
La guerre qui a débuté le 28 février entre dans son premier mois. Un mois de bombardements de missiles sur Tel Aviv, de colons fuyant vers des aéroports surchargés, d'une économie à l'agonie, de fronts qui se multiplient sans qu'aucun ne se referme. Les principales villes d'Israël sont dévastées. Ce que les analystes israéliens prédisent en privé depuis des semaines commence à filtrer dans les médias : l'État juif n'est plus viable. À moins qu'il ne parvienne à la seule chose qui puisse le sauver : entraîner la planète entière dans une guerre mondiale.
L'effondrement militaire : une armée qui se désagrège
Le chef d'état-major des Forces de défense israéliennes, Eyal Zamir, a lancé un avertissement qu'aucun gouvernement ne peut ignorer. Lors d'une réunion du cabinet de sécurité, Zamir a déclaré que l'armée israélienne « va s'effondrer sur elle-même » en raison d'une grave pénurie d'effectifs. Les chiffres sont éloquents : l'armée accuse un déficit d'environ 20 000 soldats, alors qu'il lui faudrait au minimum 12 000 combattants supplémentaires pour assurer la continuité des opérations en cours.
Les réservistes achèvent leur sixième ou septième cycle de mobilisation. Zamir a averti que « les réservistes ne tiendront pas le coup ». Le fardeau qui pèse sur ces citoyens et leurs familles est devenu insoutenable.
Le problème est à la fois structurel et politique. Les lois permettant aux juifs ultra-orthodoxes ( Haredim ) d'échapper au service militaire restent inchangées, malgré leur déclaration d'inconstitutionnalité par la Cour suprême. L'ancien Premier ministre Yaïr Lapid a dénoncé le gouvernement Netanyahu pour avoir protégé ces réfractaires tout en envoyant des réservistes à la mort.
L'ancien général Yitzhak Brik a résumé la situation sans ambages dans le journal Haaretz : « Le pays fonce véritablement au bord du précipice. »
Désintégration sociale : une nation qui se fuit elle-même
Mais l'effondrement militaire n'est que la partie émergée de l'iceberg. Sous la surface, la société israélienne se désintègre à un rythme que les reportages de guerre ne parviennent pas à saisir. Des colons possédant la double nationalité font la queue à l'aéroport Ben Gourion depuis des semaines. Les places d'avion sont devenues une denrée rare. Des familles entières quittent le pays, sans savoir si elles y reviendront un jour. Elles ne fuient pas les missiles. Elles fuient ce qu'elles savent être à venir.
L'analyste Alon Mizrahi a dressé un tableau encore plus sombre : si la guerre se poursuit au rythme actuel, Israël pourrait commencer à se désintégrer « d'ici un mois environ ». Et les événements lui donnent raison. Le nord du pays se vide de ses habitants. Les kibboutzim proches de la frontière libanaise sont désertés. Les villes du sud, constamment bombardées depuis Gaza, ont perdu plus de la moitié de leur population. L'économie montre des signes de graves perturbations : fermetures d'entreprises, effondrement des investissements et raréfaction des devises étrangères.
La lassitude face à la mobilisation gagne du terrain au sein d'une population qui ne voit plus la fin du conflit. Les réservistes, sans cesse appelés sous les drapeaux, abandonnent leur travail, leur famille, leur vie entière. Nombre d'entre eux ne reprennent pas leur emploi, car celui-ci a disparu. Les manifestations antigouvernementales, qui rassemblaient jadis des centaines de milliers de personnes dans les rues de Tel-Aviv, ont laissé place à une désertion silencieuse : les gens ne manifestent plus, ils partent.
Et le plus profond : les Juifs israéliens cessent de croire en Israël. Non pas en l'État en tant qu'entité administrative, mais au projet historique qui, pendant des décennies, leur a assuré l'existence d'un lieu au monde où ils pouvaient se sentir en sécurité. Ce lieu n'existe plus. Des missiles s'abattent sur Tel-Aviv, sur Jérusalem, sur Haïfa. Les défenses, censées être infaillibles, ont été percées à maintes reprises. La dissuasion, ce mythe fondateur de la puissance israélienne, gît brisée dans les décombres des villes bombardées.
La confiance envers les dirigeants politiques est au plus bas. Seuls 30 % des Israéliens font confiance à leur gouvernement. Mais il ne s'agit pas seulement d'une méfiance envers Netanyahou : c'est une méfiance envers le système, l'armée, et même envers l'idée qu'Israël puisse continuer d'exister en tant qu'État juif dans un monde hostile. C'est pourquoi ils partent. C'est pourquoi ils font la queue à l'aéroport Ben Gourion avec des billets aller simple. Parce qu'ils ne croient plus à la moindre possibilité de retour.
Pendant ce temps, en Iran, la population descend dans la rue, même sous les bombardements, pour exiger l'absence de trêve. La capacité à résister aux dégâts, forgée par des décennies de guerre, de sanctions et d'isolement, est asymétrique. Et cette asymétrie est déterminante.
Le front nord : le Hezbollah et l'usure
Alors que le monde observe les missiles s'abattre sur Tel-Aviv, la situation au nord est encore plus désespérée. Le Hezbollah a déployé plus de 750 combattants en première ligne, infligeant des pertes croissantes aux forces israéliennes. Des villages du sud du Liban sont systématiquement détruits par l'artillerie israélienne, mais les objectifs stratégiques restent inaccessibles. Israël grignote du territoire tandis que ses soldats progressent à un rythme extrêmement lent.
Le ministre de la Défense, Israël Katz, a admis que les milices libanaises sont désormais « plus fortes » qu'avant la guerre. C'est un aveu d'échec.
La logistique de la coalition repose sur des points fixes (bases, ports, aéroports) que l'Iran a démontré pouvoir atteindre. La logistique iranienne, en revanche, est terrestre, dispersée et dépendante des frontières avec ses alliés (Russie, Kazakhstan, Afghanistan) que les États-Unis ne peuvent bloquer. Cette asymétrie logistique est structurelle : plus la guerre dure, plus ses conséquences s'aggravent.
La lignée Netanyahu : de Jabotinsky à la Seconde Guerre mondiale
Benjamin Netanyahu est issu d'une lignée idéologique qui se transmet sur trois générations. Son père, Benzion, était disciple et secrétaire particulier de Vladimir Ze'ev Jabotinsky, fondateur du sionisme révisionniste. De Jabotinsky, il a hérité la doctrine du « Mur de fer » : les Arabes n'accepteront jamais de leur plein gré un État juif, la seule voie possible étant donc de se doter d'une force militaire écrasante. C'est cette doctrine que Netanyahu applique depuis des décennies.
De Jabotinsky, il a également hérité de la revendication du Grand Israël : le territoire s’étendant du Jourdain à la Méditerranée – et, pour de nombreux révisionnistes, jusqu’à l’Euphrate – serait la propriété inaliénable du peuple juif. Netanyahu n’a jamais renoncé à cette vision. En 1996, il a commandé le rapport « Rupture nette » à des néoconservateurs américains : rompre le processus de paix et imposer un changement de régime en Irak, ce qui déclencherait une réaction en chaîne en Syrie, au Liban et en Iran. Ce plan est sur la table depuis des décennies ; il le met désormais en œuvre.
La servitude de Trump : comment un prédateur sexuel a transformé le président américain en marionnette
Il existe une pièce essentielle du puzzle, qu'aucune analyse sérieuse ne peut plus ignorer. Les documents Epstein, dont les fuites ont commencé en janvier 2016, contiennent un rapport du FBI de 2020 citant une « source humaine confidentielle et crédible » affirmant que Donald Trump a été « compromis par Israël ».
Le même rapport détaille les manœuvres financières qui sous-tendent cette dépendance : une villa à Beverly Hills achetée 41 millions de dollars et revendue 95 millions à une société écran ayant des liens avec l’étranger ; les entreprises de Jared Kushner, gendre de Trump, pointées du doigt pour son « influence indue » et ses liens avec le « blanchiment d’argent russe » et le réseau ultra-orthodoxe Chabad-Loubavitch. Le document suggère que Kushner a exercé un contrôle indu sur les décisions clés prises durant le premier mandat de Trump.
Le réseau d'influence ne s'arrête pas à Kushner. L'avocat d'Epstein, Alan Dershowitz, apparaît dans les documents comme ayant été « recruté par le Mossad ». Et Epstein lui-même, selon une note du FBI, était considéré par une source anonyme comme un agent du Mossad.
Netanyahu a instrumentalisé les dossiers Epstein pour attaquer son rival politique Barak, affirmant que la « relation inhabituelle et étroite » entre Epstein et Barak prouvait qu'Epstein « n'agissait pas pour Israël ». La manœuvre est limpide : détourner l'attention de l'essentiel. Car ces dossiers révèlent un système d'influence, de chantage et de servilité qui explique pourquoi un président américain agit contre ses propres intérêts stratégiques en faveur d'Israël. Lorsque Trump parle de la « capitulation sans condition » de l'Iran et rejette toute négociation, il n'agit pas en dirigeant d'une puissance pacifique. Il agit comme un homme à qui l'on a rappelé que ses secrets sont entre les mains de ceux qui peuvent le détruire.
Netanyahu n'a pas eu besoin de convaincre Trump par des arguments stratégiques. Il a suffi que les services de renseignement israéliens disposent de suffisamment d'éléments pour détruire sa carrière, son héritage et sa liberté. C'est l'art du kompromat élevé au rang de phénomène géopolitique. Et c'est la seule explication qui concorde.
Trump est un prédateur sexuel pris à son propre piège. Epstein était son fournisseur, son facilitateur, celui qui lui a ouvert les portes d'un monde de luxe, d'impunité et de secrets partagés. Et quand Epstein est tombé, les dossiers sont tombés entre les mains de ceux qui savaient exactement comment les utiliser. Netanyahu s'est servi de ces documents comme d'une arme de contrôle, s'assurant que le président américain agisse toujours dans l'intérêt d'Israël, même si cela signifie la chute de son propre pays. Trump est un homme pris au piège, incapable d'agir sans l'aval de ceux qui détiennent ses secrets. Tant que Trump sera à la Maison-Blanche, Netanyahu pourra continuer à précipiter le monde dans l'abîme sans craindre d'être arrêté.
Le pari désespéré : le plan du Grand Israël
Dans ce contexte, la seule option restante à Netanyahou est celle qu'il prépare depuis des décennies : transformer le conflit régional en guerre mondiale. Son plan « Hexagone des alliances », qui s'étendrait de l'Asie du Sud à la Méditerranée orientale, a un objectif affiché : s'opposer aux « adversaires radicaux » de l'Axe chiite. Et un objectif réel : contrôler tout le pétrole du Golfe.
La proposition, qui prévoit un réseau d'oléoducs et de gazoducs traversant la péninsule arabique jusqu'aux ports israéliens de la Méditerranée, a été accueillie froidement dans les pays du Golfe. Mais pour Netanyahu, la guerre mondiale n'est pas une option : c'est la seule issue. Le contrôle absolu de tout le pétrole du Golfe.
Si la guerre s'étend, si les États-Unis sont entraînés dans un conflit avec la Russie et la Chine, alors la guerre d'Israël cessera d'être un problème régional. Elle deviendra un conflit mondial. Et dans ce chaos, un pays de neuf millions d'habitants, encerclé par ses ennemis, pourrait peut-être survivre.
Conclusion : le seul espoir réside dans le réveil du monde.
Le professeur Jeffrey Sachs a proposé un plan de paix en cinq points visant à rétablir la stabilité dans la région : le retour au droit international, la fin de l’occupation, la reconnaissance de l’État palestinien sous garanties multilatérales. C’est un plan sensé. C’est un plan qui sauverait des vies. C’est un plan que Netanyahu n’acceptera jamais.
Car Netanyahu ne cherche pas la paix. Il cherche la guerre. Il cherche la guerre totale, la guerre finale, celle qui justifierait de sacrifier son propre peuple sur l'autel du Grand Israël. Et il dispose d'un président américain compromis, lié par les dossiers Epstein, incapable de refuser ses exigences.
Le monde peut se réveiller à temps, ou bien sombrer dans l'abîme. Cette décision n'incombe pas uniquement à Israël. Elle repose sur tous ceux qui croient encore en la possibilité de la paix et considèrent la guerre mondiale comme une folie.
Pendant ce temps, des Juifs israéliens font la queue à l'aéroport Ben Gourion. Ils partent. Ils abandonnent leurs maisons, leurs commerces, leurs souvenirs. Car ils ne croient plus en Israël. Ils ne croient plus qu'il existe un refuge sûr pour eux dans ce monde. Et cette défection silencieuse, plus encore que n'importe quelle défaite militaire, prouve que l'État juif n'est plus viable. Une nation qui se fuit elle-même ne peut survivre.
À Téhéran, à Beyrouth, à Sanaa, à Bagdad, le peuple résiste. À Gaza, les décombres fument encore. Et à Jérusalem, un homme du nom de Benjamin Netanyahu Mileikowski se prend pour le maître du monde, instrumentalisant des millions de personnes, alimenté par les secrets d'un prédateur sexuel que les services de renseignement israéliens ont transformé en arme de contrôle ultime.
LE SEXTANT - Mars 2026
Source : acratas.net