
Une mission archéologique géorgienne et italienne a mis au jour plus de 168 sites dans les hauts plateaux du Caucase, dont une forteresse millénaire et un disque solaire en bronze orné.
Un plateau d'altitude, des siècles de silence archéologique, et soudain des centaines de sites surgissent des relevés de terrain. Depuis 2017, une mission géorgienne et italienne explore les hauts plateaux du Caucase méridional. La région compte parmi les moins documentées d'Asie occidentale. Les fouilles les plus récentes livrent pourtant des vestiges exceptionnels sur deux sites majeurs. Un disque solaire en bronze et des plaques d'argile peintes aux pigments rares confirment que ce plateau fut bien autre chose qu'une périphérie.
Un disque solaire et des couches de cendres sur le plateau de Javakheti
À Baraleti Natsargora, un tertre dominant le centre du plateau, les archéologues ont dégagé plusieurs couches d'occupation successives. Incendies répétés, mur défensif et vestiges domestiques couvrent environ 3000 ans d'histoire, de l'âge du bronze ancien jusqu'à l'âge du fer. Le nom du site signifie «colline des cendres», et la terre noircie le confirme à chaque niveau.
Parmi les objets mis au jour figure un disque en bronze finement travaillé. Il porte des bandes concentriques de boutons, des motifs angulaires et des perforations régulières. Or des objets comparables trouvés dans le sud de la Géorgie accompagnent régulièrement des sépultures féminines. Le disque proviendrait donc d'une tombe proche. Il est désormais conservé au musée d'Akhalkalaki.
Meghreki, une forteresse réoccupée pendant quatre millénaires
Plus à l'est, la forteresse de Meghreki livre une stratigraphie d'une densité rare. Les archéologues y documentent une occupation quasi continue depuis la culture Kura-Araxes (vers 3500 à 2500 avant notre ère) jusqu'à la période médiévale. Des travaux routiers modernes ont partiellement mis le site au jour, mais les séquences architecturales restent remarquablement lisibles.
Deux structures domestiques datées de l'horizon achéménide, entre le sixième et le quatrième siècle avant notre ère, ont par ailleurs livré des plaques d'argile cuite. Ces plaques portent des motifs géométriques gravés et peints en rouge, blanc et bleu foncé. Ce type de décoration reste rare dans le Caucase méridional. Les chercheurs y voient toutefois le signe d'espaces symboliques ou réservés à des groupes de statut élevé.
Ce que ces découvertes changent pour comprendre le Caucase de l'âge du bronze
Sur l'ensemble du plateau, les relevés indiquent des phases d'occupation récurrentes plutôt qu'une habitation continue. Plusieurs forteresses mégalithiques auraient ainsi servi de refuges temporaires à des groupes pastoraux en déplacement saisonnier. Les échanges entre hautes terres et plaines sembleraient donc avoir structuré pratiques funéraires et symboliques sur plusieurs millénaires.
Des datations au carbone 14 et l'intégration de données environnementales figureront au programme des prochaines campagnes. L'étude des disques solaires et des plaques décorées, publiée dans Antiquity, devrait en outre ouvrir de nouvelles pistes sur les croyances des communautés protohistoriques du Caucase.
Des connexions rituelles à longue distance entre ce plateau et les grandes civilisations voisines restent cependant à démontrer. Ces prochaines analyses pourraient changer le regard porté sur l'ensemble du Caucase méridional.
EN BREF
- Depuis 2017, une mission géorgienne et italienne explore les hauts plateaux du Caucase méridional, révélant des sites archéologiques majeurs.
- Les fouilles à Baraleti Natsargora ont mis au jour un disque solaire en bronze et des plaques d'argile peintes, témoignant d'une riche histoire.
- Ces découvertes pourraient transformer notre compréhension des pratiques culturelles et des échanges dans le Caucase méridional à l'âge du bronze.
Auriane Polge - 11 Mai 2026
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