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Extrait d’Adriano Romualdi, Julius Evola, L’homme et l’œuvre, 1968

 

La « campagne pour la défense de la race » fut lancée en 1938 dans le but d’aligner l’Italie sur l’Allemagne à propos de la « question juive ». Elle le fut de façon totalement improvisée, non pas en connaissance de cause, mais dans ce climat de superficialité et de légèreté qui caractérisa les dernières années du fascisme.

Du jour au lendemain, des écrivains et des journalistes se découvrirent racistes et commencèrent à farcir leurs articles de mots comme « race », « lignée », « souche », sans avoir la moindre idée de la thématique élaborée en Allemagne en ce domaine. On découvrit une « race italienne » (bien entendu inexistante, puisque, comme tous les peuples européens, les Italiens ne sont qu’un mélange d’éléments méditerranéens, nordiques, alpins, etc.) et quiconque n’était pas juif eut l’heureuse surprise de se réveiller « aryen » – même si son physique le rapprochait davantage du Marocain que de l’Européen…

Evola, qui avait déjà écrit l’année précédente une histoire des théories racistes, Il mito del sangue, était le seul à pouvoir traiter ce problème avec compétence. Et il le fit, en effet, dans Sintesi di dottrina della razza, qui reçut les éloges de Mussolini et, traduit en allemand, fut accepté en tant que « Synthèse d’une doctrine fasciste de la race », du moins hors des frontières de l’Italie.

Hors des frontières, donc, car, à l’intérieur, on préféra à la thèse d’Evola – particulièrement « explosive » vis-à-vis des résidus raciaux et spirituels qui empêchaient le peuple italien de s’élever à la normalité « aryenne » des peuples européens – la ligne beaucoup plus commode de la revue Difesa della razza, laquelle exaltait la race italienne sans remettre en question quiconque ni quoi que ce soit. Ceci eut pour seul résultat qu’Evola se vit épingler l’étiquette de « raciste » sans avoir joué le moindre rôle, ni dans les lois raciales, ni dans la façon dont elles furent appliquées…

Et, dans la mesure où il n’a jamais rien renié — et aussi parce que tous ces textes avaient été écrits avec mesure et d’une façon responsable (c’est ainsi qu’un historien comme De Felice, dans sa Storia degli ebrei italiani sotto il fascismo, classe Evola parmi ceux qui, « s’étant engagés dans une certaine voie, surent la parcourir avec dignité et même avec sérieux ») —, il lui échut de figurer comme l’unique « raciste » italien, alors que certains dénonciateurs antisémites de circonstance comme un Guido Piovene et un Luigi Chiarini se parèrent plus tard de respectabilité antifasciste…

La race apparaît surtout à Evola comme un mythe susceptible d’apporter un certain nombre d’éclaircissements, à l’intérieur même du fascisme, en provoquant un véritable Kampf um die Weltanschauung.

C’est avant tout un mythe antidémocratique qui véhicule des valeurs d’ordre et de différence :

« Selon la doctrine raciste, l’humanité, le genre humain sont d’abstraites fictions – c’est-à-dire la phase finale, concevable uniquement comme la conclusion, jamais entièrement réalisée, d’un processus d’involution, de désagrégation et d’écroulement. Normalement, la nature humaine est au contraire différenciée – différenciation qui se reflète, entre autres, dans la diversité, précisément, des sangs et des races (…). À cet égard, le racisme se présente comme une volonté – que l’on pourrait bien qualifier de classique – de forme, de limite et d’individuation. Il exhorte à ne pas considérer comme essentiel tout ce qui, exprimant le générique, l’informe, ce qui n’est pas encore individué, signifie en réalité un moins, tel un résidu d’une matière qui n’a pas encore de forme (…). Qu’un racisme ainsi conçu renforce le nationalisme en ses aspects positifs, c’est là une évidence. L’un et l’autre représentent une salutaire réaction contre les mythes aussi bien démocratiques que collectivistes, contre le mythe de la masse prolétarienne sans patrie ni visage. Ils signifient l’affirmation de la qualité sur la quantité, du cosmos sur le chaos et, nous l’avons vu, de la forme sur l’informe ».

Le racisme est en outre un moyen de lutter contre tout reste de libéralisme : il se fonde sur la « personne », laquelle n’est plus l’atome humain de l’individualisme mais une entité organique se définissant à partir des valeurs du sang, du caractère, de l’honneur racial. Il dépasse également la conception abstraite de la « culture » qui rendrait égaux tous les hommes, et il fait apparaître le savoir comme l’éducation d’un type humain déjà prédisposé par les forces profondes du sang. C’est une idée qualitative, aristocratique, qui s’oppose à tout mythe progressiste, à la logique même de l’évolutionnisme dans la mesure où elle tend à attribuer aux origines une pureté et une noblesse bien supérieures.

Aussi Evola tient-il à bien distinguer sa conception du racisme de celles qui sont unilatéralement biologiques. À cet égard, il rappelle que les anciens Indo-Européens concevaient l’homme comme triade corps-âme-esprit : corpusanima et mens (ou animus) chez les Romains ; somapsyché et nous chez les Grecs ; sthûla-liṅga-et kārana-çarîra chez les Indo-Aryens. À la compacte matérialité du corps s’oppose la spiritualité diffuse de l’âme, encore reliée au principe animal, au monde du devenir, à l’instinct. La notion indienne de l’âme liṅga-çarîra correspond en fait à celle du « corps subtil ». L’esprit s’oppose à l’âme, comme l’élément actif et viril s’oppose à l’élément sentimental et féminin, la composante « solaire » à la composante « lunaire ». Il représente ce qui est proprement olympien et divin, supérieur non seulement au corps mais aussi à l’âme et aux dispositions psychiques.

Le racisme allemand s’était contenté de montrer la corrélation entre un certain aspect physique et l’intériorité, comme par exemple, entre la sveltesse sèche du type nordique, la froide lumière des cheveux et des yeux clairs et la froideur, le flegme, la pondération, ou encore entre l’agilité vive et la petite taille du Méditerranéen et sa mobilité, sa vivacité intérieures. À ce sujet, Rosenberg écrivait :

« Nous n’admettons ni que l’esprit crée le corps ni le contraire, à savoir que le corps crée l’esprit. Entre le monde spirituel et le monde physique, il n’existe aucune frontière nette : l’un et l’autre constituent un tout indissociable ».

Cette affirmation ne suffit pas à Evola : pour lui, elle laisse la porte ouverte à de graves équivoques naturalistes.

Aussi insiste-t-il sur cette conception fondamentale selon laquelle tout ce qui apparaît dans le monde sensible est un mode de manifestation d’énergies d’ordre spirituel. En ce sens, la naissance elle-même ne relève pas du hasard, comme le disait déjà Platon dans La République :

« Ce n’est pas le daimon qui vous choisit, mais c’est vous qui choisissez votre daimon ».

Derrière les races existent d’invisibles énergies formatrices : la race nordique renvoie au cycle hyperboréen, à la race solaire des hommes sidéraux dont les symboles sont la glace et le feu ; la race méditerranéenne renvoie au cycle maternel, à la race lunaire de la Déesse, aux hommes d’argent » de la Grande Mère.

Evola replace les classifications de la science des races dans le cadre de la mythologie des origines qu’il a ébauchée dans Révolte contre le monde moderne :

« La race et l’hérédité ne doivent pas être conçues comme des déterminismes naturels, mais — essentiellement — comme des forces, des potentialités, des énergies formatrices provenant de l’intérieur et même, dans une certaine mesure, d’en haut (…). C’est l’élément supra-biologique de la race qui, ici, se réveille et agit — non pas un thème de polémique, un catalogue de « caractéristiques » pour manuels de sciences naturelles, un simple mécanisme héréditaire, mais la race vivante, la race que l’on porte vraiment dans le sang — et même beaucoup plus profondément que dans le sang puisqu’elle communique avec des forces métaphysiques, « divines », que les Anciens symbolisaient déjà par les diverses entités symboliques de la gens et de la lignée ».

Définir le racisme d’Evola comme un racisme de l’esprit n’aurait guère de sens puisque la race est avant tout une donnée psycho-physique.

Il s’agit plutôt d’une analyse du fait racial qui s’intègre à une dimension plus profonde.

Cette perspective plus vaste lui permet notamment de dire des choses très pénétrantes à propos des Juifs, eux qui ne constituent pas une race anthropologique, mais se présentent comme un mélange unifié par un certain nombre de caractéristiques d’ordre spirituel : une « race de l’esprit ». Quand bien même ceux-ci pourraient être, localement, différents sur le plan physique, on trouve toutefois toujours chez eux une dominante dont les caractéristiques sont toujours les mêmes : une intelligence supérieure à la moyenne mais d’ordre plus critico-mathématique qu’organique et constructive ; une mobilité d’esprit qui confine au morbide, jointe à une soif des richesses et des plaisirs ; un secret plaisir à piétiner, à démolir (Schadenfreude) qui atteint son maximum avec la vision renversée du monde d’un Marx ou d’un Freud. Pour s’en défendre, la position d’Evola ne consistait nullement à établir une discrimination contre les individus, mais à dénoncer une certaine mentalité juive occidentale.

L’extrême mélange des sangs dans l’Europe du XXᵉ siècle interdit de trouver des noyaux d’individus suffisamment nombreux où les diverses composantes corps-âme-esprit coïncident parfaitement. Il est au contraire fréquent de rencontrer des types en lesquels non seulement un certain aspect extérieur ne correspond nullement à une intériorité adéquate, mais encore chez qui l’on retrouve désormais les traits de deux ou trois — sinon carrément de toutes les races d’Europe : nordique, méditerranéenne, alpine, dinarique, baltico-orientale et falique.

On avait tendance, en Allemagne, à encourager une plus grande prolificité de la race nordique afin de répéter ce qui s’était passé à l’époque des invasions germaniques et indo-européennes : une massive affirmation de l’élément nordique sur les autres ethnies.

En ce qui le concerne, Evola ne croit guère à la possibilité de régénérer une race par des mesures simplement eugéniques. Pour l’Italie, ne serait-ce qu’à cause de la rareté du type nordique, il se contente de proposer un certain idéal humain qu’il appelle « aryo-romain ». L’évocation d’un type humain donné est le canon spirituel d’une collectivité. C’est ainsi que l’art grec a élevé au rang de symbole de l’harmonie classique la beauté nordique. C’est ainsi également qu’hier, certains courants beat avaient choisi comme symbole le Noir, lequel exprimait parfaitement le chaos corybantique qu’ils véhiculaient.

Evola proposait de rassembler autour du type aryo-romain les meilleures composantes raciales présentes en Italie et de mettre en place un processus de sélection selon le principe : « Le semblable réveille le semblable, le semblable attire le semblable, le semblable s’unit au semblable ».

« En ce qui concerne les conditions particulières, elles peuvent se limiter à ce qui suit : tout d’abord, nécessité d’un climat héroïque, c’est-à-dire d’une haute tension spirituelle ; en second lieu, nécessité d’une idée-force qui galvanise et façonne les forces émotionnelles d’une collectivité donnée d’une façon aussi profonde et organique que peut l’être la suggestion ou l’image d’une mère, capable de s’imprimer comme réalité biologique chez son enfant ; enfin, nécessité de la présence au premier plan d’un type humain exemplaire en tant qu’idéal incarné, expression tangible de cette idée, mais aussi, parallèlement, en tant que reprise approximative, ou retour, du type supérieur primordial de la race pure. C’est alors que commence un processus d’évocation, de mise en forme et de réveil de pouvoirs profonds. Ce processus finira par englober la réalité biologique elle-même et supplantera les éléments étrangers.

« Si on la poursuit, cette action fera apparaître dans les générations suivantes, et de plus en plus distinctement, le type adéquat. La « race pure » renaîtra ».

Tel qu’Evola le décrit, le type aryo-romain n’est pas le véritable type nordique, mais porte l’empreinte nordique, laquelle était déjà présente dans les antiques lignées italiques à Rome. Ce type se rattache au cycle « hyperboréen » : dès 1940, Altheim avait mis en relief les ressemblances entre les graffiti rupestres et les symboles solaires découverts en Italie sur le site de la Valcamonica, accompagnés d’inscriptions dans une langue protolatine, et les graffiti rupestres de Bohuslän (dans le sud-ouest de la Suède).

Cette ultime migration indo-européenne, caractérisée par le rite de l’incinération, se répandit non seulement dans le Latium, mais aussi en Grèce, avec les Doriens. Rome et Sparte sont deux créations parallèles, et quand on parle d’éthique romaine, spartiate ou nordique, c’est d’une seule et même chose qu’il s’agit.

Les Italiens qui prennent comme excuse à leur allergie pour la « rigidité » et la « dureté » allemandes ce qu’ils appellent leur « latinité », prouvent ainsi qu’ils ne possèdent pas une seule goutte du sang de ces antiques Latins venus du Nord qui créèrent Rome. Il s’agirait plutôt d’Italiotes, de Méditerranéens ou de descendants d’esclaves venus d’Afrique ou d’Orient. En face des Romains, de leur « militarisme », de leur sévérité laconique, ils se seraient sentis aussi mal à l’aise qu’ils le sont aujourd’hui en face de la mentalité prussienne.

L’objectif du fascisme, tel qu’Evola le décrit, ne consiste pas à cultiver un mythe des vieilles gloires romaines qui puisse servir d’alibi à tout ce qui, en Italie, n’a rien de romain et n’est qu’italien. Ce dont il s’agit, c’est de passer au crible de la romanité tout ce qui, dans les mœurs italiennes, laisse à désirer et n’est aucunement nordique.

« De même qu’il est sûr qu’existent encore dans la race italienne d’importants noyaux de la race nordico-aryenne dans le domaine de l’esprit, de l’âme et du corps lui-même, de même est-il certain qu’existe, parallèlement, une Italie de types noirauds et petits, dont les traits et la sensibilité ont été altérés par des croisements séculaires ; des types sentimentaux, gesticulants, impulsifs, profondément et anarchiquement individualistes — une Italie du doux farniente, où amour rime avec toujours, aux maris jaloux comme des tigres, aux femmes « ardentes » mais inhibées par les préjugés bourgeois, une Italie de Polichinelle, de macaronis et de chansons à l’eau de rose. Ce que veut plutôt l’Italie fasciste, c’est être et signifier un monde nouveau de forces dures et trempées, un monde héroïque pénétré de conscience éthique et de tension créatrice, étranger à tout abandon ou faiblesse de l’âme — dont les symboles ne sont pas les tarentelles et le clair de lune sur les gondoles, mais les puissants carrés bardés de fer exécutant ce pas romain dont on trouve l’exacte réplique dans le rythme des parades prussiennes ».

Ces derniers mots ne se lisent pas aujourd’hui sans une certaine ironie amère. Ils furent l’extrême concession d’Evola au fascisme, à l’espérance fasciste, et ils étaient destinés à être bientôt déçus.

En effet, le fascisme avait créé une atmosphère d’enthousiasme et de sacrifice, un idéal dont la clarté est demeurée comme pétrifiée dans les blanches structures du Foro Mussolini ou du Palazzo della Civiltà. Mais, aujourd’hui, nous savons que cet enthousiasme reposait sur des bases fragiles : derrière les quelques centaines de milliers de véritables fascistes, il y avait, y compris au sein du Parti, des millions et des millions d’« Italiotes » déjà prêts à fêter l’Italie « libérée ».

« Libérée » — devait écrire plus tard Evola — « de la lourde tâche de se donner une forme, une responsabilité, un destin ».

Nul ne saurait dire ce qui se serait passé si la guerre avait été gagnée. Il est par ailleurs exact qu’avec Sintesi di dottrina della razza, Evola avait, pour la première fois, réussi à faire accepter l’une de ses thèses comme thèse officielle du fascisme. On peut imaginer que la victoire allemande, en signant la fin des résistances cléricales et bourgeoises, aurait offert à Evola d’autres possibilités. Au début de la guerre contre l’U.R.S.S., Evola avait demandé à partir comme volontaire. La réponse tarda : elle lui parvint alors que le corps expéditionnaire italien venait d’être retiré du front. On devait apprendre plus tard que ce retard avait eu pour cause… le simple fait qu’Evola n’était pas inscrit au Parti !

Le 8 septembre 1943 trouve Evola en Allemagne. Il fait partie de la poignée d’Italiens qui, avec Pavolini et Farinacci, accueillent Mussolini libéré au Grand Quartier Général. Evola se rallie par devoir à la République Sociale, même si ce nom lui paraît surtout de nature à troubler encore plus les idées, déjà suffisamment confuses, de nombreux fascistes. Rentré à Rome, il avait l’intention d’y demeurer afin de rétablir un réseau de contacts politiques à la barbe des Alliés. Mais il figure sur leurs listes : grâce à un escalier de service, il parvient heureusement à échapper à l’arrestation. Il traverse alors le front et s’installe à Vienne où il travaille en collaboration avec certains services de la SS. Plus exactement, il lui est donné d’examiner une documentation sur la Franc-Maçonnerie dont s’était emparé le S.D. dans les capitales européennes.

Pendant la guerre, sa devise avait été « Ne pas esquiver et même rechercher le danger, quasiment dans le sens d’une silencieuse interrogation du destin ».

C’est ainsi qu’il ne rejoignait jamais les abris pendant les bombardements aériens. Cette habitude faillit lui être fatale peu de jours avant que les Russes n’entrent à Vienne : on le retrouve enfoui sous les gravats. Il en est sorti avec une lésion de la moelle épinière qui entraînera la paralysie des jambes.

La guerre, qui avait balayé tant de vies et tant d’espérances, marquait donc, pour Evola aussi, une nette fracture dans sa vie privée.

Publié par asapaudia - 17 novembre 2025

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