Sous l’Hôtel-Dieu, un rempart vieux de plus de 2 000 ans vient de refaire surface.

 

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Siren-Com, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

 

Sous les pavés de la capitale, à quelques mètres de Notre-Dame, dans les cours de l’Hôtel-Dieu, des archéologues ont récemment découvert un imposant mur fait de pierre et de bois, vieux de plus de deux millénaires. Sa construction, ses dimensions et les traces d’incendie qu’il porte pourraient enfin apporter une preuve matérielle de l’existence de la Lutèce gauloise au cœur même de Paris. Une découverte exceptionnelle qui rapproche soudain les Parisiens de ces lointains habitants, devenus au fil des siècles nos « ancêtres les Gaulois ».

Un rempart sous l’Hôtel-Dieu

Depuis février 2026, la DRAC Île-de-France, la ville de Paris et l’INRAP fouillent deux cours de l’Hôtel-Dieu, dans le cadre de la restructuration de l’hôpital. Les archéologues s’attendaient à retrouver différentes traces des occupations antiques, médiévales et modernes, mais ils ont découvert bien davantage. Durant l’été, un mur conservé sur une vingtaine de mètres a ainsi été mis au jour. Constitué de gros blocs de pierre associés à des poutres entrecroisées, il présente une technique caractéristique de certaines fortifications gauloises de la fin de l’âge du fer. À l’arrière de l’ouvrage, une plate-forme artificielle de sable et de graviers, épaisse d’environ deux mètres, renforce encore l’hypothèse d’un important système défensif. Plus étonnant encore, le mur porte les marques d’un violent incendie. Des graines carbonisées, les restes d’un bâtiment en bois brûlé et un fer de lance gaulois ont également été retrouvés. Les premières datations au carbone 14 placent les éléments en bois entre 200 et 10 av. J.-C. Pour autant, les archéologues restent prudents : des études complémentaires doivent être encore faites pour préciser ces données.

 

César raconte Lutèce

Cette découverte est extraordinaire car notre connaissance de la Lutèce gauloise repose d’abord sur un témoignage unique, celui de Jules César dans La Guerre des Gaules. Le général romain décrit alors Lutèce comme un « oppidum des Parisii situé dans une île de la Seine », avant qu’en -52, son lieutenant Titus Labienus ne marche contre eux. À l’approche des légions romaines, les Gaulois conduits par le chef Camulogène choisissent alors d’incendier leur ville et de détruire les ponts afin d’empêcher les Romains de s’en emparer. Pendant des siècles, l’île de la Cité a naturellement été considérée comme le lieu de cette Lutèce gauloise. Cependant, jusqu’à cette découverte, aucune fortification gauloise n’avait été identifiée avec certitude. La découverte de vestiges gaulois à Nanterre au début des années 2000 avait même conduit certains chercheurs à proposer cette autre localisation pour l’oppidum des Parisii.

 

Une île bien différente de celle que nous connaissons

Pour comprendre pourquoi les vestiges gaulois sont si difficiles à retrouver, il faut imaginer l’île de la Cité avant Paris. L’île actuelle n’existait d’ailleurs pas encore exactement sous cette forme car elle était dispersée en plusieurs îlots séparés par de petits chenaux formant presque un marais, cité d’ailleurs par César. C’est Rome qui va progressivement transformer cette géographie. En effet, au début du Ier siècle apr. J.-C., ces îlots sont réunis pour former l’île de la Cité actuelle tandis que Lutèce se développe sur la rive gauche, autour de la montagne Sainte-Geneviève. Cette transformation explique en partie la difficulté à retrouver les traces les plus anciennes. Quelques témoignages ont cependant pu être retrouvés comme le pilier des Nautes, découvert en 1711 sous Notre-Dame. Érigé sous le règne de Tibère, entre 14 et 37 apr. J.-C., par les nautes de Paris, une puissante corporation de bateliers, il associe des divinités romaines et gauloises, preuve d’une Lutèce romanisée mais gardant une part de sa culture celtique.

 

Des pierres qui devront partir

Les vestiges découverts à Paris n’ont toutefois pas vocation à rester enfouis sous les futurs bâtiments de l’Hôtel-Dieu. En effet, en plus d’avoir été fragilisé avec le temps, le rempart n’est pas compatible avec le projet architectural de restructuration de l’Hôtel-Dieu. Il sera donc démonté avec toutes les précautions nécessaires, après avoir été intégralement documenté. Des relevés, une photogrammétrie et une restitution en trois dimensions permettront de conserver une trace précise de son architecture. Un moulage doit également être réalisé afin de permettre la reconstitution d’une portion du rempart. Toutes ces données retranscrites seront à terme présentées aux Français dans un musée parisien. Ainsi, même si le rempart ne demeurera pas sous les pieds des visiteurs de l’Hôtel-Dieu, son histoire ne disparaîtra pas.

Eric de Mascureau - Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture - 27 septembre 2026