Résistance Identitaire Européenne

Histoire

Rendre justice à un grand Français : Pierre Dugua de Mons (1560-1628). Le vrai père du Canada

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Certains personnages, malgré leur mé­rite, ont raté leur entrée dans l’his­toire.

Une injustice difficile à rattraper. Em­blématique est à cet égard le destin de Pierre Dugua de Mons. La postérité, à propos des origines françaises du Ca­nada, a retenu uniquement le nom de Samuel de Champlain (1567 ou 1570-1635). A tort ! Proche du futur Henri IV, le gentilhomme saintongeais Pierre Dugua, natif de Royan, va se consacrer au commerce tout en étant animé par un « esprit d’aventure ». Protestant marié à une catholique, il n’hésitera pas à vendre une partie de ses biens – et de ceux de sa femme – pour se lancer dans la colonisation de la Nouvelle-France, quelque soixante-dix ans après que Jacques Cartier en a pris possession au nom de François Ier.

 

Cofondateur de Québec

C’est au printemps 1599 qu’il aborde cette nouvelle terre. La décision est prise de construire « une habitation » à Tadoussac sur la rive nord du Saint-Laurent. Mais ses explorations vont bientôt prendre une autre dimension. En effet, le 8 novembre 1603, le roi Henri IV le nomme lieutenant général en Nouvelle-France, avec mission de peupler les terres découvertes en Amé­rique du Nord ; il aurait demandé à être nommé vice-roi, mais il est de trop petite noblesse pour prétendre à ce titre qui ne sera accordé qu’à ses successeurs nés de meilleure lignée.

Au printemps 1604, Dugua de Mons, qui a également le titre de vice-amiral, appareille avec une centaine de colons sur le Don de Dieu, un navire de 120 tonneaux et 33 mètres de long. A son bord, en tant qu’invité, le jeune Samuel Champlain, son compatriote saintongeais, dont la mission est d’explorer les côtes et de relever des cartes mais sans aucun commandement. Du­gua fonde en Acadie le premier éta­blissement français permanent, à l’îlot Sainte-Croix – facile à défendre et à fortifier – près des côtes de l’actuel Nouveau-Brunswick. Après un hiver rigoureux où la moitié de ses compa­gnons meurent du scorbut, il décide en août 1605 de transférer sa colonie à Port-Royal, aujourd’hui Annapolis Royal en Nouvelle-Ecosse. De retour en France, Dugua n’abandonne pas totalement l’Acadie dont il aura toujours le souci mais, encouragé par Samuel de Champlain, il s’intéresse désormais davantage au Canada. Il nomme Cham­plain son lieutenant et c’est sur son ordre et avec ses fonds que celui-ci ira fonder un établissement à Québec, le 3 juillet 1608. Dugua de Mons est donc le cofondateur de la ville de Québec. Champlain soulignera dans ses Mé­moires que Dugua n’était pas un homme d’argent : « Il ne laissa de pour­suivre son dessein, pour le désir qu’il avait que toutes choses réussissent au bien et au bonheur de la France. »

 

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Pourquoi cet effacement de la mémoire historique ? A joué le fait que, par rapport à Champlain, Dugua n’est allé que très peu de fois au Canada. De plus, il n’a laissé ni écrits ni cartes, contrairement à son lieutenant qui a pu, consciemment ou non, diminuer le rôle de l’envoyé du roi. Dans l’air du temps, il était sans doute également difficile de rendre un hommage appuyé à un huguenot ; ainsi les premiers his­toriens à relater les implantations de la Nouvelle-France, des jésuites, ne tenaient sans doute pas à privilégier l’œuvre d’un protestant.

 

Des hommages à poursuivre

Ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle que commencèrent quelque peu à être reconnus publique­ment les mérites de Dugua de Mons. La municipalité de Royan fit beaucoup à ce sujet. Une première plaque hono­rant l’enfant du pays fut posée en 1957 sur le mur d’enceinte du château de Mons. Depuis, les choses sont allées s’accélérant : érection d’une stèle en 1988 dans les jardins de la mairie en présence de l’ambassadeur du Canada en France, inauguration d’une salle lui étant consacrée dans le musée muni­cipal, noms de rues, comité de Royan pour le 400e anniversaire de la fonda­tion de l’Acadie et de Québec à l’ori­gine de manifestations officielles des deux côtés de l’Atlantique.

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En 2004, un timbre à l’effigie de Dugua de Mons sera édité de concert par les postes françaises et canadiennes (hélas ! avec un portrait « à la mousquetaire », cha­peau et barbichette compris, corres­pondant à l’époque de Louis XIII et non à celle d’Henri IV). Pour être en­gagée, la reconnaissance de l’action de Pierre Dugua de Mons est loin d’être aboutie. Sur les bords de Seine, face au pont des Invalides, existe le petit et charmant jardin de la Nouvelle-France ; Champlain y est honoré d’un buste, il serait juste que Pierre Dugua, sieur de Mons, bénéficie du sien.

Philippe Vilgier – Présent 11 juin 2021

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