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Des centaines de rangées de trous, creusées à l'âge du fer dans les plaines danoises, continuent de faire tourner les têtes des archéologues qui ne parviennent pas à comprendre leur utilité. Le pays lance une nouvelle campagne d'expérimentation pour résoudre l'énigme qui entoure ces structures uniques en Europe.

Partout à travers le Danemark, mais principalement dans la péninsule du Jutland, le paysage est criblé de trous peu profonds de 30 à 40 centimètres qui se suivent parfois sur des kilomètres, avec quelquefois six ou huit cavités sur une même ligne. Une cinquantaine a déjà été retrouvée dans le pays. Ces structures, appelées localement « hulbælter » (ou littéralement « ceintures de trous » en français), auraient été creusées au début de l'âge du fer préromain, entre 500 et 300 avant Jésus-Christ. Il y a donc plus de 2 500 ans.

Ni tombes, ni fosses ordinaires, elles intriguent les archéologues depuis la découverte du phénomène dans les années 1960, avec notamment la ceinture de trous de Grønbæk, à Ringkøbing-Skjern. Fortifications, zones de stockage, marqueurs territoriaux ou encore barrières de contrôle ? Leur fonction demeure encore inconnue, mais une équipe de l'Université de Copenhague tente aujourd'hui d'en percer le secret, en menant sur ces sites une série d'expériences inédites.

 

Reconstituer les conditions de l'époque

Comme l'annonce le site Videnskab DK, une trentaine d'étudiants ont entrepris de reconstruire ces mystérieux aménagements avec les techniques de l'âge du fer, sous la direction de l'archéologue Henriette Lyngstrøm. Ils cherchent non seulement à savoir à quelles fins ces trous ont été construits, mais également comment. Leurs travaux se déroulent actuellement aux abords du village de l'âge du fer de Sagnlandet Lejre, où ils font appel à des techniques de l'époque.

« Certains aspects du passé ne sont pas visibles sur un plan seul », soulignent les chercheurs, qui estiment que parfois, l'invisible ne peut être porté à la connaissance humaine qu'en reconstituant collectivement les conditions adéquates sur le terrain, à l'aide d'outils et dans de bonnes conditions météorologiques.

 

Un système de conservation des aliments ?

À Lystbækgård, dans l'ouest du Jutland, des archéologues ont découvert des fragments de poterie et le fond d'un récipient en argile dans une « ceinture de trous ». Si ces vestiges ne prouvent pas une fonction de stockage, ils alimentent bien cette hypothèse. La doctorante Angelyn Sørensen a donc voulu voir à Sagnlandet Lejre s'il était possible de conserver des denrées au frais. Elle a placé un morceau de viande, initialement gardé à environ 10 degrés Celsius, dans un récipient en terre cuite qu'elle a enfoui dans l'un des trous.

L'étudiante a plus tard constaté que son morceau de poulet avait conservé une température « relativement stable » (une augmentation de seulement 2 degrés en 24 heures) malgré les chaudes températures extérieures, classiques d'un mois de mai. Sans constituer une preuve définitive, l'expérience suggère que ces fosses « pouvaient aider à conserver les aliments au frais », notamment durant les saisons plus froides.

 

Ou peut-être des barrières défensives ?

Une fonction défensive demeure également plausible. En simulant des combats, les participants à ces joutes ont constaté que franchir ces bandes de trous tout en avançant et en combattant compliquait considérablement la tâche des assaillants. « La structure avantageait davantage les défenseurs que les attaquants », notent les chercheurs dans leur rapport.

En outre, l'équipe s'est intéressée aux outils utilisés pour creuser ces ouvertures. Des reproductions de pelles en bois datant de l'âge du fer ont été comparées à des pelles modernes. Et le verdict est sans appel ! Ces outils anciens aux allures de pagaies fonctionnent, mais sont plus difficiles à manier et demandent plus d'entretien, comme un réaffûtage régulier à la hache pendant le travail. Creuser ces longues lignes de fosses n'était donc pas une activité improvisée. La main-d'œuvre devrait être organisée et coordonnée.

Elodie Falco, Journaliste - GEO France - 9 juin 2026

 

les sources de cet article : Videnskab DK