
Le jardinier attentif (et matinal !) se réjouit de se réveiller avec les premiers chants du merle, au petit matin, lorsque les grands froids s'éloignent. Le printemps s'annonce doucement et notre messager se fait plus présent. Reconnaissable entre tous par son chant flûté mais aussi son plumage noir d'ébène (pour le mâle) et son bec jaune, le merle (Turdus merula) est un habitué des jardins. Mais vous êtes-vous un jour demandé pourquoi les merles fréquentent votre jardin et pas celui du voisin ? Nous vous apportons des éléments de réponse pour comprendre sa fidélité à votre jardin.
Un oiseau de bon augure !
Une fois n'est pas coutume, commençons par évoquer les superstitions et présages liés au merle. Car il est relativement simple d'imaginer qu'avec un plumage aussi noir, notre oiseau ait occupé une place fascinante dans l'imaginaire collectif. Souvent associé au mystère dans un passé lointain, son chant mélodieux a finalement fait du merle un oiseau de bon augure ! Contrairement au corbeau.
Le dicton météorologique
« Quand le merle siffle en janvier, le jardinier peut s'inquiéter ». Le merle a souvent été considéré comme un baromètre... En effet, ce dicton signifie en fait que le chant du merle en janvier annonce un hiver qui va s'éterniser. À l'inverse, le retour du chant à la fin de l'hiver est le signal universel du réveil de la sève. On dit aussi que si le merle chante à tue-tête le soir sur la plus haute branche, le beau temps est assuré pour le lendemain !
Les « jours du merle »
Une légende italienne raconte qu'autrefois, les merles étaient blancs. À la fin du mois de janvier, pour échapper au froid mordant, une maman merle et ses petits se réfugièrent dans une cheminée. Lorsqu'ils en sortirent le 1er février, ils étaient totalement recouverts de suie. Depuis ce jour, les merles sont noirs. Ces trois derniers jours de janvier sont d'ailleurs restés dans le langage populaire comme les jours les plus froids de l'année.
Un protecteur du foyer
Dans de nombreuses traditions européennes, le merle est considéré comme le gardien de la maison. On disait autrefois que si un merle nichait sous votre toit ou dans votre haie la plus proche, la maison était protégée contre la foudre et le mauvais sort. Cette croyance vient sans doute de son comportement territorial : le merle est le premier à donner l'alerte par un cri strident dès qu'un prédateur approche, veillant ainsi indirectement sur tout le voisinage.
La preuve d'un jardin sain et équilibré
Lorsqu'un merle élit domicile dans votre jardin, ce n'est pas un hasard. Contrairement à d'autres oiseaux plus opportunistes comme le moineau, le merle noir est un bio-indicateur de poids.
Un sol vivant
Avez-vous déjà regardé un merle dans votre gazon après une pluie ? Il court sur la pelouse, s'arrête brusquement, penche la tête pour écouter les vibrations, puis donne un coup de bec précis pour extirper un ver de terre.
Si le merle noir fréquente votre jardin, c'est parce qu'il sait y trouver ces fameux vers de terre qui composent une grande partie de son menu. La présence régulière de merles signifie donc que votre sol est suffisamment meuble, humide et riche en humus, sain et équilibré, donc vivant.
Un jardin saturé de pesticides ou d'anti-limaces ne peut nourrir une famille de merles sur le long terme.
Un auxiliaire précieux contre les nuisibles
Le merle est un allié de poids dans la gestion biologique du potager et du verger. Son régime alimentaire est très varié. Bien qu'il préfère les vers de terre, il ne dédaigne pas les petits escargots et les jeunes limaces, limitant ainsi leur prolifération sur vos salades.
Il consomme un grand nombre de larves de tipules, qui grignotent les racines du gazon, et de coléoptères. En fin de saison, il se nourrit des fruits tombés au sol, évitant ainsi que certains pourrissements ne propagent des maladies cryptogamiques aux arbres sains. Et, au passage, ils avalent les larves qui auraient survécu dans les fruits momifiés.
Un jardin suffisamment « sauvage »
Le jardin de votre voisin se distingue par sa pelouse tondue comme un terrain de golf, entourée de haies de thuyas taillées au millimètre près ? Là est peut-être l'explication de l'absence de merles chez lui ! En effet le merle a besoin de zones de litière constituées de feuilles mortes pour fouiller, de buissons denses pour se cacher et de branches hautes pour chanter.
Comment attirer ou fidéliser un merle dans votre jardin ?
Si un couple de merles fréquente régulièrement votre jardin, c'est parfait, mais vous aimeriez le garder. Et si ce n'est pas encore le cas, vous avez compris qu'avoir des merles dans votre jardin est un atout. Quelques petits conseils s'imposent :
Offrir le couvert
En hiver, le merle ne se nourrit pas aux mangeoires, mais au sol. C'est pourquoi en hiver, proposez-lui des quartiers de pommes un peu flétries, des raisins secs réhydratés ou des flocons d'avoine. Déposez-les sur une planche de bois au sol ou sur une table de jardin dégagée.
L'eau, un besoin vital
Le merle est un oiseau qui soigne énormément son plumage. Il adore les bains. Installez une coupelle large du type soucoupe de pot de fleur en terre cuite avec seulement 3 à 5 cm d'eau, et posez-la dans un endroit dégagé pour qu'il voie venir les chats, mais à moins de deux mètres d'un arbuste où il pourra se réfugier pour se sécher en sécurité.
Un aménagement paysager particulier
Si vous créez votre jardin, misez sur les espèces indigènes qui offrent le gîte et le couvert :
- Le lierre grimpant (Hedera helix) : indispensable ! Il offre des baies riches en lipides en février-mars et un feuillage persistant pour nicher dès le mois de mars ;
- Le sureau noir (Sambucus nigra) : ses baies sont un régal pour les merles en fin d'été ;
- Les haies bocagères : privilégiez le houx, l'aubépine ou le pyracantha car leurs épines protègent les nids des prédateurs tout en offrant une réserve de nourriture hivernale.
Entretenir votre jardin avec parcimonie
Dès février, le mâle marque son territoire en faisant entendre son chant mélodieux. Et le couple commence à nicher très tôt, souvent dès mars. Donc évitez de tailler les haies du 15 mars au 31 juillet pour permettre aux merles (et aux autres oiseaux du jardin !) de nicher.
En juin et juillet, on voit souvent de jeunes merles au plumage moucheté, un peu maladroits sur la pelouse. Ils ont quitté le nid mais ne savent pas encore bien voler. Les parents ne sont jamais loin et continuent de les nourrir. Il est préférable de garder votre chat à l'intérieur pendant quelques jours, car il risque de faire une bouchée de ces proies faciles.
Pascale Bigay - Publié le 05/02/2026 - Les dossiers de Binette & Jardin