Résistance Identitaire Européenne

haec est terra nostra

La Toussaint (par Luc Sommeyre)

 

La fête catholique – et non chrétienne – de la Toussaint a été fixée au 1er novembre par les Papes Grégoire III au VIIIème siècle et Grégoire IV au IXème siècle. Comme la quasi-totalité des fêtes catholiques, elle a été superposée aux fêtes païennes, préexistantes de date immémoriale.

Toussaint

Halloween est un mot gaëlique (contraction de “to hallow” = sanctifier et de “eve” = le jour d’avant, la veille). “Hallow” est de la même racine que « halo » en Français, ou auréole, figurant sur les Saints que l’on voit sur l’icone ci-dessus… C’est donc la veille de la sanctification. Halloween précède la fête de Samhain qui célèbre la communication des morts avec les vivants. Les Morts reviennent sur Terre pour prodiguer conseils et assistance aux Vivants, principalement à leurs descendants. La fête de Samhain se situe approximativement au 30 octobre selon le calendrier lunaire, que les Catholiques appellent aussi la fête des Morts.

Il n’y a nul antagonisme de fond au sens “d’opposition” entre le Paganisme et le Catholicisme gallican. C’est l’Église − prise comme puissance temporelle − qui a créé cet antagonisme formel de toutes pièces pour des raisons de préséance et de suprématisme, de façon purement temporelle et exotérique.

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Si la fête d’Halloween a été mercantilisée par des athées américains qui ont repris et déformé la tradition irlandaise pour tenter d’en faire disparaître le caractère sacré, il faut bien considérer que le Paganisme de la Vieille Europe n’est nullement la marque d’un athéisme quelconque. Le Catholicisme – très spécifique par rapport au Christianisme – est venu simplement préciser cette Fête des Morts (qui n’avait en elle-même aucune connotation morbide ni folklorique non plus que purement ludique) en fonction de la « Révélation » apportée sur Terre par Jésus.

Etoile à 5 branchesEt qu’on arrête là d’assimiler l’étoile à 5 branches à un emblème satanique ! C’est aussi grotesque qu’erroné. Cette étoile figure « l’homme debout » (le tête en haut, les mains à droite et à gauche, les pieds en bas) c’est à dire l’homme vivant.

Il n’est qu’à considérer la “rune de la vie” figurée ci-dessous pour constater la similarité.

rune de la vie

Homme

Pour qui accepte intellectuellement les dogmes non-dits qu’on appelle « la Foi », le Catholicisme est une sorte de Paganisme facilité où les Écritures ont participé au remplacement de la Magie païenne dans l’esprit de l’homme, magie à la fois visible par les profanes mais difficilement accessible car initiatique (donc élitiste).

Il n’y a pas de « Couvreur » dans le Paganisme. Pas besoin de « temple » non plus, car notre « voûte étoilée » est celle de la Nature. Le « tuilage » est donc… naturel.

La Foi enseignée ou suscitée par le Catholicisme est « confortable », et évite aux hommes de se poser des questions et de travailler sur eux-mêmes dans la voie initiatique pour s’élever au-dessus de leur condition. Cette conception orientaliste de l’impuissance de l’homme par rapport au destin se retrouve dans le “mektoub” arabe (مكتوب), notion parfaitement étrangère aux Païens. C’est d’ailleurs ce qui fait des Païens les ennemis irréductibles des Islamistes fanatiques, adeptes schizophréniques de la religion d’un désert où brûle le feu de l’enfer.

En cette période sacrée, je vous invite donc à prier (pour les Catholiques) ou à penser très intensément à vos Disparus, ce qui revient au même in fine (pour ceux qui ne se reconnaissent pas ou mal dans cette religion) car la pensée de l’homme va très au-delà du domaine du « conscient ». En ces temps de grands troubles, nous avons besoin de nous retrouver dans une spiritualité saine, claire et primordiale, qui nous aidera à AGIR et à VAINCRE.

NOUS NE BAISSERONS JAMAIS LA GARDE !

Je vous souhaite de très belles fêtes de Samhain. Et de la Toussaint par la même occasion.

Samhain2

Luc Sommeyre

 

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Samain : Quand confluent le surnaturel et l’humain

 

Novembre: l'occasion de remonter jusqu'à nos sources pour y re­cueillir le « boire herbe » qui nous délivrera d'une amnésie bientôt bimillénaire. Au premier novembre correspond la fête la plus importante du calen­drier celtique: SAMAIN, fête guerrière et totale, début et fin de l'année. SAMAIN, sa forte imprégnation colore singulièrement l’avatar rachitique au­quel la fête primordiale a dû céder le pas: la Toussaint.

Avant tout, il peut être utile de préciser brièvement certaines notions, tant l'absence de sources sûres - mais cela est en passe de chan­ger - permettait aux celtomanes de scribouiller impunément.

Ces bonnes personnes avaient une fâcheuse tendance à mettre dans le même sac des notions aussi diverses que métempsycose, métamorphose, immortalité de l'âme, réincarnation, transmigration. On peut aujourd'hui considérer sans grand risque d'erreur que les Celtes ne connaissaient pas la notion de réincarnation; que la métempsycose n'est attestée que par deux exemples seulement, tous deux relatifs à des personnages mythologiques ve­nant de l'Autre Monde; par contre, on trouve trace, dans les textes mytho­logiques, de métamorphose. Quant à la croyance en l'immortalité, elle est formellement attestée. D'où il découle toute une littérature traitant du « havre de paix » qu'est l’Autre Monde (Sid) dans la conception celtique.

Cet Autre Monde, contrairement au Walhalla des cousins germani­ques - paradis réservé aux guerriers -, est un lieu de délices et de volup­tés, exempt de toute querelle, comme de toute spéculation intellectuelle. Le Sid (qui, étymologiquement, veut dire « paix ») est un lieu de festin, pour ne pas dire d'éternelles ripailles ! N'est-il pas désigné par d'autres métaphores des plus éclairantes: « plaine du plaisir », « terre des vivants », « terre des jeunes » ... Que nous sommes loin des béatitudes séraphiques de Saint Jérôme ou de Saint Augustin !

Quatre fêtes essentielles, d'importance inégale, ponctuent l'année celtique. Un mot immédiatement pour remarquer que les solstices ne semblent pas avoir joui de la moindre estime parmi les Celtes, puis­que les quatre fêtes se situent, très vraisemblablement, au 1er février, 1er mai, 1er août et 1er novembre. Au 1er février, on célèbre IMBOLC, dé­tourné par la tradition judéo-chrétienne en Chandeleur, qui coïncide approximativement aux Lupercales romaines. C'est une fête de la fécondité, dédiée à Brigit/Brigh, la grande déesse du Panthéon celtique. Des quatre grandes fêtes, IMBOLC (fête de la troisième fonction) est assurément la moindre. Au 1er mai, se célèbre BELTAINE, « le feu de mai », à rapprocher de la nuit de Walpurgis chez les Germains; c'est le commencement de la saison chaude, son symbolisme est solaire. C'est la fête sacerdotale par défini­tion, le feu étant l'un des attributs des druides. Au premier mai, en Gaule, la grande assemblée des Druides se tenait, rappelons-le, dans la forêt des Carnutes. Après l'aspect religieux, l'aspect juridique de la première fonc­tion est célébré lors de LUGNASAD, ou « assemblée en l'honneur de Lug », qui tombe le 1er août. C'est la fête du roi, fête du bon gouvernement, fête de l'amitié: à Lugnasad, les guerriers venaient désarmés.

Enfin, au 1er novembre, SAMAIN, (en gaulois Samonios - selon le calendrier de Coligny), c'est la fête militaire et totale, qui va plus particulièrement retenir notre attention.

Dans la tradition celtique, comme dans la conception nordique du monde, l'année est partagée en deux saisons, une saison froide et une saison chaude, qui est aussi la saison guerrière, et que Samain vient clo­re. L'autre pôle étant bien entendu Beltaine, parfois dénommé « caise na ngenti »: la pâque des gentils. Samain, qui clôt l'année écoulée et ouvre celle à venir, jouit donc d'une position dominante et privilégiée.

En Irlandais, « wythnos » - qui désigne la semaine - se traduit par « huit nuits ». Nous retrouvons cette idée en Breton, avec « antronoz »: « au-delà de la nuit », id est: le lendemain. Ainsi la nuit engendre le jour, et la saison sombre, qui donnera naissance à la saison claire, débute donc l'année à Samain. On comprend que Samain ait été la plus importante céré­monie du calendrier et du rituel irlandais (que nous citons par préférence, puisque c'est le domaine qui nous est le mieux connu).

Le banquet des guerriers

A la date de Samain, correspondent presque tous les événements mythiques ou épiques: c'est alors que meurent les dieux et les héros, c'est alors que Cuchulainn est blessé, qu'ont lieu les batailles de la mythologie et de l'épopée. « Les événements importants s'y concentrent ».

« Dans le récit fondamental de la bataille de Mag Tured, c'est à Samain que le Dagda a, avec la Morrigan ou déesse de la guerre, un rendez-vous galant à l'occasion duquel elle lui promet de venir en aide aux Tuâtha Dé Dânann contre les Fomoire ». « Samain est aussi le moment où tout l'état-major des Tuâtha Dé Dânann se réunit pour préparer la lutte décisive con­tre les Fomoire ». « Quand le roi subit la mort rituelle, blessé à mort par l'ennemi (...) c'est toujours à Samain » etc... .

La fête, dont l'inauguration par le feu est réservée aux drui­des, revêt un caractère solennel. La plus importante manifestation en est le « banquet militaire et royal », qui met un terme à la saison guerrière. On y mange du porc (animal de science et de guerre, dévolu à Dagda ou à Lug), de l'andouille, des noix; on y boit du vin (denrée rare) et de la bière en abondance.

On trouve des éléments relatifs à Samain dans « le petit hôtel d'Allen » (cycle ossianique) : « Finn s'assit alors sur le siège du héros au centre de l'hôtel, Goll l'aimable, fils de Morna, sur l'autre siège du héros, et les nobles de leur suite de part et d'autre de chacun d'eux. Chacun s'assit après eux suivant sa noblesse et son patrimoine, à l'endroit déterminé et convenable (...) Alors les serviteurs se levèrent en vraie foule pour servir et approvisionner l'hôtel. Ils prirent des coupes à boire (...) et l'on servit des boissons fortes et fermentées, des liqueurs agré­ables et douces à ces bons guerriers. La joie grandit chez les jeunes gens, la hardiesse et l'esprit chez leurs guerriers (...) Fergus à la bouche blanche se leva, à savoir le file de Finn et de Fianna. Il chanta des chants, des lais, et de beaux poèmes sur ses ancêtres et parents (...) puis le file alla en présence de Goll et lui récita des légendes. Les fils de Morna furent joyeux et de bonne humeur à cause de ces compositions poéti­ques».

Rencontre des vivants et des morts

Fête militaire, fête communautaire, Samain a aussi un caractère « religieux ». C'est une époque-charnière, qui n'appartient ni à l'année qui s'est écoulée, ni à celle qui suit. Ainsi Samain, période close au cours de laquelle les événements échappent aux contingences du temps, est le lien/lieu intermédiaire entre le monde des humains et l’Autre-Monde, une sorte de « Bifrost temporel ». Alors « tout le surnaturel se précipite, prêt à envahir le monde humain », selon l'heureuse formule de M.L. SJOESTEDT.

Ainsi comprenons-nous mieux pourquoi l’abondance et l’ivresse sacrée, l'obligation de paix et d'amitié sont de règle au cours du « festin de Tara »: celui-ci est une image passagère de l'existence dans le Sid, la « Plaine du Plaisir » (Mag Meld) - sur laquelle règne Manannan Mac Lir - dont il n'est pas exagéré de penser que Grecs et Latins, historicisant le mythe, ont fait « Thulé » (Strabon) ou « Ogygie» (Plutarque).

A Samain, le Sid est partout: c'est le temps hors du temps, durant lequel les vivants peuvent intervenir dans le Sid, et les habitants du Sid dans notre vie. F. LE ROUX et C.J. GUYONVARC'H sont formels: « Les Hyperboréens de la tradition littéraire grecque ne peu­vent avoie été que des Celtes ».

Mais ce festin opulent qui pouvait dégénérer (cf. « Mesca Ulad » : « l'ivresse des Ulates », récit d'une équipée des Ulates après un festin et une nuit d'ivresse lors de Samain) était généralement réservé aux guer ticulièrement retenir notre attention.

Dans la tradition celtique, comme dans la conception nordique du monde, l'année est partagée en deux saisons, une saison froide et une saison chaude, qui est aussi la saison guerrière, et que Samain vient clo­re. L'autre pôle étant bien entendu Beltaine, parfois dénommé « caise na ngenti »: la pâque des gentils. Samain, qui clôt l'année écoulée et ouvre celle à venir, jouit donc d'une position dominante et privilégiée.

En Irlandais, « wythnos » - qui désigne la semaine - se traduit par « huit nuits ». Nous retrouvons cette idée en Breton, avec « antronoz »: « au-delà de la nuit », id est: le lendemain. Ainsi la nuit engendre le jour, et la saison sombre, qui donnera naissance à la saison claire, débute donc l'année à Samain. On comprend que Samain ait été la plus importante céré­monie du calendrier et du rituel irlandais (que nous citons par préférence, puisque c'est le domaine qui nous est le mieux connu).

le banquet des guerriers

A la date de Samain, correspondent presque tous les événements mythiques ou épiques: c'est alors que meurent les dieux et les héros, c'est alors que Cuchulainn est blessé, qu'ont lieu les batailles de la mythologie et de l'épopée. « Les événements importants s'y concentrent ».

« Dans le récit fondamental de la bataille de Mag Tured, c'est à Samain que le Dagda a, avec la Morrigan ou déesse de la guerre, un rendez-vous galant à l'occasion duquel elle lui promet de venir en aide aux Tuâtha Dé Dânann contre les Fomoire ». « Samain est aussi le moment où tout l'état-major des Tuâtha Dé Dânann se réunit pour préparer la lutte décisive con­tre les Fomoire ». « Quand le roi subit la mort rituelle, blessé à mort par l'ennemi (...) c'est toujours à Samain » etc... .

La fête, dont l'inauguration par le feu est réservée aux drui­des, revêt un caractère solennel. La plus importante manifestation en est le « banquet militaire et royal », qui met un terme à la saison guerrière. On y mange du porc (animal de science et de guerre, dévolu à Dagda ou à Lug), de l'andouille, des noix; on y boit du vin (denrée rare) et de la bière en abondance.

On trouve des éléments relatifs à Samain dans « le petit hôtel d'Allen » (cycle ossianique) : « Finn s'assit alors sur le siège du héros au centre de l'hôtel, Goll l'aimable,» fils de Morna, sur l'autre siège du héros, et les nobles de leur suite de part et d'autre de chacun d'eux. Chacun s'assit après eux suivant sa noblesse et son patrimoine, à l'endroit déterminé et convenable (...) Alors les serviteurs se levèrent en vraie foule pour servir et approvisionner l'hôtel. Ils prirent des coupes à boire (...) et l'on servit des boissons fortes et fermentées, des liqueurs agré­ables et douces à ces bons guerriers. La joie grandit chez les jeunes gens, la hardiesse et l'esprit chez leurs guerriers (...) Fergus à la bouche blanche se leva, à savoir le file de Finn et de Fianna. Il chanta des chants, des lais, et de beaux poèmes sur ses ancêtres et parents (...) puis le file alla en présence de Goll et lui récita des légendes. Les fils de Morna furent joyeux et de bonne humeur à cause de ces compositions poéti­ques ».

Rencontre des vivants et des morts

Fête militaire, fête communautaire, Samain a aussi un caractère « religieux ». C'est une époque-charnière, qui n'appartient ni à l'année qui s'est écoulée, ni à celle qui suit. Ainsi Samain, période close au cours de laquelle les événements échappent aux contingences du temps, est le lien/lieu intermédiaire entre le monde des humains et l’Autre-Monde, une sorte de « Bifrost temporel ». Alors « tout le surnaturel se précipite, prêt à envahir le monde humain », selon l'heureuse formule de M.L. SJOESTEDT. Ainsi comprenons-nous mieux pourquoi l’abondance et l’ivresse sacrée, l'obligation de paix et d'amitié sont de règle au cours du « festin de Tara »: celui-ci est une image passagère de l'existence dans le Sid, la « Plaine du Plaisir » (Mag Meld) - sur laquelle règne Manannan Mac Lir - dont il n'est pas exagéré de penser que Grecs et Latins, historicisant le mythe, ont fait « Thulé » (Strabon) ou « Ogygie » (Plutarque). A Samain, le Sid est partout: c'est le temps hors du temps, durant lequel les vivants peuvent intervenir dans le Sid, et les habitants du Sid dans notre vie. F. LE ROUX et C.J. GUYONVARC'H sont formels: « Les Hyperboréens de la tradition littéraire grecque ne peu­vent avoie été que des Celtes ».

Mais ce festin opulent qui pouvait dégénérer (cf. »Mesca Ulad » : « l'ivresse des Ulates », récit d'une équipée des Ulates après un festin et une nuit d'ivresse lors de Samain) était généralement réservé aux guerriers, tandis que pour le peuple (les producteurs, la 3ème fonction) se dérou­lait une grande « foire ». Fête globale, Samain donnait aussi l'occasion d'une grande assemblée légale qui lui conférait son dernier aspect: juridi­que. « Voici la raison pour laquelle on célébrait Samain: parce que les lois étaient faites là par les hommes d'Irlande ». Et malheur à celui qui osait enfreindre un engagement, un règlement passé à l'occasion de l'assemblée lé­gale, et dont l'obligation courait jusqu'à l'assemblée suivante,un an après !

Intermède   romain

Nous sommes en Italie, tout près du Tibre, le 27 octobre de l'an 312. Sous le signe de la croix, Constantin défait Maxence - dont l'é­tendard porte l'emblème solaire.

Cette date symbolique marque le triomphe armé du judéo-chris­tianisme sur le paganisme/polythéisme jusqu'alors honoré, sinon pratiqué en terre d'Europe. C'est le point de départ d'une vaste et habile entreprise de récupération. Trois siècles passent, et, en 607, Boniface IV travestit l'antique Samain en Toussaint, tandis que la fête des Trépassés est rejetée au lendemain. Ce n'est plus la fête commune aux vivants et aux morts, mais celle des saints suivie de celle des défunts. On évacue les vivants.

Fin de l'intermède

Au siècle dernier pourtant, les gens du Sid revenaient parmi les vivants au premier novembre, et ceci n'est plus attesté seulement par l'Irlande, mais bien, cette fois, par la Bretagne. Il est vrai que la Breta­gne (« Ledav ») passait pour être une voie d'accès privilégiée au Sid. Il suffit de lire Anatole Le Braz: « Le soir de la Toussaint, veille de la fête des Morts, (Goël ann Anaou) les défunts viennent tous visiter les vivants ». Ce soir-là, « la maîtresse de la maison recouvre d'une nappe blanche la ta­ble de la cuisine, et, sur cette nappe, dispose du cidre, du lait caillé, des crêpes chaudes. Les préparatifs terminés, tout le monde se couche ». Vers neuf heures, « des voix lamentables s'élèvent dans la nuit »: ce sont les chanteurs de la mort qui, au nom des défunts, interpellent sûr le seuil des maisons les vivants. « Ils disent la complainte des âmes. Les morts passent toute la nuit qui précède leur fête à se chauffer et à se régaler dans leur ancienne demeure » (in « La Légende de la Mort »).

Le chaleureux festin est devenu bien maigre pâture ... Bonne occasion de rappeler que les Celtes, ne croyant pas au « péché », ne croyaient pas davantage au « purgatoire » qu'évoqué immanquablement ce mot tubercu­leux

Aujourd'hui, malgré nombre de vicissitudes, la fête de la Toussaint/Samain revêt encore, en Bretagne armoricaine, une solennité et une ampleur insignes. C'est souvent, pour les membres dispersés d'un même « clan » l'occasion de se retrouver, de se réunir, de faire retour au village natal, à fin de rendre un hommage unanime aux parents disparus, aux ancêtres ou­bliés ... mais qui nous ont légué leur sang. Ce devrait être 1' occasion d'une affirmation de continuité, d'une fidélité à la vie et à la lignée. Ce n'est plus qu'une course pour avoir le chrysanthème le plus époustouflant, la bruyère la plus exubérante! L'Eglise catholique, oubliant - la première - le sens profond d'une fête qui lui avait été imposée, renonçant aux rites qui maintinrent si longtemps son prestige, n'est plus que la complice des marchands de fleurs.

Cette évocation, que nous voudrions « voyage de guérison », s'a­chève. Il ne s'agit pas de se déguiser en druide ou en bas breton du XIXème siècle. Il s'agit de récupérer toute la richesse et tout le sens de cette fête du début novembre, dénaturée et affadie par tant de faux sens. A la limite, est-il si puéril que l'homme de l'avenir veuille avoir les plus profondes racines, à fin d'imaginer de nouveaux rites pour le XXIème siècle sans pour autant renier ce qui fut - ni, a contrario, recommencer les mêmes erreurs -? Nous savons nous incliner devant les morts, nous savons les vé­nérer. Mais le sens de la fête, mais le sens du sacré, c'est aux vivants de contribuer à le re-découvrir. Alors une nouvelle communauté, équilibrée, pourra germer ...

PATRIK DE KERISPERT

De très nombreuses citations sont tirées du très important ouvrage de F. LE ROUX et CJ. GUYONVARC’H : Les Druides – OGAM – 1978

Souce : N° 1 d’ARTUS 1979

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Le mystère du carnaval est celui de l'éternel retour

Le mystère du carnaval est celui de l'éternel retour (Si ancien qu'il remonte peut-être à la préhistoire)

masque flamboyant Le mystère du carnaval

Les girandoles qui étalaient leurs constellations au travers des rues se sont éteintes. Les chars carnavalesques, remisés dans quelque obscur hangar, vont attendre le retour du Renouveau de l'an prochain.
Il ne reste plus de cette liberté effrénée que l'on a connue qu'une sorte de désenchantement consécutif à l'ivresse, qui se dissipe lentement, et aussi le pressentiment qu'il devait y avoir autre chose, qu'un mystère reposait dans l'idée même du Carnaval et dans ses formes, malgré la vulgarité et la sottise de l'apparence.

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La Chandeleur, ou la renaissance du soleil

soleil chandeleur fete paienne

2 février-Hypapante ou la Purification

La fête de la Présentation de l'Enfant Jésus au Temple, quarante jours après sa naissance, coïn­cide avec celle de la Purification de la Vierge, coutumes courantes de la vie publique et privée des Hébreux. Mais deux autres aspects de la fête — l'un, saisonnier et agraire, l'autre célébrant la lu­mière ascendante — sont beaucoup plus impor­tants par la richesse des traditions qu'ils évoquent.

La présentation de l'Enfant au Temple, son accueil par saint Siméon, prophétisant sa vocation divine et son martyre sur la croix, donnent à la fête le nom d'Hypapante, c'est-à-dire « ce qui vient au-devant » de la gloire.

Dans la Méditerranée orientale, la fête est très respectée des paysans qui redoutent pendant cette période les chutes de grêle, dé­sastreuses pour une végétation encore bien fragile. Ce jour-là, « les moulins chôment, les es­claves chôment et les ânes se reposent », suivant un dicton po­pulaire et c'est pour cela que la Vierge de ce jour est appelée « Myliargoussa », « celle qui ar­rête les moulins ». Sa fête sert ici comme moyen de prévision du temps et de la qualité des récol­tes : «Le temps d'Hypapante est celui des quarante jours à venir », affirment les paysans, ou en­core : « Hypapante enneigée, greniers bien chargés. »

bougie chandeleur fete paienne

Dans les traditions occi­dentales, la fête est connue sous le nom de Chandeleur parce que l'on conserve ce jour-là les chandelles allumées que l'on porte à travers les églises.

Dans la Légende dorée, Jacques de Voragine explique cette coutume par quatre bonnes raisons dont la première consiste à « dé­truire » des pratiques mauvai­ses,   échos   des   traditions préchrétiennes : « Autrefois, aux calendes de février, temps lustral, les Romains illumi­naient les villes tous les cinq ans avec des cierges et des flambeaux, durant toute la nuit, en l'honneur de Februa, mère hypothétique de Mars, afin que celui-ci accorde la victoire aux armées romaines ».

Il s'agit en fait de la lustratio populi, appelée « lustrum », grande fête quinquennale de purifica­tion du peuple, accompagnée de sacrifices publics et privés. La Légende dorée poursuit : « En outre, pendant ce mois, les Romains offraient des sacrifices à Febvrius, c'est-à-dire à Pluton, et aux autres dieux infernaux pour les âmes de leurs ancêtres ; toute la nuit ils veillaient en chantant leurs louanges et te­naient des cierges et des torches allumées. [...]. Le pape Innocent dit encore que les femmes romaines célébraient en ce jour la fête des Lumières [...] en souvenir de la fable de Proserpine : elle était si belle que le dieu des Enfers, épris d'elle, l'enleva et en fit une déesse.

Ses parents la cherchèrent longtemps dans les forêts et les bois avec des torches et des flambeaux. [...] Or, parce qu'il est difficile aux chrétiens, nou­vellement convertis, d'abandonner une coutume, [...] le pape Sergius lui donna un but meilleur, en ordonnant aux chrétiens de célébrer, chaque année à pareil jour, une fête en l'honneur de la sainte Mère du Seigneur, avec cierges allumés et chandelles bé­nites.»

roue chandeleur fete paienne

 

Reste bien sûr encore à mentionner une célébra­tion qui avait lieu dans le monde celte : la fête de la déesse Imbolc, qui se déroulait le 1er février. Imbolc semble signifier « lustration » et il s'agissait donc d'une fête de purification de l'eau lustrale, rite agraire très important censé favoriser la fécondité et la fer­tilité. Le relais chrétien de cette fête a été pris par sainte Brigitte. Toutefois, on conserve toujours dans les villages les chandelles allumées dans l'église, croyant qu'elles écartent le tonnerre, les tempêtes et les orages.

 

On a encore l'habitude un peu partout dans l'Occident catholique de faire des crêpes : s'agit-il d'une évocation du disque solaire ou faut-il y voir une coutume liée à la première récolte d'œufs de l'année ?

poele crèpes chandeleur fete paienne

« À la Chandeleur, l'hiver s'apaise ou prend vigueur » et dans plusieurs traditions on guette l'ap­parition ou non de l'ours ce jour-là, laquelle con­firme, ou non, le proverbe. On raconte que l'ours sort de sa tanière et que, si le ciel est clair, il y rentre pour y séjourner les quarante jours suivants, car l'hiver continuera. Si, par contre, le ciel est sombre, signe que l'hiver reculera, il en sort définitivement.

Dans les pays pyrénéens, chasses à l'ours et danses de l'ours symboliques ont lieu à la Chan­deleur, laquelle peut marquer le début du carna­val si le cycle lunaire, dont dépend le calcul de sa date, le fait coïncider avec ce 2 février.

(Source : Fêtes et croyances populaires en Europe-Yvonne de Sike-Ed. Bordas 1994)

 

ours chandeleur fete paienne

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La « chandeleur » fête d’origine païenne

La « chandeleur » est une fête populaire d’origine païenne, et qui à pour nom Imbolc, en Celte et qui

se traduit littéralement par : la fécondité. Cet événement symbolise la purification du corps, de

l’esprit et de l’âme en cette période sombre de l’année, afin que nous soyons préparé au cycle éternel

de la renaissance de la vie au moment de Beltaine (la renaissance), qui se fête le 1er mai du

calendrier grégorien.

Afin de mieux comprendre le sens spirituel de cette événement, je vais vous faire un bref cours

d’histoire sur ce rituel luni/solaire.

Dans la Rome antique, Imbolc avait pour nom latin « Lupercales ». Les prêtres Romains de

l’époque (que l’on appelait les « Luperques ») aspergeaient d’eau purifier après un rituel, à l’aide

d’un rameau de laurier ou d’olivier, les Romains et les Romaines afin de les assainir. L’effet de cette

purification était censé être équivalent à la fumée de matériau brûlé. Elle était également souvent

associée aux sacrifices d’animaux, promenés rituellement autour de la personne ou de l’objet à

purifier.

Dans la Grèce Antique, la commémoration était tout autre. Elle consistait à honorer la Déesse de la

Lumière, Perséphone. Dans la mythologie Hellénique, Perséphone (une des principales divinités

chthoniennes, fille de Zeus et de Démeter) fut enlevée par Hadès, le Roi de l’Autre Monde.

Perséphone n’étant plus dans le monde des mortels, les ténèbres étaient omniprésentes et sa mère

décida alors, éclairé d’ une torche, de la rechercher, et a fini par obtenir que sa fille serait sur Terre

et sur l’Olympe pendant les 2/3 de l’année (période claire), et dans l’Autre Monde (les Enfers) durant

1/3 du temps (période sombre, la saison hivernale).

La « fête des chandelles » symbolise donc le retour de la Lumière chez les Grecs.

Le paganisme Occidental, plonge ses racines au coeur de notre vieux continent depuis que des êtres

humains ont foulé son sol, il y a de cela, des dizaines de milliers d’années. Beaucoup plus proche de

nous dans le temps, quelques siècles après la mort de Jésus de Nazareth, la naissance du

christianisme en Occident se fit en l’an 431. L’empire Romain toujours païen, régnait encore sur le

vieux continent, et peut de temps avant son déclin il commença à se convertir grandement à la

nouvelle religion polythéiste venant d’un désert lointain aux moeurs et à la philosophie totalement

étrangère à celle de Rome et de son paganisme multi-millénaire.

Étant donné que la vision spiritualité du peuple Romain changea au cours des années, les nouvelles

autorités monothéistes commencèrent à convertirent les fêtes et rituels païen au dogme du

christianisme.

Ainsi en 494, le pape Gélase Ier, remplaça le vieux rite païen des « lupercales », par la « Festa

candelarum, (fête des chandelles), est l’instaura le 2 février, soit 40 jours après Noël. Ceci n’est pas

anodin ; c’est la purification de Marie (Myriam, en hébreu) et la présentation de Jésus ( Yéchoua en

hébreu) au temple de Jérusalem. Dans le cadre de cette procession dans les églises, les torches

furent remplacées par des chandelles qui restaient allumées, autant pour signifier la lumière que

pour éloigner le malin, les orages, la mort,etc… et invoquer les bons augures à veiller sur les

semailles d’hiver qui produiront les bonnes moissons de l’été suivant. Les cierges bénis étaient

emportés dans les foyers pour le protéger.

C’est pourquoi de nombreux dictons sont nés de ce jour de février, sur le même thème :

”Rosée à la Chandeleur, Hiver à sa dernière heure.”,

”A la Chandeleur, L’hiver s’apaise ou reprend vigueur”.

Février par ailleurs tire son nom du mot latin « Februar » qui signifie mois des purifications.

Le christianisme a donc placé la fête de la Purification de la Vierge à ce moment.

La purification dont il s’agit est celle de la sortie de l’ « obscurité hivernale ». Les mythes de la Belle

au Bois dormant ou de Thésée et Ariane (par exemple) narrent la libération de la lumière par le «

chevalier solaire » plus communément appelé « le Prince charmant ».

Le mot « Chandelle » vient du latin « candela » qui désigne une bougie. Le mot « chandelle » s’est

effacée au cours du temps est à était remplacé par « bougie » , mot d’origine algérienne. Bougie est

en effet le nom d’une ville de Kabylie, et qui fournissait au Moyen-Âge de la cire pour fabriquer des

chandelles.

A la Chandeleur le jour croît de deux heures. Car les jours s’allongent sérieusement, la végétation du

blé en herbe prend de l’importance, et une offensive de l’hiver serait alors particulièrement cruelle.

Tous ces symboles se retrouvent aujourd’hui dans cet emblème de la Chandeleur qu’est la crêpe. Ce

disque doré rappelle lui aussi le Soleil, dont le retour commençait enfin à se préciser pour les

peuplades du Nord de l’Europe et pour les Celtes. On dit aussi que le pape Gélase Ier « retapait »

avec des crêpes les pèlerins qui arrivaient à Rome en pèlerinage.

A Marseille, on fête la « Candélouse » ! (en provençal cela se dit : Candelouso ) et on mange des

« navettes de saint Victor » ( naveto de sant Vitou) petites pâtisseries en forme de barque…

En ce qui concerne l’origine païenne de la « chandeleur » en pays Nord Catalan, il y a un petit

village nommé Prats-de-Mollo-la-Preste, situé dans le Haut Vallespir, qui avec un décalage d’un

mois (soit le 2 mars), perpétue la tradition pré-monothéiste de « la fête de l’Ours ».

Longtemps en Europe, l’ours fut l’objet d’un culte qui s’étendit de l’Antiquité jusqu’au coeur du

Moyen Âge.

Les peuples germains, scandinaves, et dans une moindre mesure celtes, célébraient la sortie

d’hibernation de l’ours vers la fin du mois de janvier ou le tout début du mois de février. Mais

la date faisant l’objet des plus importantes célébrations était le 24 janvier dans la majeure partie de

l’Europe. Il s’agissait de l’instant précis où l’ours sortait de sa tanière pour voir si le temps était

clément. Cette fête était caractérisée par des déguisements ou travestissements en ours, et des

simulacres de « viols » ou « d’enlèvements » de jeunes filles.

L’Église catholique chercha pendant longtemps à éradiquer ce culte païen. Pour ce faire, elle

institua la Fête de la présentation de Jésus au temple qui est célébrée le 2 février.

Cependant, les célébrations de l’ours et du retour de la lumière continuaient lors de feux de joie et

autres processions de flambeaux. Du XIIe au XVIIIe siècle, la chandeleur fut appelée « chandelours

» dans de nombreuses régions françaises où le souvenir du “culte de l’ours » était encore très

présent. Il est indéniable qu’il subsista longtemps des cultes païens en Europe que les Chrétiens

ont toujours cherché à éradiquer.

Mais pour que « l’hypothèse de l’ours » soit ici éclairante, il faudrait, selon certains, qu’elle soit

opérante à Rome au milieu du Ve siècle, là où la fête de Noël a été fixée au 25 décembre, et à

Jérusalem, là où l’usage liturgique s’est établi de fêter la Présentation. En fait il n’y a pas besoin de

cet éclairage, le calendrier chrétien lui-même s’en charge.

En effet on y voit que la Chandeleur y est fixée au 2 février, et la Sainte-Brigitte au 1er février

(Brigitt étant le nom de la Déesse celtique de la guerre, la magie, la médecine et des arts, célébrée à

date équivalente). Il y a également la Saint-Ours d’Aoste, la Saint-Blaise (qui signifie « ours »).

De plus la Chandeleur est l’ouverture de la période carnavalesque ; or l’ours est l’animal

carnavalesque par excellence.

Mais revenons-en à notre petit village situé dans le Haut-Vallespir de la Catalogne du Nord,

Prats-de-Mollo-la-Preste.

L’ours est le personnage central d’une légende qui rappelle l’implantation traditionnelle de ce

plantigrade dans les Pyrénées-Orientales en le rattachant au carnaval, rituel de fertilité et

de fécondité. L’ours ravisseur de jeunes bergères est pourchassé par les habitants, capturé, ramené

sur la place du village où il est rasé. C’est ce conte initiatique que « la fête de l’ours » rejoue en

musique et pas de danse.

Le dernier dimanche de février (ou le premier de mars), lâchés à 15 h, les ours grimés et affublés

d’un surprenant pelage déboulent dans les rues du village à la recherche de leurs proies qu’ils

marquent au visage de leurs pattes enduites de suie. A leurs trousses, les chasseurs tirent un coup de

fusil à chaque capture, mais sont plutôt là pour les revigorer avec force rasades de vin, avant de les

capturer en fin de journée.

Alors les barbiers, vêtus de blanc, lavent et rasent la bête, lui donnant

ainsi une apparence humaine. Frissons et rires garantis !

Pour info, la fête de l’ours se déroulera aussi à Arles-sur-Tech le 2 février 2014 (sous réserve) et à

Saint-Laurent-de-Cerdans le 9 mars 2014.

Espérant vous avoir éclairé de ces quelques recherches sur l’origine de la fête de la « chandeleur »
imbolc

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Fêtes païennes : la Saint-Martin

Le 11 novembre est certes, une date importante de notre histoire puisqu'elle met fin à la boucherie européenne, à la une guerre fratricide qui saignit à blanc l'Europe.
Plus joyeusement, c'est la fête des cochonnailles : la Saint-Martin. Cette fête demeure encore très vivante chez nos voisins jurassiens (côté suisse).
Donc, si vous ne savez pas où sortir vers cette date....
Site à visiter pour en savoir plus : http://www.lasaintmartin.ch/

SanMartin-Recoleta

 

A lire avant d'y aller:
Source : Nadine CRETIN, Fêtes et traditions occidentales, PUF que sais-je ?, 1999

(page 82)
Saint Martin, né en Pannonie (Hongrie) au IVème siècle, soldat romain qui se fit ermite et devint évêque de Tours, a toujours connu un culte important. L'apôtre des Gaules est populaire dans toute l'Europe, en particulier pour avoir partagé son manteau avec un pauvre d'Amiens. Le geste charitable du saint à cheval (parfois sur un âne) est sou­vent représenté. Sa monture, populaire dans le nord de la France et en Belgique, dépose la nuit des gâteaux ronds, les « crottes de l'âne », comme le fait parfois celui de saint Nicolas la nuit du 5 décembre. C'est, dit-on, pour remercier les enfants d'avoir retrouvé l'animal égaré dans les dunes.

La Saint-Martin marquait la fin des travaux agrico­les. Dans de nombreuses régions d'Europe, les employés des fermes, payes, repartaient chez eux avec une oie. Évoquant le passage des oiseaux migrateurs à l'entrée de l'hiver, l'oie de la Saint-Martin est restée au menu du jour des Suédois; elle est parfois prétexte à des jeux de massacre, comme à Sursee en Suisse, trace peut-être d'anciens sacrifices. Cette fête préludait à l'ouverture du vin nouveau et à l'époque de la « tuée » du cochon. La « Saint-Cochon » ou « Saint-Boudin », toujours quand il fait froid car la viande se fige mieux, disparaît des cam­pagnes. On préparait entre voisins des conserves prévues pour l'hiver, les hommes au saloir, les femmes à la cui­sine. La fête donnait lieu à de joyeuses agapes où le ton était à la paillardise. Avant l'arrivée de la dinde, porc ou sanglier constituaient souvent le menu gras du repas de Noël.

Dans les pays rhénans et au Portugal, on allume tou­jours des feux de joie réputés autrefois purifier l'atmosphère, comme ceux du début novembre des Îles britanniques. La veille de la Saint-Martin est célébrée en Allemagne, au Luxembourg, aux Pays-Bas par des défilés d'enfants porteurs de lanternes. Autrefois creusées dans des raves comme celles d'Halloween, ces lanternes sont maintenant en papier, faites à l'école. Dans la ville et la tombée de la nuit, les enfants suivent en chantant un cavalier de guise en soldat romain qui mime le partage du manteau. Ils croient que c'est en l'honneur du réforma­teur du XVIème siècle Martin Luther : il n'en est rien. La générosité de Martin, comme celle de Nicolas ou de Lucie est un trait essentiel des saints de l'Avent. Puis les enfants quêtent de porte en porte des pâtisseries en forme de fer et cheval, les «cornes de la Saint-Martin ». Nous retrouvons de telles quêtes jusqu'aux Rois, où il est toujours très important de donner. Les vœux et les chants des dépositaires de l'avenir sont bienvenus : en leur offrant un petit cadeau, autrefois une pomme, une poignée de noix ou de noisettes, maintenant de l'argent et des friandises, on espère se mettre l'année nouvelle de son côté et s'attirer la prospérité. Ne pas leur ouvrir est de mauvais augure et aussitôt sanctionné d'un méchant couplet.
La Saint-Martin débute le temps qui conduit à Noël puis au carnaval. (En Allemagne, on commence le 11 novembre à 11 heures les préparatifs du prochain carnaval).


Et aussi ...
Célestin Von  HORNSTEIN, Fêtes légendaires du Jura bernois, Editions transjuranes, 1978
Pierre VIAL, Fêtes païennes des quatre saisons, Editions de la Forêt, 2008
Philippe WALTER, Mythologie chrétienne, Imago, 2003, 20 € (www.editions-imago.fr)
Yvonne de Sike, Fêtes et croyances populaires en Europe, Bordas,1995 (épuisé)
Alain de BENOIST, Les traditions d'Europe, Le Labyrinthe, 1996

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L'équinoxe de septembre

 
 

Septembre est le mois de l’un des tournants du cycle annuel : l’équinoxe d’automne, milieu de l’année indienne et de l’année iranienne qui commencent avec l’équinoxe de printemps. Or le folklore français l’ignore totalement. Avec les fêtes de vendanges, la seule célébration  notable de septembre est la Saint Michel (fixée au 29), qui marque le terme des baux et contrats agricoles. Si l’on remonte à nos ancêtres germains, gaulois et romains, la quête ne se révèle pas plus fructueuse.

Certes, peu de fêtes germaniques nous sont connues, et celles que nous connaissons ne sont pas datées de façon précise ; mais aucune ne semble correspondre à l’équinoxe de septembre. Des quatre grandes fêtes celtiques qui nous ont été transmises par l’Irlande ancienne, Imbolc (1 février), Beltaine (1 mai), Lugnasad (1 août), Samain (1 novembre), aucune non plus ne lui correspond. Même constatation avec les calendriers romains, qui ne signalent rien de particulier au 21 septembre, et dont plusieurs placent l’aequinoctium au 24 ! Tout cela semble pleinement justifier le scepticisme des auteurs qui font observer, à juste titre, que la fixation des équinoxes, comme celle des solstices, n’a aucun intérêt économique en général, ni agricole en particulier, qu’elle est très difficile à effectuer, et qu’elle n’avait donc guère de chance de donner lieu à célébration chez les Anciens.

Or les observations faites sur certains mégalithes d’Europe occidentale et septentrionale, dont les plus anciens, ceux de Bretagne, remontent au milieu du cinquième millénaire, attestent par leur disposition une connaissance du cours annuel du soleil et de ses tournants, solstices et équinoxes, révélant ainsi des préoccupations tout autres qu’agricoles : celle, notamment, de la régularité du cycle annuel, qui, dans le monde indo-européen, constitue le modèle cosmique de la vérité, fondement des rapports sociaux.

 
 

Jean HAUDRY

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