
Chère lectrice, cher lecteur,
Bon, vous avez vu, c’est la grosse annonce du moment…
Dimanche 23 aout au soir. TF1. 20 heures : Raphaël Glucksmann a officialisé sa candidature à la présidentielle 2027.
Depuis, les chaînes d'info sont en boucle. Les journalistes analysent tout ce qu’ils peuvent (c’est-à-dire pas grand-chose dans le cas de « Gluglu »).
Pourquoi c’est bizarre ?
Dans les sondages les plus favorables, Glucksmann plafonne entre 10 et 12 % d'intentions de vote.
Il n'a aucun ancrage local solide. Son parti, Place Publique, compte deux députés à l'Assemblée nationale. Et pourtant, on nous le présente comme l'un des grands protagonistes de 2027.
Tout comme Gabriel Attal ou Édouard Philippe.
La même impression que ces visages-là sont incontournables…
… alors que les Français n'ont pas vraiment tranché (c’est tout le principe d’une élection).
On pourrait s'arrêter là et conclure que les médias nous manipulent. C'est vrai. Mais c'est insuffisant.
Une manipulation bien connue mais … ça marche à chaque fois !
Pourquoi, à chaque présidentielle, des millions de Français finissent par voter pour des candidats qu'ils ne voulaient pas et dont ils se méfiaient quelques mois plus tôt ?
La réponse n'est pas dans les médias. Elle est dans votre cerveau.
En 1968, un psychologue américain d'origine polonaise publie dans le Journal of Personality and Social Psychology une étude qui va changer la manière dont on comprend les préférences humaines.
Cet homme s'appelle Robert Zajonc. Sa découverte : le biais de familiarité.
Dans une expérience, Zajonc montre à des participants des caractères chinois qu'ils ne comprennent pas.
Certains sont présentés une seule fois. D'autres, plusieurs fois.
On demande ensuite aux participants d'évaluer si ces symboles ont une connotation positive ou négative.
Résultat sans appel : les symboles les plus souvent montrés sont systématiquement jugés plus positifs.
Pas parce qu'ils sont plus beaux. Pas parce qu'ils signifient quelque chose de bien.
Simplement parce qu'ils sont familiers.
En clair : plus nous sommes exposés à un stimulus, plus nous développons un sentiment positif à son égard … même sans raison objective, même sans en avoir conscience.
Comment notre cerveau tombe dans ce piège ?
Notre cerveau distingue en permanence deux catégories : ce qui est connu, et ce qui est inconnu.
Ce qui est inconnu déclenche une réponse d'alerte légère.
Ce qui est connu est traité plus facilement, plus rapidement, avec moins d'effort.
En d'autres termes : la fluidité cognitive devient de la sympathie. La reconnaissance devient de la confiance. La répétition devient de la préférence.
Affiches électorales, interviews dans les matinales, photos dans la presse, etc.
Chaque apparition médiatique n'est pas d'abord un moment d'information. C'est une dose d'exposition.
Glucksmann, Attal ou Philippe à 10 % dans les sondages en août 2026, ça n'est pas un problème pour le système : c'est le point de départ.
Il s'agit de faire monter ce chiffre non pas à coups d'arguments, mais à coups de répétition.
Surprise : Attal, Philippe et Glucksmann sont tous les trois visés par des ingérences russes … décidément, ça tombe bien !
Pendant ce temps, des candidats qui représentent peut-être mieux vos convictions, mais dont le visage et le nom vous sont moins familiers, sont structurellement désavantagés par ce mécanisme.
Ce n'est pas une théorie du complot. C'est de la psychologie cognitive appliquée à la politique.
Et le résultat, à chaque élection, parle de lui-même.
La petite leçon du jour
La prochaine fois qu'un visage politique vous semble « crédible » ou « présidentiel », posez-vous une seule question :
Est-ce que je le trouve crédible parce qu'il a dit ou fait quelque chose qui mérite ma confiance … ou est-ce que je le trouve crédible parce que je le vois partout depuis six mois ?
La différence entre ces deux réponses, c'est exactement celle que le biais de familiarité cherche à effacer.
En restant vigilant sur ce fonctionnement, vous reprenez déjà le contrôle !
Rémy de Juste Milieu