Résistance Identitaire Européenne

Paganisme

Les confréries initiatiques et culturelles : Les varous

Les Francs, les Saxons et les Scandinaves sont venus s'installer sur nos cotes et dans l'intérieur de nos terres, on pense généralement qu'ils oublièrent très rapidement leurs anciennes traditions. Il s'agit là de conceptions simplistes ; les Traditions ne sont pas une mode que l'on change au gré du temps et des vents. Nos Traditions sont éternelles ; elles sont au plus profond de nous même. Nos Ancêtres les ont exprimées suivant leurs instincts et leurs aspirations profondes. Elles nous conviennent parce que liées à notre tempérament. Si elles sont momentanément étouffées, elles sont latentes en nous et ressurgiront car notre Etre est éternel et ne peut être modifié dans son essence profonde. Le Peuple les a maintenues avec obstination alors que leur sens était oublié, mais leur maintien était un besoin impératif ; quelquefois elles se manifestent inconsciemment. Nos Traditions sont nos façons de concevoir le monde et de vivre en harmonie avec lui.

Ainsi, les Vikings ne purent être aussi facilement « assimilés » qu'on le dit - l'assimilation totale est impossible car il y a toujours des caractères irréductibles incompressibles, ce qu'on appelle le « tempérament normand ».

Arrivés dans une population en fait peu différente, puisque sur le vieux fond originel étaient venus se greffer les Celtes, puis les Saxons et les Francs, de même origine et Civilisation que les Scandinaves, nos Vikings défendirent leurs traditions. Rioulf se souleva avec les Normands de l'Ouest contre la dynastie ducale et fut défait avec ses troupes au Pré-de-la-Bataille en 935 après avoir fait le siège de Rouen, un siècle plus tard Guillaume écrasait les Cotentinais et Bayeusins révoltés. Ils transmirent bien autre chose à leurs descendants qu'un « tempérament » et une pigmentation à dominante « claire ».

Ils marquèrent de leur empreinte les noms de champs, le vocabulaire agricole et maritime et, surtout, ils transmirent à leurs descendants une partie de leur mythologie et de leurs croyances religieuses. Pour qui sait chercher on peut trouver dans nos traditions normandes des traces de l'ancienne religion nordique ; à notre connaissance cette question n'a encore jamais été étudiée d'une manière sérieuse et approfondie. Jusqu'à présent quelques rares publications ont examinées les faits folkloriques en tâchant de leur donner un certain nombre d'explications. Nous procéderons d'une manière plus logique - en étudiant l'origine de nos Traditions, puis en examinant leurs survivances.

Parmi les traditions normandes, en feuilletant les recueils de contes et légendes, nous découvrons des histoires de Varous. Ce nom d'origine germanique désigne un « homme-loup » et correspond exactement au danois moderne varulv, werwolf en allemand, (wair/wer : homme, wolf/ulf/ulv : loup). Il s'agit donc là d'une tradition Scandinave qui a traversé les siècles.

Les antiques confréries...

Dans la Germanie (C XLIV), l'historien latin Tacite nous donne la plus ancienne mention d'une confrérie guerrière, celle des Harii (dont le nom signifie probablement les « guerriers ») : « Quant aux Haries, leur âme farouche enchérit encore sur leur sauvage nature en empruntant les secours de l'art et du moment : boucliers noirs, corps peints ; pour combattre, ils choisissent des nuits noires ; l'horreur seule et 1'ombre qui accompagnent cette année de lémures suffisent à porter l'épouvante, aucun ennemi ne soutenant cette vue étonnante et comme infernale, car en toute bataille les premiers vaincus sont les yeux ».

Dans un autre passage, Tacite présente des traditions analogues adoptées par tout un peuple, celui des Haltes (les ancêtres des hessois actuels) - « dès qu'ils sont parvenus à l'âge d'homme, ils laissent pousser cheveux et barbe et c'est seulement après avoir tué un ennemi qu'ils déposent un aspect pris par vœu et consacré à la vertu. Sur leurs sanglants trophées ils se découvrent le front, alors ils croient avoir enfin payé le prix de leur naissance, être dignes de leur patrie et de leurs parents ; les lâches et les poltrons restent dans leur salelé. Les plus braves portent en outre un anneau de fer, ce qui est ignominieux chez cette nation, en guise de chaîne, jusqu'à ce qu'ils se rachètent par la mort d'un ennemi (C. XXXI)».

 
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L'archéologie nous apporte aussi sa contribution, sur des plaques de bronze du 7e siècle de notre ère provenant de l'île d'Oland (Suède), nous voyons quelques scènes qui doivent se rattacher à des danses rituelles. Sur ces quatre plaques nous apercevons :

- un personnage tenant en laisse un animal ou un monstre,

- un guerrier entre deux ours ;

- deux guerriers porteurs d'une lance et coiffés d'un casque à cimier en forme de sanglier.

- un personnage, porteur de deux lances et coiffé d'un curieux casque, qui exécute une sorte de danse, à côté de lui, un guerrier est revêtu d'une peau de loup - il s'agit probablement d'une danse rituelle.

On pense que le casque, dont proviennent ces plaques, devait appartenir à un membre d'une confrérie cultuelle. Sur le casque de Sutton-Hoo (Cf. Heimdal N° 7, p. 8) nous trouvons des guerriers, analogues à celui de la quatrième plaque, qui exécutent une danse.

Plus tard, à l'époque des Vikings, nous apprenons que les Chefs Scandinaves aiment s'entourer d'une garde formée de guerriers d'élite, les Bersekir. Comme leur nom l'indique, ces guerriers sont vêtus d'une peau d'ours. Ils sont insensibles aux armes et au feu, dans le combat ils sont pris de « fureur » et ne craignent aucun danger ; ils en ressortent complètement épuisés. A la même époque nous trouvons un autre type de guerriers qui eux s'identifient à des loups. Les Ulfhedhnar. Tacite notait déjà que les princes s'entouraient de suites de jeunes guerriers et les Sagas nous racontent les aventures des Vikings de Jomsburg qui formaient une sorte de confrérie.

La mythologie nous apprend que les guerriers morts étaient dédiés à Odin. Les Valkyries venaient les chercher sur le champ de bataille pour les emmener au Valhal. Pour se préparer au Ragnarök, le « crépuscule des dieux », ils passaient la journée à se battre, le soir les morts ressuscitaient. Ces Einherjar formaient l'armée d'Odin, l'armée des morts

La philologie nous apportera un dernier élément ; le terme hansa n'a pas à l'origine un sens commercial, il signifie «suite, cohorte, troupe». Sur une pierre runique de Bjälbo nous trouvons le terme kiltar, une guilde de Frisons, mais dans les anciens glossaires du vieil-haut-allemand, gelt est synonyme de bluostar (« sacrifice »). Ainsi, à l'origine, les hanses et guildes sont des confréries cultuelles qui exécutent des sacrifices rituels.

... au rituel initiatique

Les travaux des spécialistes de la religion nordique, ceux du grand savant néerlandais Jan de Vries, ont permis de mettre en évidence l'importance des confréries cultuelles chez les anciens peuples du Nord.

A première vue on serait tenté de les répartir en deux catégories - les confréries guerrières et les confréries cultuelles En fait, cela serait peu fondé car à cette époque tout homme libre est un guerrier, d'autre part le sacré est présent dans toute action guerrière. Avant la bataille, pour dédier les ennemis à Odin, on envoie une lance (son attribut) au dessus d'eux. La coutume des Haries a plus un sens religieux que celui d'une ruse de guerre ; ils s'identifient magiquement à l'armée des esprits, la « Chasse sauvage ».

Quels sont les rites de ces confréries ? Nous avons peu de documents sur cette question : il s'agit de rites occultes (donc secrets), christianisés ou poursuivis quand ils ne pouvaient être assimilés, bien des éléments ont disparu. Toutefois. Jan de Vries (Altg. Rel., T. 1, pp 454 et 499) a pu établir qu'il existait une coutume initiatique. L'admission dans une confrérie est considérée comme l'entrée dans la communauté des esprits des Ancêtres. « Le postulant est coupé du monde auquel il appartenait et pour pénétrer dans le monde des ancêtres il connaît la mort symbolique puis la renaissance qui est liée à l'attribution d'un nouveau nom. Les mystères de la Tribu lui sont alors dévoilés ; on lui montre les objets sacrés, on lui apprend les rites et on l'informe de l'Histoire mythique de la Nation, des dieux et de la création du monde, des règles de morale et des tabous. Enfin des rites particuliers doivent le réintroduire dans le monde profane » (op. cit. p. 499). Ainsi, nous remarquons le rôle prééminent donné au culte des Ancêtres au sein de ces confréries, la communauté des morts et des vivants forme un tout (Cf. notre article sur le clan dans le N° 7 de Heimdal), cette communauté a sa source dans un mythe originel.

Des défilés rituels...

Quant aux manifestations de ces rituels, les membres des confréries défilent recouverts de peaux de bêtes - peaux de loup (animal d'Odin), d'ours, de cerf... - ou même de feuillage. Ils s'identifient à l'armée des morts mais aussi à des animaux ou à des éléments naturels car le culte des morts est lié au culte de la nature et de la fécondité - il s'agit de penser à la mort et à la renaissance de la nature qui trouve son parallèle dans la mort des Ancêtres et leur réincarnation dans un de leurs descendants.

S'identifiant aux morts et aux animaux dont ils portent la dépouille, ils parcourent le pays en exécutant des danses rituelles au caractère magique et sont transportés par une « fureur sacrée ». Dans la Saga d'Egill on parle de Kveldulfr (« loup du soir ») qui, d'après Gamillscheg, serait à l'origine de l'expression française « courir le guilledou »

... au Carnaval

Ces processions avaient lieu pendant les douze jours de chaos qui se situent entre le Jul (Noël) et la nouvelle année, le Carnaval avec ses corporations, ses personnages étranges, son « déchaînement » en est une manifestation maintenue à travers les siècles mais vidée d'une partie de son sens. En Norvège, pendant la période du Jul, des groupes, grimés en animaux, traversent les villages. Le carnaval vit encore dans une bonne partie de l'Europe du Nord - défilé du Jol, défilé de Perchta, Fastnacht...

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Mais on trouve d'autres survivances. La Hanse, les guildes et corporations médiévales sont les héritières des confréries de l'ancien Nord. Jusqu'à une époque récente, les corporations d'étudiants, avec leur « bizutage », leurs « beuveries rituelles » et leurs défilés colorés n'étaient pas sans rappeler cette tradition. On pense même que les danses rituelles christianisées seraient à l'origine des mystères médiévaux.

En Normandie, les varous

Mais ces croyances ont bien souvent été rejetées et qualifiées de « démoniaques » après l'implantation du christianisme.

Tel est le cas des Varous, tradition bien attestée en Normandie. Le Varou « Tous les soirs, au coucher du soleil il revêt une peau de loup, de chèvre ou de mouton. Cette peau s'appelle une hure. Le diable, auquel ce malheureux est échu en partage, le traite fort durement ; les coups de bâton trottent, les croquignoles et les nasardes ne sont point épargnées ; les gourmades et les horions pleuvent à foison : le pauvre patient souffre cruellement. C'est ce qui arrive surtout, si à l'heure que Satan lui a fixée, le possédé ne se trouve pas exactement au rendez-vous qui est ordinairement le pied d'un if; le malin va et pour le bon exemple, au centre de chaque carrefour, et devant toutes les croix du voisinage ». (Du Bois, Recherches.-, sur la Normandie, p 299).

Dans les anciennes lois normandes (Leges régis Henrici primi), pour le châtiment de certains crimes, il est dit que le coupable soit traité comme loup) («Wargus habeatur »).

Jusqu'au 18e siècle, des prêtres, se faisant l'auxiliaire de la justice, tenaient des monitoires, cérémonies au cours desquelles ils adjuraient les témoins de certains crimes de se faire connaître ; ceux qui n'obéissaient pas « aux injonctions d'un monitoire étaient excommuniés, changés en loup et forcés de courir la nuit dans les campagnes pendant un certain nombre d'années» (J. Lecceur, Esquisses du Bocage Normand, II, p. 403). Ils devenaient varous.

Le thème du Varou a donné naissance à de nombreuses histoires et légendes, entre autres celle du Varou de Gréville recueilli par J. Fleury et celle de la jeune fille Varou de Clécy présentée par Jules Lecoeur (Ces deux textes sont rassemblés dans l'ouvrage de Marthe Moricet).

Mais ce qui nous semble encore plus intéressant c'est l'étude des « périodes d'activité » des Varous. Ils courent la nuit comme les Harii ou la « Chasse Sauvage » et particulièrement autour de la période de Noël, pendant l'Avent du côté de Pont-Audemer, de Noël à la Chandeleur dans la Manche. Il est un dicton du Bessin qui dit : « A la Chandeleur, toutes bêtes sont en horreur ». M. Moricet s'en étonne, en fait cela correspond à la période de chaos des douze nuits pendant laquelle Odin faisait chevaucher l'armée des morts. Tout est clair.

Nous pouvons aussi supposer qu'une partie de ces traditions n'a pas été rejetée dans la « démonologie ». Les Confréries de Charitons, typiquement normandes, sont apparues dès l'époque ducale alors que les traditions nordiques étaient encore relativement vivaces, ce sont des confréries à caractère religieux et qui sont chargés du « culte des morts », donc sur le plan chrétien l'exact correspondant des confréries initiatiques cultuelles originelles. On peut même envisager une étape intermédiaire, il y a à Jumièges une antique confrérie qui élit son Grand Maître lors du feu de la Saint-Jean, le Confrérie du Loup Vert, nous en reparlerons... Dans notre prochain numéro, pour la période du Jul, nous étudierons le mythe normand de la Mesnie Hellequin, nous suivrons Odin et sa chasse sauvage.

Georges BERNAGE.

BIBLIOGRAPHIE :

Louis de BEACKER, de la Religion du Nord de la France avant le christianisme, p. 189 à 193 (le Weerwolven flamand).

Amélie BOSQUET, La Normandie Romantique et Merveilleuse -

rééd. Le Portulan, Brionne, 1971. p. 223 à 243.

Marthe MORICET, Récits et Contes des Veillées Normandes, Caen, 1963. p. 65 à 75.

Jan de VRIES, Altgermanische Religionsgeschichte, p. 488 à 505. Roy CHRISTIAN,   Old   English   Customs,   1972.   p.   21   à   26.

Source : HEIMDAL (Normandie-Europe du nord) N° 13 – Automne 1974

 

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la religion des Indo-Européens

''Spiritualité non révélée, immanente, et marquée par une forte sacralité, la religion des Indo-Européens est païenne (paganus, paysan) en ce sens qu’elle est particulière à un terroir donné, donc non universelle, et reflet de la diversité des peuples.''

 

Bernard Marillier

 

 

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Le Druidisme reconnu comme Religion au Royaume Uni

Les druides de Sa Majesté ont gagné leur paradis… fiscal

Par Stéphane Kovacs 04/10/2010

Une cérémonie païenne à l'occasion du solstice d'été, à Stonehenge en juin 2004.

Crédits photo : JOHN D MCHUGH/ASSOCIATED PRESS

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Le druidisme est désormais considéré comme une religion par la Commission britannique des organisations caritatives. Ils peuvent rendre grâce au soleil, à la terre et même au tonnerre. Les quelque 350 druides du Royaume-Uni viennent d'apprendre une bonne nouvelle: après plus de cinq ans d'investigations, la Commission britannique des organisations caritatives a reconnu le druidisme comme religion. Il s'agit du premier culte païen à accéder à ce statut au Royaume-Uni. «Il y a une foi suffisante dans un être ou une entité suprême pour constituer une religion», a estimé la commission. Le druidisme prône l'harmonie entre les êtres humains et la nature. Ses adeptes vénèrent des divinités, comme le soleil, ainsi que des esprits, comme les montagnes ou les rivières. Né en Irlande et au Royaume-Uni, le culte a essaimé à travers le monde, notamment en France et aux Pays-Bas. Il compterait aujourd'hui plusieurs millions d'adeptes. L'engouement pour l'écologie et le recul des religions classiques ont provoqué un regain d'intérêt: en Angleterre, le druidisme, selon ses adeptes, n'a jamais été aussi populaire depuis l'avènement de la chrétienté. Quant au Réseau des druides, une organisation réunissant les adeptes du druidisme dans le monde, il a reçu le statut d'œuvre de bienfaisance et pourra ainsi bénéficier d'un statut fiscal très avantageux au Royaume-Uni. Astérix, qui bénéficia si souvent de la mystérieuse potion magique d'un druide, n'aurait rien trouvé à y redire…

Stéphane Kovacs

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Les policiers païens auront droit à des jours fériés particuliers

Les policiers païens auront droit à des jours fériés particuliers

Le très sérieux Département de l’intérieur britannique vient de reconnaître aux policiers adeptes de paganisme et autres cultes nordiques le droit de prendre congé pour célébrer leurs fêtes religieuses.

S.K. - le 12 mai 2010, 08h55   LeMatin.ch

Concrètement, les chefs ne peuvent plus refuser les demandes de congés pour des motifs religieux émanant de policiers païens. Ceux-ci sont désormais traités avec autant d’égards que les chrétiens et leurs congés de Noël ou les musulmans durant le Ramadan.

Il y aurait environ 500 agents de police païens au Royaume-Uni, y compris des druides, des sorcières et des chamans. Leur croyance compte une dizaine de fêtes, liées à la nature et au cycle des saisons.

L’officier de police Andy Pardy, cofondateur de la Pagan Police se réjouit de cette décision. «La reconnaissance du paganisme est un travail de longue haleine, mais ça avance», déclare cet adorateur des dieux Thor et Odin dans le «Daily Mail».

Tout le monde ne partage cependant pas son optimisme. «C’est une aberration du politiquement correct, glisse un agent, qui souhaite rester anonyme. Voilà qu’on donne congé à des policiers, pour qu’ils puissent danser autour d’un feu en buvant de l’hydromel».

«Le gouvernement veut une police qui reflète les différentes communautés qu’elle est amenée à servir», justifie pour sa part un porte-parole du Département de l’intérieur.

 

 

http://www.lematin.ch/actu/monde/policiers-paiens-droit-jours-feries-particuliers-273993

 

 

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Empereur Julien: contre les galiléens

Empereur Julien : Contre les Galiléens

Traduction Monsieur le Marquis d’Argens
de l’Académie Royale des Sciences et Belles Lettres - 1764

(texte numérisé par François-Dominique Fournier)

 

 

Il m’a paru à propos d’exposer à la vue de tout le monde, les raisons que j’ai eues de me persuader que la Secte des Galiléens n’est qu’une fourberie purement humaine, et malicieusement inventée, qui, n’ayant rien de divin, est pourtant venue à bout de séduire les esprits faibles, et d’abuser de l’affection que les hommes ont pour les fables, en donnant une couleur de vérité et de persuasion à des fictions prodigieuses.

Je parlerai d’abord de tous les différents Dogmes des Chrétiens, afin que, si quelques uns de ceux, qui liront cet ouvrage, veulent y répondre, ils suivent la méthode établie dans les Tribunaux judiciaires ; qu’ils n’agitent pas une autre cause, et qu’ils n’aient pas recours à une récrimination, qui ne peut servir à rien, s’ils n’ont auparavant détruit les accusations dont on les charge, et justifié les Dogmes qu’ils soutiennent. En suivant cette maxime, leur défense, si elle est bonne, en fera plus claire, plus véridique, et plus propre à détruire nos reproches.

Il est d’abord nécessaire d’établir, en peu de paroles, d’où nous vient l’idée de Dieu, et quelle est celle que nous devons en avoir. Ensuite nous comparerons la notion qu’en ont les Grecs avec celle des Hébreux : et après les avoir examinées toutes les deux, nous interrogerons les Galiléens, qui ne pensent ni comme les Grecs ni comme les Hébreux. Nous leur demanderons, sur quoi ils se fondent, pour préférer leurs sentiments aux nôtres, d’autant qu’ils en ont changé souvent, et qu’après s’être éloignés des premiers, ils ont embrasé un genre de vie différent de celui de tous les autres hommes. Ils prétendent qu’il n’y a rien de bon et d’honnête chez les Grecs et chez les Hébreux, cependant ils se sont appropriés, non les vertus, mais les vices de ces deux Nations. Ils ont puisé chez les Juifs la haine implacable contre toutes les différentes religions des Nations, et le genre de vie infâme et méprisable, qu’ils pratiquent dans la paresse et dans la légèreté, ils l’ont pris des Grecs. C’est là ce qu’ils regardent comme le véritable culte de la Divinité.

Il faut convenir que, parmi le bas peuple, les Grecs ont cru et inventé des fables ridicules, même monstrueuses. Ces hommes simples et vulgaires ont dit, que Saturne ayant dévoré les enfants les avait vomis ensuite ; que Jupiter avait eu un commerce incestueux avec sa mère, de laquelle il avait eu des enfants, et qu’il avait épousé sa propre fille. A ces contes absurdes on ajoute ceux du démembrement de Bacchus, et du replacement de ses membres. Ces fables font répandues parmi le bas peuple ; mais voyons comment pensent les gens éclairés. Examinons ce qu’ont dit les Législateurs et les Philosophes.

Considérons ce que Platon écrit de Dieu et de son essence ; et faisons attention à la manière dont il s’exprime lors qu’il parle de la création du monde, et de l’Être suprême qui l’a formé. Opposons ensuite ce Philosophe Grec à Moïse, et voyons qui des deux a parlé de Dieu avec plus de grandeur et de dignité. Nous découvrirons alors aisément quel est celui qui mérite le plus d’être admiré, et de parler de l’Être suprême ; ou Platon qui admit les Temples et les simulacres des Dieux, ou Moïse qui, selon l’Écriture, conversait face à face et familièrement avec Dieu. Au commencement, dit cet Hébreu, Dieu fit le Ciel et la Terre ; la Terre était vide sans forme, les ténèbres étaient sur la surface de l’abîme ; et l’Esprit de Dieu était porté sur la surface des Eaux. Et Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut ; Et Dieu vit que la lumière était bonne ; Et Dieu sépara la lumière des ténèbres : Et Dieu appela la Lumière jour, et il appela les ténèbres la nuit. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin ; ce fut le premier jour. Et Dieu dit qu’il y ait un firmament au milieu des Eaux ; et Dieu nomma le Firmament le Ciel : et Dieu dit que l’eau, qui est sous le Ciel, se rassemble ensemble afin que le sec paraisse ; et cela fut fait. Et Dieu dit que la Terre porte l’herbe et les Arbres. Et Dieu dit qu’il se fasse deux grands luminaires dans l’étendue des Cieux pour éclairer le Ciel et la Terre. Et Dieu les plaça dans le firmament du Ciel, pour luire sur la terre, et pour faire la nuit et le jour.

Remarquons d’abord que dans toute cette narration Moïse ne dit pas, que l’abîme ait été produit par Dieu : il garde le même silence sur l’eau et sur les ténèbres ; mais pourquoi, ayant écrit que la lumière avait été produite par Dieu, ne s’est-il pas expliqué de même sur les ténèbres, sur l’eau et sur l’abîme ? Au contraire il parait les regarder comme des Êtres préexistants, et ne fait aucune mention de leur création. De même il ne dit pas un mot des Anges ; dans toute la relation de la création il n’en est fait aucune mention. On ne peut rien apprendre qui nous instruise, quand, comment, de quelle manière, et pourquoi ils ont été créés. Moïse parle cependant amplement de la formation de tous les Êtres corporels, qui sont contenus dans le Ciel et sur la Terre ; en sorte qu’il semble que cet Hébreu ait cru, que Dieu n’avait créé aucun Être incorporel, mais qu’il avait seulement arrangé la matière qui lui était assujettie. Cela paraît évident par ce qu’il dit de la Terre. Et la Terre était vide et sans forme. On comprend aisément que Moïse a voulu dire, que la matière était une subsistance humide, informe et éternelle qui avait été arrangée par Dieu.

Comparons la différence des raisons, pour lesquelles le Dieu de Platon et le Dieu de Moïse ont créé le monde. Dieu dit, selon Moïse, faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance, pour qu’il domine sur les poissons de la Mer et sur les oiseaux des Cieux, et sur les bêtes, et sur toute la Terre, et sur les reptiles qui rampent sur la Terre. Et Dieu fit l’homme à son image, et il les créa mâle et femelle, et il leur dit : croissez, multipliez, remplissez la Terre, commandez aux poissons de la Mer, aux volatiles des Cieux, à toutes les bêtes, à tous les bestiaux, et à toute la Terre. Entendons actuellement parler le Créateur de l’Univers par la bouche de Platon. Voyons les discours que lui prête ce philosophe. Dieux, moi qui suis votre Créateur et celui de tous les Êtres, je vous annonce, que les choses que j’ai créées ne périront pas, parce que les ayant produites je veux qu’elles soient éternelles. Il est vrai que toutes les choses construites peuvent être détruites ; cependant il n’est pas dans l’ordre de la justice de détruire, ce qui a été produit par la raison. Ainsi quoique vous ayez été créés immortels, vous ne l’êtes pas invinciblement et nécessairement par votre nature, mais vous l’êtes par ma volonté. Vous ne périrez donc jamais, et la mort ne pourra rien sur vous ; car ma volonté est infiniment plus puissante pour vôtre éternité que la nature, et les qualités que vous reçûtes lors de vôtre formation. Apprends donc ce que je vais vous découvrir. Il nous reste trois différents genres d’Êtres mortels. Si nous les oublions, ou que nous en omettions quelqu’un, la perfection de l’Univers n’aura pas lieu, et tous les différents genres d’Êtres, qui font dans l’arrangement du monde, ne seront pas animés. Si je les crée avec l’avantage d’être doués de la vie, alors ils seront nécessairement égaux aux Dieux. Afin donc que les Êtres d’une condition mortelle soient engendrés, et cet univers rendu parfait, recevez, pour vôtre partage, je droit d’engendrer des Créatures, imités dès vôtre naissance la force de mon pouvoir. L’essence immortelle, que vous avez revue, ne fera jamais altérée lorsqu’à cette essence vous ajouterez une partie mortelle ; produisez des Créatures, engendrez, nourrissez-vous d’aliments, et réparés les pertes de cette partie animale et mortelle.

Considérons si ce que dit ici Platon doit être traité de songe et de vision. Ce Philosophe nomme des Dieux que nous pouvons voir, le Soleil, la Lune, les Astres et les Cieux : mais toutes ces choses ne sont que les simulacres d’Êtres immortels, que nous ne saurions apercevoir. Lorsque nous considérons le soleil, nous regardons l’image d’une chose intelligible et que nous ne pourrons découvrir : il en est de même quand nous jetons les yeux sur la lune ou sur quelque autre astre. Tous ces corps matériels ne sont que les simulacres des Êtres, que nous ne pouvons concevoir que par l’esprit. Platon a donc parfaitement connu tous ces Dieux invisibles, qui existent par le Dieu et dans le Dieu suprême, et qui ont été faits et engendrés par lui ; le Créateur du Ciel, de la Terre, et de la Mer, étant aussi celui des Astres, qui nous représentent les Dieux invisibles, dont ils font les simulacres.

Remarquons avec quelle sagesse s’explique Platon dans la création des Êtres mortels. Il manque, dit-il, trois genres d’Êtres mortels ; celui des hommes, des bêtes et des planter, (car ces trois espèces font séparées par leurs différentes essences.) Si quelqu’un de ces genres d’Êtres est créé par moi, il faut qu’il soit absolument et nécessairement immortel. Or si le monde, que nous apercevons, et les Dieux ne jouissent de l’immortalité que parce qu’ils ont été créés par le Dieu suprême, de qui tout ce qui est immortel doit avoir reçu l’Être et la naissance ; il s’ensuit que l’âme raisonnable est immortelle par cette même raison. Mais le Dieu suprême a cédé aux Dieux subalternes le pouvoir de créer, ce qu’il y a de mortel dans le genre des hommes : ces Dieux, ayant reçu de leur Père et de leur Créateur cette puissance, ont produit sur la terre les différents genres d’animaux, puisqu’il eut fallu, si le Dieu suprême eut été également le créateur de tous les Êtres, qu’il n’y eût eu aucune différence entre le Ciel, les hommes, les bêtes féroces, les poissons. Mais puisqu’il y a un intervalle immense entre les Êtres immortels et les mortels, les premiers ne pouvant être ni améliorés ni détériorés, les seconds étant fournis, au contraire, aux changements en bien et en mal ; il fallait nécessairement que la cause, qui a produit les uns, fût différente de celle qui a créé les autres.

Il n’est pas nécessaire que j’aie recours aux Grecs et aux Hébreux, pour prouver qu’il y a une différence immense entre les Dieux créés par l’Être suprême, et les êtres mortels produits par ces Dieux créés. Quel est, par exemple, l’homme qui ne sente en lui-même la divinité du Ciel, et qui n’élève ses mains vers lui, lorsqu’il prie et qu’il adore l’Être suprême ou les autres Dieux ? Ce n’est pas sans cause, que ce sentiment de religion en faveur du soleil et des autres astres est établi dans l’esprit des hommes. Ils se sont aperçus qu’il n’arrivait jamais aucun changement dans les choses célestes ; qu’elles n’étaient sujettes ni à l’augmentation ni à la diminution ; qu’elles allaient toujours d’un mouvement égal, et qu’elles conservaient les mêmes règles. (Les lois du cours de la lune, du lever, du coucher du soleil, ayant toujours lieu dans les temps marqués.) De cet ordre admirable les hommes ont conclu avec raison, que le Soleil était un Dieu ou la demeure d’un Dieu. Car une chose, qui est par sa nature à l’abri du changement, ne peut être sujette à la mort : et ce qui n’est point sujet à la mort, doit être exempt de toute imperfection. Nous voyons qu’un Être qui est immortel et immuable ne peut être porté et mû dans l’Univers, que par une âme divine et parfaite qui est dans lui, ou par un mouvement qu’il reçoit de l’Être suprême, ainsi qu’est celui que je crois qu’à l’âme des hommes.

Examinons à présent l’opinion des Juifs sur ce qui arriva à Adam et à Ève dans ce Jardin, fait pour leur demeure, et qui avait été planté par Dieu même. Il n’est pas bon, dit Dieu, que l’homme soit seul. Faisons lui une Compagne qui puisse l’aider et qui lui ressemble. Cependant cette compagne non seulement ne lui est d’aucun secours, mais elle ne sert qu’à le tromper, à l’induire dans le piège qu’elle lui tend, et à le faire chasser du Paradis. Qui peut, dans cette narration, ne pas voir clairement les fables les plus incroyables ? Dieu devait sans doute connaître, que ce qu’il regardait comme un secours pour Adam serait sa perte, et que la compagne qu’il lui donnait, était un mal plutôt qu’un bien pour lui.

Que dirons-nous du serpent qui parlait avec Ève ? De quel langage se servit- il ? Fut-ce de celui de l’homme ? y a-t-il rien de plus ridicule dans les fables populaires des Grecs ?

N’est-ce pas la plus grande des absurdités de dire que Dieu ayant créé Adam et Ève, leur interdit la connaissance du bien et du mal ? Quelle est la créature qui puisse être plus stupide, que celle qui ignore le bien et le mal, et qui ne saurait les distinguer ? Il est évident qu’elle ne peut, dans aucune occasion, éviter le crime, ni suivre la vertu, puisqu’elle ignore ce qui est crime, et ce qui est vertu. Dieu avait défendu à l’homme de goûter du fruit qui pouvait seul le rendre sage et prudent. Quel est l’homme assez stupide pour ne pas sentir que, sans la connaissance du bien et du mal, il est impossible à l’homme d’avoir aucune prudence ?

Le serpent n’était donc point ennemi du genre humain, en lui apprenant à connaître ce qui pouvait le rendre sage ; mais Dieu lui portait envie : car lorsqu’il vit que l’homme était devenu capable de distinguer la vertu du vice, il le chassa du paradis terrestre, dans la crainte qu’il ne goûtât du bois de l’arbre de vie, en lui disant : Voici Adam, qui est devenu comme l’un de nous, sachant le bien et le mal ; mais pour qu’il n’étende pas maintenant sa main, qu’il ne prenne pas du bois de la vie, qu’il n’en mange pas, et qu’il ne vienne pas à vivre toujours, l’Eternel Dieu le met hors du jardin d’Éden. Qu’est-ce qu’une semblable narration ? On ne peut l’excuser qu’en disant, qu’elle est une fable allégorique, qui cache un sens secret. Quant à moi, je ne trouve dans tout ce discours, que beaucoup de blasphèmes contre la vraie essence et la vraie nature de Dieu, qui ignore que la femme qu’il donne pour Compagne et pour secours à Adam, sera la cause de son crime ; qui interdit à l’homme la connaissance du bien et du mal, la seule chose qui pût régler ses mœurs ; et qui craint que ce même homme, après avoir pris de l’arbre de vie, ne devienne immortel. Une pareille crainte, et une envie semblable conviennent-elles à la nature de Dieu ?

Le peu de choses raisonnables que les Hébreux ont dit de l’essence de Dieu ; nos Pères, dés les premiers Siècles, nous en ont instruits : et cette Doctrine qu’ils s’attribuent est la nôtre. Moïse ne nous a rien appris de plus ; lui qui parlant plusieurs fois des Anges, qui exécutent les ordres de Dieu, n’a rien osé nous dire, dans aucun endroit, de la nature de ces Anges ; s’ils sont créés, ou s’ils sont incréés ; s’ils ont été faits par Dieu ou par une autre cause ; s’ils obéissent à d’autres Êtres. Comment Moïse a-t-il pu garder, sur tout cela, un silence obstiné, après avoir parlé f amplement de la création du Ciel et de la Terre, des choses qui les ornent et qui y sont contenues ? Remarquons- ici que Moïse dit que Dieu ordonna que plusieurs choses fussent faites, comme le jour, la lumière, le firmament ; qu’il en fit plusieurs lui-même, comme le Ciel, la Terre, le Soleil, la Lune ; et qu’il sépara celles qui existaient déjà, comme l’eau et l’aride. D’ailleurs Moïse n’a osé rien écrire ni sur la nature ni sur la création de l’esprit. Il s’est contenté de dire vaguement, qu’il était porté sur les eaux. Mais cet Esprit, porté sur les eaux, était-il créé, était-il incréé ?

Comme il est évident que Moïse n’à point assez examiné et expliqué les choses qui concernent le Créateur et la création de ce monde ; je comparerai les différents sentiments des Hébreux et de nos Pères sur ce sujet. Moïse dit que le Créateur du monde choisit pour son Peuple la nation des Hébreux, qu’il eut pour elle toute la prédilection possible, qu’il en prit un soin particulier, et qu’il négligea pour elle tous les autres Peuples de la Terre. Moïse, en effet, ne dit pas un seul mot pour expliquer comment les autres nations ont été protégées et conservées par le Créateur, et par quels Dieux elles ont été gouvernées : il semble ne leur avoir accordé d’autre bienfait de l’Être suprême, que de pouvoir jouir de la lumière du soleil et de celle de la lune. C’est ce que nous observerons bientôt. Venons actuellement aux Israélites et aux Juifs, les seuls hommes, à ce qu’il dit, aimés de Dieu. Les Prophètes ont tenu, à ce sujet, le même langage que Moïse. Jésus de Nazareth les a imités ; et Paul, cet homme qui a été le plus grand des imposteurs, et le plus indigne des fourbes, a suivi cet exemple. Voici donc comment parle Moïse. Tu diras à Pharaon, Israël mon fils premier né...... J’ai dit renvoie mon Peuple, afin qu’il me serve ; mais tu n’as pas voulu le renvoyer...... Et ils lui dirent : Le Dieu des Hébreux nous a appelés, nous partirons pour le désert, et nous ferons un chemin de trois jours, pour que nous sacrifions à notre Dieu...... Le Seigneur le Dieu des Hébreux m’a envoyé auprès de toi, disant : Renvoie mon Peuple pour qu’il serve dans le désert.

Moïse et Jésus n’ont pas été les seuls qui disent que Dieu dès le commencement, avait pris un soin tout particulier des Juifs, et que leur sort avait été toujours fort heureux. Il paraît que c’est là le sentiment de Paul, quoique cet homme ait toujours été vacillant dans ses opinions, et qu’il en ait changé si souvent sur le dogme de la nature de Dieu ; tantôt soutenant que les Juifs avaient eu seuls l’héritage de Dieu, et tantôt assurant que les Grecs y avaient eu part ; comme lorsqu’il dit : Est-ce qu’il était seulement le Dieu des Hébreux, ou l’était-il aussi des nations ? certainement il l’était des nations. Il est donc naturel de demander à Paul, pourquoi, si Dieu a été non seulement le Dieu des Juifs, mais aussi celui des autres Peuples ; il a comblé les Juifs de biens et de grâces ; il leur a donné Moïse, la Loi, les Prophètes ; il a fait en leur faveur plusieurs miracles, et même des prodiges qui paraissent fabuleux. Entendez les Juifs, ils disent : L’homme a mangé le pain des Anges. Enfin Dieu a envoyé aux Juifs Jésus qui ne fut pour les autres nations, ni un Prophète, ni un Docteur, ni même un Prédicateur de cette grâce divine et future à laquelle à la fin ils devaient avoir part. Mais avant ce temps il se passa plusieurs milliers d’années, où les nations furent plongées dans la plus grande ignorance, rendant, selon les Juifs, un culte criminel aux simulacres des Dieux. Toutes les nations qui font situées sur la terre depuis l’orient à l’occident, et depuis le midi jusqu’au septentrion, excepté un petit peuple habitant depuis deux mille ans, une partie de la Palestine, furent donc abandonnées de Dieu. Mais comment est-il possible, si ce Dieu est le nôtre comme le vôtre, s’il a créé également toutes les nations ; qu’il les ait si fort méprisées, et qu’il ait négligé tous les peuples de la terre ? Quand même nous conviendrions avec vous, que le Dieu de toutes les nations a eu une préférence marquée pour la vôtre, et un mépris pour toutes les autres ; ne s’ensuivra-t-il pas de là, que Dieu est envieux, qu’il est partial ? Or comment Dieu peut-il être sujet à l’envie, à la partialité, et punir, comme vous le dites, les péchés des Pères sur les enfants innocents ? Est-il rien de si contraire à la nature divine, nécessairement bonne par son essence ?



Après avoir examiné l’opinion des Juifs, sur la bonté de Dieu envers les hommes, voyons quelle est celle des Grecs. Nous disons que le Dieu suprême, le Dieu Créateur est le Roi et le Père commun de tous les hommes ; qu’il a distribué toutes les nations à des Dieux, à qui il en a commis le soin particulier ; et qui les gouvernent de la manière qui leur est la meilleure et la plus convenable : car dans le Dieu suprême, dans le Père, toutes les choses font parfaites et unes : mais les Dieux créés agissent, dans les particulières qui leur font commises, d’une manière différente. Ainsi Mars gouverne les guerres dans les nations ; Minerve leur distribue et leur inspire la prudence ; Mercure les instruit plutôt de ce qui orne leur esprit ; que de ce qui peut les rendre audacieuses. Les Peuples suivent les impressions, et les notions qui leur sont données par les Dieux qui les gouvernent. Si l’expérience ne prouve pas ce que nous disons, nous consentons que nos opinions soient regardées comme des fables, et les vôtres comme des vérités. Mais si une expérience toujours uniforme et toujours certaine, a vérifié nos sentiments, et montré la fausseté des vôtres, auxquels elle n’a jamais répondu ; pourquoi conservez-vous une croyance aussi fausse que l’est la vôtre ? Apprenez-nous, s’il est possible, comment les Gaulois et les Germains sont audacieux, les Grecs et les Romains policés et humains, cependant courageux et belliqueux ? les Egyptiens font ingénieux et spirituels ? les Syriens, peu propres aux armes, font prudents, rusés, dociles ? S’il n’y a pas une cause et une raison de la diversité des mœurs et des inclinations de ces nations, et qu’elle soit produite par le hasard, il faut nécessairement en conclure qu’aucune providence ne gouverne le monde. Mais si cette diversité si marquée est toujours la même, et est produite par une cause ; qu’on m’apprenne d’où elle vient, si c’est directement par le Dieu suprême, ou par les Dieux à qui il a confié le soin des nations
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Il est constant qu’il y a des lois établies chez tous les hommes, qui s’accordent parfaitement aux notions et aux usages de ces mêmes hommes. Ces lois sont humaines et douces chez les Peuples qui font portés à la douceur : elles font dures et même cruelles chez ceux dont les mœurs font féroces. Les différents Législateurs, dans les instructions qu’ils ont données aux nations, se sont conformés à leurs idées ; ils ont fort peu ajouté et changé à leurs principales coutumes. C’est pourquoi les Scythes regardèrent Anacharfis comme un insensé, parce qu’il avait voulu introduire des lois contraires à leurs mœurs. La façon de penser des différentes nations ne peut jamais être changée entièrement. L’on trouvera fort peu de peuples situés à l’occident, qui cultivent la philosophie et la géométrie, et qui même soient propres à ce genre d’étude ; quoique l’empire Romain ait étendu si loin ses conquêtes. Si quelques-uns des hommes les plus spirituels de ces nations font parvenus sans étude, a acquérir le talent de s’énoncer avec clarté, et avec quelque grâce ; c’est à la simple force de leur génie qu’ils en font redevables. D’où vient donc la différence éternelle des mœurs, des usages, des idées des nations ; si ce n’est de la volonté des Dieux, à qui leur conduite a été confiée par le Dieu suprême ?

Venons actuellement à la variété des langues, et voyons combien est fabuleuse la cause que Moïse lui donne. Il dit que les fils des hommes, ayant multiplié, voulurent faire une ville, et bâtir en milieu une grande tour : Dieu dit alors qu’il descendrait, et qu’il confondrait leur langage. Pour qu’on ne me soupçonne pas d’altérer les paroles de Moïse, je les rapporterai ici. Ils dirent (les hommes) venez, bâtissons une ville et une tour, dont le sommet aille jusqu’au Ciel ; et acquérons nous de la réputation avant que nous soyons dispersés sur la surface de la terre. Et le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les fils des hommes avaient bâties : et le Seigneur dit : voici, ce n’est qu’un même peuple, ils ont un même langage, et ils commencent à travailler ; et maintenant rien ne les empêchera d’exécuter ce qu’ils ont projette : Or ça descendons et confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent pas le langage l’un de l’autre. Ainsi le Seigneur les dispersa de là par toute la terre, et ils cessèrent de bâtir leur ville. Voila les contes fabuleux, auxquels vous voulez que nous ajoutions foi : et vous refusez de croire ce que dit Homère des Aloïdes, qui mirent trois montagnes l’une sur l’autre pour se faire un chemin jusqu’au Ciel. Je sais que l’une et l’autre de ces histoires sont également fabuleuses : mais puisque vous admettez la vérité de la première, pourquoi refusez-vous de croire à la seconde ? Ces contes font également ridicules : Je pense qu’on ne doit pas ajouter plus de foi aux uns qu’aux autres ; je crois même que ces fables ne doivent pas être proposées comme des vérités à des hommes ignorants. Comment peut-on espérer de leur persuader, que tous les hommes habitant dans une contrée, et se servant de la même langue, n’aient pas senti l’impossibilité de trouver, dans ce qu’ils ôteraient de la terre, assez de matériaux pour élever un bâtiment qui allât jusqu’au Ciel ? Il faudrait employer tout ce que les différents côtés de la terre contiennent de solide, pour pouvoir parvenir jusqu’à l’orbe de la lune. D’ailleurs quelle étendue les fondements, et les premiers étages d’un semblable édifice ne demanderaient-ils pas ? Mais supposons que tous les hommes de l’Univers se réunissant ensemble, et parlant la même langue, eussent voulu épuiser la terre de tous les côtés, et en employer toute la matière pour élever un bâtiment ; quand est-ce que ces hommes auraient pu parvenir au Ciel, quand même l’ouvrage qu’ils entreprenaient, eut été de la construction la plus simple ? Comment donc pouvez-vous débiter et croire une fable aussi puérile, et comment pouvez-vous vous attribuer la connaissance de Dieu ; vous qui dites qu’il fit naître la confusion des langues, parce qu’il craignit les hommes ? Peut-on avoir une idée plus absurde de la Divinité !

Mais arrêtons-nous encore quelque tems sur ce que Moïse dit de la confusion des langues. Il l’attribue à ce que Dieu craignit que les hommes, parlant un même langage, ne vinssent l’attaquer jusques dans le Ciel. Il en descendit donc apparemment pour venir sur la terre : car où pouvait-il descendre ailleurs c’était mal prendre ses précautions : puisqu’il craignit que les hommes ne l’attaquassent dans le Ciel, à plus forte raison devait-il les appréhender sur la terre. A l’occasion de cette confusion des langues, Moïse ni aucun autre Prophète n’a parlé de la cause de la différence des mœurs et des lois des hommes, quoiqu’il y ait encore plus d’opposition et de contrariété dans les mœurs et dans les lois des nations, que dans leur langage. Quel est le Grec qui ne regarde comme un crime de connaître charnellement sa mère, sa fille, et même sa sœur ? Les Perses pensent différemment ; ces incestes ne font point criminels chez eux. Il n’est pas nécessaire pour faire sentir la diversité des mœurs, que je montre combien les Germains aiment la liberté, avec quelle impatience ils sont soumis à une domination étrangère ; les Syriens, les Perles, les Parthes sont, au contraire, doux, paisibles, ainsi que toutes les autres nations qui font à l’orient et au midi. Si cette contrariété de mœurs, de lois, chez les différents peuples, n’est que la suite du hasard ; pourquoi ces mêmes peuples, qui ne peuvent rien attendre de mieux de l’Être Suprême, honorent- ils et adorent- ils un Être dont la providence ne s’étend point sur eux ? Car celui qui ne prend aucun soin du genre de vie, des mœurs, des coutumes, des règlements, des lois, et de tout ce qui concerne l’état civil des hommes ; ne saurait exiger un culte de ces mêmes hommes qu’il abandonne au hasard, et aux âmes desquels il ne prend aucune part. Voyez combien votre opinion est ridicule dans les biens qui concernent les hommes : observons ici que ceux qui regardent l’esprit, font bien au dessus de ceux du corps. Si donc l’Être Suprême a méprisé le bonheur de nos âmes, n’a pris aucune part à ce qui pouvait rentre notre état heureux, ne nous a jamais envoyé, pour nous instruire, des Docteurs, des Législateurs ; mais s’est contenté d’avoir soin des Hébreux, de les faire instruire par Moïse et par les Prophètes ; de quelle espèce de grâce pouvons-nous le remercier ? Loin qu’un sentiment aussi injurieux à la Divinité Suprême, soit véritable, voyez combien nous lui devons de bienfaits qui vous font inconnus. Elle nous a donné des Dieux et des Protecteurs qui ne font point inférieurs à celui que les Juifs ont adoré dès le commencement, et que Moïse dit n’avoir eu d’autre soin que celui des Hébreux. La marque évidente que le Créateur de l’Univers a connu que nous avions de lui une notion plus exacte et plus conforme à sa nature, que n’en avaient les Juifs ; c’est qu’il nous a comblés de biens, qu’il nous a donné en abondance ceux de l’esprit et ceux du corps, comme nous le verrons dans peu. Il nous a envoyé plusieurs Législateurs, dont les moindres n’étaient pas inférieurs à Moïse ; et les autres lui étaient bien supérieurs.

S’il n’est pas vrai que l’Être Suprême a donné le gouvernement particulier de chaque nation à un Dieu, à un Génie qui régit et protégé un certain nombre d’êtres aminés qui sont commis à sa garde, aux mœurs et aux lois desquels il prend part ; qu’on nous apprenne d’où viennent, dans les lois et les mœurs des hommes, les différences qui s’y trouvent. Répondre que cela se fait par la volonté de Dieu, c’est ne nous appendre rien. Il ne suffit pas d’écrire dans un Livre : Dieu a dit, et les choses ont été faites ; car il faut voir, si ces choses qu’on dit avoir été faites par la volonté de Dieu, ne sont pas, contraires à l’essence des choses : auquel cas elles ne peuvent avoir été faites par la volonté de Dieu, qui ne peut, changer l’essence des choses. Je m’expliquerai plus clairement. Par exemple, Dieu commanda que le feu s’élevât, et que la terre fût au dessus. Il fallait donc que le feu fût plus léger et la terre plus pesante. Il en est ainsi de toutes les choses. Dieu ne saurait faire que l’eau fût du feu, et le feu de l’eau en même tems ; parce que l’essence de ces éléments ne peut permettre ce changement, même par le pouvoir divin. Il en est de même des essences divines que des mortelles : elles ne peuvent être changées. D’ailleurs il est contraire à l’idée que nous avons de Dieu, de dire qu’il exécute des choses qu’il fait être contraires à l’ordre, et qu’il veut détruire ce qui est bien selon sa nature. Les hommes peuvent penser d’une manière aussi peu juste, parce qu’étant nés mortels, ils font faibles, sujets aux passions et portés au changement. Mais Dieu étant éternel, immuable, ce qu’il a ordonné doit l’être aussi. Toutes les choses qui existent sont produites par leur nature, et conformes à cette même nature. Comment est-ce que la nature pourrait donc agir contre le pouvoir divin, et s’éloigner de l’ordre, dans lequel elle doit être nécessairement ? Si Dieu donc avait voulu que non seulement les langues des nations, mais leurs mœurs et leurs lois fussent confondues, et changées tout à coup ; cela étant contraire à l’essence des choses, il n’aurait pu le faire par sa seule volonté ; il aurait fallu qu’il eût agi selon l’essence des choses : or il ne pouvoir changer les différentes natures des êtres, qui s’opposaient invinciblement à ce changement subit. Ces différentes natures s’aperçoivent non seulement dans les esprits, mais encore dans les corps des hommes nés dans différentes nations. Combien les Germains et les Scythes ne sont-ils pas entièrement différents des Africains et des Ethiopiens ? Peut-on attribuer une aussi grande différence au simple ordre qui confondit les langues ; et n’est-il pas plus raisonnable d’en chercher l’origine dans l’air, dans la nature du climat, dans l’aspect du Ciel, et chez les Dieux qui gouvernent ces hommes dans des climats opposés l’un à l’autre ?

Il est évident que Moïse a connu cette vérité ; mais il a cherché à la déguiser et à l’obscurcir. C’est ce qu’on voit clairement, si l’on fait attention qu’il a attribué la division des langues, non à un seul Dieu, mais à plusieurs. Il ne dit pas que Dieu descendit seul ou accompagné d’un autre ; il écrit, qu’ils descendirent plusieurs. Il est donc certain qu’il a cru que ceux qui descendirent avec Dieu étaient d’autres Dieux. N’est-il pas naturel de penser que s’ils se trouvèrent à la confusion des langues, et s’ils en furent la cause, ils furent aussi celle de la diversité des mœurs et des lois des nations, lors de leur dispersion.

Pour réduire en peu de mots ce dont je viens de parler amplement, je dis que si le Dieu de Moïse est le Dieu Suprême, le Créateur du monde ; nous l’avons mieux connu que le Législateur Hébreu, nous qui le regardons comme le Père et le Roi de l’Univers dont il a été le Créateur. Nous ne croyons pas que parmi les Dieux qu’il a donnés aux peuples, et auxquels il en a confié le soin, il ait favorisé l’un beaucoup plus que l’autre. Mais quand même Dieu en aurait favorisé un, et lui aurait attribué le gouvernement de l’Univers ; il faudrait croire que c’est à un de ceux qu’il nous a donnés, qu’il a accordé cet avantage. N’est-il pas plus naturel d’adorer à la place du Dieu Suprême, celui qu’il aurait chargé de la domination de tout l’Univers ; que celui au quel il n’aurait confié le soin que d’une très petite partie de ce même Univers ?

Les Juifs vantent beaucoup les lois de leur Décalogue. Tu ne voleras point. Tu ne tueras pas. Tu ne rendras par de faux témoignages. Ne voilà-t-il pas des lois bien admirables, et auxquelles il a fallu beaucoup penser pour les établir ! Plaçons ici les autres     préceptes du Décalogue, que Moïse assure avoir été dictés par Dieu même. Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai retiré de la terre d’Égypte. Tu n’auras point d’autre Dieu que moi. Tu ne te feras pas des simulacres. En voici la raison. Je suis le Seigneur ton Dieu ; qui punis les péchés des Pères sur les Enfants ; car je suis un Dieu jaloux. Tu ne prendras pas mon nom en vain. Souviens-toi du jour du Sabbat. Honore ton Père et ta Mère. Ne commets par d’adultère. Ne tue point. Ne rends pas de faux témoignage, et ne désire pas le bien de ton prochain. Quelle est la nation qui connaisse les Dieux, et qui ne suive pas tous ces préceptes, si l’on en excepte ces deux, souviens toi du Sabbat, et n’adore pas les autres Dieux ? Il y a des peines ordonnées par tous les peuples contre ceux qui violent ces lois. Chez certaines Nations, ces peines sont plus sévères que chez les Juifs ; chez d’autres elles font les mêmes que parmi les Hébreux : quelques Peuples en ont établies de plus humaines.

Mais considérons ce passage : Tu n’adoreras point les Dieux des autres nations. Ce discours est indigne de l’Être Suprême, qui devient, selon Moïse, un Dieu jaloux. Aussi cet Hébreu dit-il, dans un autre endroit, Nôtre Dieu est un feu dévorant. Je vous demande si un homme jaloux et envieux ne vous paraît pas digne de blâme ? Comment pouvez-vous donc croire que Dieu soit susceptible de haine et de jalousie, lui qui est la souveraine perfection ? Est-il convenable de parler aussi mal de la nature, de l’essence de Dieu ; de mentir aussi manifestement ? Montrons plus clairement l’absurdité de vos opinions. Si Dieu est jaloux, il s’ensuit nécessairement que les autres Dieux sont adorés malgré lui : cependant ils le sont par toutes les autres nations. Or pour contenter sa jalousie, pourquoi n’a-t-il pas empêché, que les hommes ne rendissent un culte à d’autre Dieu qu’à lui ? En agissant ainsi, ou il a manqué de pouvoir, ou au commencement il n’a pas voulu défendre le culte des autres Dieux ; il l’a toléré et même permis. La première des ces propositions est impie ; car qui peut borner la puissance de Dieu ? La seconde soumet Dieu à toutes les faiblesses humaines : il permet une chose, et la défend ensuite par jalousie ; il souffre pendant longtemps qui toutes les nations tombent dans l’erreur. N’est-ce pas agir comme les hommes les moins louables, que de permettre le mal pouvant l’empêcher ? Cessez de soutenir des erreurs qui vous rendent odieux à tous les gens qui pensent.

Allons plus avant. Si Dieu veut être seul adoré, pourquoi, Galiléens, adorez-vous ce prétendu fils que vous lui donnez, qu’il ne connut jamais, et dont il n’a aucune idée ? Je ne fais par quelle raison vous vous efforcez de lui donner un substitut, et de mettre un autre à sa place.

Il n’est aucun mortel aussi sujet à la violence des passions, que le Dieu des Hébreux. Il se livre sans cesse à l’indignation, à la colère, à la fureur : il passe dans un moment d’un parti à l’autre. Ceux qui parmi vous, Galiléens, ont lu le Livre auquel les Hébreux donnent le nom de Nombres, connaissent la vérité de ce que je dis. Après que l’homme, qui avait amené une Madianite qu’il aimait, eut été tué lui et cette femme par un coup de javeline, Dieu dit à Moïse : Phinées fils d’Eléasar, fils d’Aron le Sacrificateur, a détourné ma colère de dessus les Enfants d’Israël , parce qu’il a été animé de mon zèle au milieu d’eux, et je n’ai point consumé et réduit en cendres les enfants d’Israël par mon ardeur. Peut-on voir une cause plus légère, que celle pour laquelle l’Ecrivain Hébreu représente l’Être Suprême livré à la plus terrible colère ? et que peut-on dire de plus absurde et de plus contraire à la nature de Dieu ? Si dix hommes, quinze si l’on veut, mettons en cent, allons plus avant, mille ont désobéi aux ordres de Dieu ; faut-il pour punir dix hommes et même mille, en faire périr vingt quatre mille, comme il arriva dans cette occasion ? Combien n’est-il pas plus conforme à la nature de Dieu, de sauver un coupable avec mille innocents, que de perdre un coupable en perdant mille innocents ? Le Dieu de Moïse, que cet Hébreu appelle le Créateur du Ciel et de la Terre, se livre à de si grands excès de colère, qu’il a voulu plusieurs fois détruire entièrement la nation des Juifs, cette nation qui lui était si chère. Si la violence d’un génie, si celle d’un simple héros peut être funeste à tant de villes, qu’arriverait-il donc aux démons, aux anges, à tous les hommes sous un Dieu aussi violent et aussi jaloux que celui de Moïse ?

Comparons maintenant, non Moïse, mais le Dieu de Moïse, à Lycurgue qui fut un Législateur sage, à Solon qui fût doux et clément, aux Romains qui usèrent de tant de bonté et de tant d’équité envers les criminels.

Apprenez, Galiléens, combien nos lois et nos mœurs font préférables aux vôtres. Nos Législateurs et nos Philosophes nous ordonnent d’imiter les Dieux, autant que nous pouvons ; ils nous prescrivent, pour parvenir à cette imitation, de contempler et d’étudier la nature des choses. C’est dans la contemplation, dans le recueillement, et les réflexions de l’âme sur elle-même, que l’on peut acquérir les vertus qui nous approchent des Dieux, et nous rendent, pour ainsi dire, semblables à eux. Mais qu’apprend chez les Hébreux l’imitation de leur Dieu ? Elle enseigne aux hommes à se livrer à la fureur, à la colère, et à la jalousie la plus cruelle. Phinées, dit le Dieu des Hébreux, a apaisé ma fureur, parce qu’il a été animé de mon zèle contre les Enfants d’Israël. Ainsi le Dieu des Hébreux cesse d’être en colère, s’il trouve quelqu’un qui partage son indignation et son chagrin. Moïse parle de cette manière en plusieurs endroits de ses Écrits.

Nous pouvons prouver évidemment, que l’Être Suprême ne s’en est pas tenu à prendre soin des Hébreux, mais que sa bonté et sa providence se font étendues sur toutes les autres nations ; elles ont même reçu plus de grâces que les Juifs. Les Égyptiens ont eu beaucoup de Sages qui ont fleuri chez eux, et dont les noms sont connus. Plusieurs de ces Sages ont succédé à Hermès : je parle de cet Hermès, qui fut le troisième de ce nom qui vint en Égypte. Il y a eu chez les Chaldéens et chez les Assyriens un grand nombre de philosophes depuis Annus et Belus ; et chez les Grecs une quantité considérable depuis Chiron, parmi lesquels il y a eu des hommes éclairés, qui ont perfectionné les arts, et interprété les choses divines. Les Hébreux se vantent ridiculement d’avoir tous ces grands hommes dans un seul. Mais David et Samson méritent plutôt le mépris que l’estime des gens éclairés. Ils ont d’ailleurs été si médiocres dans l’art de la guerre, et si peu comparables aux Grecs, qu’ils n’ont pu étendre leur domination au delà des bornes d’un très petit pays.

Dieu a donné à d’autres nations, qu’à celle des Hébreux, la connaissance des sciences et de la philosophie. L’Astronomie, ayant pris naissance chez les Babyloniens, à été perfectionnée par les Grecs ; la Géométrie, inventée par les Égyptiens, pour faciliter la juste division des terres, a été poussée au point où elle est aujourd’hui, par ces mêmes Grecs. Ils ont encore réduit en art, et fait une science utile des nombres, dont la connaissance avait commencé chez les Phéniciens. Les Grecs se servirent ensuite de la Géométrie, de l’Astronomie, de la connaissance des nombres, pour former un troisième art. Après avoir joint l’Astronomie à la Géométrie, et la propriété des nombres à ces deux sciences, ils y unirent la modulation, formèrent leur musique, la rendirent mélodieuse, harmonieuse, capable de flatter l’oreille par les accords et par la juste proportion des sons.

Continuerai-je de parler des différentes sciences qui ont fleuri dans toutes les nations ; ou bien ferai-je mention des hommes, qui s’y sont distingués par leurs lumières et par leur probité ? Platon, Socrate, Aristide, Cimon, Thalès, Lycurgue, Agésilas, Archidamus ; enfin, pour le dire en un mot, les Grecs ont eu un peuple de Philosophes, de grands Capitaines, de Législateurs, d’habiles artistes ; et même les Généraux d’armée, qui parmi eux ont été regardés comme les plus cruels et les plus scélérats, ont agi, envers ceux qui les avaient offensés, avec beaucoup plus de douceur et de clémence, que Moïse à l’égard de ceux de qui il n’avait reçu aucune offense.

De quel règne glorieux et utile aux hommes vous parlerai-je ? Sera-ce de celui de Persée, d’Éaque, ou de Minos Roi de Crète ? Ce dernier purgea la mer des Pirates, après avoir mis les barbares en fuite, depuis la Syrie jusqu’en Sicile. Il établit sa domination, non seulement sur toutes les villes, mais encore sur toutes les côtes maritimes. Le même Minos, ayant associé ton frère à son Royaume, lui donna à gouverner une partie de ses sujets. Minos établit des lois admirables, qui lui avaient été communiquées par Jupiter ; et c’était selon ces lois que Rhadamante exerçait la justice.

Mais qu’a fait votre Jésus qui, après avoir séduit quelques Juifs des plus méprisables, est connu seulement depuis trois cent ans ? Pendant le cours de sa vie, il n’a rien exécuté, dont la mémoire soit digne de passer à la postérité ; si ce n’est que l’on ne mette au nombre des grandes actions, qui ont fait le bonheur de l’Univers, la guérison de quelques boiteux, et de quelques démoniaques des petits villages de Bethsaïda et de Béthanie.

Après que Rome eut été fondée, elle soutint plusieurs guerres, se défendit contre les ennemis qui l’environnaient, et en vainquit une grande partie : mais le péril étant augmenté, et par conséquent le secours lui étant devenu plus nécessaire ; Jupiter lui donna Numa, qui fut un homme d’une vertu admirable, qui se retirant souvent dans des lieux écartés, conversait avec les Dieux familièrement, et recevait d’eux des avis très salutaires sur les lois qu’il établit, et sur le culte des choses religieuses.

Il paraît que Jupiter donna lui-même une partie de ces institutions divines à la ville de Rome, par des inspirations à Numa, par la Sibille, et par ceux que nous appelions Devins. Un bouclier tomba du Ciel ; on trouva une tête en creusant sur le mont Capitolin, d’où le Temple du grand Jupiter prit son nom. Mettrons-nous ces bienfaits, et ces présents des Dieux au nombre des premiers, ou des féconds qu’ils font aux nations ? Mais vous, Galiléens, les plus malheureux des mortels par vôtre prévention, lorsque vous refusez d’adorer le bouclier tombé du Ciel, honoré depuis tant de siècles par vos ancêtres, comme un gage certain de la gloire de Rome, et comme une marque de la protection directe de Jupiter et de Mars ; vous adorez le bois d’une croix, vous en faites le signe sur votre front, et vous le placez dans le plus fréquenté de vos appartements. Doit-on haïr, ou plaindre et mépriser ceux, qui passent chez vous pour être les plus prudents, et qui tombent cependant dans des erreurs si funestes ? Ces insensés, après avoir abandonné le culte des Dieux éternels, suivi par leurs Pères, prennent pour leur Dieu un homme mort chez les Juifs.

L’inspiration divine, que les Dieux envoient aux hommes, n’est le partage que de quelques-uns dont le nombre est petit ; il est difficile d’avoir part à cet avantage, et le temps n’en peut être fixé. Ainsi les Oracles, et les Prophéties non seulement n’ont plus lieu chez les Grecs, mais même chez les Égyptiens. L’on voit des Oracles fameux cesser dans la révolution des temps : c’est pourquoi Jupiter, le protecteur et le bienfaiteur des hommes, leur a donné l’observation des choses qui servent à la divination, afin qu’ils ne soient pas entièrement privés de la société des Dieux, et qu’ils reçoivent, par la connaissance de cette science, les choses qui leur sont nécessaires.

Peu s’en est fallu, que je n’aie oublié le plus grand des bienfaits de Jupiter et du Soleil : ce n’est pas sans raison que j’ai différé d’en parler jusqu’à présent. Ce bienfait ne regarde pas les seuls Grecs, mais toutes les nations qui y ont eu part. Jupiter ayant engendré Esculape, (ce font des vérités couvertes par la fable, et que l’esprit peut seul connaître.) Ce Dieu de la Médecine fut vivifié dans le monde, par la fécondité du Soleil. Un Dieu si salutaire aux honnies étant donc descendu du Ciel, sous la forme humaine, parut d’abord à Epidaure ; ensuite il étendit une main secourable par toute la terre. D’abord Pergame se ressentit des les bienfaits, ensuite l’Ionie et Tarente : quelques temps après Rome, l’île de Co, et les régions de la Mer Egée. Enfin toutes les nations eurent part aux faveurs de ce Dieu, qui guérit également les maladies de l’esprit, et celles du corps, détruit les vices du premier et les infirmités de second.

Les Hébreux peuvent-ils se vanter d’avoir reçu un pareil bienfait de l’Être Suprême ? Cependant, Galiléens, vous nous avez quittés, et vous avez, pour ainsi dire, passé comme des transfuges auprès des Hébreux. Du moins vous eussiez dû, après vous être joints à eux, écouter leurs discours ; vous ne seriez pas actuellement aussi malheureux que vous l’êtes ; et quoique votre fort soit beaucoup plus mauvais, que lorsque vous étiez parmi nous, on pourrait le regarder comme supportable, si après avoir abandonné les Dieux, vous en eussiez du moins reconnu un, et n’eussiez pas adoré un simple homme comme vous faites aujourd’hui. Il est vrai que vous auriez toujours été malheureux d’avoir embrassé une Loi remplie de grossièreté et de barbarie, mais quant au culte que vous auriez, il serait bien plus pur et plus raisonnable, que celui que vous professez : il vous est arrivé la même chose qu’aux sangsues, vous avez tiré le sang le plus corrompu, et vous avez laissé le plus pur.

Vous n’avez point recherché ce qu’il y avait de bon chez les Hébreux ; vous n’avez été occupés qu’à imiter leur mauvais caractère et leur fureur : comme eux vous détruisez les temples et les autels. Vous égorgez non seulement ceux qui sont Chrétiens, auxquels vous donnez le nom d’hérétiques, parce qu’ils ont des Dogmes différents de vôtres sur le Juif mis à mort par les Hébreux ; mais les opinions que vous soutenez, sont des chimères que vous avez inventées. Car ni Jésus, ni Paul ne vous ont rien appris sur ce sujet. La raison en est toute simple ; c’est qu’ils ne se sont jamais figuré que vous par vinssiez à ce degré de puissance que vous avez atteint. C’était assez pour eux de pouvoir tromper quelques servantes, et quelques pauvres domestiques ; de gagner quelques femmes et quelques hommes du peuple, comme Cornelius et Sergius. Je consens de passer pour un imposteur, si parmi tous les hommes qui sous le règne de Tibère et de Claude, ont embrassé le Christianisme, on peut en citer un qui ait été distingué ou par sa naissance, ou par son mérite.

Je sens un mouvement qui paraît m’être inspiré, et qui m’oblige tout à coup, Galiléens, à vous demander, pourquoi vous avez déserté les Temples de nos Dieux, pour vous sauver chez les Hébreux. Est-ce parce que les Dieux ont donné à Rome l’Empire de l’Univers ; et que les Juifs, si l’on excepte un très court intervalle, ont toujours été les esclaves de toutes les nations ? Considérons d’abord Abraham, il fut étranger et voyageur dans un pays, dont il n’était pas citoyen. Jacob ne servit-il pas en Syrie, ensuite dans la Palestine, et enfin dans sa vieillesse en Égypte ? Mais, dira-t-on, est-ce que Moïse ne fit pas sortir d’Égypte les descendants de Jacob ; et ne les arracha-t-il pas de la maison de servitude ? À quoi servit aux Juifs, quand ils furent dans la Palestine, leur délivrance d’Égypte ? Est-ce que leur fortune en devint meilleure ? Elle changea aussi souvent que la couleur du Caméléon. Tantôt soumis à leurs Juges, tantôt à des étrangers, ensuite à des Rois que leur Dieu ne leur accorda pas de bonne grâce ; force par leur importunité, il consentit à leur donner des Souverains, les avertissant qu’ils seraient plus mal sous leurs Rois, qu’ils ne l’avaient été auparavant. Cependant malgré cet avis ils cultivèrent, et habitèrent plus de quatre cent ans leur pays. Ensuite ils furent esclaves des Tyriens, des Mèdes, des Perses, et ils sont les nôtres aujourd’hui.

Ce Jésus que vous prêchez, O Galiléens ! Fut un sujet de César. Si vous refusez d’en convenir, je vous le prouverai bientôt, et même dés à présent. Ne dites-vous pas qu’il fut compris avec son Père et sa Mère, dans le dénombrement sous Cyrenius ? Dites-moi, quel bien a-t-il fait après sa naissance, à ses concitoyens ; et quelle utilité ils en ont retirée ? Ils n’ont pas voulu croire en lui, et ont refusé de lui obéir. Mais comment est-il arrivé que ce peuple, dont le cœur et l’esprit avaient la dureté de la pierre, ait obéi à Moïse, et qu’il ait méprisé Jésus qui, selon vos discours, commandait aux Esprits, marchait sur la mer, chassait les démons, et qui même, s’il faut vous en croire, avait fait le ciel et la terre ? Il est vrai qu’aucun de ses Disciples n’a jamais osé dire rien qui concerne ce dernier article ; si ce n’est Jean, qui s’est même expliqué là dessus d’une manière très obscure et très énigmatique : mais enfin convenons, qu’il a dit clairement que Jésus avait fait le ciel et la terre. Avec tant de puissance, comment a-t-il pu faire ce que Moïse avait exécuté ; et par quelle raison n’a-t-il pas opéré le salut de sa patrie, et changé les mauvaises dispositions de ses concitoyens ?

Nous reviendrons dans la suite à cette question, lorsque nous examinerons les prodiges et les mensonges dont les Évangiles sont remplis. Maintenant je vous demande quel est le plus avantageux, de jouir perpétuellement de la liberté de commander à la plus grande partie de l’Univers, ou d’être esclave et soumis à une puissance étrangère ?

Personne n’est assez insensé pour choisir ce dernier parti : car quel est l’homme assez stupide, pour aimer mieux être vaincu que de vaincre à la guerre ? Ce que je dis, étant évident, montrez-moi chez les Juifs, quelque Héros qui soit comparable à Alexandre et à César. Je sais que j’outrage ces grands hommes de les comparer à des Juifs : mais je les ai nommés parce qu’ils font très illustres. D’ailleurs, je n’ignore pas qu’il y a des Généraux qui leur étant bien inférieurs, font encore supérieurs aux Juifs les plus célèbres ; et un seul de ces hommes est préférable à tous ceux que la nation des Hébreux à produits.

Passons de la guerre à la politique : nous verrons que les lois civiles, la forme des jugements, l’administration des villes, les sciences et les arts n’eurent rien que de misérable et de barbare chez les Hébreux ; quoique Eusèbe veut qu’ils aient connu la versification, et qu’ils n’aient pas ignoré la logique. Quelle école de médecine les Hébreux ont-ils jamais eue semblable à celle d’Hippocrate, et à plusieurs autres qui furent établies après la sienne ?

Mettons en parallèle le très sage Salomon avec Phocylide, avec Théognis, ou avec Isocrate : combien l’Hébreu ne sera-t-il pas inférieur au Grec ? Si l’on compare les avis d’Isocrate avec les Proverbes de Salomon, l’on verra aisément que le fils de Théodore l’emporte de beaucoup sur le Roi très sage. Mais, dira-t-on, Salomon avait été instruit divinement dans le culte et la connaissance de son Dieu ; qu’importe ? Le même Salomon n’adore-t-il pas nos Dieux, trompé, à ce que disent les Hébreux, par une femme ? Ainsi donc le très sage Salomon ne put vaincre la volupté ; mais les discours d’une femme vainquirent le très sage Salomon. O grandeur de vertu ! O richesses de sagesse ! Galiléens, si Salomon s’est laissé vaincre par une femme, ne l’appelez plus sage : si au contraire vous croyez qu’il a été véritablement sage, ne pensez pas qu’il se soit laissé honteusement séduire. C’est par prudence, par sagesse, par l’ordre même de son Dieu que vous croyez s’être révélé à lui, qu’il a honoré les autres Dieux. L’envie est une passion indigne des hommes vertueux, à plus forte raison des Anges et des Dieux. Quant à vous, Galiléens, vous êtes fortement attachés à un culte particulier : c’est là une vaine ambition, et une gloire ridicule dont les Dieux ne font pas susceptibles.

Pourquoi étudiez-vous dans les écoles des Grecs, si vous trouvez toutes les sciences abondamment dans vos Écritures ? Il est plus nécessaire que vous éloigniez ceux qui sont de votre religion, des Écoles de nos Philosophes, que des sacrifices et des viandes offertes aux Dieux : car votre Paul dit : celui qui mange ne blesse point. Mais, dites-vous, la conscience de votre frère qui vous voit participer aux sacrifices, est offensée ; O les plus sages des hommes ! Pourquoi la conscience de votre frère n’est-elle par offensée d’une chose bien plus dangereuse pour votre Religion ? Car par la fréquentation des écoles de nos maîtres et de nos Philosophes, quiconque est né d’une condition honorable parmi vous, abandonne bientôt vos impiétés. Il vous est donc plus utile d’éloigner les hommes des sciences des Grecs, que des victimes. Vous n’ignorez pas d’ailleurs, combien nos instructions sont préférables aux vôtres, pour acquérir la vertu et la prudence. Personne ne devient sage et meilleur dans vos écoles, et n’en rapporte aucune utilité : dans les nôtres, les tempéraments les plus vicieux, et les caractères les plus mauvais sont rendus bons ; malgré les oppositions que peuvent apporter à cet heureux changement la pesanteur de l’âme, et le peu d’étendue de l’esprit. S’il se rencontre dans nos écoles une personne d’un génie heureux, il paraît bientôt comme un présent que les Dieux font aux hommes pour leur instruction ; soit par l’étendue de ses lumières, soit par les préceptes qu’il donne, soit en mettant en fuite les ennemis de sa patrie, soit en parcourant la terre pour être utile au genre humain, et devenant par là égal aux plus grands héros.... Nous avons des marques évidentes de cette vérité. Il n’en est pas de même parmi vos enfants, et surtout parmi ceux que vous choisissez, pour s’appliquer à l’étude de vos Écritures. Lorsqu’ils ont atteint un certain âge, ils sont un peu au dessus des Esclaves. Vous pensez, quand je vous parle ainsi, que je m’éloigne de la raison : cependant vous en êtes vous-même si privés, et votre folie est si grande, que vous prenez pour des instructions divines, celles qui ne rendent personne meilleur, qui ne fervent ni à la prudence, ni à la vertu, ni au courage : et lorsque vous voyez des gens qui possèdent ces vertus, vous les attribuez aux instructions de Satan, et à celles de ceux que vous dites l’adorer.

Esculape guérit nos corps, les Muses instruisent notre âme. Apollon et Mercure nous procurent le même avantage. Mars et Bellone sont nos compagnons et nos aides dans la guerre : Vulcain nous instruit de tout ce qui a rapport aux arts. Jupiter, et Pallas, cette Vierge née sans Mère, règlent toutes ces choses. Voyez donc par combien d’avantages nous sommes supérieurs : par les conseils, par la sagesse, par les arts, soit que vous considériez ceux qui ont rapport à nos besoins, soit que vous fassiez attention à ceux qui font simplement une imitation de la belle nature, comme la Sculpture, la Peinture : ajoutons à ces arts l’économie, et la médecine qui venant d’Esculape s’est répandue par toute la terre, et y a apporté de grandes commodités, dont ce Dieu nous fait jouir. C’est lui qui m’a guéri de plusieurs maladies, et qui m’a appris les remèdes qui étaient propres à leur guérison : Jupiter en est le témoin. Si nous sommes donc mieux avantagés que vous des dons de l’âme et du corps, pourquoi, en abandonnant toutes ces qualités si utiles, avez-vous embrassé des Dogmes qui vous en éloignent ?

Vos opinions sont contraires à celles des Hébreux, et à la Loi qu’ils disent leur avoir été donnée par Dieu. Après avoir abandonné la croyance de vos pères, vous avez voulu suivre les écrits des Prophètes, et vous êtes plus éloignés aujourd’hui de leurs sentiments que des nôtres. Si quelqu’un examine avec attention votre religion, il trouvera que vos impiétés viennent en partie de la férocité et de l’insolence des Juifs, et en partie de l’indifférence et de la confusion des Gentils. Vous avez pris des Hébreux et des autres peuples, ce qu’ils avaient de plus mauvais, au lieu de vous approprier ce qu’ils avaient de bon. De ce mélange de vices, vous en avez formé votre croyance. Les Hébreux ont plusieurs lois, plusieurs usages, et plusieurs préceptes utiles pour la conduite de la vie. Leur Législateur s’était contenté d’ordonner de ne rendre aucun hommage aux Dieux étrangers, et d’adorer le seul Dieu, dont la portion est son peuple, et Jacob le lot de son héritage. A ce premier précepte, Moïse en ajoute un second : Vous ne maudirez point les Dieux : mais les Hébreux dans la suite voulant, par un crime et une audace détestable, détruire les religions de toutes les autres nations, tirèrent du Dogme d’honorer un seul Dieu, la pernicieuse conséquence, qu’il fallait maudire les autres. Vous avez adopté ce principe cruel, et vous vous en êtes servi pour vous élever contre tous les Dieux, et pour abandonner le culte de vos Pères, dont vous n’avez retenu que la liberté de manger de toutes fortes de viandes. S’il faut que je vous dise ce que je pense, vous vous êtes efforcés de vous couvrir de confusion : vous avez choisi parmi les Dogmes que vous avez pris, ce qui convient également aux gens méprisables de toutes les nations : vous avez pensé devoir conserver, dans votre genre de vie, ce qui est conforme à celui des cabaretiers, des publicains, des baladins, et de cette espèce d’hommes qui leur ressemblent.

Ce n’est pas aux seuls Chrétiens, qui vivent aujourd’hui, à qui l’on peut faire ces reproches : ils conviennent également aux premiers, à ceux même qui avaient été instruits par Paul. Cela paraît évident par ce qu’il leur écrivait ; car je ne crois pas, que Paul eût été assez impudent pour reprocher, dans ses lettres, des crimes à ses Disciples ; dont ils n’avaient pas été coupables. S’il leur eût écrit des louanges, et qu’elles eussent été fausses, il aurait pu en avoir honte, et cependant tâcher, en dissimulant, d’éviter le soupçon de flatterie et de bassesse ; mais voici ce qu’il leur mandait sur leurs vices. Ne tombez pas dans l’erreur : les idolâtres, les adultères, les paillards, ceux qui couchent avec les garçons, les voleurs, les avares, les ivrognes, les querelleurs, ne posséderont pas le Royaume des Cieux. Vous n’ignorez pas, mes frères, que vous aviez autrefois tous ces vices ; mais vous avez été plongés dans l’eau, et vous avez été sanctifiés au nom de Jésus Christ. Il est évident, que Paul dit à ses Disciples, qu’ils avaient eu les vices dont il parle, mais qu’ils avaient été absous et purifiés par une eau, gui a la vertu de nettoyer, de purger, et qui pénètre jusqu’à l’âme : Cependant l’eau du baptême n’ôte point la lèpre, les dartres, ne détruit pas les mauvaises tumeurs, ne guérit ni la goutte ni la dysenterie, ne produit enfin, aucun effet sur les grandes et les petites maladies du corps ; mais elle détruit l’adultère, les rapines, et nettoie l’âme de tous ses vices.

Les Chrétiens soutiennent qu’ils ont raison de s’être séparés des Juifs : Ils prétendent être aujourd’hui les vrais Israélites, les seuls qui croient à Moïse, et aux Prophètes qui lui ont succédé dans la Judée. Voyons donc en quoi ils sont d’accord avec ces Prophètes : commençons d’abord par Moïse, qu’ils prétendent avoir prédit la naissance de Jésus. Cet Hébreu dit, non pas une seule fois, mais deux, mais trois, mais plusieurs, qu’on ne doit adorer qu’un Dieu, qu’il appelle le Dieu Suprême ; il ne fait jamais mention d’un second Dieu Suprême : Il parle des anges, des puissances célestes, des Dieux des nations : il regarde toujours le Dieu Suprême comme le Dieu unique : il ne pensa jamais qu’il y en eût un second qui lui fût semblable, ou qui lui fût inégal, comme le croient les Chrétiens. Si vous trouvez quelque chose de pareil dans Moïse, que ne le dites-vous ; vous n’avez rien à répondre sur cet article : c’est même sans fondement que vous attribuez au fils de Marie, ces paroles ; Le Seigneur, votre Dieu, vous suscitera un Prophète tel que moi, dans vos frères et vous l’écouterez. Cependant, pour abréger la dispute, je veux bien convenir que ce passage regarde Jésus. Voyez que Moïse dit qu’il sera semblable à lui, et non pas à Dieu ; qu’il sera pris parmi les hommes, et non pas chez Dieu. Voici encore un autre passage, dont vous vous efforcez de vous servir : Le Prince ne manquera point dans Juda et le chef d’entre ses jambes ; cela ne peut être attribué à Jésus, mais au Royaume de David qui finit sous le Roi Zédéchias. D’ailleurs l’Écriture, dans ce passage que vous citez, est certainement interpolée, et l’on y lit le texte de deux manières différentes : le prince ne manquera pas dans Judas, et le chef d’entre ses jambes, jusques à ce que les choses, qui lui ont été réservées, arrivent ; mais vous avez mis à la place de ces dernières paroles, jusques à ce que qui a été réservé arrive. Cependant de quelque manière que vous lisiez ce passage, il est manifeste qu’il n’y a rien-là qui regarde Jésus, et qui puisse lui convenir : il n’était pas de Juda, puisque vous ne voulez pas qu’il soit né de Joseph ; vous soutenez qu’il a été engendré par le saint Esprit. Quant à Joseph, vous tâchez de le faire descendre de Juda, mais vous n’avez pas eu assez d’adresse pour y parvenir, et l’on reproche avec raison à Matthieu et à Luc d’être opposé l’un à l’autre dans la généalogie de Joseph.

Nous examinerons la vérité de cette généalogie dans un autre Livre, et nous reviendrons actuellement au fait principal. Supposons donc que Jésus soit un prince sorti de Juda ; il ne sera pas un Dieu venu Dieu, comme vous le dites, ni toutes les choses n’ont pas été faites par lui, et rien n’aura été fait sans lui. Vous répliquerez, qu’il est dit dans le livre des Nombres, il se lèvera une étoile de Jacob et un homme d’Israël. Il est évident que cela concerne David et les successeurs, car David était fils de Jeffé. Si cependant vous croyez pouvoir tirer quelque avantage de ces deux mots, je consens que vous le fassiez ; mais pour un passage obscur, que vous m’opposerez, j’en ai un grand nombre de clairs que je vous citerai, qui montrent que Moïse n’a jamais parlé que d’un seul et unique Dieu, du Dieu d’Israël. Il dit dans le Deutéronome : Afin que tu fâcher, que le Seigneur ton Dieu est seul et unique, et qu’il n’y en a point d’autre que lui, et peu après, sache donc et rappelle dans ton esprit que le Seigneur ton Dieu est au Ciel et sur la terre, et qu’il n’y en à point d’autre que lui.... Entends, Israël, le Seigneur notre Dieu, il est le seul Dieu...... Enfin Moïse faisant parler le Dieu des Juifs, lui fait dire : Voyez qui je suis, il n’y a point d’autre Dieu que moi. Voilà des preuves de l’évidence la plus claire, que Moïse ne reconnut et n’admit jamais d’autre Dieu que le Dieu d’Israël, le Dieu unique. Les Galiléens répondront peut être qu’ils n’en admettent ni deux ni trois ; mais je les forcerai de convenir du contraire, par l’autorité de Jean dont je rapporterai le témoignage : au commencement était le verbe, et le verbe était chez Dieu, et Dieu était le verbe. Remarquez qu’il est dit, que celui qui a été engendré de Marie était en Dieu : or soit que ce soit un autre Dieu (car il n’est pas nécessaire que j’examine a présent l’opinion de Photin : je vous laisse, O Galiléens, à terminer les disputes qui font entre vous à ce sujet) il s’en suivra toujours, que puisque ce verbe a été avec Dieu, et qu’il y a été dès le commencement, c’est un second Dieu qui lui est égal. Je n’ai pas besoin de citer d’autre témoignage de votre croyance, que celui de jean. Comment donc vos sentiments peuvent-ils s’accorder avec ceux de Moïse ? Vous répliquerez qu’ils font conformes aux Écrits d’Ésaïe, qui dit : Voici une vierge dont la matrice est remplie, et elle aura un fils. Je veux supposer que cela a été dit par l’inspiration divine, quoiqu’il ne soit rien de moins véritable ; cela ne conviendra pas cependant à Marie : on ne peut regarder comme Vierge, et appeler de ce nom, celle qui était mariée, et qui avant que d’enfanter, avait couché avec son mari. Passons plus avant, et convenons que les paroles d’Ésaïe regardent Marie. Il s’est bien gardé de dire que cette Vierge accoucherait d’un Dieu : mais vous, Galiléens, vous ne cessez de donner à Marie le nom de Mère de Dieu. Est-ce qu’Ésaïe a écrit que celui qui naîtrait de cette Vierge serait le fils unique engendré de Dieu, et le premier né de toutes les Créatures ? Pouvez-vous, Galiléens, montrer dans aucun Prophète, quelque chose qui convienne à ces paroles de Jean, toutes choses ont été faites par lui, et sans lui rien n’a été fait ? Entendez au contraire comme s’expliquent vos Prophètes. Seigneur notre Dieu, dit Ésaïe, sois votre protecteur ! excepté toi, nous n’en connaissons point d’autre. Le même Ésaïe introduisant le Roi Ézéchias priant Dieu, lui fait dire : Seigneur Dieu d’Israël, toi qui es assis sur les chérubins, tu es, le seul Dieu. Voyez qu’Ésaïe ne laisse pas la liberté d’admettre aucun autre Dieu.

Si le verbe est un Dieu venant de Dieu, ainsi que vous le pensez ; s’il est produit par la substance de son Père ; pourquoi appelez-vous donc Marie la Mère de Dieu ? Et comment a-t-elle enfanté un Dieu, puisque Marie était une créature humaine ainsi que nous ? De même comment est-il possible, lorsque Dieu dit lui-même dans l’Écriture, Je suis le seul Dieu et le seul Conservateur ; qu’il y ait un autre Conservateur ? Cependant vous osez donner le nom de Sauveur à l’homme qui est né de Marie. Combien ne trouvez-vous pas de contradictions entre vos sentiments et celui des anciens Écrivains Hébreux ! Quittons cette matière et venons à une autre.

Apprenez, Galiléens, par les paroles mêmes de Moïse, qu’il donne aux Anges le nom de Dieu : Les enfants de Dieu, dit-il, voyant que les filles des hommes étaient belles, ils en choisirent parmi elles, dont ils firent leurs femmes : et les enfants de Dieu ayant connu les filles des hommes, ils engendrèrent les géants, qui ont été des hommes renommés dans tous les siècles. Il est donc manifeste, que Moïse parle des Anges. Cela n’est ni emprunté ni supposé. Il paraît encore par ce qu’il dit, qu’ils engendrèrent des géants, et non pas des hommes. Si Moïse eût cru que les Géants avaient eu pour pères des hommes, il ne leur en eût point cherché chez les Anges, qui sont d’une nature bien plus élevée et bien plus excellente. Mais il a voulu nous apprendre que les géants avaient été produits par le mélange d’une nature mortelle et d’une nature immortelle. Considérons à présent que Moïse, qui fait mention des mariages des enfants des Dieux, auxquels il donne le nom d’Anges, ne dit pas un seul mot du fils de Dieu. Est-il possible de se persuader que s’il avait connu le verbe, le fils unique engendré de Dieu, (donnez lui le nom que vous voudrez,) il n’en eût fait aucune mention qu’il eût dédaigné de le faire connaître clairement aux hommes ; lui qui pensait qu’il devait s’expliquer avec soin et avec ostentation sur l’adoption d’Israël, et qui dit : Israël mon fils premier né ? Pourquoi n’a-t-il donc pas dit la même chose de Jésus ? Moïse enseignait qu’il n’y avait qu’un Dieu, qui avait plusieurs enfants ou plusieurs Anges, à qu’il avait distribué les Nations ; mais il n’avait jamais eu aucune idée de ce fils premier né, de ce verbe Dieu, et de toutes les fables que vous débitez à ce sujet, et que vous avez inventées. Écoutez parler ce même Moïse, et les autres Prophètes qui le suivirent. Vous craindrez le Seigneur notre Dieu, et vous ne servirez que lui. Comment est-il possible que Jésus ait dit à ses Disciples : Allez enseigner les Nations, et les baptisez au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit : il ordonnait donc que les nations devient l’adorer avec le Dieu unique ? Et vous soutenez cette erreur, puisque vous dites, que le fils est Dieu, ainsi que le Père.

Pour trouver encore plus de contrariété entre vos sentiments et ceux des Hébreux, auprès desquels, après avoir quitté la croyance de vos pères, vous vous êtes réfugiés ; écoutez ce que dit Moïse des expiations : Il prendra deux boucs en offrande pour les péchés, et un bélier pour l’holocauste : et Aaron offrira nouveau en offrande pour les péchés, et il priera pour lui et pour sa maison, et il prendra les deux boucs et les présentera devant le Seigneur à l’entrée du Tabernacle d’assignation. Et puis Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour le Seigneur, et un sort pour le bouc qui doit être chargé des iniquités, afin qu’il soit renvoyé dans le désert. Il égorgera aussi l’autre bouc, celui du Peuple, qui est l’offrande pour le péché, et il apportera son sang au dedans du voile, et il en arrosera la base de l’Autel, et il fera expiation pour le sanctuaire des souillures des enfants d’Israël et de leurs fautes selon tous leurs péchés. Il est évident, par ce que nous venons de rapporter, que Moïse a établi l’usage des sacrifices, et qu’il n’a pas pensé, ainsi que vous, Galiléens, qui les regardez comme immondes. Écoutez le même Moïse : Quiconque mangera de la chair du sacrifice de prospérité, laquelle appartient au Seigneur, et qui aura sur lui quelque souillure, sera retranché d’entre son Peuple. L’on voit combien Moïse fut attentif et religieux dans tout ce qui regardait les sacrifices.

Il est temps actuellement de venir à la raison, qui nous a fait parcourir toutes les opinions que nous venons d’examiner. Nous avons eu le dessein de prouver qu’après nous avoir abandonnés, pour passer chez les Juifs, vous n’avez point embrassé leur religion, et n’avez pas adopté leurs sentiments les plus essentiels. Peut-être quelque Galiléen mal instruit répondra : les Juifs ne sacrifient point. Je lui répliquerai qu’il parle sans connaissance ; premièrement, parce que les Galiléens n’observent aucun des usages et ses préceptes des Juifs ; secondement, parce que les Juifs sacrifient aujourd’hui en secret, et qu’ils se nourrissent encore de victimes ; qu’ils prient avant d’offrir les sacrifices ; qu’ils donnent l’épaule droite des victimes à leurs Prêtres. Mais comme ils n’ont point de temples, d’autels, et de ce qu’ils appellent communément Sanctuaires, ils ne peuvent point offrir à leur Dieu les prémices des victimes. Vous autres, Galiléens, qui avez inventé un nouveau genre de sacrifice, et qui n’avez pas besoin de Jérusalem, pourquoi ne sacrifiez-vous donc pas comme les Juifs, chez les quels vous avez passé en qualité de transfuges ? Il serait inutile et superflu que je m’étende plus longtemps sur ce sujet, puisque j’en ai déjà parlé amplement, lorsque j’ai voulu prouver que les Juifs ne diffèrent des autres Nations, que dans le seul point de la croyance en un Dieu unique. Ce Dogme, étranger à tous les peuples, n’est propre qu’à eux. D’ailleurs, toutes les autres choses font communes ente eux et nous : les temples, les autels, les lustrations, plusieurs cérémonies religieuses ; dans toutes ces choses nous pensons comme les Hébreux, ou nous différons de fort peu de chose en quelques unes.

Pourquoi, Galiléens, n’observez-vous pas la loi de Moïse, dans l’usage des viandes ? Vous prétendez qu’il vous est permis de manger de toutes, ainsi que de différentes sortes de légumes. Vous vous en rapportez à Pierre, qui vous a dit : Ne dis point que ce que Dieu a purifié, soit immonde. Mais par quelle raison le Dieu d’Israël a-t-il tout à coup déclaré pur ce qu’il avait jugé immonde pendant si longtemps ? Moïse parlant des quadrupèdes, dit : Tout animal qui a l’ongle séparé et qui rumine est pur ; tout autre animal est immonde. Si depuis la vision de Pierre, le porc est un animal qui rumine, nous le croyons pur ; et c’est un grand miracle, si ce changement s’est fait dans cet animal après la vision de Pierre ; mais si au contraire Pierre a feint qu’il avait eu chez le Tanneur où il logeait, cette révélation, (pour me servir de vos expressions ;) pourquoi le croirons-nous sur sa parole, dans un dogme important à éclaircir ? En effet quel précepte difficile ne vous eût-il pas ordonné, si outre la chair de cochon, il vous eût défendu de manger des oiseaux, des poissons, et des animaux aquatiques ; assurant que tous ces animaux, outre les cochons, avaient été déclarés immondes et défendus par Dieu ?

Mais Pourquoi m’arrêter à réfuter ce que disent les Galiléens, lorsqu’il est aisé de voir que leurs raisons n’ont aucune force. Ils prétendent que Dieu, après avoir établi une première Loi, en a donné une seconde : que la première n’avait été faite que pour un certain temps, et que la seconde lui avait succédé, parce que celle de Moïse n’en avait été que le type. Je démontrerai par l’autorité de Moïse, qu’il n’est rien de si faux que ce que disent les Galiléens. Cet Hébreu dit expressément, non pas dans dix endroits, mais dans mille, que la loi qu’il donnait serait éternelle. Voyons ce qu’on trouve dans l’Exode : Ce jour vous sera mémorable, et vous le célébrerez pour le Seigneur dans toutes les générations. Vous le célébrerez comme une fête solennelle par ordonnance perpétuelle. Vous mangerez pendant sept jours, du pain sans levain, et dès le premier jour vous ôterez le levain de vos maisons. Je passe un nombre de passages que je ne rapporte pas pour ne point trop les multiplier, et qui prouvent tous également que Moïse donna sa Loi comme devant être éternelle. Montrez-moi, O Galiléens ! Dans quel endroit de vos Écritures il est dit, ce que Paul a osé avancer, que le Christ était la fin de la Loi. Où trouve-t-on que Dieu ait promis aux Israélites de leur donner dans la suite une autre loi, que celle qu’il avait d’abord établie chez eux ? Il n’est parlé dans aucun lieu, de cette nouvelle Loi : il n’est pas même dit qu’il arriverait aucun changement à la première. Entendons parler Moïse lui même. Vous n’ajouterez rien aux commandements que je vous donnerai, et vous n’en ôterez rien. Observez les Commandements du Seigneur votre Dieu, et tout ce que je vous ordonnerai aujourd’hui. Maudits soient tous ceux qui n’observent pas tous les Commandements de la Loi. Mais vous, Galiléens, vous comptez pour peu de chose d’ôter et d’ajouter ce que vous voulez, aux préceptes qui sont écrits dans la Loi. Vous regardez comme grand et glorieux de manquer à cette même Loi : agissant ainsi, ce n’est pas la vérité que vous avez pour but ; mais vous vous conformez à ce que vous voyez être approuvé du vulgaire.

Vous êtes si peu sensés, que vous n’observez pas même les préceptes que vous ont donnés les Apôtres. Leurs premiers successeurs les ont altérés, par une impiété et une méchanceté, qui ne peuvent être assez blâmées. Ni Paul, ni Matthieu, ni Luc, ni Marc n’ont osé dire que Jésus fût un Dieu : mais lorsque Jean eut appris que dans plusieurs villes de la Grèce et de l’Italie, beaucoup de Personnes parmi le Peuple, étaient tombées dans cette erreur ; sachant d’ailleurs que les Tombeaux de Pierre et de Paul commençaient d’être honorés, qu’on y priait en secret ; il s’enhardit jusqu’à dire que Jésus était Dieu. Le verbe, dit-il, s’est fait chair et a habité dans nous. Mais il n’a pas osé expliquer de quelle manière ; car en aucun endroit il ne nomme ni Jésus ni Christ, lorsqu’il nomme Dieu et le Verbe. Il cherche à nous tromper d’une manière couverte, imperceptiblement, et peu à peu. Il dit que Jean-Baptiste avait rendu témoignage à Jésus, et qu’il avait déclaré que c’était lui qui était le verbe de Dieu.

Je ne veux point nier que Jean-Baptiste n’ait parlé de Jésus dans ces termes, quoique plusieurs irréligieux parmi vous, prétendent que Jésus-Christ n’est point le verbe dont parle Jean. Pour moi, je ne suis pas de leur sentiment : puisque Jean dit dans un autre endroit, que le verbe qu’il appelle Dieu, Jean-Baptiste a reconnu que c’était ce même Jésus. Remarquons actuellement avec combien de finesse, de ménagement, et de précaution se conduit Jean. Il introduit avec adresse l’impiété fabuleuse qu’il veut établir : il fait si bien se servir de tous les moyens que la fraude peut lui fournir, que parlant derechef d’une façon ambiguë, il dit : Personne n’a jamais vu Dieu. Le fils unique, qui est au sein du père, est celui qui nous l’a révélé. Il faut que ce fils, qui est dans le sein de son Père, soit ou le Dieu verbe, ou un autre fils. Or si c’est le verbe, vous avez nécessairement vu Dieu, puisque le verbe a habité parmi vous, et que vous avez vu sa gloire. Pourquoi Jean dit-il donc, que jamais personne n’a vu Dieu ? Si vous n’avez pas vu Dieu le Père, vous avez certainement vu Dieu le verbe. Mais si Dieu, ce fils unique, est un autre que le verbe Dieu, comme je l’ai entendu dire souvent à plusieurs de votre religion, Jean ne semble-t-il pas, dans les discours obscurs, oser dire encore quelque chose de semblable, et rendre douteux ce qu’il dit ailleurs ?

On doit regarder Jean comme le premier auteur du mal, et la source des nouvelles erreurs que vous avez établies, en ajoutant au culte du Juif mort que vous adorez, celui de plusieurs autres. Qui peut assez s’élever contre un pareil excès ! Vous remplissez tous les lieux de tombeaux, quoiqu’il ne soit dit dans aucun endroit de vos Écritures, que vous deviez fréquenter et honorer les sépulcres. Vous êtes parvenus à un tel point d’aveuglement, que vous croyez sur ce sujet, ne devoir faire aucun cas de ce que vous a ordonné Jésus de Nazareth. Écoutez ce qu’il dit des tombeaux. Malheur à vous, scribes, pharisiens, hypocrites, parce que vous êtes semblables à des sépulcres reblanchis : au dehors le sépulcre paraît beau, mais en dedans il est plein d’ossements de morts, et de toutes sortes d’ordures. Si Jésus dit que les sépulcres ne sont que le réceptacle des immondices et des ordures, comment pouvez-vous invoquer Dieu sur eux ? Voyez ce que Jésus répondit à un de ses Disciples, qui lui disait : Seigneur, permettez avant que je parte, que j’ensevelisse mon Père. Suivez-moi, répliqua Jésus, et laissez aux morts à enterrer leurs morts.

Cela étant ainsi, pourquoi courez-vous avec tant d’ardeur aux sépulcres ? Voulez-vous en savoir la cause ? Je ne la dirai point, vous l’apprendrez du Prophète Ésaïe : Ils dorment dans les sépulcres et dans les cavernes, à cause des songes. On voit clairement par ces paroles, que c’était un ancien usage chez les Juifs, de se servir des sépulcres, comme d’une espèce de charme et de magie, pour se procurer des songes. Il est apparent que vos Apôtres, après la mort de leur Maître, suivirent cette coutume, et qu’ils l’ont transmise à vos ancêtres, qui ont employé cette espèce de magie beaucoup plus habilement que ceux qui vinrent après eux, qui exposèrent en public les lieux, et, pour ainsi dire, les laboratoires où ils fabriquaient leurs charmes.

Vous pratiquez donc ce que Dieu a défendu, soit par Moïse, soit par les Prophètes. Au contraire, vous craignez de faire ce qu’il a ordonné par ces mêmes Prophètes : vous n’osez sacrifier et offrir des victimes sur les autels. Il est vrai que le feu ne descend plus du ciel, comme vous dites qu’ils descendit du temps de Moïse, pour consumer la victime ; mais cela, de votre aveu, n’est arrivé qu’une fois sous Moïse, et une autre fois longtemps après, sous Élie, natif de Tesbe, d’ailleurs je montrerai que Moïse a cru qu’on devait apporter le feu d’un autre lieu, et que le Patriarche Abraham avait eu longtemps avant lui le même sentiment. A l’histoire du sacrifice d’Isaac, qui portait lui-même le bois et le feu, je joindrai celle d’Abel, dont les sacrifices ne furent jamais embrasés par le feu du Ciel, mais par le feu qu’Abel avait pris. Peut-être serait-ce ici le lieu d’examiner, par quelle raison le Dieu des Hébreux approuva le sacrifice d’Abel, et réprouva celui de Caïn ; et d’expliquer en même temps ce que veulent dire ces paroles, si tu offres bien et que tu divises mal, n’as-tu pas péché ? Quant à moi, je pense que l’offrande d’Abel fut mieux reçue que celle de Caïn, parce que le sacrifice des victimes est plus digne de la grandeur de Dieu, que l’offre des fruits de la terre.

Ne considérons pas seulement ce premier passage ; voyons en d’autres qui ont rapport aux prémices offertes à Dieu par les enfants d’Adam. Dieu regarda Abel et son oblation ; mais il n’eut point d’égard à Caïn, et il ne considéra pas son oblation. Caïn devint fort triste, et son visage fut abattu. Et le Seigneur dit à Caïn ; pourquoi es-tu devenu triste, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Ne pèches-tu pas, si tu offres bien et que tu ne divises pas bien ? Voulez vous savoir quelles étaient les oblations d’Abel et de Caïn ? Or il arriva, après quelques jours, que Caïn présenta au Seigneur les prémices des fruits de la terre, et Abel offrit aussi les premiers nés de son troupeau et leur graisse. Ce n’est pas le sacrifice, disent les Galiléens, mais c’est la division que Dieu condamna, lorsqu’il adressa ces paroles à Caïn : N’as tu pas péché, si tu as bien offert et si tu as mal divisé. Ce fut là ce que me répondit à ce sujet un de leurs Évêques, qui passe pour être un des plus Sages. Alors l’ayant prié de me dire, quel était le défaut qu’il y avoir eu dans la division de Caïn, il ne put jamais le trouver, ni donner la moindre réponse un peu satisfaisante et vraisemblable. Comme je m’aperçus qu’il ne savait plus que dire : il est vrai, lui répondis-je, que Dieu a condamné, avec raison, ce que vous dites qu’il a condamné : la volonté était égale dans Abel et dans Caïn ; l’un et l’autre pensaient qu’il fallait offrir à Dieu des oblations ; mais quant à la division, Abel atteignit au but, et l’autre se trompa. Comment cela arriva-t-il, me demanderez-vous ? Je vous répondrai que parmi les choses terrestres les unes sont animées, et les autres sont privées de l’âme : les choses aminées sont plus dignes d’être offertes que les inanimées, au Dieu vivant et auteur de la vie ; parce qu’elles participent à la vie, et qu’elles ont plus de rapport avec l’esprit. Ainsi Dieu favorisa celui qui avait offert un sacrifice parfait, et qui n’avait point péché dans la division.

Il faut que je vous demande, Galiléens, pourquoi ne circoncisez-vous pas ? Vous répondez : Paul a dit que la circoncision du cœur était nécessaire, mais non pas celle du corps : selon lui celle d’Abraham ne fut donc pas véritablement charnelle ; et nous nous en rapportons sur cet article, à la décision de Paul et de Pierre. Apprenez, Galiléens, qu’il est marqué dans vos Écritures, que Dieu a donné à Abraham la circoncision de la chair, comme un témoignage et une marque authentique. C’est ici mon Alliance entre moi et vous, entre ta postérité dans la suite des générations. Et vous circoncirez la chair de votre prépuce ; et cela sera pour signe de l’alliance entre moi vous, et entre moi et la postérité.

Jésus n’a-t-il pas ordonné lui-même d’observer exactement la Loi ? Je ne suis point venu, dit il, pour détruire la Loi et les Prophètes, mais pour les accomplir. Et dans un autre endroit ne dit-il pas encore : Celui qui manquera au plus petit des préceptes de la Loi, et qui enseignera aux hommes à ne pas l’observer, sera le dernier dans le royaume du Ciel ? Puisque Jésus a ordonné expressément d’observer soigneusement la Loi, et qu’il a établi des peines, pour punir celui qui péchait contre le moindre commandement de cette Loi ; vous, Galiléens, qui manquez à tous, quelle excuse pouvez-vous apporter pour vous justifier ? Ou Jésus ne dit pas la vérité, ou bien vous êtes des déserteurs de la Loi.

Revenons à la circoncision. La Genèse dit : « la circoncision fera faite sur la chaire. Vous l’avez entièrement supprimée, et vous répondez : Nous sommes circoncis par le cœur. Ainsi donc chez vous, Galiléens, personne n’est méchant, ou criminel : vous êtes tous circoncis par le cœur. Fort bien : Mais les Azymes, mais la Pâque ? Vous répliquez : nous ne pouvons point observer la fête des Azymes, ni celle de la Pâque : Christ s’est immolé pour nous, une fois pour toutes ; et il nous a défendu de manger des Azymes. Je suis ainsi que vous, un de ceux qui condamnent les fêtes des Juifs, et qui n’y prennent aucune part : cependant j’adore le Dieu qu’adorèrent Abraham, Isaac, et Jacob, qui étant Chaldéens, et de race sacerdotale, ayant voyagé chez les Égyptiens, en prirent l’usage de leur circoncision. Ils honorèrent un Dieu qui leur fut favorable, de même qu’il l’est à moi, et à tous ceux qui l’invoquent ainsi qu’Abraham. Il n’y a qu’à vous seuls à qui il n’accorde pas les bienfaits, puisque vous n’imitez point Abraham, soit en lui élevant des autels, soit en lui offrant des sacrifices.

Non seulement Abraham sacrifiait souvent, ainsi que nous ; mais il se servait de la divination comme l’on fait chez les Grecs. Il se confiait beaucoup aux augures, et sa maison trouvait sa conservation dans cette science. Si quelqu’un parmi vous, O Galiléens, refuse de croire ce que je dis ; je vous le prouverai par l’autorité de Moïse. Écoutez-le parler : Après ces Choses, la parole du Seigneur fut adressée à Abraham dans une vision, en disant : Ne craint point, Abraham, je te protège, et ta récompense sera grande. Abraham dit : Seigneur, que me donnerez-vous ? Je m’en vais sans laisser d’enfants, et le fils de ma servante sera mon héritier. Et d’abord la voix du Seigneur s’adresse à lui, et lui dit : Celui-ci ne fera pas ton héritier ; mais celui qui sortira de toi, celui-là sera ton héritier. Alors il le conduisit dehors, et lui dit : Regarde au Ciel, et compte les Étoiles, si tu peux les compter ; ta postérité sera de même. Abraham crut à Dieu, et cela lui fut réputé à justice. Dites moi actuellement, pourquoi celui qui répondit à Abraham, soit que ce fût un Ange, soit que ce fût un Dieu, le conduisit-il hors de son logis ? Car quoiqu’il fût auparavant dans sa maison, il n’ignorait pas la multitude innombrable d’étoiles qui luisent pendant la nuit. Je suis assuré que celui qui faisait sortir Abraham, vouloir lui montrer le mouvement des Astres, pour qu’il pût confirmer sa promesse, par les décrets du Ciel qui régit tout, et dans lequel sont écrits les évènements.

Afin qu’on ne regarde pas comme forcée l’explication du passage que je viens de citer, je la confirmerai, par ce qui suit ce même passage. Le Seigneur dit à Abraham : je suis ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays des Chaldéens, pour te donner cette terre en héritage. Abraham répondit : Seigneur, comment connaîtrai-je que j’hériterai de cette terre ? Le Seigneur lui répondit : prends une génisse de trois ans, une chèvre de trois sans, un bélier de trois ans, une tourterelle, et un pigeon. Abraham prit donc toutes ces choses, et les partagea par le milieu, et mit chaque moitié vis-à-vis l’une de l’autre : mais il ne partagea pas les oiseaux. Et une volée d’oiseaux descendit sur ces bêtes mortes, et Abraham se plaça avec elles. Remarquez que celui qui conversait avec Abraham, soit que ce fût un ange, soit que ce fût un Dieu, ne confirma pas sa prédiction légèrement, mais par la divination et les victimes : l’Ange ou le Dieu qui parlait à Abraham, lui promettait de certifier sa promesse par le vol des oiseaux. Car il ne suffit pas d’une promesse vague, pour autoriser la vérité d’une chose : mais il est nécessaire qu’une marque certaine assure la certitude de la prédiction qui doit s’accomplir dans d’avenir.

 

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Julien

 
 
 
JULIEN
(Louis Ménard)
 
Par-dessus tous les dieux du ciel et de la terre
J'adore ton pouvoir immuable indompté,
Déesse des vieux jours, morne fatalité.
Ce pouvoir implacable, aveugle et solitaire
Ecrase mon orgueil et ma force, et je vois
Que l'on décline en vain tes inflexibles lois.
Les peuples adoraient le joug qui les enchaîne,
Rome dormait en paix sur son char triomphal,
Des oracles veillaient sur son sommeil royal.
Maintenant, du destin la force souveraine
Brise le sceptre d'or de Rome dans mes mains,
Et Sapor va venger les Francs et les Germains.
J'ai relevé l'autel des dieux de la patrie,
Et j'aperçois déjà le temps qui foule aux pieds
Les vieux temples déserts de mes dieux oubliés.
Au culte du passéj'ai dévoué ma vie.
Bientôt sous sa ruine il va m'ensevelir.
Le passé meurt en moi, victoire à l'avenir !
 
 
 
 
 
LE GÉNIE DE L'EMPIRE
(Louis Ménard)
 
Ne crains pas l'avenir, toi dont les mains sont pures,
O dernier défenseur d'un culte déserté,
Qui voulus porter seul toutes les flétrissures
Du vieux monde romain, et couvrir ses souillures
Du manteau de ta gloire et de ta pureté.
En vain tes ennemis ont voué ta mémoire
A l’exécration des siècles à venir ;
Le glaive est dans tes mains : l’incorruptible histoire
Dira ce qu’il fallut à l’amant de la gloire
De force et de vertu pour ne s'en pas servir.
La fortune rendra blessure pour blessure
A ces peuples nouveaux, aujourd'hui ses élus,
Quand leurs crimes aussi combleront la mesure.
Mais mille ans passeront sans laver son injure,
Car Némésis est lente àvenger les vaincus.
O César, tu mourras sous une arme romaine.
La tardive justice un jour effacera
Ce surnom d'apostat que te donne la haine ;
Mais le monde ébranlé dans sa chute t'entraîne,
Et ton culte proscrit avec toi périra.
Et moi, je te suivrai, car je suis le génie
De Rome et de l'empire ; unissant leurs efforts,
Tes ennemis, les miens, las de mon agonie,
Veulent voir le dernier soleil de la patrie.
Cédons-leur, le destin le veut, nos dieux sont morts.
 
 

 
 
  Ménard Louis Nicolas : littérateur né à Paris le 19 octobre 1822 et mort en 1901. C’est un esprit extrêmement original et cultivé. Louis Ménard s'est occupé successivement de philosophie, de chimie, de peinture et de littérature. Après de brillantes études à Louis-Legrand, il entra à l'École normale où il ne resta que deux mois. Puis, il entreprit des études de chimie et reconnut la solubilité de la xyloïdine dans l'éther, c’est-à-dire le collodion. Cette découverte présentée à l'Académie des sciences en 1846 ne rapporta àMénard ni profit ni grand honneur, car les applications très importantes du collodion à la chirurgie et à la photographie ne se développèrent que plus tard : il ne garda pas même l'honneur public de sa découverte, car un étudiant américain du nom de Maynard, ayant l'année suivante redécouvert le collodion, c'est àlui qu'un grand nombre de dictionnaires de chimie, trompés par l'homonymie, en attribuent le mérite.
 
  Révolutionnaire en 1848 et revenu à Paris en 1852, après trois ans d’exil, il dut renoncer à s'occuper des revendications républicaines et se réfugia dans l'étude des civilisations antiques dont il admirait profondément l'élévation artistique et l'organisation sociale.
 
  Ami de Baudelaire, de Leconte de Lisle et de Banville, il partageait leurs rêves de gloire; ses vers sont empreints d'une force philosophique et d'un sens profond de l'Antiquité.

  Li
é d'amitié avec Renan et Berthelot qui appréciaient sa grande culture classique, Louis Ménard fut engagé par eux à pousser ses études, dans ce sens et à entrer dans une voie régulière : il passa son doctorat à la Faculté des lettres de Paris en 1860 avec deux thèses : De Sacra poesi Graecorum et La Morale avant les philosophes, la soutenance exceptionnellement brillante de ces thèses et leur originalité fit sensation.
  Continuant ses études dans cette direction, Louis Ménard publia en 1863 le Polythéisme hellénique, ouvrage d'une haute valeur littéraire et philosophique, où il apparaît comme un précurseur de James G. Frazer. Plus tard, il a publié la traduction des livres d'Hermès Trismégiste (1866); une Histoire des anciens peuples de l'Orient (1882); une Histoire des Israélites d'après l'exégèse biblique (1883), enfin une Histoire des Grecs (1884-1886), qui compte parmi les meilleures et qui devrait être un classique : on y trouve d'admirables pages de philosophie de l'histoire, dignes de Renan et de Taine et un sentiment très élevé de l'art grec.
 

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Citations à la volée sur le paganisme et les païens


Citations à la volée sur le Paganisme et les païens
 
 
 
 
« Mais les dieux païens, aussi, croyez-vous qu'on puisse les mépriser ? Le catholicisme en porte l'empreinte, par ses saints, ses chapelles et ses miracles... »
 
(Emile Chartier, dit Alain / 1868-1951 / Propos sur la religion, Enchanteurs, prodiges, dieux, 5 mai 1921)
 

« En matière de religion, j'éprouve quelque peine à admettre que le monde ait vécu dans le paganisme et l'obscurantisme durant des millions d'années et que le vrai Dieu ne se soit manifesté que voilà deux mille ans, c'est-à-dire hier. »

(Philippe Bouvard / né en 1929 / Journal 1992-1996 / 1997)

 

« Et maintenant quand on croasse,
Nous, les païens de sa paroisse,
C'est pas lui qu'on veut dépriser.
Quand on crie "A bas la calotte"
A s'en faire péter la glotte,
La sienne n'est jamais visée. »

(Georges Brassens / 1921-1981 / La messe au pendu)
 

« Le pouvoir neuf récupère les symboles existants et les dénature peu à peu, de manière à effacer leur signification originelle. Dans ce cas, ce sont les païens qui ont perdu la bataille, et certains de leurs icônes ont été "détournés" par la religion victorieuse. Le trident de Jupiter est devenu la fourche du diable, le chapeau conique du sage celui des sorcières et le pentacle de Vénus un symbole satanique. »

(Dan Brown / né en 1964 / Da Vinci Code / 2004)

 

« Le paganisme est une tentative pour atteindre les divines réalités sans le secours de la raison, et par la seule vertu de l'imagination. »


(Gilbert Keith Chesterton / 1874-1936 / Poète et écrivain anglais / L'homme éternel / 1925)
 

« Les chrétiens, qui donnaient avec justice le nom de barbarie et de crime aux cruautés qu'exerçaient sur eux les païens, ne donnèrent-ils pas le nom de zèle aux cruautés qu'ils exercèrent à leur tour sur ces mêmes païens ? Qu'on examine les hommes, on verra qu'il n'est point de crime qui ne soit mis au rang des actions honnêtes par les sociétés auxquelles ce crime est utile, ni d'action utile au public qui ne soit blâmée de quelque société particulière à qui cette même action est nuisible. »
 
(Claude Adrien Helvétius / 1715-1771 / De l'esprit)
 
 
« La musique est la prière des païens. »
 
(Edouard Herriot / 1872-1957 / Notes et Maximes)
 

« Idolâtrie. Phénomène païen qui accompagne le décès des papes. »
 « Paganisme. Religion de ceux que les chrétiens traitent comme s'ils n'avaient pas de religion. »
 
(Jean-François Kahn / Dictionnaire incorrect / 2005)
 
 
 

« Les païens ont divinisé la vie et les chrétiens ont divinisé la mort. »
 
(Madame de Staël / 1766-1817 / Corinne ou l’Italie / 1807)
 

« La (prétendue) moralité chrétienne a tous les caractères d'une réaction ; elle est, en grande partie, une protestation contre le paganisme. Son idéal est négatif plutôt que positif ; passif plutôt qu'action ; naïveté plutôt que grandeur ; abstinence de Mal, plutôt que recherche énergique du Bien : dans ses préceptes (comme cela a été bien dit) le « Tu ne dois pas » l'emporte à l'excès sur le « Tu dois ». »

(John Stuart Mill / 1806-1873 / De la liberté / 1859)
 

« Ils furent trois qui par leur secte et leur dogme abusèrent le monde : Moïse, Jésus, Mahomet. Moïse, le premier, dupa le peuple juif, le deuxième, Jésus-Christ, les chrétiens, le troisième, Mahomet, les païens. »
 
(Simon de Tournai / 1201 - fin XIIIe siècle)

 
 

« Non, si vous voulez rendre la religion chrétienne aimable, ne parlez jamais de martyrs ; nous en avons fait cent fois plus que les païens. »
 
(François-Marie Arouet, dit Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
 

« Le chrétien est un mauvais païen, converti par un mauvais juif. »

(Simone Weil / 1909-1943)
 

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Toi, Odin notre père



Le vent d'hiver s'élance, audacieux et fort,

Ainsi que les Vikings, en leur nobles colères.

La tempête a soufflé sur les pins séculaires,

Et les flots ont bondi... Venez, mes dieux du Nord !

 

Vos yeux ont le reflet des lames boréales,

Les abîmes vous sont de faciles chemins,

Et vous êtes grands et sveltes comme les pins,

O maîtres des deux froids et des races loyales !

 

Mes dieux du Nord, hardis et blonds, réveillez-vous

De votre long sommeil dans les neiges hautaines,

Et faites retentir vos appels sur les plaines

Où se prolonge au soir le hurlement des loups.

 

Venez, mes Dieux du Nord, aux faces aguerries,

Toi, notre père Odin, toi dont les cheveux d'or,

Freya, sont pleins d'odeurs, et toi, valeureux Thor,

Toi, Fricka volontaire, et vous, mes Valkyries !

 

Ecoutez-moi, mes Dieux, pareils aux clairs matins :

Je suis la fille de vos Skaldes vénérables,

De ceux qui vous louaient, debout, auprès des tables

Où les héros buvaient l'hydromel des festins.

 

Venez, mes Dieux puissants, car notre hiver est proche,

Nous allons rire avec les joyeux ouragans,

Nous abattrons le chêne épargné par les ans,

Et les monts trembleront jusqu'en leur cœur de roche.

 

Nous poserons nos pieds triomphants sur les mers,

Nous nous réjouirons de la danse des vagues ;

Pour nous s'animeront les brumes, formes vagues,

Et pour nous brilleront les sillons de l'éclair.

 

Les mouettes crieront vers nous et vers l'orage

Que nous apporterons dans le creux de nos mains...

Or voici qu'on entend les combattants surhumains

Et les cris des vaincus sur le blême rivage.

 

Voici, mes Dieux, que vous riez comme autrefois

Et que l'aigle tournoie au dessus de son aire.

Nous avons déchaîné la meute du tonnerre.

Et les falaises ont reconnu nôtres voix.

 

L'espace écoutera nos farouches musiques

Et les cieux révoltés ploieront sous notre effort...

Venez à moi qui vous attends, mes Dieux du Nord !

Je suis la fille de vos Skaldes héroïques...

 

 Renée Vivien


Née Pauline Mary Tarn
le 11 juin 1877 à Londres,  Renée Vivien est morte le 18 novembre 1909 à Paris. Surnommée « Sapho 1900 » fut une poétesse du courant parnassien de la Belle Époque.

 

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