la revitalisation de la civilisation islamique et ottomane" et sur la perspective "qu’après l’adhésion de la Turquie et des Balkans à l’Union européenne, un habitant sur trois de cette Union sera musulman."

 

D'autres enfin se rallient au wahhabisme importé d'Arabie saoudite et financé par elle.

Le 19 mars dernier la protestation des Croates contre cette pression de plus en plus arrogante passait à un nouveau stade par la voix d'un certain nombre de mouvements croates l’association Un gouvernement alternatif et l’ONG Croatia Libertas qui ont choisi Leo Plockinic pour leur porte parole :

 

"Le sort des Croates est le pire des trois groupes principaux de Bosnie et ils sont soumis à l’assimilation par la majorité musulmane. L’un des problèmes les plus importants en Bosnie est la fusion de la politique bosniaque et de l’islam, qui transforme la Bosnie en État gouverné par la charia. En Bosnie-Herzégovine et à Sarajevo, l’islamisation est mise en œuvre à pleine vitesse, et cela nuit aux Croates et aux Serbes, ainsi qu’à la demande d’accession du pays à l’Union européenne."


Rappelons qu’en 1913 le régime autrichien en vigueur à Sarajevo organisait les nationalités sur la base des confessions religieuses. Or il ne recensait dans ce pays qu’une petite minorité de confession mahométane, etc.

 

Faut-il se satisfaire, à près de 15 ans de retard sur l’encyclique Ut unum sint de Jean-Paul II de 1995 des progrès de l’unité chrétienne ?

 

Ne mélangeons pas tout direz-vous, l’Europe et le christianisme.

 

Je me demande au contraire si l’Europe n’a pas d’abord à se réconcilier avec sa propre histoire et avec des conflits idéologiques dont la trace remonte à l’apparition de l’Utopie étatiste au XVIe siècle, puis à cette catastrophe qu'on appelle la Guerre de Trente ans, et aux alliances que, pour des raisons de rivalités intérieures à notre propre civilisation certains hommes d’État en position de faiblesse et de trahison sont allés chercher auprès de l’ennemi commun.

Ainsi l’Espagne fut-elle livrée à ses conquérants de 711, qui l’occupèrent huit siècles. Ainsi s’apprête-t-on à faire de même dans le sud est européen plateforme pour la conquête et l'asservissement de nos capitales.


JG Malliarakis


Source : http://www.insolent.fr

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Karl Haushofer (1869-1946)

Les maîtres de la Géopolitique contemporaine :

Karl Haushofer (1869-1946)



Né le 27 août 1869 à Munich, Karl Haushofer choisit la carrière militaire dès 1887. Officier d'artillerie dans l'armée bavaroise en 1890, il épouse le 8 juillet 1896, Martha Mayer-Doss, issue d'une famille d'origine israëlite de Munich. Elle lui donnera deux fils, Albrecht (né en 1903) et Heinz (né en 1906). Gravissant rapidement tous les échelons de la hiérarchie militaire, Haushofer devient professeur à l'Académie de guerre en 1904. En octobre 1908, il est envoyé au Japon pour y organiser l'armée impériale. Il rencontre en Inde Lord Kitchener, qui lui prédit que tout affrontement entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne coûtera aux deux puissances leurs positions dans le Pacifique au profit des Etats-Unis et du Japon; remarque prophétique que Haushofer retiendra toujours, surtout quand il élaborera ses thèses sur l'aire pacifique. Après son long périple, il est affecté au Régiment d'artillerie de campagne de la 16ième Division japonaise. Le 19 novembre 1909, il est présenté à l'Empereur Mutsuhito (1852-1912), initiateur de l'ère Meiji, et à l'Impératrice Haruko. En retournant en Allemagne, il passe par la Sibérie en empruntant le transsibérien, se rendant compte de visu des immensités continentales de l'Eurasie russe. En 1913, paraît son premier ouvrage destiné au grand public, Dai Nihon (le Grand Japon), bilan de son expérience japonaise qui connaîtra un vif succès. En avril 1913, il commence à suivre les cours de géographie à l'Université de Munich, en vue d'obtenir le titre de docteur qu'il obtiendra de fait sous le patronage du Professeur August von Drygalski.

Mobilisé en 1914, il part d'abord pour le front occidental, où il combattra en Lorraine et en Picardie. En 1915, il est déplacé en Galicie pour revenir rapidement en Alsace et en Champagne. En 1916, il est dans les Carpathes. Il termine la guerre en Alsace. Pendant les hostilités, sa pensée (géo)politique se précise: les historiens anglais Macaulay et Gibbon, le théoricien allemand de la politique Albrecht Roscher lui donnent le cadre où s'inscriront ses réflexions historiques et politiques tandis que Ratzel et Kjellen lui procurent l'armature de sa pensée géographique. Après l'armistice, il est nommé commandeur de la 1ière Brigade d'artillerie bavaroise. Il se réinscrit à l'université, présente une thèse sur les mers intérieures du Japon (17 juillet 1919), est nommé professeur de géographie à Munich et donne son premier cours sur l'anthropogéographie de l'Asie orientale. Il fait la connaissance de Rudolf Hess le 4 avril 1919; une amitié indéfectible liera les deux hommes. En tant que dirigeant national-socialiste, Hess étendra toujours son aile protectrice sur l'épouse de Haushofer, descendante par son père d'une vieille lignée sépharade, et sur ses fils, considérés comme "demi-juifs" après la promulgation des lois de Nuremberg.

Pendant les années 20, Haushofer fonde la célèbre Zeitschrift für Geopolitik (Revue de géopolitique), destinée à donner aux diplomates allemands une conscience pratique des mouvements politiques, économiques et sociaux qui animent le monde. Les plus grands spécialistes des relations internationales y ont collaboré, dès la parution du premier numéro en janvier 1924. Parallèlement à cette activité, il organise une association, le Verein für das Deutschtum im Ausland (Association pour les Allemands de l'étranger), qui se donne pour but de défendre et d'illustrer la culture des minorités allemandes en dehors du Reich. Dès 1923, Haushofer accepte d'organiser les travaux préparatoires à la fondation d'une "Académie allemande", pendant des académies française, italienne et suédoise. Cette académie sera officiellement fondée le 5 mai 1925. En 1927, paraît à Berlin son étude magistrale sur les frontières. Pendant cette décennie, Haushofer rencontre plusieurs personnages importants: Ludendorff, Spengler, les Colonels et diplomates japonais Kashyi, Oshima et Koozuki, l'Amiral Tirpitz, le Général suisse U. Wille, le Cardinal Schulte (Cologne), Konrad Adenauer, Hitler et le Comte Coudenhove-Kalergi, fondateur du concept de "Paneurope".

Ses fils entament une brillante carrière; l'aîné, Albrecht, fait un voyage au Brésil après avoir acquis son titre de docteur en philosophie à Munich. Il sera le secrétaire de son père pendant les travaux préparatoires à la fondation de l'Académie allemande, puis deviendra le secrétaire de la Gesellschaft für Erdkunde (Société de géographie) de Berlin.
Le cadet, Heinz, obtient son diplôme d'ingénieur agronome.

En 1930, Karl Haushofer devient Fellow de l'American Geographical Society. Il effectue de nombreuses tournées de conférences en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Italie et dans les Pays Baltes. Le 10 mars 1933, un commando national-socialiste perquisitionne la maison des Haushofer à la recherche d'armes. Jouissant de la protection de Hess, qui leur accorde une "lettre de protection" le 19 août 1933, Haushofer et ses fils conservent leurs postes universitaires et en acquièrent de nouveaux, malgré les protestations des "enragés" à propos de l'ascendance de leur épouse et mère. Le 11 mars 1934, Haushofer est nommé Président de l'"Académie allemande". Il le restera jusqu'en avril 1937. Au cours de cette décennie marquée par l'hitlérisme, Haushofer rencontre, outre les dignitaires du nouveau régime, dont Hitler lui-même, l'historien Hans Kohn, le maire indépendantiste indien de Calcutta, Subra Chandra Bose, le Premier ministre hongrois Gömbös, l'ambassadeur à Rome Ulrich von Hassell, Monseigneur Hudal, Pie XI, Konrad Henlein, le leader des Allemands des Sudètes, l'ambassadeur du Japon, le Comte Mushakoji, l'Amiral Canaris, le Cardinal Pacelli, etc.

C'est surtout son fils aîné, Albrecht Haushofer, qui occupe une place importante dans la diplomatie allemande à partir de 1935. Cette année-là, de février à décembre, Albrecht effectue, pour le compte de la diplomatie allemande, six voyages en Angleterre. Il y retourne l'année suivante. En 1936 toujours, il est envoyé pour une "mission secrète" à Prague et rencontre Benes. En 1937, il est aux Etats-Unis et au Japon.

Quand la guerre éclate, Haushofer entre dans une profonde dépression: il avait voulu l'éviter. Mais le sort de la famille est scellé quand Hess s'envole vers l'Angleterre en mai 1941. Albrecht est arrêté à Berlin et Karl Haushofer est convoqué à la Gestapo. En 1944, après l'attentat manqué du 20 juillet contre Hitler, la Gestapo perquisitionne la maison du géopoliticien et l'interne à Dachau. Albrecht Haushofer entre dans la clandestinité et n'est arrêté qu'en décembre. Heinz, le cadet, est enfermé à la prison de Moabit à Berlin avec sa femme. Le 22 ou le 23 avril 1945, un commando exécute Albrecht d'une balle dans la nuque. Heinz est libéré.

Après l'effondrement du IIIième Reich, Haushofer est interrogé par des officiers américains, parmi lesquels le Professeur Walsh qui tente de le protéger. Le 21 novembre 1945, un décret des autorités d'occupation américaines lui retire son titre de professeur honoraire et ses droits à une pension. Déprimés, Martha et Karl Haushofer se suicident le 10 mars 1946.

La géopolitique de Haushofer était essentiellement anti-impérialiste, dans le sens où elle s'opposait aux menées conquérantes des puissances thalassocratiques anglo-saxonnes. Ces dernières empêchaient le déploiement harmonieux des peuples qu'elles soumettaient et divisaient inutilement les continents. Séduit par les idées panasiatiques et paneuropéennes (Coudenhove-Kalergi), Haushofer entendait dépasser les nationalismes et voulait contribuer, par ses écrits, à l'émergence de "grands espaces continentaux" formés de nations solidaires. Ensuite, il a souhaité la collaboration des Européens, des Russes et des Japonais dans une grande alliance eurasienne, fermée aux influences anglaises et américaines.

Les frontières et leur signification géographique et politique
(Grenzen in ihrer geographischen und politischen Bedeutung)   1927

Dans cette étude générale sur le phénomène historique/géographique des frontières, Haushofer exhorte ses compatriotes à avoir enfin une idée claire et vivante de ce que sont leurs frontières. Une conscience concrète, quasi instinctuelle, des frontières s'impose tout naturellement chez les peuples forts contre l'absence de formes territoriales qu'impliquent les idéologies cosmopolites, abstraites et ignorant les facteurs temps et espace. Concrètes, les frontières sont des faits biogéographiques qui font craquer les corsets juridiques où l'on veut enfermer les flux vivants. Les corsets juridiques, qui correspondent peut-être à des frontières anciennes, sont des résidus, devenus au fil des temps hostiles à la Vie. Haushofer déduit sa théorie des frontières des ¦uvres de Ratzel, Penck, Sieger, Volz et des protagonistes des écoles anglaise (Holdich, Curzon, Fawcett, Lyde) et française (E. Ténot). Sir Thomas Holdich est celui qui, aux yeux de Haushofer, a su au mieux théoriser l'art de faire des frontières justes et durables. La mer ne sépare pas mais unit, dans le sens où le littoral opposé attire toujours, attirance qui provoque la communication.

Les frontières biologiquement justes sont celles qui sont pensées, conçues et tracées au départ d'une approche pluridisciplinaire et non strictement juridique. L'approche pluridisciplinaire scientifique permet de concevoir et de tracer des frontières stables, capables d'épouser les flux du réel et de changer le cas échéant. Sans conception vivante des frontières, certains peuples, notamment ceux qui n'ont pas de colonies, donc pas de réserves territoriales, sont contraints, parfois, de recourir à la limitation des naissances de façon à maintenir constant le chiffre de leur population. Haushofer dénonce l'égoïsme des nations colonialistes qui condamnent à la régression voire à la disparition les peuples qui n'ont pas quitté leur aire de sédentarisation première. Cette inégalité des peuples en matière d'espace est une injustice et, partant, il faut concevoir, désormais, les frontières dans un esprit évolutionnaire et non plus statique/juridique. Haushofer classe les différents types de frontières (frontières naturelles, frontières qui sont les résultats d'un équilibre diplomatique, frontières défensives, fluviales, littorales, etc.), insistant, dans le sillage du géographe français Eugène Ténot, sur les frontières démembrées, permettant la pénétration militaire du territoire du voisin hostile. La France et l'Allemagne, sans le glacis alsacien-lorrain, ont des frontières démembrées. Haushofer critique les volontés (notamment la volonté française, héritée de César) de vouloir établir des frontières durables le long de fleuves: les fleuves, comme les mers, unissent et ne divisent pas. Une étude objective et géopolitique des frontières est utile pour tous les hommes politiques, quelque soit leur appartenance idéologique.

Géopolitique des idées continentalistes
(Geopolitik der Pan-Ideen)  1931

Au début des années 30, Haushofer se fait l'avocat des idées cherchant à promouvoir de grands rassemblements continentaux, dépassant l'étroitesse territoriale et économique des Etats de type classique. En dimensions, seuls les empires mongols, unificateurs de la masse continentale eurasienne, ont déjà réalisé, avant la lettre, une Panidee. En 1900, le continent australien est unifié en un seul Etat mais sans son complément insulaire, la Nouvelle-Zélande. L'idée panafricaine repose sur une volonté d'émancipation raciale. L'idée panaméricaine s'est donné au début du siècle des structures juridiques (Doctrine de Monroe de 1823, assemblées régulières des Etats américains, fondation d'un Bureau panaméricain). La Paneurope n'est restée qu'un rêve. L'histoire a également connu des Panideen "circum-marines", comme Rome et l'Islam en Méditerranée. L'Empire britannique est "circum-marin" dans l'Océan Indien. Les Etats-Unis, d'une part, le Japon, d'autre part, tentent d'unifier sous leur égide toutes les rives du Pacifique. Spécialiste des questions nippones et du Pacifique, Haushofer insiste beaucoup sur les synergies à l'oeuvre sur le pourtour et dans les eaux de cette immensité océanique. L'idée panpacifique est vieille de 400 ans: Nunez de Balboa, en 1513, la revendique pour la Couronne d'Espagne. Sir Francis Drake relèvera le défi en 1578, réduisant à néant cette prétention. Les Américains prendront le relais des Espagnols au XIXième siècle, après que le Japon ait renoncé à peupler la Micronésie, que la Russie ait abandonné l'Alaska et la Mer de Bering et que l'alliance tacite entre Russes et Espagnols pour contenir la puissance américaine ait fléchi. Le Pacific Institute d'Honolulu jette désormais les bases d'une administration américaine de la plus grande zone océanique du globe. Pour Haushofer, l'organisation d'un tel empire circum-marin est l'idée politique la plus grandiose de l'histoire. Mais elle scelle en même temps le destin du Japon qui, pour avoir négligé le peuplement de la Micronésie, est arrivé trop tard dans la course et devra s'opposer aux Etats-Unis pour acquérir de la liberté de mouvement.

Les idées pan-pacifiques et panaméricaines sont évolutionnaires, tandis que les idées panasiatiques sont révolutionnaires et portées par les mouvements communistes russes ou indépendantistes chinois (Sun Ya-Tsen) et indiens (B.K. Sarkar; Rabindranath Tagore).

L'organisation sur le long terme d'idées circum-marines n'a pas été possible dans l'antiquité parce que les techniques de communications étaient insuffisantes. Alexandre n'a pu maintenir son empire car il n'a pu absorber l'espace sarmato-scythique, peuplé de nomades rebelles à toute tentative d'organisation.

Quant à l'idée eurasienne, elle se subdivise en deux courants: le courant grand-eurasien, où l'Europe est considéré comme une simple péninsule de la grande masse territoriale qu'est l'Eurasie, et le courant petit-eurasien, né en Russie, qui souhaite simplement détourner le regard de la Russie de l'Occident et diriger les flux d'énergie russe vers l'Est. Il est impossible de tracer une frontière nette et définitive entre l'Europe et l'Asie, puisque l'immense territoire s'étendant de la Mandchourie aux Carpathes, route des migrations, forme une unité indivisible. Haushofer rejoint en quelque sorte les Eurasiens russes (Nicolas S. Timachev et N. de Boubnov), soulignant avec eux que l'espace ukraino-polonais est une zone de transition et d'affrontement entre la Russie à fondement sarmate et l'Europe à fondement germano-romain. L'Eurasie des théoriciens "eurasiens" russes correspond en ultime instance à l'espace que Mackinder appelait le "pivot central de l'histoire". Les "Eurasiens" russes, explique Haushofer, développent un projet géopolitique russo-sarmate, hostile aux cultures déclinantes d'Europe et d'Asie, semblable au projet autarcique, autoritaire et conseilliste des Bolchéviques sauf dans le domaine religieux, où ils prévoient un tsar élu et une adhésion obligatoire à la religion orthodoxe. Face à cette volonté dynamique, les Panasiatiques chinois et indiens opposent une autre volonté révolutionnaire et la Paneurope de Briand et de Coudenhove-Kalergi se réfugie frileusement dans la défense du statu quo, à l'instar de la Sainte Alliance de Metternich. Le panislamisme, l'idée grande-arabe, les idées panindienne et grande-chinoise sont d'autres idées rassembleuses qui s'agitent dans l'espace eurasien. Solution pour éviter tout conflit retardateur et diviseur: réconcilier les idées paneuropéennes, eurasiennes et panasiatiques.

Pour Haushofer, la marche de l'humanité vers des entités de dimensions continentales est inéluctable; une première étape pourrait être les rassemblements "sub-continentaux", théorisés par le géographe E. Banse en 1912. Celui-ci parlait de 12 aires: l'Europe, la Grande-Sibérie (Russie comprise), l'Australie, l'Orient, l'Inde, l'Asie orientale, la "Nigritie", la Mongolie (avec accès aux mers via la Chine centrale, l'Indochine et l'Indonésie), la Grande-Californie, les Terres andines (tournées vers le Pacifique), l'Amérique (la partie de l'Amérique du Nord tournée vers l'Atlantique) et l'Amazonie. Cette classification permet de penser une organisation des peuples sur base subcontinentale.

La dynamique qui porte tous ces projets réduit à néant les prétentions à vouloir figer une quantité de morceaux de monde dans des frontières exiguës et inviables.

Politique mondiale actuelle
(Weltpolitik von heute)  1934

Analyse des grands ressorts de la politique mondiale de l'après-Versailles, Weltpolitik von heute commence par définir l'espace centre-européen (Mitteleuropa): pour Haushofer comme pour Mackinder, la Mitteleuropa est l'addition des espaces rhénan et danubien. Pour le Français de Martonne, en revanche, c'est le cordon sanitaire ouest-slave allié à la France et instrumentalisé contre l'Allemagne et la Russie. Ce cordon sanitaire est une construction artificielle, affirme Haushofer, maintenue en vie par les règles abstraites de la Société des Nations. En dehors d'Europe, le monde a été européanisé. L'Amérique du Sud a été "dés-indigénisée"; le Moyen-Orient arabo-persan a été divisé en entités antagonistes au bénéfice des Anglais; l'Inde est sous tutelle anglaise, etc. Les principales conséquences de la première guerre mondiale sont: 1) la division de l'Europe entre nations colonisatrices et détentrices de vastes espaces de réserve, d'une part, et nations sans espace de réserve, coincées sur leur aire de peuplement initiale, d'autre part; 2) l'empire britannique se disloque; 3) les peuples colonisés d'Asie réclament leur indépendance. Face à cette donne, Haushofer préconise une politique qui vise à dégager de l'espace sur la planète pour les Européens qui en sont dépourvus (Allemands, Hongrois, Roumains, Polonais, Tchèques, Slovaques, Grecs, Bulgares et Yougoslaves, dont le sort est lié à celui de l'Allemagne en dépit de la "Petite Entente" téléguidée depuis Paris); à accélérer la décomposition de l'empire britannique; à épauler les colonisés en révolte contre leurs maîtres. Cette politique implique d'opposer la lex feranda à la lex lata, le devenir naturel au statisme des paragraphes et des traités imposés par des vainqueurs égoïstes.

Pour acquérir le statut de grande puissance, il faut, explique Haushofer, viser l'autarcie et refuser les monocultures. L'autarcie, réalisable désormais dans le grand espace fédéré et non plus dans le cadre trop exigu des Etats-Nations classiques, permet l'indépendance alimentaire et industrielle grâce à une agriculture et une industrie diversifiées, répondant à tous les besoins de la population. La tentation d'édifier des "monocultures" ultra-spécialisées déforme l'économie et la fragilise en cas de crise. Weltpolitik von heute définit en outre la notion de "grande puissance", énumère les types de dépendance politique (vassalité, clientélisme, protectorats virtuels, etc.), explicite les formes d'appropriation d'espaces non encore dominés (les pôles) et de domination des espaces aux défenses démantelées (Allemagne après Versailles).

Mers du monde et puissances mondiales
(Weltmeere und Weltmächte) 1937

Ouvrage entièrement consacré au rapport entre la domination des zones océaniques et la puissance politique et militaire des nations, Weltmeere und Weltmächte commence par recenser les travaux d'océanographie physique qui ont accru le savoir des hommes sur les mers. Ces connaissances factuelles ont débouché sur une pratique politique de maîtrise des océans. La haute mer, depuis les Grecs et les Romains est le "bien de tous les hommes" (koinon panton anthropon, disait Theophos) ou "de par sa nature ouverte à tous" (mare omnibus natura patere). Sir Thomas Barclay inaugure le débat juridique pour savoir si la mer appartient à tous ou à personne (si elle est res communis ou res nullius). En 1894, E.W. Hall dans son Treatise on International Law, rappelle que, parmi les principes indiscutables du droit international moderne, il y a celui qui interdit aux puissances de s'approprier en toute exclusivité des zones maritimes (l'idée de mare liberum formulée par Hugo Grotius en 1609). Pour Haushofer, cette vision est hypocrite: quand la Grande-Bretagne applique sa stratégie de blocus ou s'empare des câbles sous-marins de télécommunications, elle s'empare ipso facto de larges portions de territoire marin. L'idée de mer libre, défendue par les juristes anglais, a donc conduit à une domination quasi exclusive des mers du monde par la Grande-Bretagne, seule puissance capable d'utiliser efficacement l'arme du blocus. Les autres puissances sont de ce fait des laissées-pour-compte dans cette lutte pour la maîtrise des espaces marins.

La domination des mers survient quand une puissance parvient à se doter d'"organes océaniques" efficaces (flottes). Les thalassocraties, comme l'illustre l'exemple vénitien, déploient leur puissance au départ d'un territoire réduit et conquièrent des comptoirs, des bandes littorales, soit autant de "ventouses aspirantes" reliées à la métropole par des tentacules mouvantes et élastiques. Les thalassocraties commencent souvent par dominer des mers intérieures (l'Egée pour Athènes, la Méditerranée pour Rome, la Mer du Japon pour le Japon moderne). Elles sont soit des Etats littoraux soit des Etats insulaires. Les thalassocraties littorales sont plus fragiles, car directement menacées par leur hinterland. Les thalassocraties insulaires disposent de plus d'atouts pour passer de la domination d'une mer intérieure à la domination des grandes voies de communications transocéaniques. Les thalassocraties littorales sont des constructions hybrides, obligées de mener conjointement deux types de politiques différentes, l'un continental, l'autre maritime (Hollande, Portugal), ce qui épuise leurs ressources et leur fait perdre la compétition face aux thalassocraties insulaires. Les Etats continentaux, comme l'Allemagne, sont handicapés par leur géographie et ne peuvent donner le meilleur d'eux-mêmes dans un monde désormais fermé, entièrement exploré, où les thalassocraties ont eu une longueur d'avance pour la maîtrise des bases d'outre-mer, des zones économiques assurant la subsistance et des espaces de colonisation où elles déversent le trop-plein de leur population.

La thalassocratie britannique est hostile aux canaux intérieurs et au percement des isthmes car ces ouvrages relativisent ipso facto l'importance des voies maritimes qu'elle contrôle. Lord Palmerston a été hostile au creusement du Canal de Suez parce que la France en avait la maîtrise. L'Angleterre a également critiqué la construction du Canal du Midi, entre Bordeaux et la Méditerranée, car cela réduisait considérablement l'importance stratégique de Gibraltar.

A l'heure où la politique ne peut plus être que mondiale, les peuples qui veulent survivre doivent nécessairement recourir au large, aux océans, ou organiser leurs espaces continentaux de façon à échapper à la domination de l'une ou l'autre puissance maritime. Cette organisation continentale passe par la construction de routes, de voies ferroviaires, de systèmes de navigation fluviale, etc., contrôlés par les seules puissances continentales.

Le bloc continental: Mitteleuropa, Eurasie, Japon
(Der Kontinentalblock - Mitteleuropa - Eurasien - Japan)  1941

Rédigé après le pacte germano-soviétique, cet ouvrage poursuit deux objectifs: 1) jeter les bases d'une alliance germano-italo-soviéto-nippone, qui réorganiserait la masse continentale eurasienne et africaine; et 2) revendiquer pour l'Allemagne le retour de ses colonies africaines, ôtées après Versailles.

Analysant les textes édités par les instituts britanniques et américains, Haushofer y décèle une crainte récurrente, notamment chez Lord Palmerston et chez le géographe Homer Lea, de voir se constituer une alliance entre l'Allemagne, la Russie et le Japon. Une telle alliance échapperait totalement au contrôle des thalassocraties britannique et américaine. Les thalassocraties, écrit Haushofer, pratiquent la politique de l'anaconda: elles enserrent leurs proies et les étouffent lentement. La masse eurasienne, si elle est dûment organisée, est une proie trop grande pour l'anaconda anglo-américain, une masse territoriale telle, qu'elle échappe à tout blocus. L'idée d'une telle alliance a plutôt germé dans des cerveaux russes et japonais que dans des cerveaux allemands ou européens. Lors de la guerre russo-japonaise de 1905, quand Britanniques et Nippons conjuguent leurs efforts pour tenir les Russes en échec, une partie du corps diplomatique japonais, dont l'Ambassadeur à Londres Hayashi, le Prince Ito, le Premier Ministre Katsura et le Comte Goto, souhaite une alliance entre Allemands, Russes et Japonais contre les tentatives anglaises de contrôler tout le trafic maritime mondial. Face à de telles propositions, l'Allemagne de Guillaume II, déplore Haushofer, reste prisonnière du mythe du "péril jaune", ne percevant pas que les Asiatiques sont moins dangereux pour l'avenir de l'Allemagne que les Britanniques et les Américains. En Russie, l'idée eurasienne a été incarnée par le Ministre Witte, créateur du chemin de fer transsibérien et partisan d'une paix séparée avec l'Allemagne en 1915. Le Japonais Goto parlait de la nécessité d'une troïka, où le cheval central, le plus corpulent et le plus robuste, aurait été la Russie, flanquée de deux chevaux plus nerveux, l'Allemagne et le Japon.

En Afrique, la mauvaise gestion britannique a laissé aller à vau-l'eau l'oeuvre constructrice des colons agriculteurs allemands; à la volonté de développer des cultures vivrières, les Anglais ont substitué l'exploitation capitaliste, provoquant l'urbanisation des masses africaines, délaissant l'agriculture, ce qui provoque la désertification et les famines. Les Japonais, en revanche, ont très bien géré la Micronésie ex-allemande.

La "troïka", complétée par l'Italie mussolinienne, doit soutenir les indépendantistes arabes et hindous; la Russie, en particulier, doit se poser comme la protectrice des Arméniens et des Kurdes de façon à rattacher Mossoul au bloc continental en gestation.

Robert Steuckers

Source : Synergies Européennes, Février, 1992

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