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1. Les états successifs du disque

Il est apparu récemment (le film n’en fait pas mention) que l’iconographie du disque de Nebra a subi plusieurs modifications avant son enfouissement. Dans son état initial, elle ne comportait ni les deux horizons, ni le demi cercle inférieur, mais seulement les étoiles, le croissant de lune, et la pleine lune. Dans son état initial, le disque figurait donc le ciel de la nuit, et par les Pléiades signalait les deux temps forts de l’année agricole: le temps des semailles et celui de la récolte. C’était encore le cas à l’époque d’Hésiode: « Au lever des Pléiades, filles d’Atlas, commencez la moisson, les semailles à leur coucher. Elles restent, on le sait, quarante nuits et quarante jours invisibles; mais, l’année poursuivant sa course, elles se mettent à reparaître quand on aiguise le fer. » (1). Un premier ajout, qui a contraint à déplacer plusieurs étoiles indifférenciées, a été celui de deux arcs de cercle latéraux figurant deux horizons. Comme l’horizon n’est visible que le jour, il apparaît, que le disque a changé de signification: il ne représente plus le ciel nocturne, mais le ciel en général dans ses états successifs.

La troisième modification est l’ajout au bas du disque d’un demi-cercle dans lequel Flemming Kaul a vu la représentation de la barque dans laquelle le soleil traverse l’océan céleste au cours de la nuit, un motif d’origine égyptienne bien connu de l’iconographie scandinave et de la mythologie baltique, mais inconnu du monde indo-iranien. Désormais, le cercle qui représentait initialement la pleine lune est probablement interprété comme l’image du soleil. La dernière modification sûrement intentionnelle a consisté à percer des trous tout autour du disque, sans doute pour le fixer sur un support vertical. Enfin, l’un des deux arcs de cercle figurant un horizon a été enlevé ou s’est détaché de lui-même, et n’a pas été retrouvé.

Il est curieux de constater que l’évolution de l’iconographie du disque reflète celle des conceptions successives du ciel dans le monde indo-européen préhistorique. Le vocabulaire reconstruit ne comporte aucune désignation du ciel; le terme le plus largement utilisé, russe nebo, etc., est le nom du nuage, conservé avec son sens initial dans le grec néphos. Le « ciel du jour » *dyews, dont les représentants signifient soit « jour » (latin dies), soit à la fois « ciel » et « jour » (vieil-indien dyaus), était initialement une réalité distincte du « ciel de la nuit », dont la désignation nous est inconnue, mais que représente par exemple le « Ciel étoilé » Ouranos asteroeis des poèmes homériques, dont Hésiode évoque en ces termes la venue à la tombée de la nuit: « Vint, amenant la nuit, le grand Ciel; il s’étendit amoureusement sur la Terre » (2). Bien entendu, cette conception est bien antérieure à l’époque du disque.

 

2. Le disque et l’archéoastronomie

On nomme archéoastronomie « la connaissance du ciel visible à l’époque où le monument fut édifié, ainsi que du lieu où il était physiquement situé », selon la définition donnée dans le Bulletin n°24, Février-Mars 2000, p. 6, dans le compte-rendu du livre d’Adriano Gaspani et Silvia Cernuti. Comme il est indiqué dans le précédent article, l’étude astronomique de l’iconographie (Wolfhard Schlosser) identifie le groupe des sept étoiles aux Pléiades, alors que les autres ne correspondent à aucune constellation.

La représentation directe d’une constellation est une innovation notable, qui n’apparaît pas avant 1400 en Egypte; antérieurement, les constellations étaient figurées sous la forme d’un animal. L’étude astronomique révèle d’autre part que l’arc de cercle conservé présente un angle de 82 degrés qui correspond à l’écart entre le coucher du soleil au solstice d’hiver et le coucher du soleil au solstice d’été, et indique les points correspondants pour l’époque du disque; cet arc de cercle est donc l’un des deux horizons, l’autre ayant disparu. La datation avait été effectuée de façon approximative à partir du métal: l’objet appartenait à l’âge du bronze. Mais confirmant l’indication fournie par les deux épées l’horizon subsistant permettait de situer l’objet à la transition entre le bronze ancien et le bronze moyen, autour de 1600 avant notre ère. Le disque et les deux épées qui l’accompagnaient appartiennent à la culture d’Aunjetitz (Únětice) qui s’étend de 2300 à 1600 en Europe centrale; Bernd Zich en rappelle les caractéristiques principales dans le même volume. Bien qu’elle ne puisse être associée à une aucune ethnie historique, cette culture, liée à la Céramique cordée et aux Vases campaniformes de la période précédente, peut être attribuée au monde indo-européen.

De telles connaissances astronomiques dans l’Europe centrale de l’âge du bronze ont de quoi surprendre; mais le parallèle de l’enceinte circulaire de Gosek (arrondissement de Weißenfels) présenté dans le même volume par François Bertemes et Wolfhard Schlosser montre qu’elles s’inscrivent dans une longue tradition qui remonte au Néolithique. Trois mille ans avant le disque de Nebra, cette enceinte circulaire de 71 mètres de diamètre découverte en 1991 à partir de photographies aériennes présente trois portes dont l’emplacement est indiqué par des interruptions du fossé. Une étude menée en 2004 a trouvé la trace d’une double palissade et attribué l’enceinte aux périodes initiale et moyenne de la culture de la céramique pointillée (5000-4800 avant notre ère). Elle a également révélé que l’emplacement des deux portes méridionales de l’enceinte correspondait exactement pour l’une au point où, à l’époque, se levait le soleil au solstice d’hiver, pour l’autre au point où il se couchait. Ce dispositif permettait d’en fixer la date et d’en prévoir l’échéance.

Ajoutons que cette culture dérive de celle de la céramique rubanée linéaire considérée par certains auteurs (Pedro Bosch-Gimpera, Venceslav Kruta) comme celle de la période commune des Indo-Européens, et qui en est en tout cas l’une de ses composantes. On signalera à ce propos l’étude d’Alexander Gurstein (3) qui conclut à l’existence d’un premier zodiaque à quatre signes, Gémeaux, Vierge, Sagittaire, Poissons correspondant, compte tenu de la précession des équinoxes, aux quatre saisons, conçu par les pasteurs et agriculteurs néolithiques d’Europe centrale (6000-4300) auxquels il identifie les Indo-Européens.

 

3. Images solaires contemporaines du disque

Un peu plus récent que le disque, ce qu’on nomme improprement le « char » solaire de Trundholm, daté de 1400 avant notre ère montre que le mouvement quotidien du soleil était attribué à un cheval qui tire le disque solaire sans que celui-ci soit placé dans un char, conception attestée par diverses représentations figurant sur des objets du Bronze final danois et dans les gravures pariétales du Bohuslän (Suède). Cette conception, qui diffère à la fois de celle du char du Soleil et de celle du Cheval solaire (le Rohita du livre XIII de l’Atharvaveda), concorde en revanche pleinement avec l’image et la formule poétique traditionnelles de la « roue solaire » : une roue ne nécessite pas d’être placée sur un char pour rouler. L’attelage solaire de Trundholm représente le trajet diurne du soleil. La barque du disque doit représenter son trajet nocturne sur l’océan céleste. C’est ce qu’indiquent plusieurs objets de bronze, notamment des rasoirs, étudiés également par Flemming Kaul: on y voit le cheval solaire tirer le soleil du bateau matinal pour son trajet diurne ou le remettre sur le bateau vespéral pour son trajet nocturne.

On rappellera à ce propos que K. Randsborg (4) résume en ces termes « la conception nordique et probablement centre-européenne des mouvements du soleil vers 1300 avant notre ère »: « deux trajets, l’un diurne sur un char et l’autre nocturne dans un chaudron placé sur un bateau auquel sont attachés de oiseaux symbolisant l’univers et gardant le soleil pendant sa période de sommeil et de faiblesse ». Mis à part le char solaire qui, comme on l’a vu, peut faire défaut, la conception est identique.

A partir de ses travaux, Christoph Sommerfeld fait le point sur cette tombe découverte en 1748, aujourd’hui détériorée, mais connue en partie grâce à des dessins de l’époque de sa découverte; cette tombe datée de 1300 avant notre ère représente, selon les termes de Randsborg, « la somme des connaissances sur le royaume de la mort et le rituel qui permet d’en triompher ». La présence de traits orientaux et méditerranéens, notamment mycéniens, reconnu depuis longtemps, est attribuée à la personnalité du défunt.

Les gravures rupestres de Lökeberg (Böhuslan, ouest de la Suède) étudiées par Flemming Kaul représentent des disques solaires fixés sur des socles ou tenus en mains par des hommes de l’équipage des bateaux: il s’agit donc d’objets rituels. L’un des bateaux porte également deux arbres, un feuillu et un conifère, symbolisant le cycle annuel de la végétation.

Les gravures rupestres danoises représentent également des objets circulaires, disques ou roues solaires, fixés sur des supports et reposant sur des bateaux. L’une d’elles, celle d’Engelstrup (Zélande) représente deux bateaux dont l’un est pourvu d’une étrave en forme de tête de cheval; deux hommes de l’équipage portent chacun un disque, représentant peut-être le soleil et la lune. Ces gravures ne représentent pas des scènes mythologiques mais des cérémonies réelles dans lesquelles étaient utilisés des disques solaires.

L’un de ces objets a été trouvé récemment dans un site du bronze final à Moselund (Zélande): une pierre sphérique de 17 cm de diamètre sur laquelle est gravée une croix celtique, et qui devait reposer sur un socle: « autel du Soleil de l’âge du bronze ». D’autres illustrations de ces rituels solaires s’observent dans les figurines de Fårdal (nord du Jutland) et de Grevensvænge (sud de la Zélande) qui concordent avec une série de gravures pariétales où le bateau constitue un « temple naviguant ». La barque solaire est représentée avec une étrave en forme de tête d’oiseau sur une hache italienne du Bronze final trouvée dans un tumulus d’Osternienburg (Köthen) avec le soleil sous la quille.

Dans le même article, Ralf Schwarz signale la présence de barques solaires sur des récipients de bronze provenant du nord-est de la Hongrie. Loin de la mer, à Ortsrand (Halberstadt), deux barques opposées par la quille figurent sur un torque du Bronze final (IXe-VIIIe siècles) que présente Regine Maraszek.

 

4. Deux disques de bronze contemporains du disque de Nebra

Les disques de bronze sont une rareté, observe Gabriele Zipf, qui en présente deux, probablement contemporains de celui de Nebra. L’un provient de Haschendorf (est de l’Autriche), l’autre de Balkåkra (sud de la Suède), ce qui confirme l’existence de relations entre l’Europe centrale et la Scandinavie depuis le début de l’âge du bronze. Contrairement au disque de Nebra, ceux-ci reposaient horizontalement sur leur support, et n’étaient décorés que de motifs géométriques interprétables comme des symboles solaires.

 

5. Le disque et la sépulture de Leubingen

A partir de la comparaison avec la sépulture princière de Leubingen, distante de trente kilomètres et antérieure de trois cents ans, dans laquelle le prince et un enfant de dix ans sont entourés de poignards, de haches et de burins, Harald Meller conclut que le matériel similaire qui accompagne le disque montre que ce dépôt prolonge la tradition des sépultures princières, le disque tenant la place du prince. C’était donc, conclut-il, un objet cultuel lié à un chef charismatique symbolisant sa science et sa position sociale, avant d’être offert en sacrifice vers 1600 « comme si c’était à la fois le corps et l’esprit du roi ». On rapprochera de ces observations celles de Florian Innerhofer (ci-dessous § 7) sur la coïncidence entre l’enfouissement du disque et la fin de la culture d’Aunjetitz, où l’on observe un changement caractéristique dans le mode de sépulture.

 

6. Commerce avec les dieux

Christoph Sommerfeld voit dans les trésors, nombreux à l’âge du bronze, la « forme visible de la communication avec les dieux ». Ces trésors rassemblent soit des objets, d’abord des haches, puis des faucilles à partir de 1200, soit des fragments d’objets brisés intentionnellement pour être offerts aux dieux, ou même « commercer avec eux »: on observe entre les dépôts des unités de poids similaires. A la fin de l’âge du bronze, ils sont remplacés par des anneaux qui deviennent l’unité de compte interrégionale: « l’idée de monnaie est née ».

D’autres exemples en sont présentés: dépôts accompagnant la sépulture de Dieskau (Arnold Muhl), collier d’ambre découvert en 2001 (Heiko Breuer et Harald Meller), objets votifs de forme insolite provenant de Welbsleben et de Thale (Urte Dally), matériel de bronzier de Rotta (Heiko Heilmann et Torsten Schunke), lingots en forme de haches, d’anneaux, de colliers (Florian Innerhofer).Un dépôt remarquable est celui de la vaste sépulture circulaire de Kötzschen présenté par Christoph Sommerfeld, qui étudie également les faucilles de bronze caractéristiques de Champs d’urnes marquées au moulage de signes dont le nombre, de 0 à 29, correspond au nombre des jours du mois, ce qui atteste un symbolisme lunaire; ces marques étaient imprimées sur les moules au moyen d’une estampille dont un exemplaire unique a été trouvé à Ruthen. Les signes correspondants utilisés sur d’autres objets comme le gobelet de Coswig (Saxe) peuvent avoir constitué le système graphique et conceptuel qui a précédé les runes; trois d’entre elles, j, ng, g peuvent tirer leur forme de ces signes.

 

7. La culture d’Aunjetitz

Une présentation générale de la culture d’Aunjetitz / Únětice (2300-1600 avant notre ère), identifiée en 1879, est proposé par Bernd Zich, qui en rappelle les principales caractéristiques, la position recroquevillée des morts, la maison longue (7m x 20-25 m) et les principaux objets comme la tasse, qu’il considère comme indigène, le poignard et l’épée qui le remplace comme objet de prestige vers le milieu de l’âge du bronze. Ernst Pernicka rappelle les débuts de la métallurgie du cuivre en Europe centrale, où elle venue du Proche-Orient par l’Anatolie. Resté rare et précieux jusqu’aux alentours de 2000, le cuivre est alors allié à l’étain, dont la provenance demeure incertaine pour donner le bronze, l’une des productions typiques de la culture d’Aunjetitz.

La fin de cette culture, qui survient vers 1600, sans qu’on en connaisse les causes, est évoquée par Bernd Zich. C’est à cette période de transition avec celle des tumuli, ou plutôt de bouleversement, pour la région de la Saale et de l’Unstrut, que le disque de Nebra a été enterré, et, selon Florian Innerhofer, ce n’est pas un hasard: le mode de sépulture venait de changer, et, comme l’a montré Harald Meller à partir d’une comparaison avec la sépulture princière de Leubingen, le disque tenait en quelque sorte la place du défunt (ci-dessus § 5): « Nebra marque à la fois le point final à l’intérieur de la tradition du bronze ancien et un nouveau départ. Avec les épées, le disque et en particulier la barque solaire ».

 

8. Forgerons et princes

A propos de quelques tombes connues de forgerons qui apparaissent à la fin de l’âge du cuivre et au début de l’âge du bronze, dans lesquelles figurent des outils usagés de leur profession parfois accompagnés de défenses de sanglier et de griffes d’ours, François Bertemes rappelle le haut statut dont jouit le forgeron dans certaines cultures africaines où l’on connaît même des rois forgerons.

 

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Dans la culture des gobelets campaniformes, les tombes de forgerons montrent que ceux-ci appartenaient à l’élite de la société. Ces forgerons semblent avoir transmis leur savoir à la culture de la céramique cordée (2700-2200) dans sa période finale. Leur statut résulte à la fois de leur production locale et des échanges interrégionaux, impliquant unités de compte et de mesure communes, dont ils étaient les principaux acteurs. Ils perdent une part de leur prestige vers 2200 au début de l’âge du bronze. Mais les sépultures princières de l’époque, comme celle de Leubingen (ci-dessus § 5) contiennent quelques outils de forgerons comme symbole de la source de leur richesse. L’apparition, au quatrième millénaire, de la métallurgie du cuivre, de l’emploi de la charrue et le développement de l’élevage entraînent des changements dans l’organisation de la société. A une société faiblement différenciée gouvernée par ses chefs lignagers et ses prêtres succède une société inégalitaire plus complexe comportant différents métiers, dont le commerce, un pouvoir central et une hiérarchie.

L’inégalité sociale se manifeste dans les sépultures d’Europe centrale du troisième millénaire dès la période finale de la culture de la céramique cordée (2500-2200) et dans celle de la céramique campaniforme à la même époque, où les tombes richement pourvues sont souvent celles de forgerons. Il s’agit parfois de tombes d’enfants, comme celle d’Apolda étudiée par Gabriele Zipf, ce qui atteste que la hiérarchie sociale était désormais héréditaire. La différenciation sociale se marque aussi par la position du corps, allongée sur le dos pour l’élite, recroquevillée pour la masse. Le fondement de l’autorité des chefs réside moins dans la possession de richesses que dans le pouvoir de la répartir. Deux sépultures princières de la culture d’Aunjetitz, celle de Leubingen, également étudiée par Harald Meller (ci-dessus § 5) et celle de Helmsdorf sont présentées dans leur ensemble par Bernd Zich. Il montre que la puissance des princes s’y fonde sur la richesse qu’ils tiraient de la production et du commerce du bronze et du sel. La diversification de la structure sociale du Bronze ancien se reflète dans celle des sépultures comme le montre l’étude d’ensemble que leur consacrent Hermann Genz et Ralf Schwarz. Répandues sur l’ensemble des cultures européennes du Bronze ancien, les hallebardes (Stabdolche) dont on ignore le point de départ sont représentées dans celle d’Europe centrale; Hermann Genz y voit dans les unes des armes, dans les autres des objets de prestige: celles qu’on trouve dans les sépultures, et dans les marais et les cours d’eau, où elles ont été offertes aux dieux. Les gravures rupestres de Scandinavie montrent qu’elles étaient utilisées aussi dans le culte.

 

9. Les contacts de la culture d’Aunjetitz

Hermann Genz met en évidence l’importance des échanges interrégionaux au début de l’âge du bronze en Allemagne centrale; il énumère les types d’objets et les produits exportés. Ces échanges étaient contrôlés par l’élite sociale récemment apparue et se faisaient principalement par voie fluviale, faute de routes.

Regine Maraszek étudie les influences occidentales sur l’Allemagne centrale, haches d’apparat en provenance d’Irlande, de France, des Pays-Bas, lunules d’or d’Irlande, reproduites en bronze par la suite.

Trevor Cowie présente trois poignards écossais, des poignards d’apparat en bronze datés de 2050-1700 qui présentent les même décorations du manche (aujourd’hui disparu) que les épées accompagnant le disque, mais sans qu’une relation puisse être établie entre ces objets. En revanche, on trouve des exemples indubitables de matériaux importés avec les pommeaux d’ambre de certains poignards des Iles britanniques.

Autre exemple d’importation, la hache de Hermannshagen (Mecklenburg-Vorpommern) étudié par Ralf Schwarz: c’est une hache danoise dite de Fårdrap, d’un type répandue au Jutland, dans les îles danoises et le sud de la Suède vers 1650-1550. Mais ces haches sont elles-mêmes imitées de modèles en provenance de l’est de la Hongrie et de Transylvanie.

C’est aussi de ces régions que proviennent les haches d’apparat du type de celle trouvée en 1937 à Naunburg (Mecklenburg-Vorpommern) étudiée par ce même auteur. Les haches d’apparat en forme de cuiller d’Allemagne centrale proviennent de l’ouest de la Suisse, comme les poignards alpins caractérisés par leur manche; en revanche, l’Allemagne centrale exporte des aiguilles, selon Hermann Genz, qui signale également des pointes de lance grecques des Cyclades trouvées en Allemagne centrale à Kyhna (Saxe) dans un dépôt datable de 2200-2000, mais l’analyse a montré qu’il s’agit d’une imitation, non d’une importation; et c’est un cas isolé, qui n’a pas exercé d’influence sur la production locale. Le modèle des aiguilles ornementales recourbées à tête en boucle étudiées par Hermann Genz et Helge Jarecki provient du Proche Orient, où elles apparaissent au milieu du troisième millénaire. Mais les transferts de techniques et d’objets n’aboutissent pas nécessairement à des contacts culturels: Reinhard Jung confirme que le disque de Nebra ne doit rien aux mondes minoen et mycénien; les quelques exemples d’objets religieux mycéniens trouvés dans la région ne sont pas antérieurs aux XIVe-XIIe siècles avant notre ère.

Le catalogue se clôt par une étude, due à Hermann Genz, du rayonnement de la culture d’Aunjetitz dont les productions se sont diffusées sur une vaste partie de l’Europe centrale et septentrionale, diversement selon les coutumes et les besoins des différentes régions.

Jean Haudry

Notes :

1 – Les travaux et le jours, 383-387 (trad. P. Mazon, CUF).

2 – Les travaux et les jours, 176 et suiv.

3 – Did the Pre-Indo-Europeans Influence the Formation of the Western Zodiac, Journal of Indo-European Studies, 33, 2005, 103-150.

4 – Kivik du Reallexikon der Germanischen Altertumskunde (RGA), 16, 2000, p. 596.

Source : Centro Studi La Runa

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