Dans l'Indre, Maxime, expulsé de sa ferme avec ses deux cents chèvres

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Vatan. Au centre d’un imbroglio judiciaire, un producteur de fromages va devoir quitter sa ferme, au Petit-Villepierre. Sur décision judiciaire, il est expulsé.

Maxime Wailliez tend le courrier officiel arrivé mercredi 17 juillet : « La cour d’appel ordonne l’expulsion, au besoin avec le concours de la force publique. » Les mots portent, les mots claquent et ne laissent aucune place à de quelconques tergiversations. « J’ai compris, je vais partir », soupire Maxime.

Partir de cette ferme familiale, qu’il avait rachetée en 2015, alors qu’un imbroglio judiciaire agitait l’horizon de Petit-Villepierre : douze hectares essentiellement constitués de prairies et bâtiments d’exploitation. « Mes parents géraient cette ferme, poursuit Maxime, lorsque ma mère a été victime d’une grave maladie. »

L’activité de la chèvrerie en a été rapidement affectée et des dettes allaient s’accumuler. A tel point qu’une vente forcée était ordonnée par le tribunal, afin d’éponger un passif de 60.000 €. Un voisin, Jean-Michel Prompt, se portait alors acquéreur et remportait, tout à fait légalement, la vente aux enchères. L’affaire aurait pu en rester là…
La préemption de la Safer annuléeC’était sans compter sur la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) qui exerçait son droit de préemption et devenait, quinze jours après la vente, propriétaire des lieux. Un bras de fer judiciaire allait alors s’engager entre le nouveau propriétaire et la Safer qui rétrocédait l’exploitation, trois années plus tard, à Maxime Wailliez, fils des vendeurs. « Mon client avait alors eu beaucoup de mal à réunir les fonds, explique Me Julio Odetti, alors que nul ne l’avait averti qu’un procès, opposant Jean-Michel Prompt à la Safer, était en cours. »

En toute bonne foi, Maxime Wailliez réinvestissait les lieux en août 2016 et effectuait un emprunt de l’ordre de 170.000 €, afin de les moderniser. « Je suis alors redevenu confiant, sourit le jeune éleveur, et pensais que tous ces problèmes étaient derrière moi. » Mais, patatras… le bras de fer judiciaire allait tourner à l’avantage de Jean-Michel Prompt, défendu par Me Emmanuelle Rodde (1), et la préemption de la Safer était annulée. Jean-Michel Prompt redevenait l’unique propriétaire et Maxime Wailliez et ses deux cents chèvres devaient quitter les lieux avec une astreinte de 50 € par jour de retard.

Pour Jacques Pallas, maire de Saint-Georges-sur-Arnon et médiateur dans cette affaire, « la Safer a commis une faute et il faut que celle-ci soit corrigée ». Selon l’élu, « il n’y a pas d’autre issue qu’un dédommagement financier permettant à Maxime de faire l’acquisition d’une autre chèvrerie ». Des négociations sonnantes et trébuchantes vont donc prochainement s’engager entre Mes Julio Odetti et Alain Tanton pour la Safer. Des négociations « permettant à mon client de faire l’acquisition d’une nouvelle ferme avec des installations équivalentes et indemniser son préjudice moral », martèle Me Julio Odetti. Propos plus nuancés du côté de Céline Braconnier, directrice générale de la Safer Centre qui rappelle « avoir tendu la main à bien des reprises à ce jeune éleveur, mais en vain ». Quant au montant « il est hors de question de signer un chèque en blanc sur aucune base réelle ».

Bref ! Dettes, imbroglios judiciaires, expulsion, astreintes, chèque en blanc… Un tourbillon qui n’a pas empêché Maxime de se lever très tôt, ce matin, afin de vendre ses fromages sur le marché de la place Voltaire, à Châteauroux. Et vous allez voir… ils sont, malgré tout, très bons.

(1) Nous avons tenté de joindre sans succès Mes Emmanuelle Rodde et Alain Tanton.

https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/maxime-expulse-de-sa-ferme-avec-ses-deux-cents-chevres?fbclid=IwAR3PuJ9GfsqRfFRZWZGsi4tJQYKB929iFDlA0NGVteJUaq7zpRzHtZJJf9E

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