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Un terrible tremblement de terre a lieu à San Juan le 15 janvier 1944 dans le nord-ouest de l’Argentine. Le Général Perón  lance alors une grande action de solidarité nationale au profit des sinistrés. Sur la radio nationale, une jeune femme salue de façon élogieuse et poignante l’action humanitaire du chef révolutionnaire. Elle s’appelle Eva Duarte.

Née le 7 mai 1919 à Los Todos, à 250 km de Buenos Aires, fille illégitime d’une cuisinière d’origine Basque et d’un propriétaire d’hacienda qui lui donnera son nom à sa mort. Elle se rend à l’âge de 16 ans à Buenos Aires en compagnie d’un chanteur itinérant qu’elle quittera en 1935. Pendant cinq ans d’imprésarios en auditions et de cabarets à la mode, elle va vivre en grande partie de la ‘’générosité’’ de riches admirateurs.

Au début de la seconde guerre mondiale elle est engagée à Radio Belgrano et obtient rapidement sa propre émission. A l’occasion d’un cocktail elle est présentée à Juan Domingo Perón alors Secrétaire d’Etat au Travail et à la Prévoyance Sociale (il cumulera par la suite les fonctions de Ministre de la Guerre et Vice-Président de la République). Entre Eva et Juan Domingo c’est le coup de foudre réciproque : elle a 24 ans, il en a 49.

Perón est un nationaliste révolutionnaire partisan d’un socialisme éthique, organique, véritable. Le plus grand syndicat ouvrier, la CGT (Confederación General del Trabajo de la República Argentina) lui est acquis et il bénéficie du soutien  de l’armée.

En 1944 contre les dérives réactionnaires il proclame : « nous créerons un Fascisme mais en évitant soigneusement les erreurs de Mussolini». Perón établit des lois sociales modernes et révolutionnaires (sécurité sociale / conventions collectives / retraites / congés payés / tribunaux du travail etc…) Le 1er mai est instauré. Le Père du Peuple fait développer l’agriculture et l’industrie. Les ressources de matières premières sont nationalisées. L’écrivain ‘’antisémite’’ Hugo Wast devient Ministre de l’instruction. Au travers du Général Farrell alors Chef de l’EtatPerón reste le véritable Conductor !

Cette politique justicialiste déplait fortement aux intérêts étrangers, principalement anglo-saxons, à la bourgeoisie capitaliste, aux gauches caviars qui n’aiment le peuple que lorsqu’il se tient à distance et aux communistes dont l’influence a été réduite à néant.

Cette opposition fête bruyamment «la victoire des démocraties» (l’Argentine sous pression des Alliés déclare la guerre à l’Allemagne et au Japon le 27 mars 1945 !). Ceux-ci appuyés par la partie réactionnaire de l’armée exigent le départ de Perón.

Le 20 septembre 1945 un million et demi d’opposants se dressent contre le ‘’pouvoir’’, mais le 9 octobre, le Conductor est forcé de démissionner. Tout semble perdu, mais Eva va sauver le régime et mobilise les syndicats et le petit peuple argentin. Ils savent tous que Perón est le seul rempart contre l’oligarchie. Pendant ce temps le Conductor est incarcéré et cède au découragement. Eva appelle les travailleurs à une grève générale aux micros de Radio Belgrano. Le gouvernement veut gagner du temps, mais les travailleurs argentins refusent toutes compromissions. Poussés par Eva et Reyes de la CGT, le 17 octobre, 1 million de grévistes occupent la capitale. Le Général Farrell cède. Perón libre apparait au balcon du Palais Présidentiel : c’est la communion totale entre le peuple et son ‘’Père’’ sur fond d’hymne national.  Le Général n’accepte aucun  portefeuille dans le nouveau gouvernement, mais place des hommes de confiance.

 

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Le 21 octobre 1945, Eva Duarte épouse Juan Domingo Perón. Le Parti Justicialiste (Partido Justicialista) est fondé avec Perón comme candidat. Eva est sa directrice de campagne. Ce parti est une force authentiquement ouvrière qui engage la lutte contre l’union démocratique qui rassemble la bourgeoisie, l’oligarchie, les communistes et l’argent étranger. Pour les élections du 24 février 1946, le Justicialisme a le soutien de l’armée et des ligues fascistes, bénéficie de la neutralité bienveillante de l’Eglise catholique et de l’appui certain de la majorité des travailleurs.

Les Péronistes obtiennent les 2/3 des députés et pratiquement la totalité des Gouvernements de provinces : Le Général Perón est au pouvoir.

Le 14 janvier 1947, le Parti Péroniste est officialisé avec son Service d’Ordre en chemise blanche. Recruté parmi le prolétariat (descamisados) méprisé par les intellectuels marxistes. Ils sont les fidèles parmi les fidèles du Conductor et d’Evita dont ils feront la «Madone des temps modernes».

L’action sociale est le domaine d’Eva Perón. Elle consacre tout son temps à cette œuvre et vit pratiquement au Ministère du travail. Le Justicialisme proclame : «Nous voulons totalement supprimer l’exploitation quel que soit le nom derrière lequel elle se cache». Le corporatisme d’inspiration italienne et espagnol remplace la lutte des classes. L’indépendance économique du pays est gagnée, l’armée est modernisée. Grâce à Eva le suffrage féminin est instauré en 1947 : «Le droit de vote n’est pas essentiel en soi mais c’est l’instrument grâce auquel les femmes pourraient obtenir tous leurs droits ou plutôt le droit d’être des femmes tout simplement et d’accomplir leur mission de femmes !»  Elle met sur pied la caisse sociale « Maria Eva Duarte de Perón » pour financer la construction d’hôpitaux, d’écoles, de logements et d’épiceries à prix réduit, d’écoles professionnelles, de pensionnats, de jardins publics etc… Pour Eva : «compter est un tic capitaliste, moi je donne». Les déshérités se pressent à son bureau. Saint-Loup écrit : « Elle inspirait la vénération au petit peuple argentin. La passion qui la consumait rappelait celle d’une Charlotte Corday et d’une Louise Michel… »   

Courageusement l’Argentine recueille les vaincus du fascisme européen : d’Ante Pavelitch à Saint-Loup qui sera Colonel des troupes de montagnes. Ceci combiné à la politique Justicialiste n’améliore pas l’image  du pays sur la scène internationale issue de la «victoire sur le nazisme». Alors quel meilleur ambassadeur que la blonde et captivante Eva. Elle se rend successivement en Espagne, reçue par le Général Franco elle remet le message de Perón aux ouvriers espagnols. En Italie les partis de gauche organisent des manifestations hostiles, elle fait front et bientôt les injures font places aux bravos et le nom de Perón est scandé certains criant «Duce, Duce, Duce…» En France contrairement  à la presse le peuple voit en elle une héroïne de conte de fée. En Grande Bretagne, en Suisse, en Hollande l’accueil reste généralement froid. La « Gira del Arco Iris » (Tournée arc en ciel) se poursuit aussi en Amérique du sud où il sert la politique Bolivarienne de Perón contre les influences yankees et soviétiques (les relations avec l’URSS sont rétablies depuis 1946, mais le Parti Communiste est interdit.

Eva Perón est devenue la femme la plus puissante de l’Argentine. C’est l’idole de tout un peuple, la CGT reste omniprésente. Peu avant les élections de novembre 1951 le Général Ramirez tente un pronunciamiento et fonce avec ses tanks sur le Palais Présidentiel. Perón doit  se réfugier à l’ambassade du brésil. Evita quoique minée par la maladie depuis son voyage en Europe organise la contre-offensive et brise les insurgés.

 

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Les élections se déroulent normalement sous le slogan «Perón accomplit, Eva ennoblit». La campagne est menée tambour battant malgré l’hostilité non dissimulée d’éléments  réactionnaires. Ses partisans obligent Eva à briguer la Vice-Présidence. La garde Péroniste défile au pas de l’oie au son de «Los muchachos Peronistas». Mais à la surprise générale elle annonce à la radio qu’elle retire sa candidature, la raison officielle étant son état de santé. En réalité ce sont les pressions militaires réactionnaires qui menacent la révolution péroniste. De par son sacrifice, le 11 novembre Perón est réélu.

Eva est atteinte d’un cancer, son état est incurable. Le 4 juin 1952 elle parle une dernière fois à la radio. Le 26 juillet, à 20h33 elle s’éteint après une lente agonie.

Tout le pays prend le deuil, un mur de fleur de 6 mètres de haut et de 100 mètres de large entoure le bâtiment où repose son corps. Des millions d’argentins suivent son cercueil porté par les descamisados vêtus aux couleurs nationales jusqu’à la cathédrale de Buenos Aires. Son corps sera embaumé et exposé au siège de la CGT.

L’armée à la solde des ennemis de l’Argentine renverse Perón en septembre 1955 et très vite fait disparaître la dépouille d’Eva allant jusqu’à la faire enterrer secrètement et sous un faux nom à Milan, en Italie.

Quand sous la pression du peuple argentin, Juan Domingo Perón fera un retour triomphal dans son pays en 1972 il lancera la construction d’un mausolée monumental à la mémoire d’Evita. L’une des conditions de son retour étant qu’on lui rende le corps de son épouse. Il est scandalisé en ouvrant le cercueil : les bijoux que portait Eva ont disparu, son visage est défiguré de coups de poignard, le nez enfoncé, le cou sectionné et la poitrine tailladée. En outre le cercueil a volontairement été troué pour que l’eau puisse y pénétrer !

«El Viejo» n’aura pas le temps de remettre le pays sur les rails : une crise cardiaque le terrasse le 1er juillet 1974. Le pouvoir revient à «Isabelita» avec laquelle Perón s’est marié en 1961 et qui essaie de son mieux d’être digne d’Evita  et au principal conseiller du Général, le sympathisant fasciste Lopez Rega.

Mais les militaires à la soldes des yankees veillent et le 23 mars 1976 le General Videla met fin à la révolution Justicialiste.

Le mausolée d’Evita est dynamité par les vengeurs antifascistes. En 1989 l’élection de Carlos Menem en candidat ‘’péroniste’’ n’est qu’une vaste escroquerie, une mascarade, une insulte libérale au justicialisme. En 2012, ultime récupération d’un mythe que le système ne peut plus détruire, l’Argentine crée un nouveau billet de 100 pesos : il est à l’effigie d’Eva Perón.

Le rêve Justicialiste est définitivement balayé, mais dans le cœur de chaque argentin il y a une place pour le souvenir d’Evita Perón, la blonde fille de la pampa qui les avait tant aimés !

 

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Henri Georges Coston dit Henry Coston est né à Paris, le 20 décembre 1910, issu d’une famille auvergnate.

Après avoir effectué ses études au collège de Villeneuve-sur-Lot, il milita très tôt dans les mouvements nationalistes (à seize ans il était secrétaire de la section d’Action Française de Villeneuve-sur-Lot) et collabora dès 1927 à divers organes de la presse nationale : L’Express du Midi, Le Paysan du Sud-Ouest, Le Petit Oranais, Le Porc-Epic, Le Siècle Nouveau, Paris-Soir. En 1930, il ressuscita La Libre Parole (qui avait été fondée en 1892 par Édouard Drumont, disparue en 1924, fut reprise en 1928 par Jacques Ploncard, pour de nouveau suspendre sa parution en 1929) dont il dirigea la publication jusqu’en 1939. En 1936-1937, il en fit paraître une édition algérienne sous le titre La Libre Parole Nord-Africaine. A cette même époque, il fut candidat aux élections législatives à Alger.

Entre temps paraissaient ses premiers livres : Les Francs-Maçons célèbres, Les Mystères de la Franc-Maçonnerie, etc.

Dès 1940, il prit parti pour la politique du maréchal Pétain et fut à ce titre décoré de la Francisque. Pendant la guerre, il poursuivit ses activités de journaliste à La France au Travail et au Bulletin d’Information en particulier. Comme des centaines d’autres écrivains journalistes pétainistes, il fut « épuré» et connut (avec Henri Béraud, Bernard Fay, Claude Jeantet, Stéphane Lauzanne, Jacques Benoist-Méchin, Robert de Beauplan, notamment) les rigueurs du bagne de l’île de Ré, où furent déportés des centaines de maréchalistes (C’est dans ces pénibles circonstances qu’il fit la connaissance de celui qui allait devenir un de ses plus fidèles amis, et quelques années plus tard un de ses plus précieux collaborateurs : Jacques Bordiot. Ils étaient tous les deux enchaînés ensemble lorsqu’ils furent transférés, en 1947, de Paris à Saint-Martin-de-Ré).

 

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Après sa libération, âgé de quarante ans, « il repartit de zéro » (toutes ses archives et sa documentation avaient été saisies, confisquées ou détruites dans son appartement). En 1952, il reprit ses activités de journaliste à L’Écho de la Presse (fondé en 1945 par Noël Jacquemart). La même année parut un livre de très grande qualité : L’A.B.C. du journalisme qui fut réédité ensuite à trois reprises sous le titre : Le journalisme en trente leçons (écrit par Henry et Gilberte Coston). En 1952, sa femme et lui fondèrent La Librairie Française, en 1954, le Club National des Lecteurs et en 1957, Lectures Françaises (avec Pierre-Antoine Cousteau et Michel de Mauny), la revue de la politique française qu’il céda à Jean Auguy en 1977.

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Dans le même temps, il accomplit une tâche surhumaine d’archiviste, de documentaliste et d’écrivain, ce qui lui permettra de publier plus de trente ouvrages sur les puissances d’argent, les groupes politiques, les forces occultes qui asservissent le monde, parmi lesquels il faut tout particulièrement souligner le remarquable Dictionnaire de la politique française, La République du Grand Orient, Onze ans de malheur, La Fortune anonyme et vagabonde, Le Veau d’or est toujours debout et Les Financiers qui mènent le monde (réédité en 1989).

Vu sur le site Jeune Nation

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