
Découverte il y a dix ans près de Troyes (Aube), la tombe d’un prince celte du milieu du Ve siècle avant notre ère donne un éclairage nouveau sur cette civilisation méconnue. Et notamment sur ses relations avec les peuples méditerranéens. Restaurés, les trésors qui accompagnaient le défunt sont exposés à partir du 24 janvier 2026 au musée d’art moderne de Troyes.
Il y a dix ans, c’est un sacré trésor qui a été mis au jour par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) à Lavau, près de Troyes (Aube). La tombe richement dotée d’un prince celte, datant du milieu du Ve siècle avant notre ère. Une exposition présente cette découverte du 24 janvier au 21 juin 2026, au musée d’art moderne de Troyes. Quatre-vingt pièces issues de la nécropole, mais aussi des objets de la même période prêtés par d’autres institutions en France et en Europe.
Découverte majeure… et fortuite

Vue aérienne du site de fouille de Lavau (Aube), en janvier 2015. (Photo : Bastien Dubuis - Inrap)
À l’origine, les fouilles préventives entreprises avant la construction d’une prison ne s’orientaient pas vers une découverte exceptionnelle. « Mais Bastien Dubuis, responsable de l’opération, a très rapidement saisi son importance, relate Emilie Millet, archéologue de l’Inrap, spécialiste des objets métalliques et commissaire scientifique de l’exposition qui ouvrira le 24 janvier au musée d’art moderne de Troyes. Une très vaste nécropole entourait l’ensemble princier. »

Chantier de fouille de l’Inrap à Lavau (Aube), en 2015. (Photo : Bastien Dubuis - Inrap)
Il faudra six mois à l’Inrap pour explorer minutieusement le site. La tombe d’environ 15 m² était un espace vide dont le « plafond », recouvert d’un tumulus, s’est affaissé. « Maîtriser ces mécanismes d’effondrement, c’est ce qui nous permet ensuite de reconstituer la tombe. » Les archéologues ont procédé par stratigraphie, c’est-à-dire en étudiant couche après couche.

Tête de félin, détail du chaudron restauré. (Photo : Renaud Bernadet - Inrap)
Un profil princier
Il s’agit de la tombe d’un prince celte. Peut-être même d’un roi. « Le défunt porte un costume funéraire extrêmement fastueux, avec des parures. Il est déposé sur un char à deux roues, un objet de prestige caractéristique des tombes de l’élite celte », remarque Emilie Millet.

Le torque du prince de Lavau, en cours d’étude. (Photo : Emilie Millet - Inrap)
La carte d’identité biologique du défunt a été établie. Il s’agit d’un homme âgé d’environ 35 ans. « On a repéré une clavicule cassée, mais ce n’est pas cela qui a causé sa mort. » Celle-ci reste donc encore mystérieuse. « On a beaucoup de mal à définir quel était son pouvoir. On constate clairement une dimension religieuse. Et, dans sa tombe, il n’y a pas d’arme. Ce n’est donc pas un guerrier. »
Des objets exceptionnels

Ensemble de vaisselle restaurée : bouteille en céramique cannelée, plats en bronze et cruche en bronze. (Photo : Renaud Bernadet, Inrap)
La tombe présente une trentaine d’objets. « On a tout un vaisselier issu de contacts avec le monde étrusque essentiellement, mais aussi grec. La pièce la plus intéressante, c’est une pièce hybride : une œnochoé grecque. » Cette sorte de pichet à vin orné d’un dessin présentant Dionysos a été rehaussée d’or et d’argent, « probablement réalisé par un artisanat de Cour. Les Celtes l’ont en quelque sorte customisée en lui donnant des caractéristiques celtiques ».

Vaisselle précieuse restaurée : œnochoé, pied de gobelet, cuillère perforée et passoire. (Photo : Renaud Bernadet - Inrap)
Renaud Bernadet, conservateur-restaurateur, a travaillé pendant dix ans à redonner vie aux pièces sorties de terre en 2015. « Celle qui a été la plus compliquée à restaurer, c’était un couteau encore enserré dans son fourreau de cuir décoré de fil d’étain. »

Couteau de cérémonie restauré dans son fourreau de cuir brodé de fils d’étain. (Photo : Renaud Bernadet - Inrap)
Autre rare objet parvenu jusqu’à nous, un grand chaudron d’un mètre de diamètre, qui n’avait pas vocation à réchauffer mais à servir du vin. « Une telle taille, c’est exceptionnel, souligne Emilie Millet. Il est atypique aussi dans ce contexte celte, parce qu’on a des figurations de tête du dieu fleuve grec Achélôos. »

Tête du dieu Achélôos, détail du chaudron en cours de fouille. (Photo : Denis Gliksman, Inrap)
Extraire ces objets
Comment extraire les objets en toute sécurité ? « Émilie et Bastien m’ont envoyé les photos de l’anse du chaudron pour élaborer une stratégie, se souvient Renaud Bernadet. J’avais ensuite à peu près neuf jours pour prélever toute la tombe. Il faut penser déjà au futur de ces objets, aux analyses qui vont être faites après et donc prévoir des produits qui ne vont pas gêner ces analyses. » Il faut également consolider les objets altérés. « On prélève souvent ce qui est en contact direct avec ces objets, parce qu’il y a des informations qu’on ne voit pas lors de la fouille mais que l’on repère en laboratoire : fibres de textiles, petits rivets en bronze… C’est ce qu’on appelle des “prélèvements en mottes”. »

Tombe du prince de Lavau en cours de fouille, en 2015. (Photo : Denis Gliksman, Inrap)
Pour extraire le chaudron, « on a dû, un peu comme un mikado, prélever fragment par fragment, consolider petit à petit les parois, l’assise… On a relevé et numéroté chacun des quelque 300 fragments pour faciliter ensuite le remontage ». Un soclage permet ensuite de repositionner tous les fragments pour redonner une lisibilité à l’objet.
Un contexte politique flou
Difficile de connaître précisément le contexte politique de cette époque, l’organisation de la société. Une autre sépulture princière célèbre de la région, celle du cratère de Vix (Côte-d’Or), découverte en 1953 à 70 km de là, est historiquement liée à celle de Lavau, à une vingtaine d’années près.
Sans en appréhender les détails, « on a une idée de la structuration politique de ces territoires qui correspondent à de petits départements français d’aujourd’hui, avec des habitats organisés autour de pôles de pouvoir près desquels on trouve ces tombes princières », résume Emilie Millet.

Œnochoé, détail du décor de filigranes sur le bec. (Renaud Bernadet - Inrap)
La tombe de Lavau est surtout « un beau témoignage de l’imbrication entre cultures celtes et méditerranéennes ». Ces populations sont en contact depuis très longtemps. « Les idées circulent, relève encore Emilie Millet. Au milieu du Ve siècle, la pensée symbolique et religieuse change. On voit l’émergence de nouvelles figures divines. Ces Celtes puisent ce qui les intéresse en Méditerranée. Mais leur religion est autonome. »
Un témoignage pour l’avenir

Fibule restaurée du costume princier, 2025. Fer, corail et or. (Photo : Renaud Bernadet - Inrap)
Pour Emilie Millet, cette tombe est une sorte de « chaînon manquant ». Elle fait le lien entre différentes tombes princières dont beaucoup dans le sud-ouest de la France. C’est aussi une fouille récente, avec des moyens techniques et analytiques modernes. « On a échantillonné tout ce qu’on pouvait ! » Le chaudron était rempli de restes organiques de vin, et même après restauration, ils ont été laissés pour montrer au public son utilisation. « On n’a pas remis en forme l’objet ni utilisé des produits irréversibles, remarque Renaud Bernadet. Les altérations sont une information, donc on les a laissées visibles. » Les archéologues ont aussi créé une « matériauthèque » composée de fragments, de restes organiques, qui sont conservés sans avoir été traités. « C’est tout l’intérêt de Lavau. D’apporter de nouvelles données archéologiques et d’en conserver pour les générations futures », résume Emilie Millet.
Nicolas BLANDIN
Source : Ouest-France

