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Alors que la tapisserie de Bayeux traverse la Manche dans le plus grand secret, ce prêt historique à l'Angleterre relance un vieux débat sur une hypothétique flèche qui aurait transpercé l'œil d'Harold Godwinson à Hastings. Pour comprendre, il faut remonter le fil.

En toute discrétion, la tapisserie de Bayeux s'apprête à quitter son écrin historique pour traverser la Manche, où elle sera exposée du 10 septembre au 11 juillet au British Museum de Londres. Réalisée au XIe siècle, cette fresque monumentale en lin, avec des broderies en laine, relate la conquête normande de l'Angleterre, notamment la victoire de Guillaume le Conquérant sur son rival Harold II.

Dans une des 58 scènes de ce chef-d'œuvre médiéval, long de près de 70 mètres sur 50 centimètres de haut, le souverain anglais est représenté debout, au milieu de ses soldats vaincus à l'issue de la bataille d'Hastings. Il semble avoir une flèche plantée dans son œil, mais en a-t-il vraiment reçu une sur le front ? Pour certains spécialistes, rien n'est moins sûr.

 

Une hypothèse née d'une légende populaire ?

Dans les colonnes du Guardian, mardi 9 juin, Jane M. Card, professeure d'histoire dans l'Oxfordshire, rappelle qu'en 1816, le dessinateur Charles Stothard avait été envoyé par la Société des antiquaires à Bayeux pour réaliser un dessin de la tapisserie. Sur celui-ci, il a rapporté avec précision tous les éléments cousus et même les trous laissés par des fils disparus. Ce document montre nettement que la flèche perce le casque de Harold II, pas son œil.

Une restauration réalisée en 1824 semble avoir accentué la courbure de la flèche, l'orientant vers l'œil de Sa Majesté pour coller à une légende devenue populaire au fil du temps, même si les premiers récits de la bataille d'Hastings ne font nullement mention de cette supposée blessure.

 

Une deuxième flèche et une deuxième controverse

Dans un coin de la tapisserie de Bayeux, un autre personnage, positionné dans la marge inférieure, est lui manifestement représenté avec une flèche dans l'œil. "La bouche grande ouverte et les membres écartés, il semble hurler et se débattre. Cela contraste fortement avec Harold, qui fait face à la flèche avec calme. L'image suivante le montre en train d'être abattu par un cavalier normand, ce qui aurait été plus facile s'il avait été distrait par une flèche plantée dans son casque", ajoute Jane M. Card auprès du journal britannique.

Le voyage de l'œuvre au Royaume-Uni soulève également un tout autre débat. À l'Agence France-Presse, mercredi 10 juin, Catherine Pégard, la ministre française de la Culture, a assuré que ce prêt "permettra au peuple anglais de contempler sur son propre sol l'acte qui a marqué la naissance de sa nation". Une affirmation qui néglige l'existence d'un royaume anglo-saxon établi bien avant 1066. "Si l'on pouvait contacter le roi Æthelstan pour obtenir son avis, il y a fort à parier qu'il s'y opposerait", ironise l'historien Tim Wicks.

"Espérons qu'ils tireront des leçons des trésors de Sutton Hoo (prêtés temporairement à la France en échange de la tapisserie de Bayeux, ndlr)", souhaite le révérend John Caperon, scandalisé par ces "vieux préjugés".

Elodie Falco, Journaliste - 12 juin 2026 - GEO France

 

les sources de cet article : The Guardian