a201

 

Conférence de Ernesto Milà prononcée à Madrid, le 3 juin 2023

Récemment, à l'invitation de l'association Juan Ignacio, j'ai eu l'occasion de donner une brève conférence à l'Espacio Ardemans. Il était particulièrement intéressant de saluer des amis et des camarades que je n'avais plus vus depuis longtemps et de savoir qu'ils sont tous encore debout et actifs. La conférence a été enregistrée, je suppose donc qu'elle sera diffusée quelque part. Voici le texte initial qui ne correspond pas exactement à ce qui a été dit pour des raisons de temps. J'inclus le texte avec quelques références qui peuvent être trouvées dans le blog INFO-KRISIS lui-même afin de compléter des concepts, des idées, des personnages et des situations qu'il était impossible de développer dans l'exposé. Ces liens peuvent également servir de référence au processus d'élaboration suivi pour composer cet exposé, qui n'est rien d'autre qu'une synthèse du travail réalisé au cours de l'année et demie écoulée.

Pour une lecture optimale de cet article et pour pouvoir se référer aux articles entre parenthèses, qui ne sont disponibles qu'en espagnol, le lecteur doit afficher l'original et cliquer sur « articulo » pour accéder aux articles anciens d'Ernesto Milà ; seuls les articles numérotés 1, 2 et 3 font l'objet d'un lien direct dans ce texte. Trois autres articles d'Ernesto Milà, sur des sujets analogues, ont été traduits en français pour notre site web : http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2021/02/24/l... ; http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2022/06/20/p...  ; http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2022/06/01/l... .

 

INTRODUCTION

Position de l'orateur : comprendre notre époque. La pire chose qui puisse arriver à un être humain est de ne pas comprendre le temps dans lequel il lui a été donné de vivre. Et c'est plus fréquent qu'il n'y paraît. Le fascisme n'est pas de notre temps : il appartient à la première moitié du 20ème siècle et n'a rien à voir avec la postmodernité (voir Article 1- https://info-krisis.blogspot.com/2022/06/el-tiempo-de-los... - Article 2 - https://info-krisis.blogspot.com/2022/06/el-tiempo-de-los... - Article 3 - https://info-krisis.blogspot.com/2022/06/el-tiempo-de-los...).

Je suis critique de films et de séries télévisées. En fait, c'est par le cinéma que je suis venu à H+. C'est une idéologie qui était présente dans de nombreux films depuis 1968 lorsque Kubrick a tourné 2001 l'Odyssée de l'espace. Depuis, ce cinéma, parfois confondu avec la science-fiction, est en plein essor, alors il y a environ cinq ou six ans, je me suis intéressé à ses origines et, si vous êtes intéressé par cette approche, il y a une de mes conférences sur le sujet que je ne vais pas répéter ici.

 

a202

 

J'ai vu un lien logique qui menait de la « contre-culture » des années 60, au « nouvel âge » (voir article 1 et article 2) qui a suivi et de là, dans les années 90, s'est forgé ce nouveau courant, le transhumanisme ou H+ (Voir article 1 et article 2). Ma première appréciation a été : « C'est fou », de la pure science-fiction prise pour de la science positive. Aujourd'hui, je garde la même attitude. H+ est une folie... mais une folie partagée par les élites économiques et technologiques, comme il y eut jadis des courants socialistes fabiens partagés contradictoirement par les élites Rockefeller et financières. H+ insiste cependant sur un point : le rôle de la science et de la technologie dans la construction de l'avenir. Et les deux autres ?

- Le Forum de Davos est l'un des nombreux « groupes de rencontre » (voir article), réunissant des représentants des consortiums économiques, des classes politiques nationales et de l'intermédiaire entre les deux, les conglomérats médiatiques.

- L'Agenda 2030, quant à lui, est issu de la caste des fonctionnaires de l'ONU et de l'UNESCO. Et il convient ici de souligner que ces organisations internationales ne sont pas composées de représentants de chaque pays pour délibérer sur la paix, résoudre les conflits et préparer l'avenir. Cela relève des « assemblées générales », mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. L'essentiel est de comprendre que derrière ces sigles se cache une caste de fonctionnaires qui a son propre projet : ultra-progressiste et ultra-humaniste, « illuministe » dans le pire sens du terme.

Question : Quel est le point commun entre ces trois organisations ?

Réponse : elles entreprennent des projets d'ingénierie sociale.

Question : Dans quel but ?

Réponse : Pour adapter les sociétés modernes aux changements en cours et les orienter vers ce que chacune des trois organisations considère comme le cadre utopique de l'avenir.

Il convient ici de s'arrêter un instant :

Une doctrine politique est telle lorsqu'elle est capable d'élaborer un projet d'avenir. Pour ce faire, il faut prévoir ce que sera l'avenir. Si l'on n'est pas capable de prévoir l'avenir, on ne peut pas agir sur lui, et donc le meilleur projet politique est voué à l'échec. Certains d'entre nous l'ont compris trop tard et cela explique l'échec des organisations dans lesquelles nous avons milité.

 

a203

 

L'AVENIR SELON LE PROJET H+

H+ est une nouvelle pseudo-religion. Elle n'a rien de scientifique (car il n'y a pas de méthode scientifique), ce n'est pas une philosophie (car il n'y a pas de rationalité), elle a beaucoup de science-fiction, et tout de la pseudo-religion, c'est-à-dire de la « fausse religion », du « simulacre de religion » ou de la « caricature de religion » où la « foi », l'émotivité, la sentimentalité et la croyance en une « parousie de la technologie » sont au cœur du projet. On dit que dans la Silicon Valley, il y a deux religions : l'athéisme et H+.

Le transhumanisme :

- A ses « précurseurs » : les Jean Baptiste (les Huxley, Galton, Darwin) (voir article).

- A son « ancien testament » : le roman gothique, Teilhard (voir article), Fyodorov (voir article), la science-fiction, Aldous Huxley (voir article).

- Elle a ses « apôtres » : Esfandiary, Hans Movarec (IA), Marvin Minsky (cerveau-ordinateur). Ray Kurzweil (L'âge des machines spirituelles), Max Moore (extropien, ALCOR), Nick Bostrom (LEE, Humanity Plus), David Pierce (Impératif hédoniste, abolitionniste).

- Il a ses « dogmes » :

1. L'évolution n'est pas terminée.

2. La biologie nous condamne à la mort, mais nous voulons vivre.

3. La technologie nous permet de stimuler et d'accélérer l'évolution.

4. Le prochain échelon de l'évolution sera la super-longévité, la super-intelligence et le super-bien-être.

5. Ces objectifs seront atteints grâce au développement de l'IA, au génie génétique, à la nanotechnologie, à la robotique, à l'impression 3D, à la cryogénie.

6. L'objectif est de créer un être humain 2.0. qui, au cours de la phase H+, intégrera progressivement la technologie : biohackers, cyborgs,

7. Le « stade biologique » sera suivi d'un « stade mixte » ou H+ puis d'un « stade posthumaniste » ou « stade postbiologique ».

8. La connexion cerveau-ordinateur via une interface avec téléchargement de données permettra la création d'une « conscience cosmique collective ».

9. Il ne s'agit pas de « croire en Dieu », mais de « jouer à Dieu », de passer de l'homo sapiens à l'homo deus. Telle est la proposition finale (voir article).

 

a204

 

Ces dogmes et textes sacrés, ainsi que les précurseurs, indiquent clairement un optimisme technologique extrême et presque insensé.

De même que l'on disait au Moyen Age que le « Demon est deus inversus », on peut dire aujourd'hui que H+ est la limite extrême de la subversion anti-traditionnelle.

Tout cela ne passerait que pour une originalité exotique, diffusée par les films hollywoodiens, si ce n'est que les associations et les projets H+ sont financés par les fondations Rockefeller, Carnegie, Gates, etc. et que, récemment, le président du Forum de Davos, Klaus Schwab, s'est rallié à cette tendance (voir article).

Ce qui nous amène directement au Forum de Davos.

 

LE PROJET DU FORUM DE DAVOS

Le « Forum de Davos » ou Forum économique mondial, une ONG basée en Suisse et fondée en 1971, a pour objectif de former et d'incorporer des élites dans ses cercles régionaux ou écoles de cadres. Il a des bureaux à Pékin et à New York. Il collabore avec le Conseil économique et social des Nations unies. Elle est dirigée par 24 membres et sa fonction déclarée est « l'engagement pour l'amélioration du monde ».

Il est financé par les contributions d'un millier d'entreprises (entre 40.000 et 500.000 francs suisses, à peu près au niveau de l'euro). Chaque participant aux réunions du Forum paie 4500 euros pour assister aux conférences et 9000 euros pour accéder aux conférences restreintes. Il s'agit d'une "grande entreprise" dont le chiffre d'affaires annuel s'élève à 5.000.000.000.000 US$/an.

Il relie trois niveaux :

- le monde de l'argent

- le monde de la politique

- le monde de la communication

Ce n'est pas la seule entreprise de ce type : Trilatérale, Bildelberg, Club de Rome, Pilgrims Society, et des dizaines d'autres. Elles sont célèbres pour certaines études ou prévisions qu'elles ont réussies. Ils sont des « leaders mondiaux », mais, en réalité, ils sont toujours en retard sur le monde.

 

a205

 

Une note « anti-conspiration » : HETEROTELIA, des fins différentes. Tout développement de projet est imprévisible, et généralement le point d'arrivée n'a pas grand-chose à voir avec le point de départ proposé.

Que font les participants à ces réunions ? Ils écoutent des conférences dans l'espoir de connaître les TENDANCES et de se préparer personnellement à affronter l'avenir dans les meilleures conditions possibles. Ils partent du principe que ces tendances sont partagées par les hommes les plus puissants du monde et qu'il vaut donc la peine de se placer dans leur ombre.

Par exemple, les 24 membres du leadership du Forum de Davos comprennent:

- David Rubenstein - fondateur du groupe Carlyle

- Kristalina Georgieva - présidente du FMI

- Peter Bradeck, ancien PDG de Nestlé

- Larry Fink - PDG de Black Rock

- Christine Lagarde - directrice de la Banque centrale européenne

- Reif Groisman - Président du MIT

Comme toujours dans ces cas-là, l'important n'est pas ce qui se discute dans les sessions - certaines sont retransmises sur internet et il y a 500 journalistes qui couvrent l'événement, 220 conférences sur 5 jours - mais ce qui se dit dans les couloirs et l'atmosphère qui s'en dégage : ce sont les « grands influenceurs ».

Nous ne pouvons pas plonger dans les idées du WEF dans le cadre de cet exposé, mais nous pouvons situer 2015 comme le point de départ qui nous intéresse (voir article).

- En 2015, un article a été publié dans le Foreing Policy (Huntington) de Schwab intitulé The Fourth Industrial Revolution. Il n'a pas eu le moindre impact, mais l'année suivante, un livre portant le même titre a été publié et a été, au même moment, le thème de la réunion du Forum de Davos.

- En 2015, les conséquences de la première grande crise de la mondialisation se font encore sentir. Et il s'agissait de relancer le néocapitalisme à l'échelle mondiale.

- L'idée de base est que toutes les révolutions industrielles génèrent des changements dans les relations de pouvoir et dans les structures des sociétés, et l'objectif de Schwab est d'éviter que les changements technologiques n'entraînent des changements brutaux, notamment dans le contrôle exercé par les élites économiques traditionnelles à travers les structures démocratiques, les partis politiques et les organisations internationales.

 

a206

 

- La première révolution industrielle, celle du charbon, a engendré une nouvelle bourgeoisie riche qui a remplacé les aristocraties et a promu le modèle économique libéral et le modèle de parti pour comprendre la politique. C'est l'époque de la formation des nations.

- La deuxième révolution industrielle, celle du moteur à combustion interne et de l'énergie électrique, a vu le pouvoir passer aux grandes entreprises anonymes, aux multinationales et à l'ère des grands impérialismes (USA-URSS).

- La troisième révolution industrielle a commencé avec la micropuce et les ordinateurs au niveau local. Elle a coïncidé avec l'introduction mondiale du néolibéralisme et la période d'hégémonie unipolaire des États-Unis.

- Aujourd'hui, la quatrième révolution industrielle est en cours : c'est là qu'intervient le travail de Schwab. Les caractéristiques de cette révolution sont les suivantes:

> Développement de la troisième révolution, mais à une plus grande vitesse, en plus grande profondeur et en plus grande extension.

> Elle se caractérise par ce que Schwab appelle des « technologies convergentes », à savoir : biotech - IA - nanotech. Ce sont des technologies qui sont nées séparément, mais qui tendent inévitablement à converger et à se synthétiser dans des synthèses technologiques prodigieuses et à révolutionner des branches de la médecine, de la génétique, de la pharmacologie, de la communication et des relations de l'homme avec la technologie.

> Il définit 3 mégatendances :

+ physiques (robotique, véhicules autonomes, 3D, graphène).

+ numériques (IA, blockchain, internet des objets, applications)

+ biologique (ingénierie génétique, médicaments personnalisés, nanotechnologies).

Tout cela signifie que la technologie qui émergera de la 4ème révolution industrielle ne sera pas quelque chose de séparé des êtres humains, mais qu'elle y sera intégrée et fera partie de nous par le biais d'implants, d'exosquelettes, du remplacement d'organes corporels par des prothèses artificielles, etc.

 

a207

 

> Schwab ne dit rien de nouveau : il suppose que les fantasmagories des doctrinaires transhumanistes se développeront comme ils le proposent, mais il les oriente vers le terrain qui l'intéresse en tant qu'homme d'affaires et président de l'un des conglomérats d'entreprises les plus influents : à un moment donné de son livre, il affirme que « pour gérer la 4IR, les entreprises devront collaborer avec les États et les institutions mondiales ». Cela implique

- placer les entreprises économiques sur un pied d'égalité avec les États

- limiter la souveraineté et la démocratie en les subordonnant aux intérêts des entreprises.

- d'atteindre l'idéal énoncé par Adam Smith dans La richesse des nations, publié en 1776, soit il y a 250 ans, de laisser libre cours à la libre concurrence et aux lois du marché sans aucune limite ni restriction.

Schwab justifie cette collaboration entre des États endettés dirigés par des politiciens corrompus et des entreprises requins par le fait que l'application de technologies convergentes affectera l'ensemble du système mondial.

Il propose donc une série de mesures :

+ « économie collaborative » : exploiter les nouvelles technologies pour acheter, vendre, recycler, réutiliser, troquer.

+ « économie des parties prenantes » : les entreprises renoncent à une partie de leurs bénéfices à court terme pour investir dans les besoins de la société, une forme de « capitalisme ouvert sur la société ».

+ « usines intelligentes » grâce à l'IA et à la production à la demande. C'est ce que l'on appelle les usines 4.0. Les entreprises ne seront pas dirigées par des conseils d'administration et des techniciens lents à réagir, mais par l'IA qui transférera les demandes des consommateurs aux lignes de production en un temps zéro.

+ « L'utilisation du big data » pour prédire et orienter les mouvements et la consommation.

+ Des entreprises « disruptives », c'est-à-dire des entreprises créées pour satisfaire les nouveaux marchés générés par les nouvelles technologies.

+ Les entreprises qui n'ont pas d'actifs mais qui déplacent tout : Uber, Cabify, FaceBook, AirBNB, etc.

Or, toutes ces propositions sont susceptibles de faire l'objet de critiques très difficiles à réfuter. Par exemple :

- La robotique entraînera la perte de millions d'emplois, par exemple parmi les magasiniers des supermarchés (on estime que 300 à 400 millions de personnes seront licenciées dans ce secteur) ou parmi les chauffeurs de taxi et les transporteurs lorsque des taxis autonomes, des livraisons par drones ou des transports sans chauffeur seront mis en place.

- les emplois que l'intelligence artificielle détruira seront bien plus nombreux que les emplois qu'elle créera, qui seront toujours des emplois hautement qualifiés.

- le fossé social se creusera entre une minorité - de plus en plus minoritaire - qui aura accès à des médicaments personnalisés, à une consommation extrême, à des traitements qui prolongent la vie, etc. et une majorité croissante qui vivra dans un paysage qui oscillera entre la peur de perdre le peu qu'elle a et la misère telle qu'elle est définie dans les récits cyberpunk : haute technologie et bas niveau de vie.

Cette situation favorisera les processus spontanés qui peuvent conduire à

- des explosions sociales

- des crises économiques dues à la mondialisation

- des régressions populistes et des réponses au néo-capitalisme.

A cette fin, Schwab et le WEF proposent :

1) L'introduction d'un salaire social qui garantisse le minimum vital, mais pas beaucoup plus.

2) La promotion d'univers virtuels pour échapper à la triste réalité de la vie quotidienne.

3) Exiger une diminution de la population mondiale.

4) Liquidation de la classe moyenne potentiellement dangereuse dans la mesure où tous les changements et processus révolutionnaires du 20ème siècle en sont issus : il ne s'agit pas seulement de la détruire, mais de menacer sa sécurité, de l'atomiser, de l'écraser par les impôts et l'insécurité. On l'empêchera ainsi de réfléchir aux moyens de se reconstruire.

 

a207

 

Jusqu'à la réunion de janvier 2023, Schwab a parlé un langage complètement différent de celui de H+ : il a utilisé ses idées, ses visions d'une technologie de science-fiction, mais, contrairement à eux, il l'a fait dans un langage... amical, modéré, accessible et amical :

- un langage amical, modéré, proche et prétendument humaniste.

- a utilisé l'écologie et la « responsabilité écologique » des entreprises pour souligner ses aspects humanistes.

- Il s'exprime avec les ressources de la « pensée positive », et occulte donc délibérément les aspects plus négatifs de tous ces processus technologiques, ou les nie avec des arguments plutôt puérils.

Cependant, à partir de la réunion du Forum de Davos 2023, son discours change : il soutient explicitement la thèse transhumaniste (ce qui lui vaut une réponse furieuse d'Elon Musk par téléconférence) et présente un tableau de la situation économique beaucoup moins optimiste que celui présenté lors de la réunion précédente du WEF où il avait fait allusion à la « réinitialisation de l'économie ». Elle est le résultat des tensions internationales qui ont bloqué la mondialisation et divisé à nouveau le monde en deux moitiés à la suite du conflit ukrainien, ainsi que le produit d'un conflit croissant entre le « vieil argent » et le « nouvel argent ».

Quel est le problème qui va se poser ?

Les détenteurs des nouvelles technologies sont ceux qui, historiquement, à chaque instant, ont imposé les règles du jeu aux sociétés : le libéralisme et la démocratie sont venus avec la première révolution industrielle, l'ère de l'impérialisme a été le produit de la révolution énergétique, la troisième révolution industrielle a imposé la mondialisation, et ce sont les grandes entreprises qui étaient les mieux placées et qui ont imposé leurs règles (fin des droits de douane, dérégulation) et la quatrième ?

Il est clair que selon la même règle, ce seront les grandes entreprises technologiques qui imposeront leurs règles du jeu.

En outre, il y a une autre circonstance - qui fait peur aux grandes entreprises - à savoir que les entreprises du secteur technologique, avec moins d'investissements, moins de personnel, moins de charges sociales et des budgets plus réduits, génèrent des bénéfices plus élevés que les entreprises conventionnelles et ont une valeur ajoutée beaucoup plus importante. Elles sont pratiquement indépendantes du système bancaire et moins dépendantes des fluctuations boursières que les entreprises classiques.

Nous vivons donc un moment où le « vieil argent » des grandes accumulations de capital générées par des générations de dynasties capitalistes est en concurrence sordide avec le « nouvel argent » généré en moins de 30 ans par les grandes entreprises technologiques (voir l'article).

Cela permet à Elon Musk de concurrencer la NASA et l'ESA, ou aux États de demander l'aide des big-tech pour organiser des élections ou gérer la structure même de l'État.

Schwab est conscient de ce conflit et cherche à l'éviter en essayant de trouver un terrain d'entente. Mais il appartient au clan du « vieil argent » et ses collègues, habitués à des pratiques prédatrices depuis des générations, n'accepteront probablement pas sa thèse sur « l'économie des parties prenantes », tout comme les « big-tech » considèrent les PDG des grands consortiums d'investissement comme des dinosaures d'une autre époque.

Cependant, la guerre en Ukraine a divisé le monde en deux, rendant la position de ces deux formes de capitalisme occidental encore plus difficile. Ce qui vient de Chine, c'est la fusion entre l'État et les entreprises technologiques d'une part et, d'autre part, la fusion entre le pire du capitalisme (massification, consumérisme, dictature du conformisme, libertés illusoires, inégalités) et le pire du communisme (consumérisme, massification, contrôle social, étouffement des libertés, matérialisme - ce n'est pas pour rien que le marxisme est encore une matière obligatoire dans les universités).

 

a209

 

Tout cela donne une image particulièrement inquiétante et conflictuelle des 30 prochaines années. Mais il augure d'une société pyramidale avec un tout petit sommet qui aura tout, et une base exceptionnellement large qui ne connaîtra que la précarité et à laquelle la virtualité sera proposée comme alternative.

Schwab est de ceux qui pensent qu'un conflit généralisé serait mortel pour la civilisation et engendrerait des destructions inconcevables même dans les guerres les plus destructrices du 20ème siècle.

C'est pourquoi, à partir de janvier 2023, ses deux orientations clés adoptées lors de la dernière réunion du Forum de Davos sont les suivantes :

- D'une part, reprendre à son compte les postulats de la religion transhumaniste,

- D'autre part, il est favorable à l'affaiblissement maximal des États modernes en transférant une partie de leur souveraineté à des instances internationales et, d'autre part, en faisant collaborer les entreprises avec les États dans la gestion politique et économique des communautés.

Cela mène directement à l'Agenda 2030. Schwab a déjà salué les efforts de l'Agenda 2030 lors du Sommet d'Abu Dhabi.

 

LA CERISE SUR LE GÂTEAU OU L'AGENDA 2030

Si vous l'avez remarqué, Pedro Sánchez n'a pas porté le pin's de l'Agenda 2030 pendant la campagne électorale. C'est normal : le projet est de plus en plus discrédité. S'il existe un certain consensus sur certains des points qu'il soutient (le changement climatique), il est loin d'y avoir unanimité sur la question de savoir si ce changement est « anthropogénique » comme le suggère l'Agenda ou s'il est le produit de différents mouvements et cycles planétaires. De plus, l'introduction de l'idéologie woke et des « études de genre », de manière obsessionnelle, ont contribué à ternir ce projet.

 

a2010

 

Qui promeut l'Agenda 2030 ? L'ONU et ses courroies de transmission (notamment l'UNESCO).

Il convient de dissiper un malentendu sur ce que sont chacune de ces organisations.

Plutôt que des « organismes internationaux composés de représentants des différents pays » (ceux-ci ne sont présents que dans le financement et l'Assemblée générale), il s'agit d'élites fonctionnaires issues de projets éculés « d'unification du monde » du 19ème siècle (voir article 1 et article 2). Elles ont des idées bien à elles et aspirent à être l'embryon d'un « gouvernement mondial ». À cette fin, ils supposent qu'ils doivent effectuer un travail « d'ingénierie sociale » pour façonner la société de demain selon leurs projets mondialistes. L'un de ces projets est l'Agenda 2030.

Quelle est l'origine de l'Agenda 2030 (voir article) ?

- 2015 est l'année charnière : plusieurs réunions internationales ont lieu. Lors de la réunion en Turquie, les dirigeants du G20 signent « l'agenda » intitulé « Transformer notre monde : Agenda pour le développement durable ». Son texte, avec des modifications et des ajouts, notamment générés par le covid et ses effets, est l'actuel Agenda 2030.

- Ce document comprend tous les « mots fétiches » qui sont également partagés dans les documents du Forum de Davos :

> Objectifs mondiaux > Développement durable

Objectifs mondiaux > Développement durable > Diversité > Changement climatique anthropique > Perspective de genre > Résilience       

Perspective de genre > Résilience > Autonomisation > Gouvernance

> Autonomisation > Gouvernance

> Inclusion > Égalité...

- L'Agenda 2030 remplace les "Objectifs du Millénaire", le programme de l'ONU élaboré vers 1995 : ils sont très différents. Personne ne peut fermer les yeux sur eux. L'accent est mis sur l'écologie mondiale et le « développement durable » (le mot fétiche des « objectifs du millénaire » lancés par le Club de Rome dans son étude sur Les limites de la croissance en 1972).

  L'Agenda 2030 est composé de « 17 objectifs » et de « 169 cibles » (il a été reformulé pour profiter de l'épidémie et tout objectif était lié au covid : par exemple, on disait que la pandémie compromettait les progrès de la « perspective de genre »... On disait que la moitié des travailleurs pourraient perdre leur emploi à cause de la pandémie...).

    En principe, les titres des « objectifs » donnent l'impression d'un programme inoffensif : « mettre fin à la pauvreté », « lutter contre la faim dans le monde », « défendre l'environnement », « réduire les inégalités », etc. Personne de sensé ne peut être contre ces objectifs. Pourtant, quand on lit les textes des 17 objectifs, on voit bien ce qu'ils visent. En particulier sur 4 points : « la santé sexuelle et reproductive », « l'égalité des sexes », « l'éducation » et « le changement climatique anthropique ». Le premier point est une réactualisation du vieux thème « malthusien » (voir Article 1 - Article 2 - Article 3) (réduire la population mondiale par tous les moyens), le deuxième résume les « études de genre » et s'inscrit dans cette perspective, et enfin, le troisième propose une éducation par l'Etat pour former à l'idéologie contenue dans le document lui-même. En revanche, ces trois thèmes sont toujours présents dans les quatorze autres points, jusqu'à des extrêmes ridicules.

L'idée qui suscite le plus d'intérêt médiatique est celle du changement climatique. Si Schwab esquisse le problème, pour l'ONU, il s'agit du thème central : le changement anthropique. D'où : énergie propre, renouvelable, non polluante, recyclage. Sur la base de statistiques et de données discutables et non confirmées, ou d'une « unanimité scientifique » qui ne l'est pas tant que cela (aujourd'hui, la communauté scientifique n'est même pas unanime sur l'acceptation du changement climatique, sans parler de ses causes et de ses effets), on suppose qu'il s'agit d'un résultat de l'action de la « race humaine » (c'est-à-dire de l'espèce humaine, selon la classification de Linnaeus) sur l'environnement : il n'est pas du tout possible qu'il soit le résultat des différents mouvements de la planète qui ont généré les changements climatiques précédents, lorsque l'espèce humaine n'existait pas ou qu'elle n'avait pas atteint un niveau de développement industriel susceptible de perturber l'environnement. Le changement climatique a toujours existé et si l'on insiste aujourd'hui sur ce point, c'est précisément pour justifier le néo-malthusianisme et les mesures de réduction des naissances... surtout en « Occident ».

    Il s'agit d'un programme écrit pour le tiers-monde bien plus que pour le monde développé, mais la grande contradiction est qu'il n'est reconnu que dans le monde développé.

    Il est notamment fait référence à des « institutions fortes » sur lesquelles s'appuyer pour « sauver l'humanité » de la crise climatique : l'ONU et ses filiales (UNESCO, OMS, etc.).

    Forte de son « autorité morale », l'ONU exhorte les gouvernements nationaux à atteindre les 17 objectifs.

    Il n'y a aucune référence aux questions techniques, ni aux processus de changement du monde qui auront lieu entre 2020 et 2030.

    L'idée est de « sauver la planète ». Il s'agit de la plus grande collection de clichés de bien-pensants, qui dépasse même le pire souvenir laissé par ZP.

    Il promeut les changements alimentaires (végétalisme), la consommation responsable (sic), la faim zéro, les emplois décents, les énergies propres et renouvelables, les villes durables, sûres et résilientes, les écosystèmes sains, l'eau durable et les institutions fortes dont l'ONU est « l'exemple ».

Bien que l'on ait pris soin de fournir des arguments scientifiques et de la crédibilité grâce à l'appui de célébrités, la vérité est que sur le site web de l'ONU consacré à l'Agenda 2030, on peut clairement percevoir la vulgarité, la simplicité, la superficialité, la manipulation du langage, avec sa sémantique subversive, et l'intentionnalité grossière de l'ingénierie sociale qui, en soi, dément toute qualité et profondeur scientifiques et techniques.

Quelle est la force de l'Agenda 2030 ?

En ce qu'il est promu par l'ONU, qui aspire à être une structure supérieure aux États-nations (alors qu'en réalité, elle n'est, comme nous l'avons dit, qu'une clique de fonctionnaires mondialistes). En utilisant cette « ascendance » sur les États, l'ONU envoie les lignes directrices de l'Agenda 2030 aux gouvernements nationaux, et ceux-ci - en particulier les gouvernements de centre-gauche et de droite progressiste en Europe - ont tendance à les prendre en compte et à les traduire en mesures législatives. Mais cela ne se produit qu'en Occident (États-Unis + UE), avec un impact bien moindre dans d'autres pays, voire passant complètement inaperçu dans d'autres (en particulier en Eurasie : Russie + Chine).

La lecture de l'Agenda 2030 montre que ses rédacteurs sont prisonniers de la mythologie mondialiste née au 19ème siècle, à laquelle ils se sont limités à ajouter des mots fétiches et quelques idées wokistes (voir Article 1 - Article 2), certains thèmes des « gender studies », d'autres du néo-malthusianisme de ces milieux, et des idées sur le « changement climatique anthropique ». Mais ils n'apportent absolument rien sur les développements technologiques ou sur les changements qui pourraient être apportés à l'avenir par les nouvelles technologies. Le document de l'Agenda 2030, loin d'être un produit de la « modernité enragée », est plutôt une réitération des thèmes du 19ème siècle (unification du monde, gouvernement mondial, bonté universelle, valeurs finalistes) auxquels ont été ajoutés des « notes autocollantes » résumées dans les « mots fétiches » que nous avons énumérés et des références opportunistes à l'actualité (à covid, par exemple) dans un but « d'ingénierie sociale ».

 

QUELQUES CONCLUSIONS

1) Jusqu'à présent, ce que j'ai expliqué dans les conférences que j'ai données sur ce sujet en 2022 (voir l'article). Mais en l'espace de douze mois seulement, de nouveaux éléments sont apparus. En juin 2022, le conflit ukrainien n'avait pas encore montré ses conséquences. Aujourd'hui, c'est le cas, et c'est ce qui nous permet de dire: la mondialisation, telle qu'elle était comprise dans la période 1990-2019, est terminée (voir article).

2) À la suite des sanctions imposées par les États-Unis à la Russie et des positions adoptées par tous les pays favorables et défavorables, on peut affirmer que nous nous trouvons dans la première phase de la deuxième guerre froide et, à cette occasion, tout porte à croire qu'elle ne se terminera pas comme la première, mais que ce seront les États-Unis qui s'effondreront de l'intérieur en raison des erreurs accumulées et/ou des pressions extérieures (voir l'article) (voir l'article).

3) Ni le bloc eurasien (Chine + Russie) ni le bloc occidental (USA + UE) ne sont homogènes. La Russie a un projet national : devenir l'un des piliers d'un futur ordre multipolaire. La Chine, qui regroupe le pire du capitalisme et le pire du communisme, le consumérisme et l'obsession du contrôle démographique, aspire plutôt à l'hégémonie mondiale. Dans le bloc occidental, on assiste à une polarisation entre « ultra-progressistes » et « néo-conservateurs » : les premiers sont obsédés par les « études de genre », « l'antiracisme », le « wokisme », le « changement climatique », tandis que les seconds, qui ont perdu les structures traditionnelles, regardent avec admiration le sens de l'État qui est présent dans la Russie d'aujourd'hui.

4) On observe une polarisation croissante entre les deux blocs et, au sein de chaque bloc, entre les différentes positions, même s'il est vrai que la majorité de la population n'entre pas dans les schémas de la guerre culturelle. Et ce pour deux raisons : a) les positions sont tellement antagonistes que toute forme de dialogue est impossible, b) la majorité de la population est soumise à un processus de neutralisation généré par les réseaux sociaux, les streamings, les divertissements de masse, la peur de l'avenir et un processus général d'acculturation. Depuis la parution en 1973 de L'ère technotronique de Z. Brzezinsky et les cours de Foucault au début des années 1970, il est clair qu'il s'agit de passer de la « biopolitique » (contrôle des corps) à la « psychopolitique » (contrôle des esprits). Ce processus est aujourd'hui à l'œuvre dans le monde entier (voir article).

5) Ce qu'il faut retenir, c'est que l'évolution historique de l'humanité a abouti à ce que Nietzsche appelait « le dernier homme » : l'homme-masse, dépourvu de traits identitaires, incapable de se moraliser, homogénéisé, standardisé, transformé en consommateur aliéné et en producteur intégré, incapable de porter des valeurs et des idéaux autres que ceux du simple consumérisme hédoniste. Il a même perdu ses instincts purement animaux. Il a même perdu le sens du soi, de la communauté, et a adopté un « look », c'est-à-dire un reflet de sa personnalité qui correspond au modèle dominant. Et rien ne peut être fait contre lui : c'est l'élément dominant de la société, le citoyen moyen, tant en Eurasie qu'en Occident. (Voir article 1 et article 2)

 

a2011

 

6) Cette analyse, comme tout ce que nous écrivons, s'inscrit dans le cadre théorique de la « pensée traditionnelle » telle qu'elle a été énoncée par René Guénon dans La crise du monde moderne et Le règne de la quantité et les signes des temps, et surtout par Julius Evola dans la deuxième partie de Révolte contre le monde moderne. Ce cadre nous indique que nous vivons une période de transition entre un monde ancien qui n'est pas encore mort et qui est irrécupérable, et un monde nouveau qui n'est pas encore à l'horizon.

7) Ceci est d'une importance stratégique : nous ne pouvons pas résoudre le processus de déclin, il n'y a plus de structures sociales suffisamment fortes pour servir de levier et de plateforme pour un redressement. La seule stratégie possible est donc la « stratégie du saumon » : il s'agit d'un poisson qui grandit dans les pires conditions de l'océan, puis retourne à ses origines, là où il est né pour frayer : il remonte le courant de la rivière, même sur plus de 1000 km à contre-courant, franchit les rapides en effectuant des sauts allant jusqu'à 3,5 m. Le voyage est menacé par des ours et d'autres animaux. Le long du parcours guettent des ours bruns et noirs, des loutres, des lions de mer, des pygargues à tête blanche, etc. Les saumons savent détecter ces dangers et les éviter, notamment en reconnaissant les excréments de ces animaux : ils se déplacent en frôlant le lit des rivières, souvent de nuit... Les meilleurs, les plus forts, ceux qui ont les instincts les plus développés survivent. Traduite en termes politiques, cette stratégie implique : clandestinité, catacombes, formation continue des cadres, sélection des « meilleurs » et non des « plus nombreux ». Jusqu'à quand ? Evola reprenait les vers de Hugo von Hoffmansthal qui recommandait de « veiller dans la nuit noire, jusqu'à ce que l'on serre la main de ceux qui sont nés avec la nouvelle aube » (Voir l'article).

Je vous remercie de votre attention.

 

Source: https://info-krisis.blogspot.com/2023/06/agenda-2030-foro...

FaLang translation system by Faboba
 e
 
 
3 fonctions