Coronavirus : les policiers du Calvados ont pour consigne de ne pas "intervenir" pendant le ramadan, le patron de la police demande des "explications"

Dans une note interne, que France 3 a pu consulter, il est demandé aux fonctionnaires de ce département d'éviter "un trouble supérieur de violences urbaines". Le patron de la police nationale a assuré en réponse que les policiers intervenaient "en tout point du territoire".

Des consignes spéciales adressées aux fonctionnaires de police. Dans le Calvados, le directeur départemental de la sécurité publique indique, dans une note diffusée vendredi 24 avril et que France 3 a pu consulter, qu'"il n'y a pas lieu d'intervenir dans les quartiers à forte concentration de population suivant le ramadan, pour relever un tapage, contrôler un regroupement de personnes rassemblées après le coucher du soleil pour s'alimenter". A deux exceptions près : "atteinte aux personnes ou atteinte grave aux biens." 

Ces instructions sont dispensées alors que les musulmans français ont entamé vendredi un mois de ramadan, comme une bonne partie des musulmans de la planète, placé sous le signe du confinement face à la pandémie de Covid-19. Il faut avoir un motif valable pour sortir, avoir sur soi une attestation et éviter tout regroupement.

"Eviter un trouble supérieur de violences urbaines"

Or, dans cette note, il est demandé aux policiers "de faire preuve de discernement", pour "éviter qu'un manquement aux règles de confinement ne dégénère et provoque un trouble supérieur de violences urbaines". "Si la situation le nécessite, plusieurs véhicules pourront être dirigés""au point de regroupement le plus proche", précise la note, qui est valable "du 24 avril de 5h09 jusqu'au 23 mai à 21h52".

"Cette note révèle après quelques jours de polémique que nous avions raison. On ne veut pas qu'on entre dans certains quartiers", commente à France 3 Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat policier Alliance. Ces dernières semaines, des tensions sont notamment apparues à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) et dans plusieurs autres villes d'Ile-de-France, où des affrontements nocturnes ont eu lieu entre des policiers et des jeunes habitants.

"Une initiative locale incompréhensible"

Le directeur général de la police nationale (DGPN) a réagi à cette note dans la soirée. Ses propos vont à l'encontre de ceux du responsable syndical. "La police nationale intervient en tout point du territoire pour assurer la sécurité des personnes et des biens quelles que soient les circonstances. Le DGPN a demandé qu'un rapport d'explications lui soit transmis dès ce soir", a affirmé la Police nationale dans un message transmis à l'AFP.

"Il s'agit d'une initiative locale incompréhensible", a commenté auprès de l'AFP l'entourage du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. "Les consignes nationales sont claires et ont été rappelées à plusieurs reprises ces derniers jours tant par le ministre de l'Intérieur que par le secrétaire d'Etat : le contrôle par les forces de l'ordre du bon respect du confinement doit être assuré partout et à chaque instant sur tout le territoire", a complété cette même source.

Selon Le Canard enchaîné, Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministère de l’Intérieur, avait indiqué le 18 mars, lors d'une visioconférence avec les préfets des zones de défense, que faire respecter le confinement dans les quartiers populaires n’était "pas une priorité". Mais Laurent Nuñez a démenti vendredi matin sur Europe 1 : "Il n'y a jamais eu de consignes d'allégement des contrôles sur n'importe quel territoire de la République y compris dans les quartiers."

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Les INDO-EUROPEENS de J. Haudry

 

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Dans son ouvrage fondamental « Les Indo-Européens », qui est la mise à jour de son célèbre « Que sais-je ? », notre maître et ami Jean Haudry nous découvre la conception qu’avaient de l’univers les plus anciens des Européens et les représentations qu’ils s’en faisaient. Il a divisé la matière en cinq sections : leur conception des lois de l’univers (la cosmologie) et du temps, leur théorie de la formation de l’univers (la cosmogonie), leur histoire de l’humanité et leur pensée quant à leurs fins dernières (l’eschatologie).

 

J Haudry

 

Dans notre numéro précédent, nous avons vu que l’idée d’une décadence à la fois morale et vitale a pour contrepartie un progrès matériel, considéré comme bénéfique et attribué à diverses divinités, en particulier à des représentants du Feu divin comme Prométhée. Ce processus aboutit à une catastrophe cosmique. Le tableau de cette catastrophe varie autant que celui du commencement du monde : tous les cataclysmes connus ou imaginables y ont leur part, déluge, embrasement universel, chute des astres, etc. Mais partout elle est conçue comme la victoire des forces du mal liée dans l’univers au triomphe de la subversion dans la société humaine. Alors seulement pourra naître un monde nouveau : « Sur les champs non ensemencés croîtront les récoltes. Tous les maux seront réparés. Baldr va revenir. », Vision de la Voyante, 62 (trad. Boyer : 548). La transposition épique de ce mythe eschatologique dans le Mahabhârata a été mentionnées plus haut. L’épopée populaire arménienne conserve elle aussi la trace d’un retour de la justice incarnée par Mher (reflet du Mithra iranien) enfermé avec son cheval dans une caverne : retour consécutif à une catastrophe cosmique : « Quand le monde aura été détruit et qu’il aura été refait… alors seulement nous aurons la permission de sortir d’ici » David de Sassoun, (trad. Feydt 1964 ; 397). Ce retour de Mher fait écho à celui d’Astrée ou Dikè, la Justice, chanté par Virgile « Voici que revient la Vierge, que revient le règne de Saturne. Voici qu’une race nouvelle est envoyée du haut du ciel », Bucoliques, 4,6 et suiv. Il semble qu’Hésiode ait partagé cette espérance, sinon, comme l’observe Vernant (1988 : 23), pourquoi exprime-t-il le regret (Travaux, Vv. 175) de n’être pas mort plus tôt ou né plus tard ? Cet âge d’or sera-t-il stable, comme l’assure la tradition mazdéenne ou, comme dans la conception brahmanique, le monde entrera-t-il une fois de plus dans le cycle de la décadence, jusqu’à une nouvelle catastrophe ? C’est ici que divergent les traditions, car ce n’est pas l’essentiel : peu importe pour l’homme d’aujourd’hui et pour son action dans le monde. Qu’il s’agisse de l’espace ou du temps, de l’histoire de l’univers ou de celle de l’humanité, tout revient invariablement à la question des rapports entre les parties constitutives de la communauté : tout ordre est le reflet de l’ordre social, toute évolution a pour modèle celle que présente la vie de la société. C’est en cela que la conception de l’univers, comme celle de l’individu, peut être politique.

Mais, à l’inverse, l’ordre social est homologue de l’ordre cosmique : les castes, qui réalisent les trois fonctions dans le monde indo-iranien, y sont dites « couleurs », en vieil indien varna, en avestique pistra, et ces couleurs sont celles des trois ciels : le blanc du ciel diurne, le rouge du ciel auroral et crépusculaire et le noir du ciel nocturne. De plus, ces couleurs symbolisent également les divisions de sociétés dont la tripartition n’est pas fonctionnelle : ainsi la société germanique. L’homologie peut donc se lire dans les deux sens. Qu’il s’agisse du formulaire ou des schèmes notionnels, la tradition privilégie le politique : elle est tournée vers l’action, ayant pour objet principal de guider la conduite des chefs. Mais les réalités politiques et sociales changent et les institutions, quoique censées éternelles, évoluent : la structure trifonctionnelle n’est pas commune à toutes les sociétés indo-européennes et les sociétés organisées sur un autre modèle peuvent connaître la tripartition des couleurs symboliques. Il y a donc, sous-jacente à la forme explicite de la tradition centrée sur l’action des hommes dans la société, une vision du monde informulée selon laquelle les trois ciels et leurs couleurs, les principaux cycles temporels et en particulier le cycle annuel, tiennent une place centrale. Ici encore le caractère cumulatif de la tradition est manifeste. L’eschatologie se fonde sur l’homologie des cycles temporels, qui remonte à la période la plus ancienne. Mais la partie descendante du cycle, seule prise en considération pour l’histoire de l’humanité, a été mise en relation avec la hiérarchie des fonctions et des castes ou classes qui leur correspondent dans la société des quatre cercles. De plus, avant de s’exprimer dans les textes dont nous disposons, les conceptions eschatologiques ont traversé la société héroïque et les phases initiales des sociétés d’époque historique qui leur ont imprimé leur marque. Le combat eschatologique est attribuable au caractère guerrier de la société héroïque, la divergence des traditions signalée ci-dessus aux différences entre les sociétés qui les ont véhiculées aux temps historiques.

Sources : RENAISSANCE EUROPEENNE - Secrétariat : Molenstraat 83, 2018 Anvers. Belgique et pour tous contacts : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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Coronavirus : Médecins sans frontières arrête ses opérations de sauvetage en mer avec SOS Méditerranée

Les deux associations expliquent ne pas s'être entendues sur les actions possibles à mener pendant la crise sanitaire.

La fin d'un partenariat de quatre ans qui a permis de sauver 30 000 migrants en Méditerranée. Médecins sans frontières a annoncé, vendredi 17 avril, qu'elle cessait ses missions de sauvetage de migrants en mer à bord de l'Ocean Viking. L'association explique son choix par le fait qu'elle n'est pas parvenue à s'entendre avec l'ONG SOS Méditerranée (qui affrète le bateau) sur la possibilité d'opérer malgré la crise sanitaire.

Cette dernière considère en effet que "les conditions de sécurité ne sont malheureusement plus réunies pour les équipages et les personnes secourues". Reprendre la mer, c'était prendre le risque de se retrouver "face à des situations de blocage qui s'éternisent""sans aucune garantie de débarquement", et "des évacuations médicales rendues très hasardeuses du fait des conditions de crise sanitaire", a expliqué à l'AFP Sophie Beau, sa directrice générale.

Jusqu'à nouvel ordre, l'Ocean Viking restera à Marseille, son port d'attache. "On ne pouvait pas prendre la responsabilité de repartir en mer alors que tous les indicateurs sont au rouge", a poursuivi Sophie Beau. SOS Méditerranée, qui travaillait à l'origine avec Médecins du monde, espère toutefois reprendre dès que possible ses opérations, sans MSF donc, pour éviter "que la crise sanitaire n'en cache une autre", humanitaire, en Méditerranée.

Malte et l'Italie pointés du doigt

Quant à MSF, elle aurait souhaité poursuivre les sauvetages à bord de l'Ocean Viking, même sans garantie des Etats européens de pouvoir débarquer les personnes secourues, au nom de "l'impératif humanitaire", a expliqué Hassiba Hadj Sahraoui, chargée des questions humanitaires. L'ONG pouvait difficilement continuer de mobiliser une équipe médicale si le bateau de sauvetage restait à quai en France, a-t-elle ajouté.

MSF, déterminé à poursuivre son action en Méditerranée, met directement en cause la responsabilité des Etats européens, qui "continuent de se dérober devant leur responsabilité, contrecarrant sans relâche les efforts des ONG". "La lutte contre le Covid-19 ne doit pas être un prétexte pour imposer des politiques migratoires meurtrières", a ajouté l'ONG, qui appelle à lever "immédiatement les restrictions empêchant les ONG de sauver des vies en mer". Elle accuse Malte et l'Italie de ne pas avoir répondu à plusieurs appels de détresse et refusé "le débarquement à près de 200 personnes" par d'autres ONG pendant le week-end de Pâques.

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Bouches-du-Rhône : trois hommes soupçonnés d'avoir pillé 34 Ehpad placés sous les verrous

Au centre d'une actualité morbide, avec des centaines d'anciens emportés chaque jour par le coronavirus, les Ehpad des Bouches-du-Rhône ont également été dans la ligne de mire d'une équipe de malfaiteurs méthodiques et insatiables. Une série de vols par effraction qui n'a pas commencé avec la crise sanitaire. Mais qui s'est poursuivie et même accéléré pendant le confinement, en dépit de l'hécatombe, et au détriment de personnes âgées ; déjà très fragilisées par l'isolement et la faucheuse qui rôde...

Depuis octobre 2019, cette équipe est accusée d'avoir frappé à près de 34 reprises dans des établissements de l’ensemble du territoire (Martigues, Aix, Saint-Mitre, Marseille…) pour un butin estimé à 100 000 euros de bijoux, 20 000 euros en liquide et une quantité de retraits indéterminée à cette heure.

Le mode opératoire était chaque fois le même. Une ou deux fois par semaine, un duo ou un trio d'hommes s'introduisait de nuit dans un établissement, parfois ouvert, ou en forçant les entrées, puis ils se dirigeaient dans les bureaux de la direction. "Là, ils descellaient les coffres-forts contenant les objets précieux des résidents : des bijoux de famille à la valeur sentimentale importante, mais aussi, des cartes bancaires avec bien souvent le code à proximité", détaille le patron de la sûreté départementale, David Brugère.

Ces coffres étaient ensuite embarqués dans une voiture avant d’être détruits et vidés à l'abri des regards. L’or était fondu, le métal revendu et les CB utilisées jusqu’au plafond autorisé. Opportunistes, les malfrats ont également dérobé, lors d’une virée à Plan-de-Cuques, une nouvelle matière précieuse : un lot de 300 masques chirurgicaux et des solutions de gel hydroalcoolique. Interpellés le 14 avril dernier dans leur domicile respectif du 13 arrondissement de Marseille, les suspects âgés de 22 à 24 ans ont reconnu les faits.

Ils ont été mis en examen pour "vol en bande organisée" et écroués en maison d’arrêt. Selon nos informations, deux des malfaiteurs présumés étaient déjà "très connus des services de police".

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LOVECRAFT, écrivain fasciste

 

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Lovecraft (1890-1937) s'impose comme le seul grand maître du Fantastique au XXème siècle. Méconnu de son vivant, encore peu lu aujourd'hui dans son pays malgré les efforts déployés par son ami, l'écrivain August Derleth, il connaît un juste mais ambigu succès en France.

Love­craft n'est pas seulement le prodigieux conteur d'abomina­tions fascinantes, le démiurge d'un peuple de dieux impies. Lovecraft est un écrivain politique, Un exemple rare de par­faite transposition artistique de profondes convictions politiques. Ecrivain politique volontairement ignoré par une cri­tique aveuglée par son sectarisme, essayant de faire de Lovecraft un auteur, phare d'une fumeuse contre-culture aux forts relents crypto-marxistes. Cette même chapelle qui rè­gne depuis trente ans en une dictature sans partage sur la « république » stalinienne de nos lettres, de moins en moins françaises, ne transforme-t-elle pas Jack London, écrivain de l'individualisme et du dépassement, en un écrivain égalitariste et proudhonien méconnaissant ou bien plutôt, feignant de méconnaître, une phrase comme celle-ci : « Quant aux peaux brunes, aux métis, aux sangs mêlés, depuis des mil­liers d'années de générations et des centaines de siècles, elles étaient uniquement créées, n'est-ce pas Seigneur ? Pour que nous leur marchions sur le visage, les contraignant à travailler pour nous. » (Jack London : Les mutins de l'Elseneur.)

Mais peut-on demander à certains critiques d'avoir lu les auteurs dont ils parlent et, odieux parasites, dont ils vivent ? Un mince mais salubre livre, « Lettres d'Arkham » — choix malheureusement trop partiel dans l'immense correspondance de Lovecraft, effectué par un excellent spé­cialiste du Fantastique, François Rivière, chez un éditeur d'une rare probité dans les domaines qu'il a choisi d'explo­rer, le fait est trop rare pour n'être pas cité — démystifie l'écrivain.

Le héros lovecraftien-type est un homme cultivé, sou­vent universitaire, dépositaire et héritier d'une culture élitique. L'auteur nie la démocratie, « fausse idole », « un mot passe-partout, une illusion des classes inférieures, des uto­pistes et des civilisations mourantes », exècre le nivellement culturel (1), « l'égalité est une plaisanterie, mais un prieuré couvert de mousse ou une cathédrale sont une poignante réalité. » Goût de l'élitisme en parfaite continuité avec les propos de son maître Edgar A. Poe : « Chez un peuple sans aristocratie le culte du beau ne peut que se corrompre, s'amoindrir et disparaître » (Edgar Poe, sa vie et ses œuvres, Charles Baudelaire, p. 1032, édition de la Pléiade des œuvres en prose d'Edgar Poe). L'art de Lovecraft s'en­racine profondément dans le folklore de la Nouvelle An­gleterre, en ligne directe avec les vieux mythes indo-euro­péens. « II n'est pas d'autre endroit pour moi. Providence est mon univers. »

Seules les terres de tradition — la Nouvelle Angleterre : Lovecraft, Henry James ; le vieux Sud : Truman Capote — nourrissent le Fantastique américain.

Ce créateur d'une horde de dieux abominables, un des seuls exemples de création littéraire d'une « religion » ima­ginaire et cohérente, profane et impie, d'un mythe totale­ment original : le mythe de Cthulhu — aujourd'hui encore, prolongé par de nombreux fantastiques — était profondé­ment incroyant et irréligieux. Lovecraft ne vivait pas son œuvre fantastique comme les auteurs du genre au XIXème siècle, épris de sociétés secrètes, de cultes extravagants, de spiritualisme et autres pratiques mystico-scientifiques, com­me le furent Machen, Bram Stocker... et Victor Hugo ; il la rêvait et l'écrivait... par delà le mur du sommeil.

Son antisémitisme : « Pour que le Juif soit assimilé sans danger dans une société de type aryen, il faut qu'il consente à se dépouiller de son lourd héritage culturel et religieux pour revêtir l'homme nouveau », son culte de la force rayon­nante, lui faisaient haïr le christianisme — « Ces ignominieux Juifs responsables de la corruption spirituelle du pays, eux qui ont donné au monde ce fou crucifié alors qu'il ferait si bon hurler et rire à l'adresse de Thor et Odin. »

La philosophie lovecraftienne est le fruit de la curieuse synthèse des philosophes mécanistes antiques, du pessi­misme allemand, du matérialisme positiviste et de la philo­sophie nietzschéenne, conceptions en totale opposition avec l'œuvre. Œuvre exutoire de ses haines et non transcrip­tion directe de ses croyances (2).

Le credo politique et philosophique de Lovecraft s'ap­puie sur deux piliers : la supériorité de la race aryenne et le nécessaire enracinement de l'individu dans son passé et son terroir. Lovecraft se veut politiquement tory, czariste, Junker, patricien, fasciste, oligarchiste, nationaliste et militariste. Il rêve d'un nouvel empire, réunissant l'Amérique du Nord à l'Angleterre, union comblant son désir de pu­reté raciale et sa quête d'une légitimité des traditions mal­gré tout, encore jeunes de la Nouvelle Angleterre. Empire qui devrait bientôt conquérir l'univers. Empire mythique que les démocrates ne surent construire et dont l'ébauche, comme le confiait récemment George Wallace, se trompa d'ennemi, préférant écraser l'ordre nouveau plutôt que de combattre l'éternelle barbarie mongole. Opinion qui, soyons-en sûrs, aurait comblé Lovecraft. Peut-être par l'absence d'un nouvel Alexandre, l'esquisse de cet empire se dissout à Yalta.

Lovecraft prône le pansaxonisme : la domination des inférieurs de l'humanité par la race anglaise et les races parentes. Il condamne l'indépendance des Etats-Unis, ce qu'il appelle la sédition yankee. Il considère la Nouvelle Angleterre comme une province de sa Majesté. Les certi­tudes politiques de Lovecraft ne vont pas sans quelques contradictions et sans doute quelques déchirements ; admi­rateur de la force brutale germanique et pourtant nourri de culture hellénique. Mais la Grèce de Lovecraft est la Grèce de Sparte. Enfant, il élevait des autels en l'honneur des dieux latins, adulte, il veut rire à Odin et boire le sang chaud de ses ennemis dans leur veule crâne. Il se sent fils d'Odin, frère de Hangist et d'Hora.

Lovecraft connaîtra toujours une profonde contradic­tion entre ses convictions positivistes et d'un nihilisme dé­sespéré — « la vie est creuse et futile et nous allons à la dé­rive sur une mer dont nul n'a jamais su dresser la carte » — et sa passion sensuelle pour les dieux virils et solaires. La constance, dans les contes, d'hommes hurlant à la lune des mots à horrible phonétique, appel aux entités innombra­bles exhumées du temps et des ténèbres, n'est-elle pas l'exorcisme par son négatif d'un culte solaire que la raison de l'auteur condamne et que ses sens appellent. Opposition entre l'évidente sensualité de ses espérances politiques, de son rêve d'un monde peuplé de géants blonds aux yeux d'azur, et le héros lovecraftien, jamais décrit, mais suggéré comme un reflet de l'auteur, presque une caricature du por­trait convenu de l'intellectuel. A l'inverse de ses opinions politiques et philosophiques, Lovecraft n'a pas su trans­cender son puritanisme et c'est là l'évidente faiblesse de sa démarche intellectuelle, par ailleurs parfaitement cohérente. Il ne suivit pas le conseil de son ami Kleiner, qui souhaitait voir mêlés dans ses contes érotisme et fantastique. Love­craft se dresse contre l'érotisme parce que toute culture et toute race le considère avec répugnance, affirmation tota­lement erronée, surprenante de la part d'un homme aussi cultivé ; méconnaissait-il, entre autres, la civilisation de l'Inde et les fresques romaines de Pompéi ? Parce que l'acte sexuel est en relation étroite avec des phénomènes basse­ment organiques — là encore opposition entre le désir d'être un pur esprit oublieux de la chair, voué à la con­naissance, et son admiration pour les beaux corps musclés des Vikings. Parce qu'il y a un rapport patent entre la sexualité et la décadence des nations.

Misogyne, les fem­mes sont quasiment absentes de son œuvre. Les seules femmes que l'on y rencontre sont des sorcières ou des filles mères accouchant de monstres engendrés par la population avec des entités repoussantes (les hommes sauriens dans « Le cauchemar d'Innsmouth »). Chez le .monstre lovecraftien, l'anormal se situe souvent sous la ceinture : un enchevêtrement de tentacules — dégoût pour la forme même du sexe mâle ?

Les convictions de Lovecraft ont pour source son culte de l'esthétisme. Son racisme naît du dégoût qu'il éprouve pour la forme, l'aspect de l'homme brun, symbole de l'Orient — femme face à l'homme blond, symbole de l'Occident — mâle. Dans ses contes, les serviteurs des dieux impies sont toujours des Latins, des Sémites, des gens de couleur natu­rellement laids, cherchant à souiller le héros blanc (3). La pire des abominations est le fruit de la femme, la femme naît coupable, et d'une divinité immonde, condamnation sans appel du métissage. Par des propos d'une violence inouïe, Lovecraft sublime son racisme. « Ces choses orga­niques, ces italo-sémitico-mongoloïdes, ne peuvent quel­que soit l'effort d'imagination que l'on fasse, mériter le nom d'humains. Ce sont des composés monstrueux et nébu­leux du pithécanthrope et de l'amibe, vaguement pétris dans la boue visqueuse que produit la corruption de la terre » : description des bas quartiers de New York comme Chinatown, où vivent « ces chimpanzés graisseux », ces entités flasques, odorantes, grimaçantes qui lui soulèvent le cœur : « Ils me firent penser à des rangées de tonneaux cyclopéens et pestilentiels pleins jusqu'à en donner la nausée de pourritures gangreneuses. » Le noir est laid, Lovecraft ne peut en supporter la vue. Il l'exècre : « La seule chose qui rende la vie supportable où sont les noirs, c'est le principe de Jim Crow. Ecartons-les de notre vue ou massa­crons-les de telle sorte qu'un blanc puisse se promener dans ces rues sans être pris de nausée. »

Lovecraft admire le guerrier en sa force, l'armée en son ordre — non une armée de conscription issue du peuple mais une armée de chevaliers nés pour d'éternelles croisades : « Une armure gagnée à la croisade vaut bien mille ru­meurs de la racaille vociférante » ; la guerre, en sa com­munion virile. Il vomit les pacifistes : « La couardise déca­dente est responsable de la propagation des idéaux paci­fistes. La paix me semble bien être l'idéal d'une nation mou­rante, d'une race sur son déclin. »

La résonance politique de l'œuvre de Lovecraft est bien étrangère à notre monde où l'idée même d'élite est sus­pecte, où le meilleur est traqué, où le mot race est tabou.

Lovecraft, le plus grand auteur fantastique du XXème siècle, nous fait entendre parmi les mille « rumeurs de la racaille » une grande voix d'Occident.

 

Bernard ALAPETITE.

Notes :

(1) « Un homme de bon goût doit préférer être apprécié des gens évolués plutôt que du troupeau. Ce ne sont que des animaux grossiers tandis que tout ce qui est admirable dans l'homme est le produit artificiel d'une éducation spéciale. »

(2) II se dépasse par l'intermédiaire d'aspirations idéologiques assez proches de celles exprimées sur le mode satirique dans le roman de Norman Spéinrad, « Rêve de fer », ou, sur le mode sadi­que dans « Le bonheur nazi », de Michel Rachline.

(3) « Je plaide pour la préservation des conditions favorables à l'épanouissement des choses belles, les beaux édifices, la littérature raffinée, un art et une musique élaborés, et un type humain résultant d'une sélection physique, laquelle ne peut être obtenu que par une race absolument pur et saine. »

N. B. : Les citations entre guillemets non attribuées sont extraites de l'œuvre de Lovecraft.

Source : Défense de l’Occident/Septembre-Octobre 1977

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