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Les archives judiciaires concernant Jeffrey Epstein, le financier américain officiellement mort en détention en 2019, continuent de dévoiler l'étendue de son réseau d'influence. Parmi les personnalités citées figure l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, aujourd'hui président de l'Institut du monde arabe, ainsi que sa fille Caroline, productrice de cinéma. Les documents, dont une partie déclassifiée vendredi, esquissent des liens sociaux et financiers durables.
Malgré la condamnation du financier, les échanges et les faveurs ont persisté pendant près d’une décennie.


UNE PROXIMITÉ DÉRANGEANTE
Les dossiers, comprenant des milliers de courriels et de témoignages, mentionnent Jack Lang à plus de 680 reprises. Ils attestent d’une relation suivie, débutée vers 2010-2012 et ayant perduré jusqu’en 2019, bien après la première condamnation d’Epstein en 2008.
. Un réseau mondain : La rencontre a eu lieu par l’entremise de Woody Allen lors d’un dîner parisien en 2012. L’ancien ministre et le financier ont ensuite échangé des invitations : Lang convie Epstein aux 30 ans de la pyramide du Louvre en 2019 ; ce dernier reçoit Lang dans son appartement de l’avenue Foch et lui propose l’usage de son avion privé.
. Connexions financières : En 2018, Epstein verse 57 000 dollars à une association française proche de Lang pour financer un film qui ne verra jamais le jour. Les documents évoquent aussi une transaction immobilière offshore au Maroc et la création conjointe d’une société dans un paradis fiscal. Caroline Lang apparaît par ailleurs dans un testament signé par Epstein deux jours avant sa mort, comme bénéficiaire d’un legs potentiel de 5 millions de dollars.
. Un langage complice : Les échanges épistolaires témoignent d’une certaine familiarité. Après un séjour au Maroc en 2013, Lang écrit à Epstein : « Cher Jeffrey, hier, nous avons passé une journée fabuleuse (…). Ton amitié, le magnifique avion et ton extraordinaire générosité nous ont profondément touchés. »


DES ALLÉGATIONS QUI RESURGISSENT
Au-delà des fichiers Epstein, Jack Lang a antérieurement été associé à des allégations de pédocriminalité, jamais validées par la justice mais régulièrement réactivées.
. La « note RG » de 1996 : Un document non signé des Renseignements généraux, cité dans l’ouvrage La Pédocratie à la française de Jacques Thomet, évoque des « turpitudes » impliquant des mineurs lors d’un séjour à Grasse en 1988. L’auteur dénonce un silence médiatique sur ce point.
. L’affaire du Coral : En 1998, lors d’une université d’été du Front national, Roger Holeindre accuse Lang d’être mêlé à un réseau de prostitution infantile au sein d’un centre éducatif. Aucune suite judiciaire ne sera donnée.
. La tribune de 1977 : Dans Libération, Jack Lang cosigne une pétition plaidant pour le « consentement » des mineurs dès 13 ans. Il qualifiera plus tard cette signature de « connerie ».


LA DÉFENSE JUGÉE INCOMPLÈTE
Interrogé par l’AFP, Jack Lang affirme avoir été « complètement choqué » par la révélation des crimes d’Epstein. Il explique avoir été séduit par « l’érudition » du financier et jure n’avoir « rien su » de ses activités criminelles. « Si je l’avais su, j’aurais immédiatement coupé tout contact avec lui », déclare-t-il, menaçant de poursuites pour diffamation.
Cette défense s’effondre dès qu’on constate la persistance des liens bien après 2008. La création d’une société offshore en 2016, la donation de 2018 et le testament de 2019 dessinent en effet une relation active, brouillant le récit d’une ignorance plausible.LA DÉMISSION DE CAROLINE LANG
La fille de l’ancien ministre, Caroline Lang, est directement nommée dans les dossiers pour la cofondation d’une société aux îles Vierges britanniques avec Epstein en 2016. S’estimant « incroyablement naïve », elle a démissionné de la présidence du Syndicat des producteurs indépendants le 2 février 2026, suite à la publication des documents. Elle affirme n’avoir eu aucune connaissance du legs testamentaire qui la concernait.


ANECDOTE (source confidentielle)
Jack Lang, directeur du Festival de théâtre universitaire de Nancy qu’il avait fondé en 1963, avait en projet une brochure en son honneur personnel. Les ouvriers de l’imprimerie avaient reçu l’ordre d’ajouter aux quatre couleurs habituelles une cinquième couleur « or » pour contribuer à la magnificence de Jack. Appelé en 1972 par Georges Pompidou pour diriger le Théâtre national de Chaillot, Jack Lang avait abandonné le projet devenu inutile. Histoire de se rattraper, il avait envisagé un film (hagiographique lui aussi) : « Jacques Lang, la traversée du siècle ». Il avait été tourné à partir de mars 2019 et produit par la Compagnie du Belvédère domiciliée 41 rue du Four, Paris VIe, domicile de Serge Moati — le même qui devait filmer deux ans après Mitterrand, rose à la main, visitant ses illustres prédécesseurs au Panthéon. Quelle déveine ! le film n’est jamais sorti après la mort de son commanditaire Jeffrey Epstein. La prudence a prévalu.
Yoann
Source - Le Média en 4-4-2 - 4 Février 2026