
Fiché sur les hauteurs vosgiennes, le massif du Taennchel, appelé aussi la « montagne des dieux », est sans doute un ancien sanctuaire païen. Ses secrets et des mystères n'ont toujours pas été percés.
« Montagne sacrée », « montagne magique », « cité des ondines et des elfes », « montagne des dieux », le Taennchel (Haut-Rhin) fascine autant par ses incroyables paysages que par ses contes et légendes : un véritable livre ouvert naturel sur la mythologie germanique.
Le site est jonché de rochers étranges et d’inscriptions millénaires mystérieuses. Partout des signes attestent de la présence humaine. Selon Adolphe Landspurg, célèbre géobiologue, la zone serait un des terrains vibratoires les plus puissants d'Europe. « Oui, c’est vrai. Ici il se passe des choses étonnantes. Certains voient des OVNI. D’autres trouvent des trésors. Certains affirment que le lieu est peuplé de fées, de gnomes et d’elfes. Parfois la boussole peut tourner en rond sans s’arrêter », indique Marc Schultz, garde forestier à la retraite, que les habitants des environs surnomment « le gardien du Taennchel ». Il existe peu d’endroits aussi énigmatiques en France que cette montagne dont les roches ont plus de 300 millions d’années.

Le Taennchel (Haut-Rhin) est considéré comme « l'un des sites les plus vibratoires d'Europe » par les géobiologues. • © Éric Vial, France Télévisions
Situé dans le Haut-Rhin, dans les Vosges alsaciennes, entre la vallée de Ribeauvillé et le val de Lièpvre, le massif est gardé par les villages et les forêts denses de Tannenkirch, Rodern, Ribeauvillé, Lièpvre et de Sainte-Croix-aux-Mines. Il forme une crête de 6 km de longueur en croissant de lune dont le sommet, le Rammelstein, culmine à 988 mètres d’altitude. Quel que soit le côté où il est abordé, le dénivelé est important et la montée rude. Ce massif est bordé d’à-pics rocheux et d’abrupts d’une vingtaine de mètres de hauteur.
Dès les premiers mètres de l’ascension, les inscriptions sur les rochers sont bien visibles : un U inversé en forme de sabot de cheval « pour représenter la course du soleil », un arc et une flèche « pour dire que le site est gardé », un rond « pour représenter le soleil », une croix « pour indiquer une direction ». « Tout indique, sans que cela ne soit vérifié, que nous entrons sur un ancien lieu de culte solaire », indique Marc Schultz, qui vit 6 mois de l'année dans une caravane sur le site. D’ailleurs, selon la légende, une cavalière armée d’un arc et de flèches, la déesse celte Epona, serait chargée de garder ce sanctuaire interdit aux profanes. « Tous ces symboles sont des indices pour comprendre le rôle du site. »
Plus loin sur le chemin, le Losbrunnen, la fontaine du destin dont l’eau est d’une grande pureté. « La tradition nous dit qu’il faut en boire trois gorgées en émettant un vœu. Si nos intentions sont pures, les petites ondines se chargeront de le réaliser. »
À mi-chemin du sentier vers la crête apparait un rocher qui ressemble à une tête de serpent. Son œil est taillé de main d’homme en forme de hache. « C’est un symbole qui indique une coupure entre le monde profane et sacré. » Pour le guide, ce serpent appartient à la mythologie celtique. « C’est un initiateur qui nous demande de nous purifier par la lumière avant d’affronter les nombreuses épreuves qui vont nous attendre tout au long du parcours. »

Sur le massif du Taennchel (Haut-Rhin) dans les Vosges alsaciennes, les rochers forment, selon les légendes, des habitats naturels pour les fées, elfes, ondines, gnomes ou esprits de la forêt. • © Éric Vial, France Télévisions
La balade sur le Taennchel peut prendre plusieurs jours. « Chaque jour, je découvre des choses nouvelles », s’exalte Marc. Après avoir passé devant deux rochers en forme de chiens, « des gardiens », apparait l’un des sites majeurs du sanctuaire : le rocher des Géants, « des forces primitives issues de la Terre ». Selon la légende, il s’agit du couple des géants Monsieur et Madame Taennchel. Leurs disputes incessantes provoquaient des catastrophes. La vaisselle que lançait à la tête de son époux Madame Taennchel tombait sur les villages voisins. « Il y avait des morts et des blessés. Alors, le Créateur n’a pas eu d’autre choix que de les pétrifier l’un et l’autre », s’amuse le conteur. « Ces légendes sont des allégories qui parlent des caprices, de l’orgueil et de la convoitise. De ces défauts qu’il faut vaincre pour parvenir à un état supérieur de conscience. »
Une hypothèse affirme que les géants vivant sur les lieux auraient indirectement donné le nom au massif. En vieux celtique, Taenn signifie feu, et Hel, soleil. Comme pour la mythologie gréco-romaine avec Apollon, c’est le dieu du soleil qui avait la charge de combattre les géants. Le Taennchel est donc la montagne du dieu soleil qui maîtrise les géants.

Le Rocher des géants sur le massif du Taennchel (Haut-Rhin) • © Éric Vial, France Télévisions
À la base du Rocher des Géants se trouve un abri naturel. Sous les pieds, le sol semble vibrer. Une petite grotte est cachée par la végétation : « C’est le sexe de la Déesse-Mère. On dit que c’est aussi l’entrée des enfers. Car il y a le monde des mortels et celui des Dieux. Selon les Anciens, cette entrée est gardée par des gnomes. » En se concentrant, il est tout à fait possible de percevoir un vrombissement souterrain, une énergie, comme si quelque chose vivait au centre de la terre.
René Berrel, géobiologue, indiquait dans une de ses publications que le massif du Taennchel est « si chargé en ondes positives qu'il ne faudrait pas y passer plus d'une journée car on a du mal à dormir ensuite tellement on se sent rempli d'énergie. » Chacun, selon ses croyances, peut souscrire, ou pas, à ces déclarations.

Une inscription ancienne sur un rocher du Taennchel (Haut-Rhin). Selon « le gardien du Taennchel », Marc Schultz, ce symbole signifie « que l'être humain maîtrise les éléments naturels. Le demi-cercle est la course du soleil dans le ciel : le mental éclairé. » • © Éric Vial, France Télévisions
Au-dessus des rochers, c’est Thor, le dieu du ciel et des orages, avec son rocher en forme de marteau, qui accueille les pèlerins qui souhaitent se perdre dans un véritable labyrinthe de roches fermé par un morceau du mur païen : Très impressionnant ! « Parcourir le labyrinthe permet d’obtenir des clés pour maitriser ses instincts et ses émotions. Il ne faut pas avoir peur pour vouloir se lancer dans cette épreuve. »
Un peu plus haut se découvre sans doute un ancien site de soins druidique. Des cupules naturelles ont visiblement été utilisées dans un but thérapeutique. Ces petites marmites taillées dans la roche servaient à la macération de plantes.

Selon des témoins, cette crevasse abritée sur le massif du Taennchel (Haut-Rhin) a « encore servi très récemment de lieu de culte païen à des femmes qui se disent des sorcières contemporaines. » • © Éric Vial, France Télévisions
Le chemin conduit directement « au domicile de la petite fée » : une impressionnante fosse. La légende populaire y voit le ventre de la Déesse Mère sous la forme de Vénus, déesse de l’amour. Là encore, les personnes sensibles entendront le cœur de la Terre battre. « J’ai déjà vu ici effectivement des petits rituels païens sympathiques. Des femmes nues qui se disent héritières des sorcières du Moyen Âge dansent dans la nuit sous la lune et cueillent des plantes. Il ne faut s’étonner de rien au Taennchel. »
La randonnée d’aujourd’hui s’arrête sur un lieu mythique : le Rocher des reptiles. C’est sans doute l’endroit le plus étrange du massif. Un nombre incalculable de reptiles qui semblent avoir été pétrifiés par les fées dans la pierre : serpents, crocodiles, lézards et autres sauriens. Une faune gargouillant entièrement sculptée par la nature.

Le Rocher des reptiles sur le massif du Taennchel (Haut-Rhin). La légende raconte qu'une armée de reptiles a été pétrifiée dans la roche. • © Éric Vial, France Télévisions
« Pour découvrir le Taennchel, il faut ouvrir les yeux. Bien regarder. Il faut ouvrir sa conscience vers le spirituel. Oublier le matériel. Pas très loin de nous, sur un rocher, il y a encore un symbole gravé représentant le mental éclairé. Le Taennchel, c’est ça ! C’est une rencontre avec soi. »
Le Club vosgien a balisé un circuit depuis Tannenkirch (Haut-Rhin) pour partir à la découverte des mystères de « la montagne des Dieux ». La randonnée dure entre 5 et 6 heures, elle exige un bon niveau physique.
Marc Schultz propose également un circuit découverte et retrace les légendes du Taennchel dans « Le Triangle tellurique Haut-Koenigsbourg, Frankenbourg, Taennchel » (I.D. l’Édition). L’ouvrage coécrit avec Bernard Riebel et illustré par Christophe Carmona est fréquemment réédité.

le livre « le Triangle tellurique » propose un parcours à la découverte du Taennchel (Haut-Rhin). • © I.D L'Edition
Éric Vial - 31/05/2026
Source : Grand Est - France3 Régions