Résistance Identitaire Européenne

Mythologie


L'ours, le roi des animaux !

ours brun

Pendant longtemps, en Europe, le Roi des animaux ne fut pas le lion. Un autre animal était l'objet de toutes les admirations. Au Moyen-Âge pourtant, la bête majestueuse est ridiculisée, humiliée. Elle conquiert de nouveaux le cœur des hommes au vingtième siècle, mais sous la forme... d'une peluche. Passer du statut de Roi de la forêt à celui de simple doudou, voilà qui constitue un singulier parcours. Aujourd’hui, Michel Pastoureau nous raconte : l'ours.

Emission à écouter sur :

http://www.franceculture.fr/emission-les-animaux-ont-aussi-leur-histoire-l-ours-portrait-d-un-roi-dechu-2015-07-19

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Le dieu Cerf

Parmi les grandes figures mythiques qui donnent à l’Europe son âme immémoriale, le cerf tient une place royale. Car il est souverain, le grand cerf peint dès le paléolithique sur les parois de Lascaux, gravé sur les ossements de Lortet, dans les Pyrénées.

Peinture rupestre - Lascaux

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Merlin et le chant du Monde

Rencontre avec le gardien de notre plus longue mémoire

Offensive – N°2 – 2e semestre 1997

Tous ceux qui ont vu le film phare de John Boorman, Excalibur, ont encore en mémoire l'extraordinaire apparition, dès les premières séquences, de l'enchanteur Merlin. Sur fond de torches tourbillonnant dans la nuit, d'épées entrechoquées, de copulation entre le fer, le feu et le sang. Le spectateur un tant soit peu éveillé pressent qu'il y a, avec ce surgissement de Merlin, entrée en scène d'un personnage clef, qui ouvre les portes de l'invisible.

Merlin au centre de la Table Ronde

Merlin nous est connu par des textes très anciens. Le premier à mentionner son nom date de 1148 et a pour auteur un Gallois, Geoffroy de Monmouth. Cet érudit, écrivant en latin, au service des Plantagenêt, rassemble et utilise des éléments issus de traditions orales très anciennes, transmises sous la forme de contes populaires. Merlin y apparaît comme un prophète solitaire, réfugié dans les bois, témoin et incarnation d'un temps lointain où hommes et bêtes se comprenaient, habitant le même univers enchanté. Merlin aime se tenir au bord d'une fontaine. Il aime aussi se déplacer monté sur un cerf et errer en forêt en compagnie d'un loup gris. Merlin aurait eu pour Maître en sagesse un ermite nommé Blaise ; or Blaise est la francisation du nom gallois bleidd, qui signifie le loup... Il est en relation, grâce à un barde, avec l'île d'Avalon, l'île où l'on recueille l'ambre, l'île des pommiers, gouvernée par neuf sœurs dont la plus belle, Morgane, enseigne à quoi servent les plantes, pour guérir les maladies. Le texte de Geoffroy de Monmouth est ainsi truffé de références païennes issues de la tradition celtique.

Geoffroy de Monmouth est par ailleurs l'auteur d'une Historia regum Britanniae qui, adaptée par le Normand Robert Wace sous le titre de Roman de Brut, l'ancêtre mythique des Bretons, connut une grande diffusion en Occident et constitue la source des Romans de la Table ronde, en mettant en scène, au premier plan, le roi Arthur. Un roi dont la figure mythique est revendiquée, comme source de légitimité sacrée, par Henri II Plantagenêt. Dans son récit, Geoffroy raconte comment Arthur est né, grâce aux enchantements de Merlin, des amours d'Uther Pendragon et de la belle Ygerne.

L'enchanteur Merlin est encore au cœur de textes du XIIIe siècle, tel le Lancelot en prose, présentant sous un vernis christianisé les grands thèmes de l'épopée arthurienne : le Graal, l'épée Excalibur, les chevaliers de la Table Ronde qui constituent un compagnonnage sacré, héritier évident du Männerbund de tradition indo-européenne, véritable confrérie guerrière placée sous le patronage d'un dieu.

Maître de forces secrètes, le tout puissant Merlin choisit, par amour pour la belle Viviane, de lui livrer les clefs de ses pouvoirs, tout en sachant pourtant que l'aimée va en profiter pour l'enfermer, "l’enserrer" à jamais à l'intérieur d'un espace magique, au cœur de la forêt, en ce "château de verre" qui gît au fond du lac, ce lac dont Viviane est la Dame.

L’Homme qui sait

Figure emblématique de l'univers arthurien, Merlin est un poète. C'est à dire qu'il voit « les choses qui sont derrière les choses », petit clin d’œil aux cinéphiles, en souvenir de Quai des brumes et à la mémoire du grand Le Vigan... Et, significativement, dans les poèmes qui lui sont attribués une place privilégiée est donnée aux arbres: bouleaux, pommiers, frênes... et chênes, bien sûr. Merlin parle aux arbres et les arbres lui parlent. Cette communion avec la nature, et les forces qu'elle recèle, assimile Merlin à un druide. Dans des poèmes des XIIe et XIIIe siècles, présentés comme étant l’œuvre de Merlin, celui-ci aime méditer dans un nemeton, clairière sacrée, au cœur de la forêt. Il perpétue ainsi une tradition mythologique enracinée dans la plus longue mémoire. Une tradition intégrée dans un Moyen Age officiellement chrétien, mais qui charrie en son sein des archétypes bien identifiables, expressions d'un paganisme toujours latent, intimement lié à une culture populaire essentiellement orale. Merlin, en effet, comme le note Jean Markale, "cristallise en lui tout ce qui n'a pu être récupéré par le christianisme officiel, tout ce qui, pour des raisons très simples, devait être considéré comme "diabolique" parce que se mettant en travers des normes théoriques importées d'ailleurs et mal vécues par une population attachée à ses habitudes ancestrales, à ses structures mentales, à ses croyances profondes enracinées dans la terre vierge".

La Forêt et l’Eau

La dimension sacrée de Merlin va de pair avec celle de Viviane. Si Merlin règne sur la Forêt, Viviane règne sur l'Eau. La Dame du Lac est une Dame Blanche, une fée. C'est à dire la grande Déesse Mère source de toute vie et de toute fécondité. Cette fée, cette Dame, cette déesse solaire devient, une fois que le christianisme est censé avoir triomphé, sainte reine. Une sainte reine qui, comme par hasard, élit comme séjour de prédilection le bord des sources, des fontaines, des rivières. Merlin, si l'on veut comprendre le personnage dans toutes ses dimensions, y compris les plus ésotériques, n'est pas séparable de Viviane. Ils forment en effet un couple proprement divin, dont l'élément masculin est indo-européen, l'élément féminin pré-indo-européen.

L’harmonie du Monde

En tant que conseiller du roi Arthur, Merlin a indiqué le chemin. Il a dit quelle était la voie à suivre pour que l'équilibre du monde, l'harmonium mundi, fût assuré. Sa mission terminée, il entre en dormition. Il laisse un enseignement, destiné à être chuchoté à l'oreille de ceux qui savent écouter. La "maison de verre" où Viviane a enfermé Merlin est, en fait, l'Autre Monde. Un Autre Monde où règne la Femme Soleil, mère des hommes et des dieux. C'est de là que Merlin, qui est en fin de compte une des incarnations du dieu générateur, organisateur du monde, du panthéon indo-européen, voit la déraison des hommes. Jusqu'au jour où il interviendra pour venir remettre de l'ordre, de l'harmonie, en rappelant qu'on ne saurait se moquer longtemps des lois de l'univers.

Ces lois rythment la vie de la nature et le mythe de Merlin est l'expression, à travers le temps, d'une religion cosmique. C'est pourquoi Merlin est d'abord et avant tout l'Homme des bois, l'Homme de la forêt. Les auteurs latins insistent d'ailleurs, lorsqu'ils évoquent les druides, sur le fait "qu'ils habitent dans des bois profonds et sacrés". Ils y donnent leur enseignement, destiné "aux plus nobles de la nation". Merlin le sage, Merlin le voyant est frère de ces ermites qui, dans une société théoriquement chrétienne, tirent eux aussi leur réputation et leur prestige de leur retraite forestière, qui en fait des êtres à part.

L’Axe du Monde

Doté de pouvoirs chamaniques, Merlin assure la communication entre le ciel et la terre. Cette liaison avec le divin passe par l'Arbre du Monde, "arbre de vie et d'immortalité" pour Mircea Eliade sur lequel Merlin monte pour vaticiner. Un tel arbre s'enracine en des lieux privilégiés. Le plus sacré de tous est sans doute la fontaine de Barenton, au cœur de la forêt de Brocéliande. Cette source est, bien sûr, source de vie. Au sens physique du terme, comme toute source, mais plus encore au sens spirituel. Car si la fontaine apporte la pluie, la semence céleste qui féconde la terre, elle donne aussi à qui en est digne la force, mystérieuse et sacrée, que procure l'amour total.

Merlin est assimilé, dans certains récits, à un personnage appelé "le Fou de la Forêt". Expression révélatrice. Dans un monde où, dès le Moyen Age, la ville est présentée comme le lieu par excellence de civilisation, opposé au monde "sauvage", c'est au plus secret de la forêt que se réfugient l'antique sagesse et la force sereine. C'est pourquoi, dans le monde de démence et de stérilité qu'a apporté avec elle la modernité, Merlin est plus que jamais un signe d'espérance. Merlin porte en lui nos valeurs, notre vision du monde. Merlin reviendra. Nous l'attendons. Et nous préparons son retour.

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La croix contre les fées

Lors de l’essor du christianisme, tous les autels consacrés aux génies des lieux, aux dianes champêtres, aux elfes et aux fées, ainsi que les cultes qui s’y déroulaient, furent dans un premier temps condamnés et interdits par le clergé naissant.

Saint Éloi part en croisade contre les fées

C'est ainsi que le "bon" saint Éloi, parti convertir les Belges au christianisme, insista fermement, dans son allocution pastorale, sur le blasphème que constituaient aux yeux de Dieu les luminaires et les offrandes placés auprès des rochers, des sources, des arbres, des cavernes et des carrefours.

Le vingt-troisième canon du concile d'Arles, qui s'est tenu en 442, proscrivit à son tour le culte des arbres, des pierres et des fontaines. Ces prohibitions furent reprises par des conciles ultérieurs, tels que celui de Tours, en 567, celui de Leptines, près de Binche, en 743, qui contient un florilège des principales superstitions qui animaient les Belges aux temps du paganisme, et enfin celui de Nantes, en 900.

Un capitulaire d'Aix-la-Chapelle, datant de l'an 789, taxe de sacrilèges les païens récalcitrants qui continuent à allumer des feux la nuit près des arbres, des pierres levées et des fontaines, en hommage aux entités féeriques qui y avaient élu domicile. Les lois de Luitprand renouvelèrent l'interdiction.

Mais toutes ces mesures se révélèrent inefficaces. Le peuple, siècle après siècle, continuait à braver les interdits pour aller rendre ses hommages au petit peuple des fées. Aussi, les gens d'Église furent-ils amenés peu à peu à reconvertir ces temples païens en lieux de culte chrétiens. Alfred Maury explique : "Ces forêts sacrées que les Celtes avaient si longtemps honorées comme la demeure des divinités, dans lesquelles ils n'entraient que comme dans un sanctuaire, l'âme saisie d'une crainte religieuse, ces forêt, dis-je, continuèrent à inspirer le même respect, la même vénération. Des images pieuses furent placées sur les arbres jusqu'alors adorés, sur le chêne, le hêtre, le tilleul et l'aubépine ; et le peuple, en venant, selon son antique coutume, se prosterner sous leur ombre, honora presque à son insu un nouveau dieu." (A. MAURY, Les Fées au Moyen Age - Paris - 1843).

La vierge Marie, patronne des fées

La plupart des hauts lieux chrétiens furent édifiés sur d'anciens lieux de culte païens. Ainsi, le mont Tombe, ancien lieu de pèlerinage celte, fut transformé en Mont-Saint-Michel. La cathédrale de Paris fut élevée sur l'emplacement d'un ancien temple gaulois consacré à Lug, le dieu de la Lumière. Et les autels champêtres, les arbres sacrés et les grottes habitées par les fées furent reconvertis en lieux d'adoration de la Vierge Marie qui, de ce fait, devint la patronne des fées.

Certains affirment même que bon nombre des miracles ou apparitions mariales qui se déroulèrent dans ces anciens lieux païens n'étaient, en définitive, que des manifestations de fées... En réalité, et contrairement à ce qu'affirmait l'Église médiévale, la croyance aux fées ne s'oppose en rien à la croyance chrétienne; au contraire : elle l'annonce par bien des points. Rappelons par exemple l'importance du chiffre trois dans les manifestations féeriques. Or, le trois est également le symbole de la Trinité chrétienne. Les Églises chrétiennes primitives l'ont bien compris : ainsi, l'on peut voir en Grèce une icône orthodoxe dans laquelle le Christ donne sa bénédiction à des créatures ailées qui ressemblent autant à des elfes qu'à des anges.

Alfred Maury note à ce propos : "C'était ordinairement une image de la Vierge que les prêtres plaçaient au-dessus des arbres sacrés. Le vieux chêne de la Loupe paraît avoir été un de ces anciens monuments du culte druidique ainsi métamorphosés en relique chrétienne ; on l'appelle aujourd'hui le chêne de la bonne Vierge". M. de la Villemarqué, cité par A. MAURY, rappelle un fait bien curieux, et qui prouve à quel point les anciennes superstitions résistent longtemps, même au progrès des lumières. "Au mois d'août 1835, dit-il, tous les habitants de la paroisse de Concoret (département du Morbihan) se rendirent processionnellement, bannières et croix en tête, au chant des hymnes et au son des cloches, à la fontaine de Barenton et dans la forêt de Brechéliant (Brocéliande), pour demander la pluie au ciel...".

Les landes et les forêts de Bretagne ou d'Écosse sont remplies, encore aujourd'hui, d'empreintes qui témoignent du passage des fées et des anciens enchanteurs. Les dolmens furent transformés en calvaires ; les fontaines magiques et les grands chênes des druides furent consacrés à la Vierge, et les plantes et herbes médicinales aux vertus merveilleuses, que les sorcières allaient ramasser au clair de lune, furent placées sous le patronage des saints du calendrier.

Mais, sous le manteau de la religion, les fées continuaient à assurer leur fonction de marraines des hommes...

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