
Suite à des abus commerciaux et même criminels de la part de certains druides, les communautés druidiques françaises se sont dotées d'une charte éthique. Elles étaient réunies samedi 15 août 2026 pour la mettre à jour, ajoutant ainsi des garde-fous face aux dérives.
Samedi 15 août 2026 avait lieu à St Jean-Ligoure, en Haute-Vienne, le troisième rassemblement des mouvements druidiques français depuis l'adoption d'une charte éthique commune, en 2024.
Une vingtaine de représentants du mouvement étaient réunis pour éditer la troisième édition de cette charte, pour la première fois en Limousin. L'objectif : décider de principes communs derrière lesquels s'aligner pour éviter toute dérive sectaire.
Opération de communication
La première charte éthique des mouvements druidiques français, adoptée il y a deux ans, affichait comme but de « mettre à la disposition du public une grille de lecture des groupes se revendiquant du Druidisme ».
Une opération de communication à l'intention du grand public, donc, pour clarifier la mission que s'attribuent ceux qui se réclament de la tradition druidique.
Mal connu, le néodruidisme est un mouvement spirituel, revendiquant parfois son caractère religieux, qui s'inspire de la tradition antique des druides. Ces derniers étaient, dans les cultures celtes, des savants jouant un rôle à la fois religieux et politique. Ces traditions renaissent en Grande-Bretagne au XVIIIème siècle et constituent le fondement du druidisme contemporain.
« Le druide n'est pas un caresseur d'arbres, ce n'est pas Merlin L'Enchanteur de Walt Disney, ce n'est pas ce genre de choses », assure François Bourrillon, druide au Collège Lemovica, en Haute-Vienne. « À l'époque, le druide pouvait être comparé à un universitaire de second cycle. »
Le but du druide serait aujourd'hui de « connaître l'univers ». Et pour cela, « vous pouvez passer par une religion, par l'astrophysique, ce que vous voulez », explique l'adepte.
Empêcher les dérives
La définition reste toutefois volontairement assez vague. « Le Druidisme contemporain n'est soumis à aucune autorité supérieure et unificatrice », peut-on lire dans la charte de 2024. « Il y a autant d'opinions que de druides », traduit François Bourrillon. En Limousin par exemple, il existe au moins quatre collèges druidiques d'obédiences différentes, dont seulement deux étaient présentes lors de cette réunion.
Seulement l'absence de principes communs a pu favoriser des dérives à la fois commerciales et sectaires. Certains proposent par exemple des services payants. « Je suis tombée sur des gens qui voulaient me faire payer très cher des conversations téléphoniques », raconte Catherine Quinset, druidesse à Rennes, qui tient à « faire connaître au public ce qu'est vraiment le druidisme ».
Et tous ont en tête l'affaire encore très fraîche de Roger Surin, druide en Corrèze. Le septuagénaire, qui dirigeait un « collège » druidique dans la commune de Bort-les-Orgues, a profité de son emprise pour organiser des crimes sexuels sur plusieurs victimes, dont une mineure.
Jugé en mars 2026, l'homme a écopé de 15 ans de réclusion criminelle. Mais au sein de la communauté, le choc reste entier. « Cette affaire nous a vraiment traumatisés parce que c'était complètement hors de notre univers habituel », confie François Bourrillon, druide au Collège Lemovica, en Haute-Vienne.
De nouveaux préceptes
La réunion du jour aura donc amené à l'ajout de nouveaux préceptes pour cette troisième édition de la charte déontologique, qui sera bientôt mise en ligne. Ils s'ajoutent à d'autres principes déjà bien identifiés, comme le fait de s'interdire de fournir des services contre rémunération ou de prodiguer des soins médicaux.
Pour l'avenir, les druides ont aussi vocation à donner leur « point de vue sur un certain nombre de problèmes environnementaux », affirme Per Vari Kerloc'h, grand druide de Bretagne, faisant référence notamment à la problématique de l'extraction de minerais rares sur son territoire.
Cécile Descubes et Agnès Raimbault
France3 Régions Nouvelle-Aquitaine - 16/08/2026