Résistance Identitaire Européenne

Histoire

Sparte et Athènes jusqu'aux Guerres Médiques

 Sparte et Athènes jusqu'aux Guerres Médiques


Des tribus de race dorienne, à partir du XIe siècle avant J.C., envahirent le Péloponnèse, s'installèrent en Laconie et fondèrent Sparte sur l’emplacement de l’ancienne Lacédémone. La constitution de Sparte que la tradition attribuait à Lycurgue, est avant tout aristocratique et militaire. L'Etat spartiate est une royauté avec deux rois héréditaires, mais le pouvoir effectif appartient à cinq éphores qui exécutent les ordres de la Gérousia (Sénat) et de l’Apella (Assemblée populaire). Les Spartiates ou Egaux seuls ont des droits ; ils sont avant tout des soldats chargés de la défense du territoire. La culture de la terre est laissée aux Hilotes, le commerce et l’industrie aux Périèques. Le Spartiate appartient à l'Etat : de son enfance à sa vieillesse et il est astreint à une discipline militaire. De cette organisation militaire, Sparte se servit pour conquérir la Messénie aux VIIIe et VIIe siècles avant J.C. et imposer sa prépondérance au Péloponnèse. Au VIe siècle probablement, Sparte se donna une constitution, qui dépouillait les rois de tout pouvoir politique et confiait la direction de l’Etat à cinq  phores et à un Sénat ou Gérousia. Pour faire accepter cette constitution et prévenir toute modification on la plaça sous l'autorité d'un personnage légendaire, Lycurgue. De tous les nouveaux établissements de Lycurgue, le premier et le plus important fut celui du Sénat. Le Sénat, comme dit Platon, vint se mêler à la puissance royale pour en tempérer la fougue, et, armé d'un pouvoir égal à celui des rois, fournir à l’Etat, dans les grandes occasions, un moyen de salut, et les leçons de la sagesse. Le gouvernement avait flotté jusqu'alors dans une agitation continuelle, poussé tantôt, par les rois, vers la tyrannie, et tantôt, par le peuple, vers la Démocratie. Le Sénat, entre ces deux forces opposées, fut comme un contrepoids qui les tint en équilibre, et qui assura pour longtemps l'ordre et la stabilité des choses. Les 28 sénateurs se rangeaient toujours du côté des rois quand il fallait arrêter les progrès de la démocratie, comme aussi ils fortifiaient le parti du peuple, pour réprimer la tyrannie au besoin. Lycurgue fixa, suivant Aristote, le nombre des sénateurs à vingt-huit. Personne que les sénateurs et les rois n'avait le droit, dans l'assemblée du peuple, de mettre en avant les sujets de délibération; eux seuls les proposaient; et le peuple était maître de décider.

PLUTARQUE. Vies des hommes illustres. Lycurgue. Traduction A. Pierron


Le partage des terres à Sparte.

La population de Sparte se composait de trois catégories d'hommes : les citoyens ou Egaux, les Périèques qui étaient libres, mais n'avaient pas de droits politiques, et les Hilotes ou esclaves. Les citoyens, obligés de se consacrer tout entiers à la défense du pays ne pouvaient se livrer ni au travail manuel, ni au commerce, ni à l'industrie; l'aîné de chaque famille avait droit à un lot de terre inaliénable qu'il faisait cultiver par les Hilotes. Le second des établissements de Lycurgue et le plus audacieux, ce fut le partage des terres. L’inégalité des fortunes était prodigieuse : les uns ne possédaient rien, manquaient de toute ressource, et c'était le plus grand nombre des citoyens, tandis que toute la richesse affluait aux mains de quelques autres. Dans le dessein de bannir l'insolence, l'envie, l'avarice, le luxe, et deux maladies plus anciennes encore et plus funestes à un Etat, la richesse et la pauvreté, Lycurgue persuada les Spartiates de mettre en commun toutes les terres, de faire un nouveau partage et de réduire toutes les fortunes au même taux et à un parfait équilibre. La vertu toute seule devait faire toutes les distinctions, n'y ayant, entre les hommes, d'autre différence et d'autre inégalité que celles qui procèdent du blâme dû aux mauvaises actions et de la louange que méritent les actions honnêtes et vertueuses. Le projet fut bientôt mis à exécution. Lycurgue divisa les terres de Laconie en trente mille parts qu’il distribua à ceux de la campagne, et il fit neuf mille parts de celles du territoire de Sparte ; car c'était là le nombre des citoyens appelés au partage. Chaque part pouvait produire par an soixante-dix médimnes d'orge pour un homme, et douze pour une femme avec le vin et les fruits en proportion. Cette quantité parut suffisante pour les entretenir dans un état de bien-être et de santé, et pour fournir à leurs besoins. Il entreprit aussi de détruire complètement l’inégalité sous toutes ses formes, de faire le partage des biens mobiliers. Comme il vit qu’on ne s'en laisserait pas dépouiller ouvertement sans répugnance, il prit une autre voie, et ce fut indirectement qu'il porta l’attaque contre le luxe. Il commença par supprimer toute monnaie d'or et d'argent, ne permit que la monnaie de fer, et donna à des pièces d'un grand poids une valeur si modique que, pour loger une somme de dix mines (environ 137€) il fallait une chambre entière et un chariot attelé de deux bœufs pour la traîner.

PLUTARQUE. Vies des hommes illustres. Lycurgue. Traduction A.Pierron


Les repas publics.

A Sparte, le citoyen est mobilisable jusqu'à 60 ans, et est astreint, même en temps de paix, à toutes sortes d’obligations. Il doit en particulier, prendre son repas du soir avec les 15 hommes qui forment son escouade en temps de guerre. Lycurgue obligea les citoyens à manger tous en commun et à se nourrir, des mêmes viandes, des mêmes mets réglés par la loi... Il n'était permis à personne de manger chez soi d'avance et d'arriver rassasié aux repas communs. On observait attentivement celui qui s'abstenait de boire et de manger avec les autres; et on lui reprochait publiquement son intempérance et la délicatesse qui lui faisait mépriser la nourriture commune... Chaque table était de quinze personnes, un peu plus un peu moins. Chaque convive fournissait, par mois, un médimne de farine, huit conges de vin, cinq mines de fromage, deux mines et demie de figues, et, avec cela, quelque peu de monnaie pour acheter de la viande (Le médimne athénien contenait 51 lit. 84; le conge, ou chous, 3 1it. 24; à Sparte, ces mesures étaient plus grandes d’un tiers; la mine pesait 436 grammes). D'ailleurs, quand un citoyen faisait un sacrifice, ou qu'il avait été à la chasse, il envoyait, pour le repas commun, les prémices de la victime ou une portion de son gibier ; car il était loisible de souper chez soi avec les mets de son sacrifice ou de sa chasse, si la chasse ou le sacrifice avait fini trop tard ; hormis ces occasions, il fallait comparaître aux repas publics... Le roi Agis, au retour d'une expédition où il avait vaincu les Athéniens, fit demander ses portions, pour souper avec sa femme, les polémarques, chefs purement militaires, les lui refusèrent; et le lendemain, Agis ayant, par dépit, négligé de faire le sacrifice accoutumé, ils le condamnèrent à une amende. Le mets le plus vanté, chez eux, était le brouet noir. Les vieillards, quand on en, servait, n'avaient plus d'appétit pour les viandes ; ils les laissaient aux jeunes gens, et ils mangeaient le brouet de grand cœur. Un roi de Pont acheta exprès, dit-on, un cuisinier lacédémonien, pour qu'il lui fît du brouet : lorsqu'il en eut goûté, il le trouva détestable : « 0 roi, dit le cuisinier, il faut, pour savourer ce brouet, s'être baigné dans l'Eurotas. » Après avoir bu sobrement, les convives s'en retournaient sans lumière.


L'éducation spartiate.

Le Spartiate est avant tout un soldat. L’éducation a donc pour but de le préparer à son rôle de soldat. Jusqu'à 30 ans il appartient à l’Etat et fait son apprentissage militaire. Un père n'était pas maître d’élever l’enfant qui venait de lui naître. Il devait le porter dans un lieu appelé Leschée où s'assemblaient les plus anciens de chaque tribu. Ceux-ci visitaient l'enfant; et, s'il était bien conformé et de complexion robuste, ils ordonnaient qu'on le nourrît, et ils lui assignaient, pour son apanage, une des neuf mille parts de, terre : s'il était chétif ou contrefait, ils l'envoyaient jeter dans un gouffre voisin du mont Taygète et qu'on appelait les Apothètes. Ils ne voyaient aucun avantage, ni pour lui-même, ni pour l'Etat, à le laisser vivre, destiné, comme il l'était dès sa naissance, à n'avoir ni santé ni vigueur. Jusqu’à sept ans, l'enfant était confié aux soins des femmes ; à partir de cet âge, il était sous la surveillance, militaire de l’Etat. On n'était pas libre d'élever, d'instruire son fils comme on le voulait : tous les enfants qui avaient l'âge de sept ans, Lycurgue les prenait et les distribuait en différentes classes pour être élevés en commun, sous la même discipline; et il les accoutumait à jouer et à étudier ensemble. Chaque classe devait avoir pour chef celui d'entre eux qui avait le plus d'intelligence, et qui s'était montré le plus brave dans les luttes. C'est sur lui que les autres fixaient leurs regards : ils exécutaient tous ses ordres, et ils souffraient sans murmurer toutes les punitions qu'il infligeait. Cette éducation était donc proprement un apprentissage d'obéissance. Les vieillards assistaient à leurs jeux, et jetaient souvent entre eux des sujets de dispute et de querelle, afin de connaître à fond leur caractère et de juger s'ils auraient de la hardiesse, et s'ils seraient incapables de fuir dans la bataille. Ils n’apprenaient, en fait de lettres, que l'indispensable ; tout le reste de leur instruction consistait à savoir obéir, à endurer courageusement la fatigue, à vaincre au combat. A mesure qu'ils avançaient en âge, on les appliquait à des exercices plus forts : on leur rasait la tête, on les habituait à marcher sans chaussure et à jouer ensemble, la plupart du temps tout nus. Parvenus à l'âge de douze ans, ils ne portaient plus de tunique, et on ne leur donnait qu'un manteau chaque année. Ils étaient sales, et ils ne se baignaient ni ne se parfumaient jamais, hormis certains jours, où on leur laissait goûter cette douceur. Chaque bande dormait dans la même salle, sur des jonchées qu'ils faisaient eux-mêmes, avec les bouts des roseaux qui croissent sur les bords de l'Eurotas : ils les cueillaient en les rompant de leurs mains seules, sans se servir d'aucun instrument. Il n'y avait pas un instant, pas un seul endroit où l’enfant qui faisait une faute ne trouvât quelqu'un pour le reprendre et le châtier. Ajoutez que les maîtres de l'enfance se choisissaient parmi les citoyens les plus estimés. Ces maîtres donnaient pour chef à chaque bande le plus sage et le plus courageux d'entre les sirènes. Irènes est le nom qu'ils donnent à ceux qui, depuis deux ans, sont sortis de l'enfance. Cet Irène, âgé de vingt ans, marche à la lutte en tête de sa bande; quant aux choses domestiques, il dispose des siens pour le service de la table : il enjoint aux plus forts d'apporter du bois; aux plus petits, des légumes et ce qu'ils apportent, ils l'ont dérobé en escaladant les jardins, ou en se glissant dans des, salles de repas publics avec autant de précaution que d'adresse. Celui qui se laissait surprendre était frappé rudement, pour sa négligence ou sa maladresse. Celui qu'on surprend est puni du fouet et forcé de jeûner; ils ne font même ordinairement qu'un léger repas, afin qu’obligés de fournir eux-mêmes à leurs besoins, l'audace et la ruse soient pour eux une nécessité. Voici un exemple de la crainte extrême qu'avaient ces enfants de voir leurs larcins découverts. Un d'eux avait dérobé un renardeau, et il l'avait caché sous sa robe : il se laissa déchirer le ventre, par les ongles et les dents de l'animal, sans jeter un cri, et il mourut sur la place, pour garder le secret.
 

La valeur de l'armée spartiate.

L'armée spartiate se composait surtout d'hoplites, c'est-à-dire de fantassins armés d'une longue lance et d'une courte épée. La cavalerie n'avait que peu d'importance et les troupes légères se composaient de non-citoyens. Cette armée avait la réputation d'être redoutable. Ce qui fait la supériorité des troupes spartiates, ce sont d'abord les qualités physiques des soldats, soumis depuis l’enfance à un entraînement continu. Ce sont plus encore leurs qualités morales, respect de la discipline, sentiment de l'honneur, esprit de sacrifice. Toute l'éducation spartiate, les récits des actions héroïques, les chants de Tyrtée, les fêtes civiques, visent à inspirer un dévouement absolu à la cité. « Il est beau de tomber au premier rang comme un brave, en combattant pour la patrie ». C'est dans cette exaltation du patriotisme et du devoir qu'est la grandeur de Sparte. Par ailleurs, le Spartiate paraîtra étroit d'esprit, intransigeant, chagrin, lent à comprendre et à agir ; on l'accusera d'avidité et de duplicité. Mais, sous l'armure de l'hoplite, il ne laisse plus voir qu'une vertu un peu raide mais calme et digne. Tel l'a vu le poète (Tyrtée) et telle son image mérite d'être fixée pour l'histoire : « Que chacun, bien campé sur ses jambes, les pieds rivés au sol, mordant sa lèvre, demeure immobile, les cuisses, les jambes et les épaules bien couvertes par le ventre du large bouclier. Que dans sa droite se dresse une forte lance; que sur sa tête s'agite la terrible, aigrette. Pied contre pied, bouclier contre bouclier, l'aigrette froissant l'aigrette et le casque heurtant le casque, que les poitrines se pressent, que les guerriers se choquent du tranchant de l'épée et de la pointe de la lance ».

JARDE. La formation du peuple grec, pp. 162-163. Paris. La Renaissance du Livre, 1923.


Le laconisme.

Les Spartiates avaient l’habitude de parler peu; ils s’appliquaient à ramasser leurs expressions en formules concises; à cette façon de parler on a donné le nom de laconisme. En voici quelques exemples. On demandait à Lycurgue pourquoi il n'avait prescrit pour les sacrifices que des victimes si petites et de si mince valeur : « Afin, dit-il, que nous ayons toujours de quoi honorer les dieux ». On cite de lui d'autres réponses semblables : « Comment pourrons-nous repousser l’incursion des ennemis .?. - si vous demeurez pauvres; si personne ne convoite une part plus grande que celle des autres ». Et au sujet des murailles : « Une ville  n'est jamais sans murailles, quand elle est environnée non de briques, mais d'hommes de cœur».Un homme disait un jour, à contretemps, des choses qui ne manquaient pas de. bon sens. « Mon ami, lui dit le roi Léonidas, tu tiens, hors de propos, de fort bons propos ». On demandait à Charilaus, neveu de Lycurgue, pourquoi Lycurgue avait fait si peu de lois. «C’est, répondit-il, qu’il faut peu de lois à des gens qui parlent peu ». Demarate, importuné par les questions déplacées d'un faquin, et l’entendant demander, sans cesse quel était le plus homme de bien de Lacédémone, lui répondit : « Celui qui te ressemble le moins ». Un étranger faisait montre de dévouement aux Spartiates : « Dans notre ville, disait-il, on m'appelle l’ami des  Lacédémoniens. - Il vaudrait mieux, dit Théopompe, qu'on t’y appelât l’ami de tes concitoyens ». Un rhéteur athénien traitait les Spartiates d'ignorants : « Tu as raison, dit Plistonax, fils de Pausanias, car nous sommes les seuls, dans la Grèce, qui n'ayons appris de vous rien de mal ».

PLUTARQUE. Passim
  

Athènes

Habitée de bonne heure par des races préhelléniques, l’Attique subit l’hégémonie crétoise (légende du Minotaure) et connut la civilisation mycénienne. Vers le XXe siècle avant J.C., elle fut envahie par les Hellènes, (Achéens, Eoliens, Ioniens) qui s'établirent en communautés isolées et indépendantes. Ces bourgades finirent par se grouper en un seul Etat, dont la  capitale fut Athènes. Jusqu'au Ve siècle, l’histoire d’Athènes est la transformation d’un état aristocratique en un état démocratique. Elle fut d'abord gouvernée par des rois qu'assistaient les nobles ou Eupatrides; ceux-ci dépouillèrent peu à peu la royauté de ses pouvoirs et la remplacèrent par des archontes assistés d'un conseil de nobles : l'Aréopage. Le régime des Eupatrides parut trop dur au peuple qui se révolta à plusieurs reprises. En 621 avant J.C., Dracon s'efforça de rétablir le calme par un code écrit mais sévère. Solon, vers 594 avant J.C. établit une constitution qui donnait le pouvoir politique aux riches et prit des mesures  favorables aux pauvres. L’insuccès de sa réforme permit à Pisistrate d'établir la tyrannie en s'appuyant sur les pauvres; il s'appliqua à faire le bonheur et la grandeur d'Athènes. Ses fils lui succédèrent, mais en 510 avant J.C. un complot mit fin à la tyrannie. Clisthènes acheva l'évolution démocratique en classant les citoyens non plus d'après leur naissance ou leur richesse, mais d'après le lieu qu'ils habitaient.


Thésée.

L’Attique semble avoir été habitée, à l'origine, par des populations de races diverses qui finirent par se grouper en un seul Etat dont le centre politique et religieux fut l'Acropole d'Athènes. La légende attribuait la formation de l'Etat athénien à Thésée, le héros qui, selon la mythologie, avait libéré le pays du joug crétois en tuant le Minotaure. Il conçut une grande et merveilleuse entreprise : il s'agissait de réunir en un seul corps de ville tous les habitants de l’Attique, et d'en former un seul peuple, dans une seule cité. Dispersés auparavant en plusieurs bourgs, il était difficile de les assembler pour délibérer sur les affaires publiques : souvent même, ils étaient dans un mutuel désaccord, et ils se faisaient la guerre les uns aux autres. Thésée parcourut lui-même chaque dème et chaque famille, pour faire agréer son projet. Les simples citoyens et les pauvres l'adoptèrent sans balancer. Pour déterminer les puissants, il leur promit un gouvernement sans roi, où le peuple serait souverain : lui, Thésée, ne s'y réservait que le commandement militaire et la garde des lois; chaque citoyen, pour tout le reste, jouirait des mêmes droits que lui-même. Il en persuada quelques-uns : les autres, craignant sa puissance, qui était déjà considérable, et aussi son audace, aimèrent mieux s’y prêter de bonne grâce que de s'y voir forcés. Il fit abattre, dans chaque bourg, les prytanées, édifice public où siégeait le premier magistrat de la cité, et les édifices où se tenaient les conseils, cassa les magistrats, bâtit pour tous un prytanée et une salle des délibérations dans le lieu où ils sont encore aujourd'hui, donna à la ville et à la citadelle le nom d'Athènes, et établit les Panathénées, fête de tout le peuple athénien.
PLUTARQUE. Vies des hommes illustres. Thésée. Traduction A. Pierron


L'état social avant Solon.

De bonne heure, les nobles ou Eupatrides, dépouillèrent la royauté de ses droits et partagèrent ses attributions entre trois, puis neuf archontes. Mais ce régime aristocratique fut très dur pour les fermiers et les petits propriétaires qui, faute de pouvoir rembourser leurs dettes, devenaient esclaves des riches. Les nobles et la foule furent en conflit pendant un long temps. En effet, le régime politique était oligarchique en tout; et, en particulier, les pauvres, leurs femmes et leurs enfants étaient les esclaves des riches. On les appelait «clients » et « sizeniers » (hectémores) : car c'est à condition de ne garder que le sixième de la récolte qu'ils travaillaient sur les domaines des riches. Toute la terre était dans un petit nombre de mains; et, si les paysans ne payaient pas leurs fermages, on pouvait les emmener en servitude, eux et leurs enfants; car les prêts avaient tous les personnes pour gages, jusqu'à Solon, qui fut le premier chef du parti populaire. Donc, pour la foule, le plus pénible et le plus amer des maux  politiques était cet esclavage ; pourtant, elle avait tous autres sujets de mécontentement ; car, pour ainsi dire, elle ne possédait aucun droit.

 ARISTOTE. Constitution d'Athènes, II. Traduction Georges Mathieu et Bernard Haussoulier. Société d'édition « Les Belles-Lettres », Paris, 1930.

Réformes politiques de Solon.

Solon ne s'est pas contenté d'accomplir une réforme sociale par l'abolition des dettes contractées jusque-là et par la suppression de l'esclavage pour dettes. En matière politique, il a préparé les voies à la démocratie, en supprimant le privilège de la naissance et en  proportionnant les droits des citoyens à leur degré de richesse. Avant lui, un seul principe de discrimination entre les Athéniens : la naissance ; elle sépare de la catégorie des élus, qui ont droit à tout, celle des réprouvés, qui n'ont droit à rien. Après lui, une seule distinction : la richesse. Progrès immense, car la richesse, au moins, peut s'acquérir. Fort adroitement, Solon utilise les classes que l'opinion publique avait déjà pris l'habitude de ne pas confondre : mais il leur confère une existence légale et pour tout dire une valeur administrative. Sont de droit réputés pentacosiomédimnes et traités comme tels, ceux qui récoltent cinq cents mesures de grains (227 hectolitres 30), cavaliers, ceux qui en récoltent trois cents (136 hl. 38), zeugistes, ceux qui en récoltent deux cents (90 hl. 92), et thètes, ceux qui n'atteignent pas à ce minimum. Aux pentacosiomédimnes et aux cavaliers, les magistratures les plus hautes, soit, mais aussi les charges militaires et financières les plus écrasantes, fortune oblige. Aux zeugites, les postes secondaires de l’Etat et pour rançon le devoir de s'armer en hoplites. Si les thètes demeurent exclus des fonctions publiques et d'un nouveau conseil de quatre cents membres (Boulê) adjoint à l'Aréopage, en revanche, ils ne doivent qu'exceptionnellement servir dans la flotte comme rameurs ; bien plus, ils ont quand même accès à un tribunal d'appel (Héliée) et à l'Assemblée (Ecclèsia) dont les pouvoirs sont augmentés, et Solon savait, ainsi, qu'un jour prochain ils seraient à Athènes la force, étant le nombre.

Robert Cohen. Nouvelle histoire grecque, pp. 87-88. Paris. Hachette, 1935.

Ruses de Pisistrate.

Après Solon, les luttes sociales continuèrent entre Pédiens ou grands propriétaires de la  plaine, Diacriens, pauvres paysans de la montagne et Paraliens, marins de la côte, dont les intérêts étaient différents. Appuyé par les Diacriens, Pisistrate, parvint à établir sa tyrannie dont il se servit pour favoriser les classes pauvres, créer un mouvement artistique et littéraire, embellir Athènes et assurer sa grandeur à l'extérieur. Pisistrate, comme les Athéniens de la côte et ceux de la plaine étaient en dissension, les premiers ayant à leur tête Mégaclès, fils, d'Alcméon, et les gens de la plaine Lycurgue, fils d'Aristolaïdès, songea à la tyrannie et forma une tierce faction; quand il eut réuni des partisans et qu’il fut soi-disant le chef des habitants de la montagne, voici ce qu'il imagina ; il se blessa lui-même et blessa ses mulets, puis lança son attelage sur la place, comme s'il avait échappé à ses ennemis qui l’auraient voulu tuer pendant qu'il se rendait aux champs et il adressa une demande au peuple pour obtenir de lui une garde. Le peuple des Athéniens, abusé, lui permit de choisir parmi les citoyens trois cents hommes qui furent, non pas les porte-lance de Pisistrate, mais ses porte-massue; car c'était avec des massues de bois qu'ils l'escortaient par derrière. Ces hommes se soulevèrent avec Pisistrate, et occupèrent l'Acropole. Pisistrate, dès lors, régna sur les Athéniens, sans troubler l'exercice des magistratures existantes, sans changer les lois; il gouverna la cité en respectant la constitution établie et l'administra excellemment. Mais, au bout de peu de temps, les partisans de Mégaclès et ceux de Lycurgue, s'étant mis d'accord, le chassèrent. C'est ainsi que Pisistrate se rendit maître d’Athènes pour la première fois et perdit la tyrannie qu’il détenait avant qu'elle eût poussé de profondes racines. Ceux qui l'avaient chassé recommencèrent de nouveau à être en lutte les uns contre les autres. Injurieusement traité par son parti, Mégaclès envoya demander à Pisistrate s'il voulait prendre sa fille pour femme et être tyran à ce prix. Pisistrate accueillit la proposition et s'accorda avec lui aux conditions indiquées; et ils imaginèrent pour le retour de l'exilé un expédient. Dans le dème de Palania, il y avait une femme nommée Phyè, d'une taille de quatre coudées moins trois doigts (La coudée valait 0 m. 462; le doigt, 0 m. 019; la femme avait donc une taille de 1 m.79), et d'ailleurs belle personne. Ils revêtirent cette femme d’un armement complet, la firent monter sur un char, lui  enseignèrent l'attitude dans laquelle elle devait faire le plus noble effet, et la menèrent à la ville. Ils avaient envoyé devant, en éclaireurs, des hérauts, qui, arrivés à la ville, y proclamaient ce qu'on leur avait ordonné, disant : « Athéniens, recevez favorablement Pisistrate; Athéna, qui a voulu l'honorer entre tous. les hommes, le ramène elle-même dans sa propre acropole ». Allant çà et là, ils tenaient ces propos. Aussitôt, le bruit se répandit dans les dèmes, qu'Athéna ramenait Pisistrate; et les habitants de la ville, persuadés que la femme était la déesse en personne, adorèrent cette créature et accueillirent Pisistrate.

Hérodote. Histoire. Livre I, Clio, 59-60. Trad. Ph. E. Legrand. Société d'édition «Les Belles Lettres ».


Les réformes de Clisthènes.

C'est Clisthènes qui fit d'Athènes un véritable Etat démocratique. Les transformations politiques opérées par Solon n'avaient pas définitivement brisé la puissance des Eupatrides; par leur forte organisation en tribus, en phratries et en familles, ils continuaient à dominer la cité. C'étaient maintenant, sans doute, les plus riches qui occupaient les magistratures, mais les plus riches, c'étaient encore les Eupatrides. Clisthènes le savait bien, puisqu'il était lui-même un pur aristocrate, de la famille des Alcméonides. Il avait assez de clairvoyance pour s'apercevoir que l'esprit de caste des Eupatrides risquait de conduire Athènes à la ruine en amenant des troubles sociaux. Déjà, Pisistrate avait pu avec l'appui des pauvres, établir sa tyrannie. Et maintenant, la jalousie Sparte cherchait à profiter des difficultés de sa rivale pour se mêler de ses affaires intérieures. Pour sauver Athènes, il fallait briser les cadres qui permettaient à l'aristocratie de maintenir sa puissance et en établir de nouveaux où entreraient tous les citoyens avec les mêmes droits. Aux anciennes classifications fondées sur la naissance ou la richesse, il substitua des unités administratives qui ne connaissaient que l'individu, sans tenir compte de sa classe sociale. L'Attique fut divisée en une centaine de dèmes ayant chacun ses magistrats et son assemblée. Pour être inscrit dans un dème, il suffisait d'y avoir son domicile et d'être citoyen. Un groupe de dèmes contigus forma une trittye. Il y eut, au total, trente trittyes, dix dans la ville, dix dans l’intérieur, dix sur la côte. Enfin, trois trittyes constituèrent une tribu, ce qui fit dix tribus qui n'avaient de commun que le nom avec les quatre tribus des Eupatrides. Cette division en circonscriptions territoriales aurait pu être la source de nouveaux troubles en opposant les habitants de la ville aux ruraux. Pour parer à ce danger Clisthènes décida que le territoire de chaque tribu, au lieu d'être d'un seul tenant se composerait de trois trittyes éloignées les unes des autres et prises, la première dans la ville, la seconde dans l’intérieur, la troisième sur la côte. Ainsi, dans chaque tribu seraient confondus aristocrates et simples citoyens, riches et pauvres, cultivateurs et commerçants. Aucun élément ne l'emporterait sur les autres. Il n'y aurait, dans l'intérieur du dème et de la tribu, que des citoyens tous égaux; à l'intérêt de caste, était substitué l'intérêt du dème et de la tribu, et par conséquent de l’Etat ; les luttes ne seraient plus entre classes différentes, elles auraient pour objet des questions de politique intérieure et extérieure. Le réformateur ne fermait pas seulement l’ère des luttes fratricides, il achevait l'unité politique et morale d’Athènes. Pour compléter sa réforme et garantir contre la tyrannie le régime démocratique, Clisthènes institua l'ostracisme qui permettait d’éloigner d'Athènes pour dix ans tout citoyen dont l'ambition pouvait être un danger pour les libertés publiques. L’épreuve des guerres médiques pouvait maintenant venir ; le régime démocratique avait donné à Athènes une âme commune qui lui permettrait de tenir tête à la barbarie orientale.

JP Lorrain

ImprimerE-mail

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites