Résistance Identitaire Européenne

Culture Enracinée

La clairvoyance virile de Jean Cau par Georges FELTIN-TRACOL

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Les éditions de la Nouvelle Librairie viennent de rééditer en un seul volume deux belles charges de Jean Cau : Discours de la décadence paru en 1978 aux éditions Copernic, et Contre-attaques précédé d’un Éloge incongru du lourd sorti en 1993 au Labyrinthe. Leur réédition commune a suscité l’intérêt de la grande presse pour un auteur encore au purgatoire. Olivier Maulin mentionne par exemple un « Jean Cau contre les cocos » dans Valeurs actuelles du 2 juin 2022. Dans Le Point du 21 avril 2022, Saïd Mahrane estime qu’à travers ce livre « Jean Cau nous parle encore ». Bien auparavant, le même Saïd Mahrane avait rédigé un texte de quatre pages assez élogieux intitulé « La revanche de Jean Cau ». Il relevait qu’« aujourd’hui, ses idées sont extrêmement vivaces (1) ». Il y décelait une surprenante postérité intellectuelle avec Éric Zemmour, Régis Debray, Michel Onfray et Alain Finkielkraut !

Né à Bram, commune occitane de l’Aude, le 8 juillet 1928, dans une famille modeste, Jean Cau symbolise la méritocratie républicaine française. Ce bachelier à la scolarité remarquable obtient une licence de philosophie. Mais l’enseignement ne l’attire pas. Il deviendra journaliste et effectuera de nombreux reportages après avoir officié plus d’une décennie auprès de Jean-Paul Sartre.

 

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Grand maître des lettres

Admirateur de l’auteur des Mains sales, il s’occupe de ses finances, répond au téléphone, fixe les rendez-vous, range sa correspondance. Cette proximité quotidienne avec Sartre entre 1946 et 1957 lui permet de collaborer à différents organes de presse (Les Temps Modernes, France Observateur, L’Express). En parallèle à une carrière journalistique prometteuse, Jean Cau se lance dans le roman. Prix Goncourt en 1962 pour La Pitié de Dieu, il s’approprie tous les styles. Il adapte en français des pièces de théâtre comme Pauvre France quand il ne se fait pas dramaturge avec Les parachutistes. Il est le parolier de la chanteuse Régine. Il travaille même pour le cinéma, scénariste de sept films dont, avec deux autres comparses, Borsalino (1973) de Jacques Deray avec Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, et Don Juan (1973) de Roger Vadim.

Dans les années 1960, Jean Cau apparaît en espoir de l’intelligentsia de gauche bien-pensante. Or, la fréquentation régulière des cénacles germanopratins l’exaspère de plus en plus. La rupture se produit en 1965 avec son roman, Le meurtre d’un enfant, et son soutien public à la réélection de Charles De Gaulle. Les milieux de la Rive Gauche le renient et le désavouent. Renégat assumé, Jean Cau accroît volontiers le fossé en publiant chez Laurent Laudenbach aux Éditions de la Table Ronde deux traités de morale percutants (2). Siégeant au comité de patronage de Nouvelle École, il assume son compagnonnage avec la « Nouvelle Droite ». Il participe volontiers à trois colloques nationaux du GRECE en 1972, en 1985 et en 1992. L’élection du socialiste François Mitterrand à la présidence de la République en 1981 le conduit à signer deux cinglants pamphlets, La Barbe et la Rose (1982) et Une rose à la mer (1983). Il attaque aussi les différents gouvernements socialistes dans les pages de Paris Match.

Anticipant le raz-de-marée décolonial wokiste qui déferlera quarante ans plus tard dans les universités occidentales, il commet La conquête de Zanzibar en 1980, un hymne nostalgique à la recolonisation européenne du continent africain qu’on peut encore lire avec en fond sonore Afrique adieu et Au temps des colonies chantés par Michel Sardou. Son anti-conformisme viscéral irrite les petits soldats du politiquement correct. En 1985, le piètre chanteur soixante-huitard pour midinettes ménopausées, Renaud, le critique dans une sotte chanson « Trois matelots » de l’album Mistral gagnant. Quand il ne bataille pas avec les plumitifs de gauche et leurs auxiliaires de centre-droit, Jean Cau livre dès 1977 avec Le Chevalier, la Mort et le Diable (3) une profonde méditation philosophique, esthétique et héroïque autour de la célèbre gravure d’Albrecht Dürer.

 

Païen et hispanique !

L’hostilité foncière de Jean Cau à la gauche n’est pas que politique; elle est d’abord et surtout ontologique. Écrivain prolifique, il conçoit qu’« un livre, c’est l’acte dictatorial rêvé. L’armée des verbes et le peuple des mots ne discutent jamais et se prêtent à toutes vos manœuvres sans plus protester que les grenadiers de Napoléon (4) ». Outre une détestation commune de l’idéologie du grand nivellement, sa proximité avec la « Nouvelle Droite » se conçoit aussi par une volonté intense de renouer avec le paganisme. À la suite de Nietzsche, il désigne le christianisme comme le facteur historique principal des maux de la civilisation contemporaine. Son roman, Le grand soleil (1981), raconte un récit picaresque, ouranien et païen. Voilà pourquoi que, peu enthousiaste, Eugénie Bastié, jeune révélation d’une droite catho-conservatrice à bout de souffle, a recensé la réédition de la Nouvelle Librairie dans Le Figaro du 12 mai 2022 sous le titre de « Jean Cau l’apostat ». Pour la circonstance, Bastié agit en Neil Howie féminin, du nom de ce policier obtus dans le film culte du Britannique Robin Hardy, The Wicker Man (1973). Ignore-t-elle par ailleurs que l’Empereur Julien (331 – 363) reste une personnalité majeure de l’histoire albo-européenne ?

Nonobstant l’arasement spirituel dû à deux millénaires de monothéisme plus ou moins syncrétique selon les époques, il lui plaît de suivre les ultimes témoignages vivants du polythéisme qui se nichent souvent en Ibérie. À l’instar du très racé Henry de Montherlant, Jean Cau ne cache pas un fort tropisme espagnol. Dans une recension du Figaro Magazine (du 13 avril 1990), Jean Raspail souligne que « Jean Cau […] a l’Espagne dans le sang (5) ». Il exprime un caractère fort ibérique avec en point saillant une passion vibrante pour la dernière manifestation païenne antique dans une modernité tardive bien fade : la tauromachie. Il est certain que les « animalistes », les anti-spécistes et autres végans ne liront jamais Sévillanes (1987), Les Oreilles et la Queue (1990), Le Roman de Carmen (1990) ou La Folie Corrida (1992)...

Fidèle aux anciennes divinités des Cieux, de la Terre et du Vivant, Jean Cau pointe le christianisme surgi de la réforme calamiteuse du concile Vatican II, achèvement final du concile de Trente, comme la matrice de l’égalitarisme et des autres pathologies collectives actuelles. Il observe qu’« en Occident, le christianisme ne s’est pas inversé mais lentement décomposé en démocratisme égalitaire (6) ». Par conséquent, « il faut, sans relâche, dénoncer le complot ourdi contre ce mot : inégalités (7) ». Il postule « que l’égalitarisme fige et pétrifie une société (8) ». Son combat anti-égalitariste correspond à une opposition farouche à l’idéologie néo-féministe. Dès 1972, il soutient que les néo-féministes « ne seront pas des femmes mais des pauvres monstres tristes et égarés des créatures qui veulent châtrer les hommes en les émasculant de toute vertu et de toute grandeur, en les décapitant de toute hauteur et en faisant d’eux les malades qu’elles sont (9) ». Il osera écrire plus tard que « plus une civilisation est femme, plus elle appelle le viol (10) ». Pas sûr qu’Alice Coffin, Sandrine Rousseau et leurs consœurs pétroleuses apprécient… Il ne se limite pas à cette simple dénonciation. Il va encore plus loin. Toujours dans Discours de la décadence, il remarque que « la défaite du nazisme a pour conséquence la malédiction de la race blanche, des peuples et des Occidentaux blancs, du christianisme blanc. La culpabilisation, radicale et absolue, vise au masochisme dévorant qui occulte toute vision des crimes perpétrés par des non-blancs dans le reste du monde (11) ».

 

Contre les États bourgeois unis

Des onze années passées aux côtés de Jean-Paul Sartre demeure une franche hostilité envers les États-Unis d’Amérique. En 1979, il publie une très surprenante Passion pour le Che (12). Il est le premier « à droite » à récupérer l’« icône » internationale de l’extrême gauche. Or, on sait maintenant que le camarade de combat des frères Castro fut avant de les rejoindre proche du péronisme. Dans son autobiographie non traduite en français, Figlio del sole, Sergio Pessot, un Italien d’Argentine, se souvient de sa rencontre avec un étudiant, Ernesto Guevara, fasciné par le Manifeste de Vérone et la Charte du travail de la République sociale italienne pendant la campagne présidentielle du nationaliste-révolutionnaire bolivien Paz Estenssoro.

Jean Cau avoue pratiquer « un anti-américanisme primaire et                     concret (13) ». Il décrit l’Amérique en « énorme boursouflure, poussée là-bas, peuplée de barbares de l’avoir sans mémoire (14) ». Parce que « la souris Mickey est et était l’ennemi n° 1 qui ronge nos racines et nos identités nationales et populaires (15) », il désigne « l’Amérique comme le plus grand déracineur, comme le plus effrayant destructeur des identités                               nationales (16) ». Tout au long de son œuvre d’une clairvoyance limpide et énergique, il rappelle qu’« une fois de plus, les États-Unis sont à l’avant-garde de ce désastre (17) ». En effet, « c’est aux États-Unis que naît et se dessine l’homme futur qui sera l’homo americanus avec (on daigne le concéder) ses sous-produits et variants (18) ». La folie transhumaniste (à ne pas confondre avec le surhumanisme !) ne provient-elle pas de la Californie ? Jean Cau accentue sa critique en assurant que « la femme américaine » est l’un des fléaux qui menacent de détruire l’Occident (19) ». Ensuite, « il est à mon avis un critère imparable pour juger de la bonne santé intellectuelle et morale d’un individu : c’est le jugement qu’il porte sur l’Amérique, à la fois telle qu’elle existe, là-bas, de l’autre côté de l’océan, et telle qu’elle se manifeste dans nos murs et, également, aux quatre coins de la planète (20) ». Christianisme, féminisme et américanisme favorisent ainsi cette décadence qu’il définit par cet excellent aphorisme : « Les rats ne quittent plus le navire, ils y grimpent (21). »

Jean Cau se plaît enfin à souligner le rôle néfaste d’une bourgeoisie qu’il vomit. Dans Contre-attaques, il distingue « le pauvre peuple, lui, [qui] n’imite même pas : il singe. La bourgeoisie est servile; le peuple est assommé sous le poids des résidus sous-culturels de l’avalanche. La bourgeoisie est complice. Le peuple victime (22) ». En plus de son suivisme congénital, le bourgeois d’Occident regarde sans cesse vers le cosmopolitisme. « Une bourgeoisie […], dans sa frivolité serve et décadente, lance de papelardes œillades culturelles et politiques à la gauche et au gauchisme (23). » Il devient patent que le « démocratisme mondialiste est à mes yeux le dernier fléau (24) ». Il anticipe l’essor du gendérisme et de l’intersectionnalité délirante. « Au plan de l’histoire et au nom du n’importequisme, l’Occident acceptera d’être l’égal désidentifié de tous autres mondes, jaunes, noirs, arabes. Ne se rendra pas compte qu’il descend vers l’égalité alors que l’Autre s’y hisse. Son égalitarisme est une pente; celui de l’Autre est une conquête (25). »

Avant l’apparition du wokisme, mutation tératologique du politiquement correct et de la langue de coton, cette orientation morale se traduit dans les faits par un déclin, puis une disparition de la volonté. Or, « où cesse la volonté commence le “ problème “ (26) ». Jean Cau admire les personnages exceptionnels qui marquent par leur grande volonté l’histoire. D’où son approbation de la geste gaullienne. Il se revendique gaulliste, mais d’un gaullisme original qu’il qualifie de « national-gaullisme ». Ce national-gaullisme ou « gaullisme du troisième type » s’affirme identitaire et nationaliste avant l’heure. « Le gaullisme […] n’est pas seulement un style de gouvernement; il est une incarnation de la volonté d’identité française et il est d’abord cela (27). » Sur la question corse par exemple, il explique qu’« à force de se voir amputé de sa plus grande identité de Français; [le Corse] est tenté de se réfugier dans une plus petite identité de secours et de s’y durcir pour éviter la dissolution (28) ».

 

Du monde-race blanc à la renaissance russe

Au XIXe colloque national du GRECE, il proclame : « Oui à la France et non au mondialisme, oui à la Cité et non à Cosmopolis, oui à une patrie – française ou argentine, polonaise, turque, cubaine, chilienne, marocaine ou suisse – oui à cent cultures particulières et non à une civilisation sans frontières répandant les mêmes gadgets aux modes d’emploi rédigés dans la même langue (29). » À sa manière et sans entrer en politique, il souhaite un dépassement du clivage gauche – droite et d’une convergence inédite des « extrêmes » contre les « modérés ». Dès 1975, il en appelle à « une jeunesse gauchiste de droite ! […] Dans un même refus violent, elle rejetterait le communisme, sur sa gauche, et la décadence sur sa droite. Elle serait durement française (30) ». Encore le primat de la volonté. Au contraire des Étatsuniens ! Pour Jean Cau, « les États-Unis sont affligés d’une impuissance à faire l’Histoire et ils ne sauraient s’en guérir puisqu’ils en ont l’imbécile orgueil (31) ». De cet implacable (et impeccable) diagnostic psychologique, il conclut que « nous ne pouvons pas compter sur les États-Unis pour s’opposer à un mondialisme dont incontestablement le monde-race blanc ferait seul les frais (32) ». Jean Cau théorise dans Discours de la décadence le concept ethno-politique de « monde–race blanc » que Guillaume Faye reformulera dans L’Archéo-futurisme avec la notion de Septentrion. Il s’interroge déjà sur les répercussions du « splendide isolement hégémonique » yankee. « Et si, après cet avenir immédiat qui verrait l’américanisme à son zénith, s’ouvraient des trouées, dans le monde, d’autres horizons ? Et si surgissaient des nationaux-communismes (33) ? »

Bien avant que Jean Thiriart envisage l’État géopolitique euro-soviétique dans les années 1980 (34), l’auteur de Lettre ouverte aux têtes de chiens occidentaux (35) agit en précurseur de l’« Europe boréale » chère à Jean-Marie Le Pen. Jean Cau estime cependant qu’avant d’atteindre cette éventuelle dimension planétaire, il estime à rebours de la rhétorique officielle anti-communiste de la Guerre froide que « la nation russe est une espérance et pourtant je n’en suis pas moins carrément anticommuniste. C’est évidemment parce que j’accroche, étant français, mon identité à la France. De là à reconnaître qu’il est salutaire que des deux blocs d’Occident l’un soit national parce que c’est à partir de ce nationalisme russe que tout autre nationalisme est en Occident possible et, toujours par étirement, qu’un Occident identifié peut survivre, il n’y avait qu’un pas. [...] Ce pas, je l’ai franchi (36) ».

Il prévient qu’« une Russie nationale, de par sa résistance à l’américanisme mondialiste, est peut-être la seule chance de nos nations et de notre monde-race blanc (37) ». Il annonce un retour impérial qui couve sous la gangue soviétique d’alors, car « notre choix planétaire, notre choix d’histoire sera celui-ci : ou le mondialisme, dernier horizon de notre décadence; ou le national-russisme militaire, en recours ultime et en terrible salut (38) ». Il avertit même que la Russie, soviétique ou pas, se donnera tôt ou tard « un chef militaire (39) » dont la pensée politique puisera dans « un national-communisme soucieux avant tout de son imperium et de son poids militaire dans le monde face aux dangers intérieurs et extérieurs qui le                         menacent (40) ». Aussi démontre-t-il que « des grands peuples d’Occident, quel est le seul qui ne soit pas atteint, en ses moelles, par le mythe de ce mondialisme en lequel s’accomplirait notre irréversible décadence ? Quel est celui qui, en cette fin du XXe siècle, se pense encore comme peuple historique et comme nation irréductible ? C’est le peuple et la nation russes (41) ». En outre, « le christianisme a imbibé et détrempé l’Occident de manière infiniment plus profonde. En Russie, il était d’abord une mystique (42) ». Certaines de ses phrases prennent en 2022 une résonance certaine. « Par son action, la Russie a plus le souci de défendre son empire que de “ libérer “ les peuples. C’est en vertu d’une vocation impériale, afin de rester intacte et non par idéalisme moralisant et mondialiste qu’elle agit (43). » Mieux, « il existe – et il ne me déplaît point – un nationalisme communiste (44) ». Ainsi assène-il qu’« un national-communisme est possible. Un national-américanisme ne l’est pas (45) ».

 

Interrogations inquiètes sur l’avenir

Comment expliquer cette étonnante inclination russophile ? Au-delà de l’idéologie communiste soviétique d’essence égalitariste et cosmopolite, il comprend la nature polémogène de la « Soviétie » - Russie. Quelques années plus tard, Alain de Benoist relève que « si l’on décide d’appeler “ communiste “ ce qui est conforme à la vision du monde développée par Marx, on doit effectivement admettre que la société occidentale est aujourd’hui la société la plus “ communiste “ du monde, tandis que, c’est une banalité de le dire, c’est à l’Est que se maintiennent avec le plus de force – une force parfois pathologique – des notions positives telles que la conception polémologique de l’existence, le désir de conquête, le sens de l’effort, la discipline, etc. Les sociétés communistes sont à la fois les plus hiératiques et les plus hiérarchiques (du grec hiéros, “ sacré “) du monde, tandis que les sociétés occidentales réalisent, par le moyen du libéralisme bourgeois et de l’individualisme égalitaire, cela même que voulait Marx – et que le communisme institué s’est avéré incapable de faire passer dans les faits (46) ». Cette perception sacrale et verticale s’oppose frontalement à un Occident fluide et erratique, d’où la préfiguration géopolitiste de l’affrontement entre la Mer et la Terre.

Jean Cau se tourne donc avec résolution vers l’Est européen en qui il voit un recours civilisationnel déterminant face au déluge christianomorphe de l’égalitarisme, du féminisme et de l’américanisme. Il ne cache pas craindre une autre menace plus terrible encore. « Je ne sais ce qu’il en sera de l’avenir de notre Occident – Russie comprise – mais je vois monter à l’horizon de l’Histoire un nouveau dieu : celui dont Mahomet fut le prophète et qui a nom Allah. L’Orient islamique n’a pas – encore – l’arme nucléaire mais il possède l’or et célèbre un dieu. À partir de là, sa force est immense. L’islam va-t-il avaler le christianisme (47) ? » Rédigées en 1975, ces phrases sont visionnaires. La révolution islamique n’a pas encore commencé en Iran. À l’exception de la Libye avec la « troisième théorie universelle » synthétisée dans Le livre vert, les mondes arabe et musulman se composent alors de régimes nationalistes et laïques dont les économies socialisantes sont proches de l’Union Soviétique et qui pourchassent les Frères musulmans. Jean Cau annonce l’avènement imminent de l’islam politique. Sans volonté consciente de réaction nationale, populaire et européenne, notre civilisation plurimillénaire ne connaîtrait-elle pas ce temps des esclaves qu’il fustige dès 1969 dans un ouvrage éponyme (48) ?

Dans un chapitre consacré à « Jean Cau, l’anti-bourgeois », Jacques Marlaud souligne assez injustement que « laissé à lui-même, le désordre détonant des pensées de Cau ne lègue aucun système – ce qui est un compliment – ni aucun héritage constructeur – ce qui l’est moins (49) ». Il ne pouvait pas savoir que l’œuvre du « Candidat (50) » malheureux à l’Académie Française présentait des analyses anticipatrice dont les effets se manifesteraient quelque trois décennies plus tard. Les écrits de Jean Cau constituent aujourd’hui un incroyable arsenal d’idées explosives dans lequel il faut s’approvisionner. En cette ère de chaos protéiforme, n’hésitons pas à en faire une référence indispensable afin d’alimenter l’offensive générale contre la médiocrité ambiante du moment.

Georges Feltin-Tracol

Notes:

1 : Saïd Mahrane, « La revanche de Jean Cau », dans Le Point du 22 octobre 2015, p. 127.

2 : Jean Cau, Les écuries de l’Occident. Traité de morale, La Table Ronde, 1973; Jean Cau, La grande prostituée. Traité de morale II, La Table Ronde, 1974.

3 : Jean Cau, Le Chevalier, la Mort et le Diable, La Table Ronde, 1977.

4 : Jean Cau, Contre-attaques précédé d’un Éloge incongru du lourd, préface d’Alain de Benoist, Le Labyrinthe, 1993, p. 162, souligné par l’auteur.

5 : Jean Raspail, Petits éloges de l’ailleurs, Albin Michel, 2022, p. 298.

6 : Jean Cau, Discours de la décadence, Copernic, 1979, p. 20, souligné par l’auteur.

7 : Idem, p. 80.

8 : Id., p. 99.

9 : Jean Cau, « Le néo-féminisme et la contestation », dans Contestation et décadence, Actes du VIIIe colloque national du GRECE, GRECE, 1972, p. 42.

10 : Jean Cau, Réflexions dures sur une époque molle, La Table Ronde, 1981, p. 12.

11 : Jean Cau, Discours de la décadence, op. cit., pp. 109 - 111, souligné par l’auteur.

12 : Jean Cau, Une passion pour Che Guevara, Juliiard, 1979.

13 : Jean Cau, « Le triomphe de Mickey », dans États-Unis : danger, Actes du XXVe colloque national du GRECE, GRECE, 1992, p. 7.

14 : Jean Cau, Contre-attaques, op. cit., p. 124.

15 : Jean Cau, « Le triomphe de Mickey », op. cit., p. 13.

16 : Idem, p. 8.

17 : Jean Cau, Pourquoi la France, La Table Ronde, 1975, p. 129.

18 : Idem, p. 78. Voir aussi le brillant essai de Tomislav Sunic, Homo americanus. Rejeton de l’ère postmoderne, avant-propos de Kevin MacDonald, Akribeia, 2010.

19 : Id., p. 54.

20 : Jean Cau, « Le triomphe de Mickey », op. cit., p. 7.

21 : Jean Cau, Réflexions dures..., op. cit., p. 12.

22 : Jean Cau, Contre-attaques, op. cit., p. 117.

23 : Jean Cau, Pourquoi la France, op. cit., pp. 97 – 98.

24 : Jean Cau, Discours de la décadence, op. cit., p. 188.

25 : Idem, p. 50, souligné par l’auteur.

26 : Jean Cau, Réflexions dures..., op. cit., p. 13.

27 : Jean Cau, Pourquoi la France, op. cit., p. 77.

28 : Jean Cau, Contre-attaques, op. cit., p. 118, souligné par l’auteur.

29 : Jean Cau, « La France est-elle encore exemplaire ? », dans Une certaine idée de la France, Actes du XIXe colloque national du GRECE, GRECE – Le Labyrinthe, 1985, p. 14.

30 : Jean Cau, Pourquoi la France, op. cit., p. 99.

31 : Jean Cau, Discours de la décadence, op. cit., p. 180.

32 : Idem, pp. 164 – 165.

33 : Jean Cau, Pourquoi la France, op. cit., p. 79.

34 : Jean Thiriart, L’empire euro-soviétique de Vladivostok à Dublin, préface de Yannick Sauveur, Éditions de la plus grande Europe, 2018, ou L’empire euro-soviétique de Vladivostok à Dublin, note de Christian Bouchet, Ars Magna, coll. « Heartland », 2018.

35 : Jean Cau, Lettre ouverte aux têtes de chiens occidentaux, Albin Michel, coll. « Lettre ouverte », 1967.

36 : Jean Cau, Discours de la décadence, op. cit., pp. 189 – 190.

37 : Idem, p. 183, souligné par l’auteur.

38 : Id., p. 172.

39 : Id., p. 162, souligné par l’auteur.

40 : Id., p. 162.

41 : Id., p. 166.

42 : Id., p. 20.

43 : Id., p. 182, souligné par l’auteur.

44 : Jean Cau, Pourquoi la France, op. cit., p. 70.

45 : Idem, p. 94, souligné par l’auteur.

46 : Alain de Benoist, Orientations pour des années décisives, Le Labyrinthe, 1983, pp. 69 – 70, souligné par l’auteur.

47 : Jean Cau, Pourquoi la France, op. cit., pp. 121 – 122.

48 : Jean Cau, Le temps des esclaves, La Table Ronde de combat, 1971.

49 : Jacques Marlaud, Le renouveau païen dans la pensée française, préface de Jean Cau, Le Labyrinthe, 1986, p. 177, réédition avec une préface inédite de l’auteur en 2010 chez L’Æncre, puis en 2018 chez Dualpha.

50 : Jean Cau, Le Candidat, préface d’Alain Delon, Xenia, coll. « Franchises », 2007. À la demande de Jean Dutourd et malgré ses réticences, Jean Cau brigua en 1989 le fauteuil vacant d’Edgar Faure à l’Académie française. Il ne fut jamais élu et s’en félicita !

  • Jean Cau, Contre-attaques suivi de Discours de la décadence, préface de Pascal Eysseric, postface d’Alain de Benoist, La Nouvelle Librairie Éditions, coll. « Éternel retour », 2021, 290 p., 19,50 €.

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