Résistance Identitaire Européenne

II faut qu'il existe chez l’homme quelque ressort puissant... G. Sorel

 

Georges Sorel

Les savants de la bourgeoisie n'aiment pas à s'occuper des classes dangereuses ; c'est une des raisons pour lesquelles toutes leurs dissertations sur l'histoire des mœurs demeurent toujours superficielles ; il n'est pas très difficile de reconnaître que c'est la connaissance de ces classes qui permet seule de pénétrer dans les mystères de la pensée morale des peuples.

Les anciennes classes dangereuses pratiquaient le délit le plus simple, celui qui était le mieux à leur disposition, celui qui est aujourd'hui relégué dans les groupes de jeunes voyous sans expérience et sans jugement. Les délits de brutalité nous semblent être aujourd'hui quelque chose d'anormal à tel point que si la brutalité a été énorme, nous nous demandons souvent si le coupable jouit bien de son bon sens. Cette transformation ne tient évidemment pas à ce que les criminels se sont moralisés, mais à ce qu'ils ont changé leur manière de procéder, en raison des conditions nouvelles de l'économie, comme nous le verrons plus loin. Ce changement a eu la plus grande influence sur la pensée populaire.

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La férocité ancienne tend à être remplacée par la ruse et beaucoup de sociologues estiment que c'est là un progrès sérieux ; quelques philosophes qui n'ont pas l'habitude de suivre les opinions du troupeau, ne voient pas très bien en quoi cela constitue un progrès au point de vue de la morale : « Si l'on est choqué de la cruauté, de la brutalité des temps passés, dit Hartmann, il ne faut pas oublier que la droiture, la sincérité, le vif sentiment de la justice, le pieux respect devant la sainteté des mœurs caractérisent les anciens peuples ; tandis que nous voyons régner aujourd'hui le mensonge, la fausseté, la perfidie, l'esprit de chicane, le mépris de la propriété, le dédain de la probité instinctive et des mœurs légitimes, dont le prix souvent n'est plus compris. Le vol, le mensonge, la fraude augmentent malgré la répression des lois dans une proportion plus rapide que ne diminuent les délits grossiers et violents comme le pillage, le meurtre, le viol, etc. L'égoïsme le plus bas brise sans pudeur les liens sacrés de la famille et de l'amitié, partout où il se trouve en opposition avec eux.

Aujourd'hui, d'ordinaire, on estime que les pertes d'argent sont des accidents que l’on est exposé à rencontrer à tout pas que l'on fait et qui sont facilement réparables, tandis que les accidents corporels ne le sont pas facilement ; on estime donc qu'un délit de ruse est infiniment moins grave qu'un délit de brutalité ; les criminels profitent de cette transformation qui s'est produite dans les jugements.

Notre code pénal avait été rédigé dans un temps où l'on se représentait le citoyen sous les traits d'un propriétaire rural, uniquement préoccupé de gérer son domaine en bon père de famille et de ménager à ses enfants une situation honorable ; les grandes fortunes réalisées dans les affaires, par la politique, par la spéculation étaient rares et considérées comme de vraies monstruosités ; la défense de l'épargne des classes moyennes était un des grands soucis du législateur. Le régime antérieur avait été encore plus terrible dans la répression des fraudes, puisque la déclaration royale du 5 août 1725 punissait de mort le banqueroutier frauduleux; on ne peut rien imaginer qui soit plus éloigné de nos mœurs actuelles ! Nous sommes aujourd’hui disposés à croire que les délits de ce genre ne peuvent être généralement commis que grâce à une imprudence des victimes et qu'ils ne méritent que par exception des peines afflictives ; et encore nous contentons-nous de peines légères.

Dans une société riche, occupée de grandes affaires, où chacun est très éveillé pour la défense de ses intérêts, comme est la société américaine, les délits de ruse n'ont point les mêmes conséquences que dans une société qui est obligée de s'imposer une rigoureuse parcimonie ; il est, en effet, très rare que ces délits puissent apporter un trouble profond et durable dans l'économie ; c'est ainsi que les Américains supportent, sans trop se plaindre, les excès de leurs politiciens et de leurs financiers. P. de Rousiers compare l’Américain à un capitaine de navire qui, pendant une navigation difficile, n'a pas le temps de surveiller son cuisinier qui le vole. « Quand on vient dire aux Américains que leurs politiciens les volent, ils vous répondent d'ordinaire : « Parbleu, je le sais bien ! » Tant que les affaires marchent, tant que les politiciens ne se trouvent pas en travers de la route, ils échappent, sans trop de peine, aux châtiments qu'ils méritent. »

Depuis que l'on gagne facilement de l'argent en Europe, des idées analogues à celles d'Amérique se sont répandues parmi nous. De grands brasseurs d'affaires ont pu échapper à la répression, parce qu'ils avaient été assez habiles, aux heures de leurs succès, pour se créer de nombreuses amitiés dans tous les mondes ; on a fini par trouver qu'il serait bien injuste de condamner des négociants banqueroutiers et des notaires qui se retiraient ruinés après de médiocres catastrophes, alors que les princes de l'escroquerie financière continuaient à mener joyeuse vie. Peu à peu la nouvelle économie a créé une nouvelle indulgence extraordinaire pour tous les délits de ruse dans les pays de haut capitalisme.

Dans les pays où subsiste encore aujourd'hui l'ancienne économie familiale, parcimonieuse et ennemie de la spéculation, l'appréciation relative des actes de brutalité et des actes de ruse n'a pas suivi la même évolution qu'en Amérique, qu'en Angleterre, qu'en France ; c'est ainsi que l'Allemagne a conservé beaucoup d'usages de l'ancien temps et qu'elle ne ressent point la même horreur que nous pour les punitions brutales ; celles-ci ne lui semblent point, comme à nous, propres aux classes les plus dangereuses.

Il n'a pas manqué de philosophes pour protester contre un tel adoucissement des jugements ; d'après ce que nous avons rapporté plus haut de Hartmann, nous devons nous attendre à le rencontrer parmi les protestataires : « Nous sommes déjà, dit-il, près du temps où le vol et le mensonge que la loi condamne seront méprisés comme des fautes vulgaires, comme une maladresse grossière, par les adroits filous qui savent respecter le texte de la loi, tout en violant le droit d'autrui. J'aurais assurément mieux aimé, pour mon compte, vivre parmi les anciens Germains, au risque d'être tué à l'occasion, que d'être obligé, dans nos cités modernes, de tenir chaque homme comme un escroc ou un coquin, tant que je n'ai pas de preuves évidentes de sa probité. » Hartmann ne tient pas compte de l'économie ; il raisonne à son point de vue personnel et ne regarde point ce qui se passe autour de lui; personne ne voudrait aujourd'hui être exposé à être tué par les anciens Germains ; une escroquerie ou un vol ne sont que des dommages très facilement réparables

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L'expérience nous a, en effet, prouvé malheureusement que les enseignements que les historiens des idées nomment des enseignements très élevés, restent d'ordinaire sans efficacité. Cela avait été évident pour les stoïciens ; cela n'a pas été moins remarquable pour le kantisme ; et il ne semble pas que l'influence pratique de Proudhon ait été bien sensible. Pour que l'homme fasse abstraction des tendances contre lesquelles s'élève la morale, il faut qu'il existe chez lui quelque ressort puissant, que la conviction domine toute la conscience et agisse avant que les calculs de la réflexion aient eu le temps de se présenter à l'esprit.

On peut même dire que tous les beaux raisonnements par lesquels les auteurs croient pouvoir déterminer l'homme à agir moralement, seraient plutôt capables de l'entraîner sur la pente du probabilisme ; dès que nous raisonnons sur un acte à accomplir, nous sommes amenés à nous demander s'il n'y aurait pas quelque moyen propre à nous permettre d'échapper aux obligations strictes du devoir.

Sources : G. Sorel - Réflexions sur la violence – Ed. Marcel RIVIERE & Cie.

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Le cancer américain : Le cancer américain

 

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L'Amérique, que certains ne manqueront pas de nous accuser de prétendre à découvrir, n'est pas en réalité aussi saisissable qu'on le croit, moins saisissable en tout cas qu'aux temps glorieux de la décou­verte et de la conquête.

 Où peut-on trouver l'Amérique ? Peut-on même fixer ses limites ? L'Amérique serait-elle nulle part, ou bien serait-elle partout? Inexistence? Ubiquité? Comme cette grippe dite espagnole que l'on aurait sans doute grand tort de limiter à l'Espagne, qui y prit peut-être naissance, mais qui, depuis sa découverte, a hanté tous les or­ganismes, sans souci de lieu ni de temps. L'Amérique n'est plus un pays, n'est en tout cas pas une patrie. L'attaquer, en tant que pays, serait mal poser la question, la limiter, et la mêler de préoccupations nationales qui sont d'ores et déjà dépassées. L'Amérique, il faudrait plutôt l'appeler le pays yankee, pour bien montrer que sur la carte on en chercherait en vain la frontière, et pour prouver qu'elle se répand partout où règne un certain esprit, où sévit, comme un fléau, une certaine manière de vivre ou de dire « non » à la vie. L'Amérique, si elle est un cadre, n'est plus un cadre territorial, mais bien un cadre de pensée et d'action. L'Amérique, c'est une méthode, une technique, une maladie de l'esprit. Partout où celle-ci sévit, quels que soient l'uniforme des militaires ou les vignettes des timbres-poste, le Yankee a fait école et se retrouve chez lui.

 L'Amé­rique, c'est son cancer. C'est donc, hélas ! Non seulement outre-Atlan­tique, mais ici, sur notre sol, dans nos villes et même nos universités qu'il faut apprendre à connaître la nature profonde du danger qui nous menace. Localisable, il ne l'est plus : mais il vaudrait mieux qu'il le fût, car il serait encore possible d'isoler ou bien de couper l'organe malade. Thérapeutique impossible, puisque l'Amérique s'est répandue partout. S'il serait vain de définir dans l'espace le cancer américain, il est en­core plus difficile de le déterminer dans le temps. L'Amérique est-elle moderne, est-elle usée ? La question se pose mal ainsi. Un célèbre éco­nomiste yankee a fait un jour cette réponse qui ressemble formellement à celle d'un paysan normand, mais qui semble au fond très exacte et témoigne d'un vrai courage : « L'Amérique est à la fois très vieille et très jeune », très jeune par ses réserves de matières premières et l'élasticité de son marché, très vieille par le perfectionnement de ses méthodes de tra­vail et de crédit, aboutissement d'un long effort et d'une tradition plus ancienne que ne sont les États-Unis. Comme aux vitraux des cathédra­les, l'Ancien Testament cacochyme est supporté par le Nouveau; ainsi dans les pays yankees, des systèmes vieux comme le monde, ou plutôt vieux comme l'abstraction, retrouvent une nouvelle jeunesse au contact d'un sol plein de germes et de richesses inexploitées. Allant plus loin que notre auteur et réduisant cette antinomie apparente, nous pouvons dire plus simplement: les États-Unis sont hors du temps comme ils sont au-dessus de l'espace. Leur accroissement démesuré, leur proliféra­tion monstrueuse ne s'expliquent que par leur manque de contact avec le réel, de contact avec la durée et de contact avec le sol.

L'esprit yankee n'est en effet pas autre chose que l'exploitation en série, sur une échelle gigantesque, de la plus lamentable erreur que l'Europe ait jamais commise, de l'erreur rationaliste. Descartes n'en est pas responsable, quoi qu'ait voulu nous le faire dire un critique auquel sans doute le maniement des idées claires ne réussit pas. Rationalisme n'est pas raison: la raison dans tous ses efforts est un instrument de conquête, qui ne va pas sans passion. A ce titre, elle est respectable et ne peut être que bienfaisante. Mais les règles, dont elle arrache de vive force la révélation à l'univers hostile, lorsque la passion est éteinte et la conquête organisée, s'affaissent peu à peu en techniques, commodes sans doute, mais impérieuses, et bientôt néfastes. L'esprit américain, qui utilise pratiquement les conquêtes de la raison sans avoir partagé les efforts de la découverte, ni les risques de la recherche, n'est justement pas autre chose que l'utilisation de ce rationalisme dégradé dans un domaine purement technique. Civilisation de techniciens, où le savant n'est qu'un outil comme les autres, tout au plus une machine-outil. Civilisation qui néglige, dans un geste de parricide, les forces sentimen­tales et réelles qui ont forgé ses instruments. Ce n'est pas par hasard, mais par une nécessité singulièrement révélatrice que la plupart des in­ventions, exploitées ou mises au point aux États-Unis, sont dues à des inventeurs européens.

Rationalisation industrielle et financière — mépris de l'individualisme au sens révolutionnaire du mot — philanthropie fallacieuse, telles sont les trois rubriques sous lesquelles tous les faits américains, même diver­sement interprétés, semblent se grouper d'eux-mêmes ; Descartes et les cartésiens purs, dans leur fièvre créatrice et leur volonté de conquête ne pouvaient pas prévoir cette dégradation de leur méthode. Descartes en descendant dans la rue ou en montant dans les buildings perdait toute sa valeur humaine et tout son prix sentimental.

Le pionnier, qui fut le premier colon des États-Unis, n'eut de respect dès l'origine ni pour la terre, ni pour le génie humain. Le pionnier ne sait que voir et se servir de ce qui est; il découvre peut-être, mais il n'invente pas. Poussant encore plus loin le mépris du réel, négligeant encore plus les facteurs affectifs, n'ayant plus rien à découvrir, ses fils, enfermés dans une spécialité, suivent jusqu'au bout, sans vrai mérite, les lois particulières qui la régissent. L'esprit américain moderne demande à la statistique ce que l'esprit européen authentique demande à l'homme : la statistique, moyen d'éliminer les facteurs personnels pour réduire tout aux lois des grands nombres, plus inhumaines et plus abstraites. N'ayant point formé la raison, ne l'ayant même jamais vue à l'œuvre en sa période créatrice, l'esprit yankee ignore sa vraie nature, ses défauts comme sa souplesse. Utilisant les lois qu'elle a créées sans comprendre comment elle les créa, les utilisant d'autant plus béatement qu'il ne les a jamais connues que toutes figées, débarbouillées et bien au point, dé­gagées des erreurs et des affres de leur naissance, il les applique avec une impartialité blessante à tout ce qui est vivant comme à tout ce qui est inerte. L'industrialisme est son fief: le mythe de la production remplace l'élan créateur : le taylorisme ou le fordisme sont réputés inoffensifs et bienfaisants, tout au moins tant que les statistiques n'accusent pas un accroissement des accidents du travail ou du surmenage physique.

Mais comme il faut pourtant, pour toute tyrannie habile, une oppo­sition limitée, inoffensive, inefficace, protestent au nom du spirituel quelques pasteurs payés pour cela, parasites du mal qu'ils dénoncent, ou quelques littérateurs isolés qui jouent le rôle jadis assigné aux bouffons des rois. L'antiaméricanisme en Amérique, et peut-être bien en France, est jusqu'à présent affaire de clercs ou d'esthètes. Saturnales inoffensives, qui bien loin d'ébranler le régime le consolident à leur insu. Tout par ailleurs est mis en œuvre depuis la chaîne jusqu'au test, à tout propos, à tout moment, pour écarter l'individu et stériliser les passions. La plainte des artisans, amoureux du travail bien fait, qui parfois s'élève en roman­ce, joue le rôle sympathique et niais de la diligence détrônée par la lo­comotive dans les films de Buster Keaton. Il est permis de s'attendrir en pensant au bon vieux temps ; et tel grand seigneur de l'acier ou du caout­chouc se paiera le luxe de faire rebâtir son village à l'ancienne mode puis d'en bannir les autos et même l'éclairage électrique. Qui donc serait in­sensible aux charmes désuets de Ruskin ? Dubreuil même les ressentirait, en dehors des heures de travail. Mais qu'on ne s'avise pas de toucher aux centres nerveux du régime, mythe de la production, religion du crédit ; qu'on ne s'avise pas de remettre les techniciens à leur place et les statisti­ciens à leur rang. Ils y seraient aussi inexperts qu'un officier d'état-major au milieu d'un maniement d'armes ; et personne ne dirigerait ni ne trou­verait plus de chef, tant le sens du concret et de l'invention authentique est ignoré dans les milieux où se déploie le cancer américain.

Ce prestige de l'abstrait, qui a dominé le monde intellectuel aux envi­rons de 1860, apparaît aujourd'hui, pour qui le détache des objets d'uti­lité pratique auxquels a donné naissance le progrès technique, comme extrêmement vieillot et très loin des hardiesses de la pensée contempo­raine. Il éveille le souvenir des petits cénacles positivistes où Homais, hélas, rejoint Comte, ou celui de la philosophie, attendrissante à force de naïveté, qu'exprimé encore parfois, après boire, un polytechnicien de première année. Tel qu'il est, sous sa forme primaire, dans sa grossièreté prétentieuse, ce prestige suffit à engendrer le terrible cancer qui ne cesse de proliférer, poussant de tous côtés les cellules d'une rationalisation déréglée, devant les exigences de laquelle plient les volontés d'abord, et, pour continuer, les instincts.

Nous verrons plus loin comment du plan industriel passant au plan financier, le cancer de l'abstraction, dominant peu à peu tous les méca­nismes du crédit, de la publicité et de la suggestion, envahit les domai­nes les moins ouverts aux brimades de la technique, tournant ainsi les positions qu'il ne pouvait prendre de front: la psychologie individuelle elle-même passe au rang de ses conquêtes. Mais, plus grave que les préten­tions américaines à faire pivoter les tables des conférences politiques (tout bon pragmatiste n’est-il pas doublé d'un spirite ?) se montre à nos yeux la nécessité qui pousse Hoover, comme elle pousserait tout autre chef du pouvoir fédéral, à pratiquer une politique d'aventure, d'inter­vention et de colonisation dans les affaires européennes et mondiales.

Hoover et ses successeurs éventuels conservent bien en cela la tradi­tion des grands envahisseurs des époques barbares. En dépit de l'ardeur avec laquelle les conquérants de tous les temps se jettent sur le petit cap eurasiatique, en dépit même des convoitises qu'excité la vue de ces ter­res trop fécondes, ce n'est jamais spontanément que les barbares mon­tent à l'assaut. Ils le font soit parce qu'ils y sont contraints par un plus barbare qu'eux qui les pousse l'épée dans les reins, soit parce qu'un ca­taclysme naturel a ravagé leur pays d'origine. L'éclat sauvage dont leurs yeux brillent, l'orgueil farouche de leurs manières et leur nomadisme étrange, tout cela a pour cause la peur. On ne court jamais si vite que lorsque les maisons croulent : ainsi font les bandes yankees, escortées de leur clientèle. Mais ce qu'il y a de nouveau dans l'invasion yankee, c'est que la catastrophe qui les chasse n'est plus le résultat d'un cataclysme naturel, mais d'un cataclysme artificiel, encore qu'il puisse s'accompa­gner de désastres naturels, comme les trop bonnes ou les trop mauvaises récoltes de blé. Ce cataclysme c'est, nous l'avons vu, l'effet produit par la raison coupée de sa base affective ; ainsi font les armes à feu ou l'al­cool abandonnés aux indigènes, mal préparés à leur emploi, et qui en pâtissent les premiers. Encore les sauvages sont-ils punis pour ne savoir se servir correctement ni des armes à feu, ni de l'alcool ; tandis que les Américains connaissent, et connaissent trop bien l'usage technique de la raison. Mais tout se passe pour eux comme si cette faculté, pour­tant habituelle à l'homme, avait surgi brusquement comme un membre supplémentaire, en bois, en fer, voire en chair, plus important que tous

les autres, destiné à les remplacer ou à les assujettir.

C'est que la raison quelle qu'elle soit, à l'état pur ou frelatée, sous forme technique ou pure, a une propriété magnifique à laquelle tous nos pédants, ingénieurs ou logiciens, ne prennent jamais garde, et qui est en quelque sorte la cause et la rançon de sa puissance : c'est qu’elle ne peut pas reculer. Elle va toujours dans le même sens, considérant comme homogènes tous les milieux qu'elle pénètre, prétendant toujours aussi à des généralisations plus grandes. La proposition nouvelle, dont on fait la déduction, s'ajoute aux propositions précédentes et servira à son tour de base à une nouvelle déduction : chaîne sans fin, dont on voit la bienfaisance quand elle s'exerce dans le sens de la création et du progrès humain. Mais de quels méfaits capable, quand son point de départ est faussé et son déroulement inhumain. Non seulement, il est impossible de rompre la chaîne, mais elle est tout entière présente à tout moment du raisonnement, que le raisonneur en soit ou non conscient. La rai­son qui opère dans tous les milieux possibles, domine le temps comme l'espace : outil merveilleux qui ne s'use point, elle confère à l'agressivité humaine une puissance théoriquement illimitée. Mais lorsqu'elle joue en porte à faux, elle va jusqu'au bout du désastre.

Il y a raison et raison : il y a la raison inventive, dont les progrès, consistant en élans nouveaux de l'esprit créateur, forment une chaîne héroïque de risques, d'efforts et de jouissances : il y a la raison techni­que, dont la progression monotone se fait sans heurts et sans mystère, à l'ancienneté, comme on vieillit.

Les vrais spécialistes de la raison, qui ne sont pas ses vulgarisateurs techniques, mais bien ses promoteurs, philosophes ou mathématiciens, dans l'humilité nécessaire de qui a souffert pour créer, n'ignorent pas que c'est en remettant à tout instant en cause la valeur absolue de la rai­son, en faisant comme si, avant eux, on n'avait jamais pensé, en d'autres termes en la réinventant à tout moment, en la rattachant à leur instinct vital propre et à leur propre volonté de puissance, qu'ils ont le droit de s'en servir. « Le premier pas vers la philosophie, aurait dit Diderot avant de mourir, c'est l'incrédulité ». L'incrédulité provisoire à la science com­me à tout autre dogmatisme ; en cela Diderot révèle le ressort le plus profond du vrai esprit cartésien, du vrai esprit européen. Au contraire l'esprit yankee, crédule par  définition, qui a reçu comme loi imprescrip­tible la confiance en la raison et en la statistique et qui d'ailleurs ne connaissant que la raison appliquée, échappe, quant à son principe, à l'élan du génie humain, est peut-être bien capable de se passionner pour toutes les opérations intellectuelles - pour toutes, une exceptée qui est la fondamentale et qui consiste à remettre en question toutes les ques­tions à la fois. La notion même du doute ou du risque métaphysique lui est étrangère. Il y verrait à la fois une trace de pessimisme et une espèce d'indécence. Il est permis à un Yankee de se convertir à tout ce qu'on voudra, d'adhérer à une des innombrables sectes qui monnayent l'esprit religieux : mais il est interdit de renier ouvertement une croyance offi­ciellement reçue, du moins de la renier explicitement, affectivement, avec les blasphèmes nécessaires.

On a dit que l'étudiant américain manquait d'esprit critique autant que ses maîtres ; et il est vrai que les deux sexes semblent rivaliser de conformisme dans leurs universités florissantes. Mais il serait faux de dire que les jeunes gens ou les jeunes filles soient fermés aux idées nou­velles, ou qu'ils se tiennent consciemment à des principes établis. Bien au contraire, toujours tourné vers l'avenir parce que c'est le sens de sa marche, l'esprit américain ne peut pas reculer. Tout ce qui est nouveau, il l'adopte sans renier pour cela l'ancien. Il est ouvert à tout sans effort, sans curiosité, sans angoisse, comme une femme prostituée, car il met tout sur le même plan. L'intolérance, il l'abomine; car c'est un vice européen qui diminue l’efficiency. Ce n'est même pas chez lui l'impar­tialité de libres penseurs, qui refusent de croire à rien, mais insuffisance psychologique et incurable paresse dialectique. Dans ce pays où tous di­sent « oui », la compréhension facile, unanime, préétablie, qui devient un trait de la race, est sans mérite, ni grandeur.

Du reste, sur le plan technique, sur le plan soi-disant empirique que l'esprit américain a choisi ou plutôt que les événements lui ont imposé, cet éternel acquiescement est parfaitement justifié. L'angoisse romantique et le doute critique n'y seraient que des obstacles gênants, eux qui pourtant sous d'autres latitudes ont prouvé leur efficacité et contribuent à la dignité des consciences humaines. Ces stimulants éli­minés, ces vertus majeures abolies, il n'est d'autre progrès possible que celui d'une boule de neige se déplaçant en ligne droite. Ce qu'il y a de grave en effet, c'est qu'en réduisant les facultés rationnelles au domaine technique, non seulement l'Américain interdit à son esprit de reculer, de se reprendre, mais il l'oblige à progresser toujours dans la même di­rection uniforme, à une cadence uniformément accélérée. Aux grandes voies naturelles, parfois inégales ou sinueuses, il substitue des allées de parc, et prend pour parole d'Évangile l'axiome de géométrie sur la ligne droite, plus court chemin... C'est avec une tranquillité extraordinaire que Carnegie fait son acte de foi : « Les bases sur lesquelles repose la société actuelle sont préférables à toutes celles qui ont été essayées ». Le premier précepte de la morale du succès est donc de ne pas examiner ces bases : autour de ce principe éthique et combien satisfaisant, s'édi­fie le fameux Évangile de la richesse, commun à la Christian Science, à Carnegie et à Babbit. Le Service Social, école de docilité, fait oublier les principes individuels de charité ou de fraternité. Nul n'y échappe : dans ce conformisme géant, toutes les facultés ont leur rôle. Celles de l'homme naturellement, mais aussi, ce qui est plus difficilement justi­fiable, celles de la femme et de l'enfant. On se rappelle la formule de Thomas Graindorge : « Les enfants mènent les femmes, qui mènent les hommes, qui mènent les affaires ». Voici que l'esprit yankee a interverti les termes pour en tirer la formule du cancer américain : « Les affaires mènent les hommes, qui mènent les femmes qui mènent les enfants ». Qu'on ne nous oppose pas les triomphes du féminisme américain et le culte américain de l'enfance. L'homme est écrasé par la meule avant la femme, mais elle le suit. Ce qui trompe, c'est que, dans une société rationalisée, les hommes qui mènent les femmes ne sont pas leurs maris ou leurs parents et que les femmes qui mènent les enfants ne sont pas leurs mères. Civilisation démente où, pour que l'on puisse vivre, il faut renoncer à la vie, tout au moins à la transmettre. L'homme encore, à la rigueur, peut s'assujettir aux affaires sans renoncer à la paternité. Mais la femme, elle, doit choisir, entre le bien-être immédiat et la trahison de l'avenir. Quant à l'enfant, pour ménager cette main d'œuvre de de­main, on l'éloigne du foyer dévorant, où se consume sa famille, et on le retient à l'engrais, à l'écart, dans des parcs spéciaux, scientifiquement organisés.

On voudrait que ces formules fussent plaisantes : elles ne font mal­heureusement qu'exprimer la logique profonde du système. En pays yankee, l'esprit trouve sa première raison d'être et sa principale applica­tion dans la production industrielle, issues elles-mêmes de la croyance que le bonheur peut s'obtenir par la technique ; il est donc tout naturel que la richesse devienne une fin en soi, et permette ainsi d'oublier tous les autres biens. Sans doute, aux États-Unis, les conditions historiques ont-elles facilité les choses en utilisant une société calviniste, où le prêt à intérêt et le travail matériel se réconciliaient en Dieu ; mais, en dehors de toutes circonstances locales ou d'époque, la réduction de la raison à la raison technique aurait suffi à entraîner toutes les conséquences du cancer rationalisateur. Comme la raison ne connaît de progrès que me­surables, et qu'elle est à sens unique, le désir et le devoir s'accorderont pour produire de plus en plus, et aussi de plus en plus vite. Ainsi naît l'effarante théorie des hauts salaires, qui, sous son aspect humanitaire et malgré les apparences de bien-être qu'elle procure, met le comble à l'esclavage en élargissant la geôle.

A cette hypocrisie flagrante, à cet hameçon bien camouflé lancé aux travailleurs par la société yankee, on ne peut vraiment rien comprendre tant que l'on n'a pas compris sur quelles bases techniques repose la civi­lisation américaine. L'homme, pour elle, est avant tout un producteur ou mieux une machine à produire ; mais pour pouvoir continuer à produire selon un rythme accéléré, il faut, dans un monde où la religion du travail n'a pas encore étouffé tous les instincts ou les besoins, il faut malgré tout consommer. Ici, l'anarchie menace : jusqu'ici, en ces pério­des désordonnées qui ont précédé Taylor, on mangeait lorsqu'on avait faim, on consommait selon ses besoins. Fantaisie inadmissible. Com­ment imaginer en effet que l'on puisse réglementer la production dans un pays où le consommateur reste libre ? Production et consommation, les deux mamelles de l'Amérique, doivent observer le même débit : sans quoi il serait fatal que tous ses produits un jour lui remontassent au cerveau. Le meilleur moyen d'éviter pareille folie, d'améliorer cette situation anarchique, est de considérer le producteur comme consomma­teur en même temps que comme ouvrier. Lui qui subit, comme ouvrier, pendant les heures de travail, la discipline patronale, subira, avec plus de ménagements apparents, pendant ses heures de détente, l'obligation de consommer. Le procédé est peut-être nouveau dans son application humaine: on l'avait déjà vu fonctionner, sous une forme plus élémen­taire, dans la production des foies gras.

Pour que le haut salaire ne manque pas son but, et que ce qui vient de l'usine retourne sans faute à l'usine, il faut le compléter par une orga­nisation du crédit, destinée à la consommation. Ainsi l'ouvrier sert deux fois la machine productrice, à laquelle il est deux fois enchaîné : il la sert en tant que main d'œuvre et en tant que débouché. Si tout fonctionne correctement, si le haut salaire, déterminé par des calculs de probabilité corrects, sans nul facteur sentimental, n'est ni trop haut ni trop bas, si le stimulant du crédit est convenablement réglé, il semble qu'on puisse escompter, selon une progression sans limite, le développement simul­tané du travail, du salaire et de la consommation. Si la publicité s'en mêle pour décider les hésitants, si l'habitude de la vente à crédit pénètre tout à fait dans les mœurs, le cycle sera fermé ; et dans ce système parfait sans contact avec l'extérieur, fait d'autorité et de confiance, il deviendra même inutile de distribuer un salaire. Le travail pourra être directement transformé en demande, conformément, cela va sans dire, aux nécessités de la production. La prospérité régnera avec ses splendeurs théoriques, mais portant en son sein abstrait tous les germes de la misère, dont nous reparlerons plus loin.

L'histoire économique des États-Unis vient à l'appui du diagnostic que nous venons de formuler. Si, après l'avoir décelé, nous étudions le développement du cancer américain, nous retrouverons dans les faits ses caractères essentiels, et notamment l'incapacité de recul, le cancer américain comme les autres ne rétrocédant jamais.

De cette merveilleuse histoire retenons simplement trois étapes es­sentielles. D'abord la conquête du sol. Cette conquête, appuyée sur une immigration constante et constamment renouvelée, se fait par va­gues d'assaut et non par enracinements successifs, si bien que les con­quérants n'ont jamais le temps de s'adapter aux conditions locales, mais apportent dans leurs bagages des coutumes d'importation, hétérogènes et disparates. Pourtant, pendant cette période, la richesse du Nouveau Monde est encore presque exclusivement agricole. C'est aussi la période où le véritable esprit démocratique, fait de possession du sol et de respect de l'individu, a chance encore de s'instaurer. La seule tentative sérieuse, dans l'histoire des États-Unis, pour créer un lien affectif entre l'homme et la terre, pour créer un véritable pays, un vrai patriotisme, se produisit à cette époque ; et c'est celle de Jefferson. Tentative bientôt étouffée : n'y a-t-il pas quelque chose de profondément tragique, et d'une ironie cruelle, à constater que ce contemporain de la Révolution française sem­blait avoir eu, dans sa répulsion instinctive pour la civilisation urbaine et pour l'instauration d'un pouvoir fédéral centralisateur, une intuition confuse de la tyrannie sans précédent qui allait surgir en un siècle ? Il est véritablement sinistre de comparer les tendances de l'ancêtre du parti démocrate, Jefferson, anticentralisateur, antibancaire, anti-urbain, avec celles du président Wilson, apôtre sous toutes ses formes de l'abstrait et de la centralisation et mieux encore avec celles d'un possible candidat démocrate à la présidence des États-Unis, à savoir M. Owen Young, dont on connaît les méfaits. Rien ne permet de mieux mesurer la mar­che du cancer américain, en son pays d'origine.

Le second fait de l'histoire des États-Unis, qu'il convient de détacher se place au cours du XIXe siècle, et dès avant cette guerre de Sécession, qui représente beaucoup plus la victoire de l'industrie sur l'agriculture que celle de la liberté sur l'esclavage. C'est l'accumulation extrêmement rapide du capital industriel, qui ne tarda pas à se subordonner, en les enchevêtrant, toutes les puissances existantes, des Compagnies de Che­min de Fer aux grandes Sociétés Anonymes. Alors, comme un symbole ou comme un témoignage, commencèrent à surgir du sol ces villes d'un type nouveau, dont la croissance prodigieusement rapide est un symp­tôme autrement effroyable que la congestion progressive de Paris, de Londres ou même de New York. Nous touchons là, pour ainsi dire, le cancer du doigt, sous sa forme matérielle : mais il ne devient tout à fait inguérissable, que le jour où l'institution du crédit agricole et la moto­risation de l'agriculture imposèrent aussi aux champs les mêmes lois rigides, dont le gratte-ciel semble le temple.

Le troisième fait dominant de l'histoire économique du cancer amé­ricain, celui qui complète tous les autres, envahissant toutes les retraites où se réfugie l'âme humaine, est le développement presque explosif de ces mécanismes psychologiques que sont le crédit, la presse et la publi­cité. Ce fait là est si révélateur que nous l'étudierons à part. Désormais, du moment où le crédit, servi par les techniques de suggestion collec­tive, se dégageant de ses enveloppes matérielles, s'élève sur le monde conquis comme un fantôme désincarné, il est loisible, pour le moins clairvoyant, d'apercevoir sinon la nature du moins les dangers de la tyrannie qui le mène. Peut-il encore réagir, malgré les krachs et les mi­sères, enveloppé dans de faux mirages, comme l'est le promeneur noc­turne dans la publicité lumineuse ?

Le voilà donc, ce conquérant malgré lui, cet Attila à lunettes d'écaillés, jeté à l'assaut du monde par la faculté à sens unique qui gouverne à son insu et sans qu'il y puisse rien, les gestes et jusqu'aux intentions de tout son peuple. Comme il a raison d'avoir peur ! Comme on comprend les mouvements de mauvaise humeur, aussi bien des fermiers de l'Ouest que des banquiers de l'Est, tous mêlés dans le même sac, toujours prêts à envoyer à tous les diables cette Europe, qu'ils jalousent au fond, qu'ils surveillent comme une proie et qu'en même temps ils craignent plus ou moins secrètement comme un remords ou un foyer de résistance. Même les plus hardis cherchent provisoirement à la laisser de côté com­me une poire pour la soif. Qui s'y frotte s'y pique : dans cette ridicule Europe subsistent malgré tout effort quelques forces spirituelles qu'il vaut mieux ne pas braver. Mais leur cancer, en dépit des crises ou même à cause d'elles, leur donne une soif inextinguible et croissante ; il leur faut bien, malgré eux, tendre la main vers le fruit, qui toujours s'offre à eux avec plus d'insistance.

Alors le conquérant abstrait, de son central téléphonique, lance ses troupes sur le monde : il appelle ses lieutenants, banquiers et publicistes; il fait chercher ses aumôniers, quakers ou bien philanthropes; et sans cesser pour cela de refaire les toits de Versailles ou de reconstruire la cathédrale des rois de France, il envoie ses colleurs d'affiches en ambas­sade à Londres et à Paris, ou autres futures préfectures yankees, pour offrir dans un sourire doré ou la paix ou la guerre. Cependant que fié­vreusement, talonné par sa nécessité interne, il prépare pacifiquement sa guerre de tarifs et d'escompte, en laissant aux Européens les risques plus meurtriers d'une guerre à poitrines humaines, prolongement fatal de la sienne, dont il compte bien profiter. Nous verrons plus loin en détail les raisons immédiates qui l'obligent à l'aventure : mais les raisons profondes nous sont déjà connues. Il faut qu'il avance, qu'il marche : son pouvoir et sa raison d'être se résument à la fidélité à la ligne droite, ligne abstraite qu'il n'a jamais quittée, qui devant lui semble aplanir tous les obstacles qu'en réalité elle ignore, qui a stérilisé la terre partout où il est passé. Car en dépit de son blé et de son pétrole, malgré ses buil­dings et ses parcs verdoyants, l'Américain est un nomade et le restera toujours. Nomade parfois sédentaire, mais qui du nomadisme garde les tares essentielles en vivant et proliférant sans contact avec le réel. Non seulement déraciné, mais détaché de tout, de lui-même comme des autres, assujetti seulement à l'impératif barbare de la production et de la spéculation sans profit, chacun suit avec une ardeur automatique les Attila sans génie et sans grandeur, que de Monroe à Hoover, le sort lui a désignés. Malgré ses tracteurs et son crédit agricole, malgré ses engrais, son Farm Board  là où passe l'Américain, l'herbe ne repousse jamais.

Sources : le cancer américain – R. Aron et A. Dandieu – Réédition l’Age d’Homme 2008.

 

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Les idées de la garde de Fer

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Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de faire connaître à nos lecteurs le mouvement de la « Garde de Fer » de Codreanu qui fut une des expériences les plus originales du fascisme d'avant-guerre. (Cf. notre numéro spécial, Les Fascismes inconnus, avril-mai 1969). Nous donnons ci-dessous un extrait d'une des études les plus récentes sur ce mouvement, celle de Carlo Sburlati, parue en Italie sous le titre « Codreanu et la Garde de Fer ».

 

Codreanu répétait souvent :

« Ce pays (la Roumanie) est en train de mourir par manque d'hommes et non par manque de programmes. Voilà mon opinion. Ce ne sont pas des programmes que nous devons chercher, mais des hommes, des hommes nouveaux. La pierre angulaire sur laquelle la Légion s'appuie est l'homme et non pas un programme politique. C'est pourquoi nous nous bat­tons ici, non pas tant pour réaliser un programme déterminé, mais pour forger des hommes nouveaux. »

On ne peut pas ne pas noter le réalisme de cette affirmation du Capitaine ; en effet, il est facile pour les déma­gogues et les hommes politiques de parler de révolutions et de réformes comme si on pouvait disposer d'une baguette magique comme panacée contre tous les maux. Mais changer le visage d'une nation est une affaire ardue et quotidienne, qui présuppose non seulement de la préparation, de la compétence et un grand sérieux d'intention de la part de celui qui est placé à la tête de l'Etat, mais aussi une force d'ensemble de la collectivité nationale tout entière.

Codreanu a, par ailleurs, compris que le peuple roumain, pour retrouver sa voie et la confiance en l'avenir, n'a pas besoin d'un homme politique grandiloquent et brillant, mais plus simplement d'un grand éducateur qui sache parler avec humilité et sincérité au cœur de toute la nation. Parti de l'idée de l'homme comme valeur morale et non comme entité numérique, Codreanu a exprimé dans la Légion de l'Archange Michel cette conception qui était la sienne, faisant ainsi d'elle plus qu'un parti politique, une école de vie et une milice du sacrifice.

C'est pourquoi il serait vraiment malhonnête de vouloir blâmer et corriger les défauts des autres si on n'a pas d'abord la volonté et le courage de connaître et de corriger les siens propres.

« Des programmes ? Et lesquels ? Croyez-vous que nous ne puissions pas assainir les marais ? Que nous ne puissions capter l'énergie des montagnes et électrifier le pays? Cons­truire de nouvelles villes ? Ne pouvons-nous pas élever dans les Carpathes une patrie qui rayonne comme un phare au centre de l'Europe? » Faire des programmes, c'est clair, n'est pas suffisant. Il faut avoir la force, le pouvoir, la volonté de les réaliser. Il faut avant tout se rénover intérieurement pour pouvoir avoir ses papiers en règle afin de porter en avant un processus de restructuration radicale de l'Etat et de reconsécration existentielle de l'homme dans le cadre de la nouvelle réalité.

« Nous aussi nous voulons construire : d'un pont brisé à une route, d'une canalisation d'une chute d'eau à sa trans­formation en force motrice, de la construction d'une maison jusqu'à celle d'un bourg, d'une ville, d'un état roumain nou­veau. C'est cela la mission historique de notre génération : sur les ruines d'aujourd'hui, nous devons construire un pays nouveau, un pays magnifique. Aujourd'hui le peuple roumain ne peut accomplir sa mission mondiale qui est celle de créer une culture et une civilisation propre dans l'Est de l'Europe. »

Comme on a eu souvent l'occasion de le remarquer, l'homme nouveau souhaité par Codreanu ne peut naître ailleurs que là où l'esprit chrétien a germé dans sa forme la plus pure. La foi en Dieu est un postulat fondamental de la doctrine légionnaire ; on ne peut laisser celle-ci de côté, à proprement parler parce qu’il est essentiel que chacun soit conscient de sa propre réalité spirituelle et de la mission terrestre qu'il doit accomplir.

« L'homme nouveau ou la rénovation nationale prédisposent une importante métamorphose spirituelle, une grande révo­lution du peuple tout entier, c'est-à-dire une réaction contre la situation actuelle, et la volonté ferme de changer cette direction. » L'acte révolutionnaire de Codreanu consiste dans le fait de vouloir pénétrer les différents problèmes en ne s'arrêtant pas aux apparences, mais en allant jusqu'au fond et en cherchant à les résoudre dans leur ensemble. Il ne s'agit pas de changer seul l'aspect extérieur, l'apparence des institutions, mais de chercher à modifier la nature même de l'homme en le faisant tendre vers des buts plus hauts.

Pour devenir un vrai légionnaire, il n'est évidemment pas suffisant de se proclamer tel. Il faut que se montrent évidentes des transformations intérieures, car elles seules peuvent déve­lopper de façon harmonieuse les différentes qualités de l'homme. Le mouvement légionnaire est une aspiration à la perfection et comme tel il exige de ses militants le sérieux, l'honnêteté et le courage en même temps que le refus le plus absolu, en politique comme dans la vie privée, de la déloyauté comme méthode de lutte.

« Marche seulement dans la voie de l'honneur. Lutte. Ne sois jamais vil. Laisse aux autres les voies de l'infamie. Plutôt que de vaincre avec infamie il vaut mieux tomber sur le chemin de l'honneur. Gardez-vous, Roumains, de cette folie épouvantable qu'est la lâcheté. Toute l'intelligence, tout te travail, tout le talent, toute l'éducation, ne serviront à rien si nous sommes lâches. Enseignez à vos fils à ne jamais employer de méthodes viles ni contre un ami, ni contre le pire ennemi, parce qu'en faisant ainsi, ils ne vaincront pas et seront plus que battus ils seront écrasés. »

« Même pas contre le lâche et ses viles méthodes, il (ne) faut employer les mêmes armes parce que, si alors nous vain­quons, ce ne sera qu'un changement de personnes, mais la lâcheté demeurera inchangée. La lâcheté du vainqueur se sera substituée à celle du vaincu, mais en substance, ce sera la même lâcheté qui dominera le monde. Les ténèbres de la lâcheté ne peuvent être dissipées par d'autres ténèbres, mais seulement par la lumière qui émane d'un homme courageux et honnête. »

L'éducation de «  l’homme nouveau » doit tenir compte par-dessus tout de lui donner conscience des devoirs civiques et des valeurs morales, et en outre naturellement de lui fournir un bagage culturel et de connaissances avec lequel il pourra faire front aux nécessités de la vie. La différence avec l'éducation comprise au sens bourgeois ou marxiste est plus qu'évidente : elle ne se réduit pas à un simple travail d'approfondissement ou de sensibilisation, ni n'aspire à un endoctrinement dogmatique et privé de sens critique. Elle aspire à quelque chose de plus profond et de plus suggestif : à faire participer l'individu à la réalité dans laquelle il vit, à en faire un centre d'irradiation spirituelle et non seulement culturelle, à le pousser vers des synthèses neuves et hardies, à le diriger vers des buts qui représentent des valeurs éter­nelles.

Si, pour la grande majorité des hommes, une des princi­pales déterminations à l'action et à la lutte est l'intérêt personnel, Codreanu se trouve en complet désaccord avec cette mentalité. Le désir de s'enrichir, le luxe, la cupidité immodérée sont indubitablement des facteurs importants dans la détermination des actions humaines : mais ils le sont au sens négatif. Il faut non plus une élite fondée sur les idées de succès, de popularité ou de fortune, mais sur celles de sacrifice, de pauvreté, d'une vie âpre, sévère, austère. Voilà quel doit être le chemin pour s'élever. Les facilités, la goinfrerie, le luxe, le trivialité, montrent le chemin de la décadence des peuples.

« Nous devons vivre une vie de pauvreté, en étouffant en nous le désir des richesses et n'importe quelle tentative d'exploitation de l'homme par l’homme. Chaque fois que je me suis trouvé en face d'un sacrifice de la Légion, je me suis dit : comme il serait terrible que sur le sacrifice saint et suprême de tant de nos jeunes gens s'installe une caste de vainqueurs dont les portes seront ouvertes aux affaires, aux coups aventureux, aux orgies, à l'exploitation des autres. »

Il ne faut pas ici revenir sur la fonction irremplaçable et sur la signification morale que Codreanu attribue au travail, au plus humble et du plus fatigant au plus engageant et qui réclame une grande responsabilité. D'autre part, ses camps volontaires de travail restent encore aujourd'hui ce qu'une génération a su exprimer de plus concret et de plus stupéfiant, une génération qui s'était imposée pour but de dire non aux consignes des rhéteurs en s'actualisant et en s'exprimant dans les problèmes réels du pays.

Voici le portrait que fait de l'œuvre de Codreanu un de ses très proches collaborateurs, qui a eu la possibilité d'appré­cier de façon particulière l'influence de la personnalité du Capitaine sur la mentalité et sur les coutumes roumaines.

« Au pays de la fuite devant toutes les responsabilités, étouffé par un si grand nombre de fourbes et de parasites sociaux, il a instauré l'école de l'homme d'honneur, de l'homme qui ne ment pas, de l'homme juste, digne, correct, joyeux, qui se donne à son travail et qui sait assumer ses propres risques. Il a instauré aussi le principe que nul travail n'est déshonorant et il a éliminé sans pitié de son organi­sation les débauchés, les fainéants, les fripons, les vaniteux, les hâbleurs et les malhonnêtes. »

Nous ne devons absolument pas considérer l' « homme nouveau » extrait de la réalité qui l'entoure, cristallisé dans ses archétypes idéaux, indifférent à tout ce qui ne le touche pas dans son intériorité spirituelle. Codreanu n'est certai­nement pas quelqu'un qui s'enferme dans une tour d'ivoire pour admirer sa propre supériorité intellectuelle et morale, qui ne s'abandonne pas au sarcasme, ne compatit pas ni ne méprise la multitude qui peine à chercher dans l'argent ou dans le plaisir le sens de sa propre existence.

Il espère dans l'évidence de (son) exemple et croit par­dessus tout dans la force du sacrifice compris comme témoi­gnage et comme réaffirmation d'une foi. Ayant tiré au clair que l'intérêt seul n'est pas en état de réaliser l'harmonie, tant dans le cœur des hommes que dans le contexte d'une nation, mais qu'au contraire cela représente un motif de discorde et de perturbation sociale, il reste à analyser quel serait l'élément capable d'opérer cette synthèse. Codreanu croit le trouver dans l'adhésion aux enseignements du Chris­tianisme et par-dessus tout dans un grand pouvoir d'amour. « L'intérêt est l'expression de la nature animale de l'homme ; le facteur d'harmonie, capable de le sublimer et de lui assigner une mission, ne peut être que son esprit. L'élément régulateur de la vie politique, sociale et économique doit être l'Amour. L'amour appliqué de façon concrète signifie la paix dans nos esprits, dans la société et dans le monde. »

En partant de ces bases, « l'homme nouveau » et le légion­naire se posent en profonde opposition avec le vieux monde politique. Ainsi s'explique la défiance instinctive de tous les partis roumains, de la droite économique et bien-pensante
à l'extrême gauche maximaliste et discoureuse, à l'égard du
mouvement codréaniste. ;

Cette concentration de forces illégitime eut raison de l'enthousiasme et de la jeunesse en écrasant dans le sang le rêve de toute une génération.

Nuremberg nous aurait appris par la suite que les vaincus, non seulement ont toujours tort, mais que la plupart du temps ce sont même des fous criminels.

 

Ressemblances et différences avec le Fascisme et le National-Socialisme.

Nous commençons ce chapitre sur les rapports entre le Fascisme, le National-Socialisme et le mouvement de Codreanu par un état de faits. Durant la 2e Guerre Mondiale, tandis que beaucoup de ceux qui deviendront des ennemis acharnés du nazisme et du fascisme n'avaient pas encore eu leur brave crise de conscience ou peut-être jouissaient dans leur for intérieur des succès de l'Axe, dans les camps de concentration de Buchenwald, Dachau et Sachsenhausen, des centaines de légionnaires de la Garde de Fer dépérissaient et mouraient pour garder leur foi à un de leurs impératifs moraux : celui de ne pas renoncer à leur propre patrimoine politique, national et spirituel, même pas vis-à-vis de prétendus amis ou alliés.

Cela pour mettre en évidence à quel point peuvent être fausses les accusations des adversaires de Codreanu pour lesquels le mouvement Légionnaire n'était pas autre chose à ses débuts qu'une imitation du Fascisme et, par la suite, une succursale du National-Socialisme allemand. On a fait appel à tous les prétextes, les plus futiles, les plus mesquins et les plus invraisemblables pour accréditer cette thèse; en dernier lieu, on a exhibé une lettre, manifestement apocryphe, d'Hitler lui-même à Codreanu. Il est inutile de répéter ici que Codreanu eut soin de démolir et de démentir une à une toutes ces argumentations fausses et fantaisistes.

Naturellement, Codreanu agissant dans le cadre des révo­lutions nationales, il existe certaines affinités entre le fascisme et le national-socialisme d'une part et le mouvement Légionnaire d'autre part. Toutefois, il ne faut pas s'en formaliser : par son caractère éminemment spiritualiste et antibourgeois, la Garde de Fer est peut-être idéologiquement plus voisine de la Phalange espagnole et du Fascisme hongrois tel qu'il a pris visage avec le major Szalazi et ses Croix fléchées.

La grande estime que le Capitaine nourrit vis-à-vis du Chef du Fascisme italien reste indubitable :

« Mussolini nous a donné la certitude de notre victoire. Il existe en effet un lien de sympathie entre tous ceux qui, dans les diverses parties du monde, servent leur propre nation, comme il existe un lien entre tous ceux qui travaillent à l'anéantissement des nations. Pour nous, il sera l'astre lumineux qui nous aura appris l'espérance, il sera la preuve que le communisme peut être vaincu, il sera une confirmation de nos propres chances de victoire. »

II dira une autre fois : « Nous sommes parmi ceux qui croient que le soleil ne se lève pas à Moscou mais à Rome

Pour Codreanu, les réalisations de l'Italie d'alors dans le domaine économique et social prendront leur intérêt. Par­-dessus tout le frappe le corporatisme par sa façon simple et honnête de résoudre les contrastes sociaux dans l'intérêt supérieur du prêteur, du donneur de travail et de nation. D'autre part, la structure économique particulière de la Roumanie, en phase d'industrialisation déjà mise en train, aurait permis une brillante application de ces idées.

Dans le national-socialisme allemand, à part la parfaite discipline instaurée, il voit la réalisation d'un grand état national et technocratique, avec une planification centralisée mais souple qui permet d'obtenir des résultats stupéfiants.

En Italie et en Allemagne enfin, Codreanu entrevoit le point d'appui de l'Europe Nouvelle qui est en train de naître, faisant fructifier l'héritage d'une civilisation qui a donné au monde les plus grandes réalisations de l'histoire et l'enthou­siasme de millions de travailleurs, conquis finalement à la cause de la rénovation et à l'action politique.

José Antonio avait bien dit : « Le fascisme est une inquiétude européenne ; c'est une nouvelle façon de concevoir tout ce qui fermente en notre époque et de l'interpréter avec notre sensibilité », II est donc logique que la tradition histo­rique différente de la Roumanie, la sensibilité différente de ses habitants, son degré différent de développement économique et social se reflètent aussi dans un mouvement comme le mouvement Légionnaire, qui enfonce ses racines dans l'humus même de la terre de Decebalo. A cela s'ajoute la présence d'une forte personnalité comme celle de Codreanu, inévitablement destinée à laisser la marque de ses propres actions.

De la rencontre (que nous avons déjà évoquée ailleurs) entre Corneliu et le philosophe Julius Evola, ce dernier a écrit : « Parmi les thèmes de notre entrevue, je me souviens de l'intéressante caractérisation que Codreanu fit du fascisme, du national-socialisme allemand et de son propre mouvement. Il disait que dans tout organisme existent trois principes : la forme, la force vitale et l'esprit. On doit penser la même chose pour une nation, et un mouvement rénovateur peut se dérouler en portant principalement l'accent sur l'un ou l'autre de ces trois principes. Selon Codreanu, dans le fas­cisme, c'est le principe de la forme, comme idée politique formatrice et comme état qui avait la première place : cette puissance organisatrice était l'héritage de Rome. Par contre, dans le national-socialisme allemand, un relief particulier est donné à la force vitale : de là, la part qu'avait pris la race, le mythe de la race et l'appel au sang et à la communauté ethnico-nationale. Pour la Garde de Fer, le point de départ serait, par contre, l'élément spirituel. C'est de lui qu'il voulait partir. Et par l'esprit, Codreanu entendait quelque chose qui se référait aussi aux valeurs proprement religieuses et ascétiques ».

Codreanu lui-même répondit ainsi à quelqu'un qui lui demandait quelles étaient les différences entre ces trois mou­vements nationaux : « La fascisme s'intéresse avant tout a « l’aspect », c'est-à-dire à la forme organisatrice de l'Etat; le national-socialisme au « corps », c'est-à-dire à la pureté et à l’Eugénie raciale; la Garde de Fer, par contre, met l'accent sur quelque chose de bien plus profond : l'âme, c'est-à-dire l'essence même de l'homme. Si nous voulions nous servir ici d'une image visuelle, nous dirions que le fascisme combat le mal en élaguant les branches d'un arbre hypothétique qu'il veut abattre ; le national-socialisme en sciant le tronc ; et le mouvement Légionnaire en arrachant les racines. »

Parmi ceux qui ont le mieux étudié la pensée de Corneliu en rapport avec l'idéologie fasciste et nationale-socialiste, il faut noter l'écrivain italien Alfonso Panini Finotti, de qui nous extrayons ces lignes pénétrantes :

« La révolution légionnaire est une révolution typiquement roumaine. Par rapport au Fascisme et au National-Socialisme, la révolution Légionnaire présente des caractères tout à fait spéciaux. L'originalité de Codreanu ne consiste pas en une objectivité conceptuelle, en idéologies et programmes, même si ses opinions sur de telles réalités ont gagné un si grand nombre de fidèles et la plus grande force incisive par le moyen de bien autre chose que leur aspect purement thématique. Son action révolutionnaire consiste dans une existence ontologique éminemment fondamentale de cette réalité, se rencontrant aussi d'une telle façon avec les der­nières tendances des conceptions les plus avancées de la vie européenne.

Il faut noter, en conclusion, le caractère humain de sa révolution tout entière. Tandis que les révolutions fascistes et nationales-socialistes s'effectuent comme un effort spécifique de simplification, et même et surtout d'unilatéralisation avec une finalité donnée de la nature humaine (l'extrême spécia­lisation, la transformation de l'individu en un instrument qui y prend part, mais en tout soumis aux consignes de l'Etat) et en contrecarrant le libéralisme, la révolution Légion­naire présente l'aspect d'une restitution de l'homme à lui-même au sens le plus complet du mot. Et à ce propos, l'émotion humaine de beaucoup d'affirmations de Codreanu et de ses militants est véritablement surprenante. Il est possible d'en trouver l'explication dans le caractère profon­dément spécifique de la sensibilité roumaine. A travers l'expé­rience de Codreanu et de la Garde de Fer, la sensibilité roumaine acquiert un caractère de dimension majeure, de monumentalité, en somme un nouveau style de vie. »

Est aussi intéressant ce jugement de l'historien américain Eugen Weber, professeur d'Université très lié avec les milieux juifs de Princeton et de Berkeley : « Une opinion largement répandue considère le fascisme comme l'idéologie d'une société bourgeoise décadente. Mais jamais ne s'est développée en Roumanie une bourgeoisie comparable à celles de l'Europe Centrale et Occidentale. La Légion, du reste, n'a jamais prétendu défendre ses intérêts, l'a au contraire attaquée en mettant en relief et en condamnant le système de corruption que Codreanu mettait en rapport avec les valeurs et les insti­tutions bourgeoises. En cela, la Légion rappelait d'autres mouvements fascistes qui ne s'étaient pas présentés comme les défenseurs du libéralisme capitaliste, mais plutôt comme ses adversaires. Dans toute l'Europe, pendant la vingtaine d'armées qui va de 1920 et 1940, de la Finlande à l'Espagne, les fascistes se sont voulus révolutionnaires, et c'est cette accusation du reste qu'avaient lancée les conservateurs eux-mêmes. »

Qu'ajouter d'autre ? Il est clair que Codreanu, comme toutes les grandes personnalités, n'avait pas la vocation d'un disciple exempt de critiques, ou pire encore, celle d'un imitateur inconditionnel. Entre autres, le début même de sa bataille politique, qui date de 1919, quand Mussolini ne tenait pas encore les feux de la rampe et que d'Hitler on ne connaissait même pas encore le nom, témoigne de l'originalité absolue de ses bases.

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Il reste à considérer comment Codreanu se serait comporté s'il avait conquis le pouvoir et eu entre ses mains le destin de la Roumanie, Très probablement, en connaissant son rigorisme moral et la sincérité absolue de ses affirmations, il aurait fait de la Roumanie un pays profondément différent, en s'efforçant par-dessus tout de maintenir la foi dans les principes mêmes pour lesquels tant d'amis étaient morts dans les longues années de lutte du mouvement Légionnaire.

De cela, nous pouvons établir une dernière «différence entre Codreanu et les autres leaders des révolutions nationales. Ceux-ci lui sont supérieurs sur le plan de l'efficacité dialec­tique, sur le plan du réalisme entendu dans un sens pragmatique et sur le plan de l'adaptation de leur propre stratégie politique aux conditions de lutte transformées. Profonds connaisseurs de l’âme humaine, ils ne savent pas individua­liser le ressort le plus caché, réussissant à canaliser les vices, les passions, les héroïsmes et les vertus vers des objectifs déterminés à l'avance, et sans doute inconsciemment imposés à leurs propres peuples.

Codreanu a davantage confiance en l'homme, ou plutôt dans la capacité de l'homme à lutter et à s'élever au-dessus de sa propre nature d'animal diencéphalo-hypophysaire. Cela toutefois doit être un processus conscient et choisi, et non pas imposé. Il faut plutôt agir par l'exemple que par la suggestion. En somme, il ne faut pas vaincre d'abord et convaincre ensuite, mais faire en sorte que la conviction et l'acquiescement de tous soit le premier degré d'où partir pour réaliser les buts qu'on s'est imposés.

Codreanu est davantage un poète, avec tout ce que ce mot peut signifier, aussi bien en un sens négatif que positif. Mais probablement, autant dans le monde d'hier que dans celui d'aujourd'hui, il n'y a pas de place pour les poètes à ta tête des Etats.

Nation et Etat.

Il est extrêmement difficile de délimiter le concept de nation et la signification du mot : pour le moins, il n'y a guère de concordance entre les définitions données par les histo­riens, les philosophes, les hommes politiques et les hommes d'étude.

Le problème fondamental consiste justement à mettre en lumière quels sont les facteurs constitutifs de la nation, les uns s'orientant davantage vers un certain patrimoine spirituel, vers la culture et vers l'histoire, et les autres vert la population, les frontières de langue, la souche ethnique, la religion et ainsi de suite.

Mais ce qui peut être bon pour un peuple peut ne pas être valide pour un autre. Il suffit de penser à la langue et à la religion qui, comme le démontrent divers cas, peuvent être ou non indispensables pour la réalisation d'une nation.

Pour Codreanu, les facteurs fondamentaux sont trois :

  • Un patrimoine physique : la chair et le sang ;
  • Un patrimoine matériel : la terre;
  • Un patrimoine spirituel.

Des trois, le plus important, ou plutôt le plus caractéristique est le patrimoine spirituel. Celui-ci, à son tour, consiste :

 Dans la conception à l'égard de Dieu, du monde et de la vie;

Dans l'honneur ;

Dans la culture.

Cette dernière surtout, tient à préciser Corneliu, tout en étant internationale dans sa diffusion est cependant clai­rement nationale dans son origine.

Dans le patrimoine spirituel conflue ce qui fait l'âme véri­table d'un peuple, sa manière de s'exprimer et d'être vivant, la spontanéité limpide de ses aspirations. « La force spiri­tuelle d'un peuple, dira Codreanu, se façonne à la base comme un acte intellectuel et une conception de la vie, pour s'insérer ensuite dans la culture et dans l'histoire de la nation ».

Certains ont noté combien la façon de Codreanu de penser la réalité nationale, ainsi qu'elle apparaît dans ses écrits et dans ses discours, est semblable à la position sur ce problème de J. A. Primo de Rivera, fondateur de la Phalange de la J.O.N.S. et artisan de l'insurrection nationale espagnole.

Bien que les deux hommes ne se soient pas connus, ni n'aient eu l'occasion de s'influencer réciproquement, il résulte de façon impressionnante d'un examen de leurs écrits, l'iden­tité (foncière) de leurs vues sur ce problème fondamental.

C'est surtout Horia Sima qui, dans sa pénétrante étude, a mis au point la convergence substantielle de tous deux sur l'inter­prétation du donné national.

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José Antonio dit : « La nation n'est ni une race, ni une langue, ni un territoire. Es ma unidad de destino en lo universal. La nation n'est ni une réalité géographique, ni ethnique, ni linguistique; c'est seulement une unité historique. Un petit groupe d'hommes sur un lopin de terre constitue une nation en germe, seulement s'il agit en fonction de l'universalité, c'est-à-dire s'il accomplit son propre destin dans l'histoire ». Et l'auteur continue ; « Le facteur qui unifie les aspirations d'une masse humaine et qui relève au rang de nation, c'est son propre destin. Par la réalisation de son destin, une nation se distingue d’une autre, et non par le territoire, la langue ou les coutumes communes. C'est seulement une communauté humaine qui lutte pour la réalisation de son destin, qui sort de l'anonymat de l'histoire ».

Sur un point précis, aussi bien De Rivera que Codreanu n'ont aucun doute, c'est-à-dire sur le fait que les nations sont des réalités possédant une existence propre, et ne dépendent pas toujours de qui les dirige. Cela pousse José Antonio à affirmer l'existence d'une « âme métaphysique de l'Espagne qui est une vérité élémentaire, un axiome historique et politique, comparable aux vérités mathématiques » et à Codreanu : « L'honneur d'un peuple consiste dans la façon avec laquelle la race a pu acclimater son existence historique aux normes de ses conceptions sur Dieu, le monde et la vie ».

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Et encore, tandis que De Rivera affirme : « L'Espagne n'est pas à nous comme un objet de patrimoine, notre génération n'en est pas la maitresse absolue », Codreanu fait une nette distinction entre « la collectivité nationale actuelle, c'est-à-dire la totalité des individus vivant sur la même terre, dans un même Etat et dans une période déterminée, et la Nation, c'est-à-dire l'entité historique qui existe par elle-même ».

« La première loi que doit suivre un peuple, écrit ailleurs Corneliu, est d'être fidèle à la réalisation de son destin. » Et José démontre de façon irréfutable que la décadence de l'Espagne a commencé précisément au moment où elle a cessé de croire à sa mission spirituelle et historique. Les rapports qui existent entre Nation et Etat sont analogues à ceux qui existent entre la cause et l'effet. Pratiquement l'Etat est la manifestation objective avec laquelle la Nation agit dans l'histoire et réalise sa mission.

C'est précisément pourquoi celui-ci ne doit pas être seule­ment un complexe d'organismes administratifs et bureaucratiques au service du citoyen et de la collectivité. L'Etat ne doit pas se limiter à organiser les transports ou les routes, à discipliner les rapports économiques, à diffuser l'instruc­tion, à exercer la justice, à contrôler les prix et à tenir le compte des naissances, des morts et des mariages. L'Etat a évidemment aussi une fonction plus élevée. Il est l'instrument historique par lequel une collectivité s'exprime elle-même et se fait l'actrice de son propre destin.

Celui qui est appelé à la barre de l'Etat doit avoir bien présent à l'esprit le fait que sur ses épaules repose une triple responsabilité : par rapport aux générations passées, présentes et futures. C'est précisément pourquoi il ne doit pas être toujours l'esclave des décisions du peuple, comme cela est le cas dans un régime parlementaire où règnent les partis. Il est certain que l'assentiment populaire est une chose dont il ne peut se séparer, mais doit engager encore plus sa conscience d'agir dans le sillon de la continuité natio­nale, expression et incarnation de la réalité éternelle de la nation.

Il est clair qu'un Etat, entendu comme tel, ne doit pas être au service des intérêts particuliers, qu'ils soient de classe ou de groupe. Une telle forme d'état, en effet, au lieu de souder les énergies et les forces de tout un peuple en vue du salut commun, rend stérile et improductif l'apport de chacun à la réalisation des objectifs fixés. Sans compter que le soupçon d'une discrimination entre les citoyens de première et de deuxième catégorie fait manquer à l'Etat ce qui est la condition indispensable pour qu'il soit en état d'interpréter et de réaliser sa mission, c'est-à-dire l'harmonie et la concorde entre tous les membres de la communauté nationale.

Certes, pour ceux qui, comme nous, sont désormais habitués au pouvoir des partis, ou pire, à celui des courants politiques, il est difficile d'imaginer la vie politique soustraite aux jeux de couloirs du Parlement et aux groupes de pression, au conditionnement de la presse et des centres occultes de per­suasion, aux orientations divergentes des syndicats et du pouvoir économique. Pour nous aujourd'hui, gouverner l'Etat signifie se diviser en sous-gouvernements et en offices, signifie la solidarité entre criminels et le placement obligé des amis, les bâtons dans les roues et les soucis pour les adversaires et les ennemis.

Pour Codreanu, au contraire, représenter l'Etat signifie avoir assimilé en soi-même la totalité historique et spirituelle de la nation, être entré en communion spirituelle avec de son propre peuple. C'est à travers la liberté créatrice de l'individu que se réalise le processus d'auto-identification de l'individu dans l'Etat doit être facilité par une éducation politique et religieuse sérieuse et consciente. Ce n'est pas par la violence ou la coercition qu'on peut édifier un Etat ou créer un destin commun. Pour le moins, il est mieux de laisser ces moyens extrêmes à qui a de l'Etat et de la Nation une conception purement utilitariste et pragmatique et qui réduit tout à un combat d'intérêts opposés en lutte éternelle entre eux.

Pour juger de la légitimité d'un Etat, nous ne devons pas nous référer à ses formes de gouvernement, c'est-à-dire s'il s'agit d'une république ou d'une monarchie, d'une démocratie ou d'un régime autoritaire. Il est clair que des formes parti­culières de gouvernement dans certaines parties du monde se sont avéré « coller » à la réalité d'un seul pays et dans d'autres ont montré des carences importantes et parfois même désastreuses. Ce qui est fondamental est que l'Etat se mette au service de la Nation, qu'il fasse accomplir à celle-ci sa mission historique, qu'il soit en état de réaliser les consignes qu'il a reçues.

Logiquement, en ce qui concerne les caractéristiques exté­rieures de l'Etat, celles-ci doivent s'adapter à la mentalité et aux coutumes d'un peuple en particulier et doivent s'insérer dans la réalité effective du moment. Cuoco a déjà démontré dans quelles erreurs on tombe en voulant sim­plement transformer les archétypes cristallisés des consti­tutions politiques.

Le Capitaine dira : « C'est le moment de poser les fon­dations d'une époque nouvelle. Une époque de retour aux réalités nationales, donnant à la Nation son sens réel de société naturelle, d'un groupe d'individus de la même race. Il faut élever depuis sa base le nouvel Etat ethnique national, fondé sur le primat de notre culture, sur le primat de la famille et sur celui des corporations de travailleurs ». Pour cela, l'Etat nouveau qui naît d'une révolution nationale ne doit pas se limiter seulement à une réforme des institutions. « Le nouvel Etat présuppose, en premier lieu, comme élément indispensable un nouveau type d'homme. On ne peut con­cevoir un Etat nouveau si on ne change pas d'abord une certaine mentalité ». Et Sima, interprétant admirablement la pensée de Codreanu dit : « L'Etat ne sera pas meilleur ou pire par la splendeur des institutions qui le constituent, mais bien par le degré de conscience civique de chaque citoyen. L'individu gardien des valeurs éternelles est le plus enviable trésor de l'Etat National. »

Le sentiment Religieux.

« Christ est ressuscité ! Ainsi ressuscitera aussi la justice pour le peuple roumain. Mais pour obtenir cela, il est néces­saire que ses fils parcourent le chemin qu'a parcouru Jésus ; se mettent sur la tête la couronne d'épines, montent à genoux le Golgotha avec la Croix sur les épaules et se laissent crucifier!... Légionnaires, c'est vous qui êtes ces jeunes gens! Celui qui renonce à la tombe, renonce aussi à la Résur­rection ! » (Codreanu pour les Légionnaires).

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Comme cela apparaît clairement dans ces paroles du Capitaine et dans ses innombrables écrits sur cette question, un des points fondamentaux de l'idéologie, de la doctrine et de l'action légionnaires est la foi en Dieu et la confiance dans le triomphe des valeurs soutenues par le Christianisme.

Il faut surtout dire d'abord que le peuple roumain est, par une tradition millénaire, profondément religieux; sa religiosité est intimement et sincèrement ressentie et vécue intérieurement. Ce n'est pas une foi alambiquée et soumise au crible de la raison, mais une foi pure, spontanée, cristal­line. Nous avons déjà fait remarquer comment pour Codreanu et pour les Légionnaires Dieu ne se discute pas mais se vit. Pour eux, la négation de Dieu est une position tout aussi insoutenable que la négation du monde ou de nous-mêmes.

Certains, en partant de ces principes, en sont venus à affirmer que la Légion est le seul mouvement politique contemporain de structure religieuse. Et effectivement la structure organisatrice que Codreanu a donnée à son mou­vement peut rendre cette thèse plausible. En effet, la Légion prend naissance sous la tutelle protectrice de l'Archange Saint Michel, et une de ses organisations les plus fortes, celle de la jeunesse, porte le nom de Confraternité de la Croix.

Le rituel des réunions également, qui a donné à beaucoup d'adversaires de la Légion sujet à des descriptions de registre pirandellien ou kafkaïen, se ressent d'une organisation vague­ment religieuse. Chaque discussion ou réunion est ouverte par une prière et, dans chaque local, il y a obligatoirement un Crucifix ; une lampe à huile brûle perpétuellement face à l'icône de Saint Michel. Ainsi le chant, auquel Corneliu accorde une grande importance pour faire ressentir spirituel­lement l'unité de tous les militants, a une fonction chorale qui est bien présente dans la liturgie et la pratique chrétiennes.

Si tout cela est indéniable, il ne faut pas en déduire que le mouvement de Codreanu fut une émanation de l'Eglise orthodoxe roumaine ou qu'il la représentait sur le plan politique. Rien de plus faux et de plus éloigné de la vérité.

Au contraire, même si de nombreux prêtres, surtout dans les campagnes, suivirent avec sympathie et intérêt l'action politique de Codreanu (les prêtres soumis à un procès parce que suspects de connivence avec la Garde de Fer seront un peu moins de 300), l'Eglise comme structure séculaire et hiérarchique fut toujours résolument hostile au Mouvement Légionnaire.

En effet, on ne peut nier que la condamnation à mort de Corneliu, des Décemvirs et des Nicadors fut décrétée par un gouvernement dans lequel le fauteuil de Premier Ministre était occupé par le Patriarche de l'Eglise Orthodoxe Miron Cristea. Et ce fut toujours sous la direction des hautes autorités religieuses du pays et sous la compétence technique du ministre de l'Intérieur Calinescu que les persécutions contre les éléments de la Garde atteignirent un degré d'intensité encore jamais expérimenté.

Bien évidemment, le Christianisme est pour Corneliu bien autre chose que la « Religion des esclaves » de Nietzsche, ou de l'attentisme passif et renonciateur de tant de pseudo chrétiens qui est une véritable fuite devant ses propres responsabilités au nom de principes qui ne sont certes pas recommandés par l'Evangile. Dans son livre : « De Codreanu à Antonescu », A. P. Finotti dit : « Face au découragement résultant du manque total de compréhension avec le néant, Heidegger construit de façon radicale son célèbre pragmatisme métaphysique. Sur les pas de la philosophie nietzschéenne et acceptant la lutte avec le Christianisme, il se dirige vers une espèce de mythologie ontologique. Devant la même situation à laquelle, en réfutant le nihilisme intégral, Nietzsche et Heidegger ont dit non, Codreanu dit : « Je crois en Dieu ». Il reste donc sur une position tout à fait dans l'optique du Christianisme et il établit la nécessité absolue de la foi pour chaque Légionnaire. Toujours dans ce sens s'explique et doit être entendu l'aspect eschatologique de la « résurrection » dans laquelle Codreanu voit le sens ultime de la vie des peuples. Tout ce qui constitue le matérialisme et la conception faustienne et démoniaque de la culture européenne est un outre­passement orgueilleux ».

Malgré l'atmosphère vaguement mystique qui entoure la personnalité et les décisions du Capitaine, malgré l'aura de sacralité qui paraît vivifier chacun de ses gestes et chacune de ses actions, il est indubitable que Codreanu considère le Christianisme non à la façon d'un mythe ou d'une philo­sophie positive, non comme un ordre établi ou un confor­misme d'attitudes, mais bien comme une façon de vivre et de s'expliquer soi-même.

Pour lui, être chrétien signifie de ne jamais renoncer à la lutte du bien contre le mal, signifie assumer couragesement ses propres responsabilités, signifie combattre et lutter de toutes ses propres forces pour le triomphe des idéaux mêmes pour lesquels le Christ, il y a deux mille ans, est monté au Calvaire. Cela signifie surtout souffrir et savoir accepter de bon gré toute épreuve et tout sacrifice, et même le sacrifice suprême de la vie.

C'est-à-dire témoigner, comme les martyrs de l'antiquité et les milliers de saints qui étincèlent dans l'histoire de l'Eglise, que la vie est d'autant plus digne d'être vécue qu'elle est davantage placée au service de Dieu, de ses comman­dements et d'une juste cause. Dans ce contexte, le martyre des Légionnaires prend une valeur d'autant plus significative et durable dans la mesure où elle a pour but non seulement le triomphe de valeurs terrestres et d'idéaux politiques, mais est placée au service de la parole de Dieu. « Le but final du peuple n'est pas la vie, mais la résurrection dans le nom du Christ ».

« La foi légionnaire, ainsi profondément inspirée par l’ensei­gnement chrétien, a réussi à réaliser, dans le cadre de l'huma­nisme spécifiquement roumain, une synthèse originale, grâce à la fusion de l'idée nationale avec les désirs les plus avancés de justice sociale et de coexistence pacifique entre les peuples de manière qu'elle possède toutes les valeurs nécessaires pour pouvoir s'insérer organiquement dans l'ordre interna­tional réclamé par la nouvelle phase historique. Cette foi légionnaire qui n'a pas pu être détruite par les sanglantes persécutions du passé ne peut pas non plus être dépassée par les événements en cours » (Constantin Papanace).

Codreanu écrit dans ses Mémoires inédites : « Une des caractéristiques de notre temps est que nous nous occupons des luttes entre nous et les autres hommes et non de la lutte entre les Commandements de l'Esprit Saint et les désirs de notre nature terrestre. Seules les victoires sur les hommes nous intéressent, et presque jamais celles sur le mal et le péché. Le mouvement Légionnaire tend aussi à la victoire chrétienne de l'homme, en vue de sa rédemption. Il faut être préparés également à la lutte décisive pour le salut de notre âme. »

Même en posant sa bataille politique sur un plan hautement idéaliste et même en prêchant le don absolu des mili­tants à la cause de la Légion, Codreanu a la perception bien claire de la portée de sa propre action, et ne l'effleure même pas la pensée de se substituer à l'Eglise roumaine là où celle-ci, surtout en ce qui concerne des actions extérieures, peut avoir manqué à son devoir et à sa haute mission. En effet, l'Eglise n'est pas pour lui tel ou tel de ses ministres, ni tel ou tel homme politique qui prend sous sa tutelle des intérêts déterminés purement matériels, mais elle est l'expression tangible d'une réalité que le Christ a voulu pour perpétuer son enseignement. « Nous faisons une grande distinction entre la ligne que nous suivons personnellement et la mission de l'Eglise chrétienne. Celle-ci est infiniment plus élevée. Elle atteint la perfection et le sublime. Dans notre action quotidienne, dans tous nos projets et toutes nos décisions, nous devons aller vers elle ; c'est à travers nos efforts terrestres que nous pourrons nous élever jusqu'à elle. »

« Le Légionnaire croit en Dieu et le prie pour la victoire de la Légion. Les guerres sont gagnées par ceux qui ont su attirer du ciel les forces mystérieuses du monde invisible et qui savent s'en assurer le concours. »

D'où l'importance de la prière dans la doctrine légionnaire. Prier n'est pas seulement un acte de foi. C'est un acte d'espé­rance. C'est une manifestation de courage, quand tout semble s'écrouler sur nous. C'est s'enrichir en esprit pour affronter de nouvelles luttes et de nouveaux sacrifices. Pour Corneliu, la prière est « l'élément décisif de toute victoire », voulant signifier avec cela plus que la victoire sur les autres, celle, beaucoup plus importante, sur soi-même et sur sa propre nature rebelle.

Pour finir, nous voulons rappeler une phrase de Codreanu qui met au point toute sa conception spiritualiste et anti­machiavélique de la politique, et son haut enseignement moral et chrétien :

« II faut surmonter la nature animale de l'homme ; le facteur d'harmonie, capable de la sublimer et de lui assigner une mission ne peut être que son esprit. En dehors de l'amour que Dieu a placé dans l'âme humaine, à travers le sacrifice de N.-S. J.-C. et comme synthèse de toutes nos qualités, l'amour qu'il a placé au-dessus de toutes les autres vertus, il n'y a rien qui puisse nous donner la tranquillité et la paix. »

Carlo SBURLATI

Sources : Défense de l’Occident - Numéro 95 - Avril 1971.

 

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Contrôle de sécurité : fouille corporelle, vérification d'un sac, du véhicule...

Des contrôles de sécurité peuvent être effectués pour vérifier qu'une personne ne transporte pas ou ne dissimule pas d'objets dangereux pouvant servir à commettre une infraction. Il peut s'agir du contrôle des effets personnels, par exemple dans un lieu public, de la fouille du véhicule, de la palpation de sécurité ou d'une fouille corporelle. Dans tous les cas, la loi précise qui peut effectuer le contrôle (officier de police judiciaire, médecin, etc.) et dans quelles circonstances.

Fouille corporelle

Fouille intégrale

La fouille intégrale, aussi appelée fouille à corps, est une recherche sur le corps d'une personne susceptible de dissimuler des objets pouvant servir à commettre une infraction.

La personne peut être amenée à se déshabiller.

La fouille intégrale n'est possible que dans 4 cas :

  • Flagrant délit
  • Enquête préliminaire, avec l'accord expresse de la personne
  • Commission rogatoire
  • Recherche de fraude douanière

La fouille est pratiquée par un officier de police judiciaire (OPJ) du même sexe que la personne dans un local retiré et fermé.

Si la personne refuse la fouille, l'OPJ doit prévenir le procureur de la république ou le juge d'instruction.

Fouille dans le corps

Un médecin peut procéder à une fouille quand une personne est soupçonnée de transporter ou dissimuler des objets interdits par la loi (stupéfiants...) à l'intérieur de son corps (vagin, rectum...).

La fouille est faite dans les 3 heures de la demande.

Un agent des douanes peut faire effectuer par un médecin cet examen médical si la personne donne son accord.

Sinon, l'agent doit demander au juge qu'il désigne un médecin pour pratiquer l'examen.

En cas de refus de la personne, une sanction d'1 an de prison et de 3 750 € d'amende est prévue.

Palpation de sécurité

La palpation de sécurité est une recherche extérieure, au dessus des vêtements, d'objets dangereux pour la sécurité.

Les agents du service d'ordre d'une manifestation, les agents de surveillance et de gardiennage d'entreprise agréés peuvent procéder à une palpation de sécurité.

Palpation en dehors de toute manifestation (sportive, culturelle etc.)

En cas de circonstances particulières liées à des menaces graves pour la sécurité publique, ces agents peuvent procéder à des palpations de sécurité, avec le consentement exprès de la personne. Par exemple, en cas de menace terroriste. Le préfet du département, ou le préfet de Paris, constatent par arrêté ces circonstances particulières.

Le préfet fixe la durée et détermine les lieux ou catégories de lieux dans lesquels les contrôles peuvent être effectués. Par exemple, des centres commerciaux.

Si la personne accepte la palpation, celle-ci doit être faite par une personne de même sexe que la personne fouillée.

À savoir

Pour l'accès à un bateau et à bord, en cas de menace grave pour la sécurité publique, il peut être procédé, avec l'accord de la personne, à des palpations de sécurité.

Palpation durant une manifestation réunissant plus de 300 personnes

Pour l'accès à l'enceinte d'une manifestation de plus de 300 spectateurs, un agent de sécurité agréé par la commission d'agrément et de contrôle du CNAPS peut procéder à des palpations de sécurité.

Il peut s'agir, par exemple, d'une manifestation sportive ou culturelle.

L'accord exprès de la personne est obligatoire.

La palpation doit être effectuée par une personne de même sexe que la personne qui en fait l'objet.

La procédure se fait sous le contrôle d'un officier de police judiciaire (OPJ).

Contrôle des effets personnels

Fouille dans un lieu public

Cas général

La fouille dans les affaires personnelles (sac, portefeuille, poche, etc.) d'une personne est assimilée à une perquisition.

Seul un officier de police judiciaire (OPJ) ou un gendarme peut fouiller dans les effets personnels d'une personne, en cas de flagrant délitd'enquête préliminaire ou de commission rogatoire.

Un douanier peut effectuer une fouille lors de la recherche d'une fraude.

Les agents de surveillance, de gardiennage ou de sûreté, y compris les agents agréés employés par des sociétés privées, peuvent inspecter visuellement les bagages à main.

Ils peuvent aussi, avec l'accord de la personne, les fouiller.

Toutefois, ils ne peuvent exercer leurs fonctions qu'à l'intérieur des bâtiments ou dans la limite des lieux dont ils ont la garde.

Actes terroristes

Si des actes terroristes ont été commis, le procureur de la République peut déterminer des lieux où peuvent se dérouler des inspections et des fouilles. Par exemple, un centre commercial.

Dans ce cadre, l'officier de police judiciaire (OPJ) peut inspecter visuellement des bagages ou les fouiller, pendant 24h maximum, renouvelables.

Un volontaire servant en qualité de militaire, agissant sur l'ordre et sous la responsabilité de l'OPJ, peut aussi faire ces inspections visuelles et ces fouilles.

L'inspection visuelle ou la fouille du bagage doit avoir lieu en présence du propriétaire.

Si le propriétaire du bagage le demande, l'OPJ établit un procès-verbal mentionnant le lieu, la date et l'heure du début et de fin de l'inspection visuelle ou de la fouille.

Un exemplaire du procès-verbal est remis au propriétaire et un autre exemplaire est transmis au procureur de la République.

Fouille au travail

La fouille des effets personnels d'un salarié peut intervenir pour des raisons de sécurité collective (par exemple, risque d'attentat) ou pour des raisons liées à la recherche d'objets volés.

Le salarié doit avoir été averti à l'avance et avoir donné son accord.

Il peut exiger la présence d'un témoin. Par exemple, un représentant du personnel.

Si le salarié refuse, l'employeur peut appeler un officier de police judiciaire (OPJ) pour fouiller ses affaires personnelles.

Fouille à l'école

Dans les écoles, seul un OPJ peut fouiller les effets personnels d'un élève (sac, casier...).

L'élève doit être présent en cas de fouille de ses affaires.

Fouille à bord d'un bateau

Pour l'accès à un bateau et à bord, il peut être procédé à une inspection visuelle des bagages, et avec l'accord de leur propriétaire, à leur fouille.

Fouille de véhicule

Cas général

La fouille d'un véhicule est possible dans les cas suivants :

  • En cas de soupçons de crime ou de délit flagrant commis par l'un des occupants
  • Sur demande du procureur de la République dans le cadre de recherches ou poursuites judiciaires de certaines infractions. Par exemple, acte de terrorisme, trafic de stupéfiants, participation à une manifestation ou une réunion publique en étant porteur d'une arme...
  • Pour prévenir une atteinte grave à la sécurité des personnes et des biens. Dans ce cas, l'accord du conducteur est obligatoire. En cas de refus, le véhicule est immobilisé 30 minutes maximum en attendant les instructions du procureur de la République.

La fouille doit être effectuée par un officier de police judiciaire (OPJ) ou, sous sa responsabilité, par un agent de police judiciaire ou un agent de police judiciaire adjoint.

Les agents des douanes disposent d'un pouvoir de fouille des véhicules pour la recherche de fraude douanière.

La fouille doit être faite en présence du propriétaire.

À noter

Le conducteur qui refuse le contrôle de son véhicule (papiers en règle, ouverture du capot...) peut être puni de 3 mois de prison et de 3 750 € d'amende.

Véhicule d'habitation

La fouille d'un véhicule d'habitation (par exemple, péniche, caravane, etc.) doit être faite dans le cadre de la perquisition par un officier de police judiciaire (OPJ) en présence du propriétaire.

Elle ne peut avoir lieu qu'avec une commission rogatoire ou en cas de flagrant délit, et seulement de 6 heures à 21 heures.

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De Marc Augier à Saint-Loup : Honneur et Fidélité

L’évolution du comportement politique qui fera du pacifiste Marc Augier un hérétique passé du côté de la bête immonde, et un paria de la société nommé Saint-Loup, révèle les traits d’un homme entier, animé d’un grand sens de l’honneur et de la fidélité. Voici un homme capable de rompre sans un regard derrière lui, avec ses vieilles amitiés trahies ; mais voilà également un soldat appartenant à une armée détruite, et qui pourtant refuse de s’avouer vaincu ; un être qui, dans la défaite, continue de porter à bout de bras les idéaux auxquels il croit.

Marc Augier est né le 19 mars 1908 à Bordeaux dans un milieu social aisé. Ce qui ne l’empêche pas, dès son plus jeune âge, de se passionner pour la nature et l’effort physique : c’est Philippe Conrad qui raconte que « Le fils Augier participe à la vendange au côté des paysans du cru » (1)

 

Le sport comme mode de vie.

Toute son enfance se déroule dans le port de Bordeaux, ville chargée d’histoire et d’aventures maritimes. Entré au lycée pour ses études secondaires, il en sort le plus souvent possible pour découvrir dans la nature girondine un enseignement plus riche, plus vif et plus exaltant que les mathématiques ou les sciences naturelles! Son baccalauréat en poche en 1926, sa vie s’ouvre alors sur deux perspectives : les études de droit et la moto.

« Tu feras du droit, mon fils! »
« Mais je ferais surtout de la moto, mon père…. »

Et le malheureux paternel doit bien admettre que le jeune homme se passionne plus pour les grosses cylindrées que pour les études…

Marc Augier se lance également dans le journalisme. D’abord à La dépêche du Midi, puis à L’Illustration et à Sciences et Voyages. Après un service militaire morne et ennuyeux pour cet individualiste épris de grands espaces et de liberté, il réalise avec enthousiasme des reportages à l’étranger, dans des conditions particulièrement rudes. En 1931, au Maroc, lors d’un reportage pour L’illustration concernant la pacification du Tafilalet, « il vit sous la tente avec les légionnaires, (...) et pousse à moto à travers le Sahara occidental jusqu’à Colomb-Béchar. Au retour, il visite l’Atlas dont il sillonne les crêtes, juché sur son engin à plus de 4000 mètres d’altitude ». (2)

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Après les raids en moto, Marc Augier, fou de nature, d’aventures et de grands espaces découvre la montagne, le ski et l’alpinisme. Les plus belles pages de son œuvre s’esquissent déjà sur les grands sommets des Alpes, car au delà du sport, apparaît un mode de vie. « Au cours des migrations des peuples indo-européens vers les terres arctiques, le ski fut avant tout un instrument de voyage ». « En chaussant les skis de fond au nom d’un idéal nettement réactionnaire, j’ai cherché à laisser derrière moi, dans la neige, des traces nettes menant vers les hauts lieux où toute joie est solidement gagnée par ceux qui s’y aventurent » (3)

 

L’aventure « Ajiste » : illusions, désillusions…

Marc Augier rejette la sclérose et le conformisme bourgeois, mais ne partage pas les bruyantes activités et l’insolence des Camelots du Roi : la doctrine franco-centrée et germanophobe d’un Maurras lui déplaît souverainement. Dans son reportage intitulé « J’ai vu l’Allemagne », (4) cette vision est limpide comme l’eau d’un torrent. Par ailleurs profondément pacifiste, il ne peut rejoindre la doctrine fasciste très en vogue à cette époque. Marc Augier se retrouve plus naturellement dans la politique du Front Populaire. Proche de Léo Lagrange, membre du gouvernement Blum, une jolie carrière s’offrait à lui, dans les rangs de la SFIO. Les portes des loges s’ouvraient grandes, et il y a fort à parier qu’aucun courageux anonyme ne serait venu lui faire retirer son Goncourt pour La nuit commence au Cap Horn !!! Avec Lagrange, c’est le début de l’aventure « ajiste ». Il dirige alors Le Cri des auberges de jeunesse.

 Le cri des Auberges de jeunesse

Exalté et pénétré du sens de sa mission, il n’hésite pas à prévenir une rêveuse bourgeoisie amorphe et décadente : « Vous qui avez souri avec bienveillance au spectacle de ces jeunes cohortes s’éloignant de la ville, sac au dos, solidement chaussées, sommairement vêtues et qui donnaient (…) un visage absolument inédit aux routes françaises, pensiez-vous que ce spectacle était non pas le produit d’une fantaisie passagère, mais bel et bien un de ces faits en apparence tout à fait secondaires qui vont modifier toute une civilisation? (…) Ce départ spontané vers les grands espaces, plaines, mers, montagnes, ce recours au moyen de transport élémentaire comme la marche à pied, cet exode de la Cité, c’est la grande réaction du XXe siècle contre les formes d’habitat et de vie perfectionnées devenues à la longue intolérables parce que privées de joie, d’émotions, de richesses naturelles. J’en puise la certitude en moi-même. (…) Il faut que ça change… Cette vie ne peut pas durer » (5)

Le rêve ajiste se terminera pourtant sur une note désenchantée, comme le montre Nouveaux Cathares pour Montségur, (6) où celui qui est devenu Saint-Loup règle ses comptes avec ses anciens camarades des Auberges de Jeunesse.

Voyageant partout en Europe - et même en Allemagne - il noue des contacts avec les responsables des Jeunesses hitlériennes, et avec grand plaisir, découvre ce pays national socialiste, régime pour lequel il n’éprouve cependant aucune sympathie.

 

Une nouvelle vision de l’Allemagne

C’est lors d’un voyage à New York, pour le Congrès mondial de la jeunesse de 1938, que s’amorce la transformation politique de Marc Augier. Stupéfait par l’hostilité déclarée à l’égard de l’Allemagne et des accusations mensongères portées contre elle et ses alliés, il décide de prendre ses distances avec la SFIO. Si l’espoir d’un Goncourt s’éloigne, l’assurance d’une vie libre et détachée des contingences matérielles, des compromissions et des servitudes s’annonce à grands pas!

L’élément déclencheur pour le futur Saint Loup reste sa rencontre avec Alphonse de Chateaubriand. (7) L’influence de l’auteur de La gerbe des forces, modifie son point de vue sur l’Allemagne de façon radicale. Voyageant en Grèce lorsque la guerre éclate, ce pacifiste pourrait se tenir à l’écart du conflit. Il choisit pourtant de rentrer en France. Après la défaite, Marc Augier se lance dans le journalisme politique. Avec son vieux maître à penser, il crée La Gerbe, journal évidemment germanophile, national-socialiste et favorable au collaborationnisme. Il participe au Groupe Collaboration, dont il dirige la branche jeunesse : Les Jeunes de l’Europe Nouvelle.

A nouveau déçu par la politique et ses intrigues, il quitte Paris pour répondre à l’appel de la montagne, et rencontre les membres des Chantiers de jeunesse, dont il s’inspirera pour Face Nord. « Une minute de paix, c’est toujours bon à prendre… » Ce répit ne pouvait cependant pas durer, et les événements ont tôt fait de tirer les hommes de leurs retraites, pour les lancer avec violence dans le chaos du conflit civilisationnel qui commence entre les deux géants européens : en 1941, l’Allemagne attaque l’URSS.

Marc Augier, en homme d’action qui se respecte, s’engage immédiatement dans la LVF. Il veut tenir sa place dans la grande geste de la chevalerie motorisée qui déferle sur l’Union Soviétique. « Le combat est là-bas… Et non pas aux terrasses des cafés parisiens »

 

La croisade anti-bolchevique de la chevalerie motorisée       

 

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S’il participe à cette épopée dont il sera bientôt le chantre, ce n’est pas par amour immodéré de l’Allemagne! Il est conscient qu’elle n’en aurait que faire et que « notre amour la choquerait comme une manifestation impudique de notre absence de patriotisme »(8) Il suffit de relire ses deux « causeries » données en mai et octobre 1941 sous l’égide du groupe Collaboration. Paradoxalement, sa motivation première, reste encore et toujours la paix. La paix pour « un peuple exsangue comme le nôtre, mutilé dans sa chair en 1914, mutilé dans son équilibre racial par les apports d’étrangers ». (9) La seconde raison de son engagement est en relation directe avec son anti-communisme devenu virulent. Comme pour une majorité de personnes à l’époque, l’heure du choix est venue entre le National-socialisme et le Communisme. Or, le culte matérialiste du marxisme ne peut séduire un homme tel que lui ; non plus que le collectivisme ou le déterminisme historique ne peuvent convaincre cet individualiste nietzschéen.

Son engagement s’explique aussi par la foi en un vrai socialisme, que seule peut encore apporter l’Allemagne : « Pendant que nous nous complaisions dans un verbalisme égalitaire, l’Allemagne prenait la route du socialisme de l’action » (10) Enfin, « Hitler a promis une paix révolutionnaire » pour la grande Europe socialiste dont rêve Marc Augier. « Nous devons donc être présents à cette paix, associés dans cette paix. » Et le seul moyen est bien entendu, « de participer au combat qui seul nous donnera des droits ». (11) Dans la croisade européenne contre le bolchevisme, c’est à la chevalerie de tailler la part des futurs dirigeants de l’Europe Nouvelle. On notera que le général à titre provisoire De Gaulle, réfugié en Angleterre, est animé de la même idée, mais dans le camp opposé! A la différence près que Marc Augier mettra sa peau au bout de ses idées, comme le dît un jour, un autre adversaire de De Gaulle…

Dans son ouvrage Les Partisans, le sergent Augier raconte en effet ses propres faits d’armes. Correspondant de guerre pour La Gerbe, il combat le bolchevisme en participant à des « commandos de chasse » contre les partisans russes. Après plusieurs opérations, c’est la blessure et le rapatriement ; pour lui, la guerre sur le front russe est terminée. Qu’à cela ne tienne, il servira autrement! Rapidement, il prend en charge la conception du Combattant européen, organe de la LVF. Il dirige ensuite Devenir, lorsque la LVF est versée dans la SS pour devenir la Division Charlemagne.

 

Le crépuscule des Dieux d’Augier « der wolff »

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A nouveau, un livre sert de support à ces événements : Götterdammerung, ou rencontre avec la bête. Cet ouvrage, c’est l’Allemagne de la fin de la guerre, ses villes atrocement bombardées, les milliers de cadavres, les ruines, l’horreur des bombes au phosphore qui dévorent bâtiments comme êtres humains, transformant le tout en un horrible magma… Mais c’est surtout le parcours initiatique de Marc Augier, qui rejoint le sanctuaire de l’Ordre Noir à Hildesheim. C’est aussi le nouvel initié qui assiste au Crépuscule des Dieux, fuyant à travers l’Europe à feu et à sang, assistant à la chute de l’Italie mussolinienne, avant de rentrer clandestinement à Paris. Condamné à mort par contumace, sans argent, sans papiers, sans logement, et sans épouse puisqu’il a divorcé, caché par des moines rue de la Source, Marc Augier achève son roman Face Nord, et devient Saint-Loup (12). Edité chez Arthaud, il obtient une avance sur ses droits d’auteur et achète un aller simple pour Rio de Janeiro, où il trouvera refuge et protection contre la Bête Immonde.

 

La littérature comme nouveau champs de bataille

La guerre terminée, l’exilé finit par rentrer en France en 1950, où il recommence à écrire. Pour lui, le combat continue. Après la découverte de son identité réelle, Saint Loup fait scandale dans les milieux mondains du parti communiste et chez les conformistes de tous bords : en 1963, sort un ouvrage intitulé Les Volontaires. Pour la première fois, un auteur raconte la geste des Waffen SS français sans y aller de son commentaire réprobateur écrit du bout d’une plume effarouchée… Le succès est immense auprès des vrais lecteurs, c’est à dire du public. Suivent rapidement deux autres tomes, achevant la trilogie de cette épopée moderne : Les Hérétiques et Les Nostalgiques.

les 3 livres

Outre la valeur historique qu’offrent ces documents, ainsi que l’assurance de passer d’excellents moments en dévorant cette littérature guerrière absolument palpitante, cette trilogie se charge d’un sens politique, philosophique et peut-être même religieux! C’est le message d’un témoin, d’un porteur de lumière qui transmet le flambeau de la fidélité aux générations nouvelles. C’est la perpétuation des idéaux politiques de cet homme à travers ses livres ; c’est aussi le souvenir d’une lutte qui doit exalter les esprits et inciter aux combats futurs, ainsi que les concevaient les Celtes lorsqu’ils racontaient les exploits de Cuchulainn à leurs enfants. Ces livres portent l’espoir d’un renouveau, d’un retour de la Lumière. Il est donc véritablement possible d’intégrer cette histoire aux légendes indo-européennes à raconter dans les temps futurs. La trilogie épique se charge alors d’un sens véritablement pédagogique, qu’on approuve ou non son contenu. L’auteur estime que rien n’est perdu, et se réfère à la théorie nietzschéenne de « la plus longue mémoire » et au « soleil invaincu » de nos ancêtres païens.

Si cet attachement à l’honneur de la parole donnée et à la fidélité dans l’adversité constitue à lui seul un grand exemple, là ne réside pas seulement le legs de Saint-Loup aux jeunes générations.

 

Le goût de la peau de l’aurochs et le retour à la vie

Un adolescent citadin ne peut que s’émerveiller, lorsque découvrant la nature, il finit par oser se mesurer à elle, et sent monter à sa bouche, puis dans toutes les fibres de son corps, le goût de la peau de l’aurochs! La montagne délivre le plaisir absolument indescriptible de l’effort physique complet. Quelle joie devons-nous à Saint Loup d’avoir découvert ou redécouvert quelques secrets des hautes altitudes. Quel plaisir de partir au devant des cimes, de les chevaucher en se découvrant de nouvelles peurs, de nouvelles audaces!

Cet amour de l’effort et de la nature se retrouve dans des ouvrages comme La montagne, (la mer, le ciel) n’a pas voulu, Les voiliers fantômes d’Hitler, Nouveaux Cathares pour Montségur, La peau de l’aurochs et d’autres encore, tant ces thèmes sont récurrents dans l’œuvre de cet aède nietzschéen. Dans La montagne n’a pas voulu, Saint-Loup exprime avec force et sensibilité son amour de la montagne. « Dans le petit matin d’octobre, dansait une allégresse irrésistible. (…) La montagne s’abandonnait à tous les rêves. Elle sortait du cycle des orages et des grandes fêtes du soleil ; elle n’était pas encore entrée dans sa renaissance hivernale. Elle était accomplie et savoureuse comme une femme de trente ans. (…)Pas un être vivant sur les glaciers. J’étais seul pour cueillir le fruit d’automne. Les foules ne savent pas… Seuls peuvent se donner rendez-vous au point sublime qui précède les équinoxes ceux qui ont su s’affranchir des servitudes de la civilisation.

 

J’avais pleine conscience de l’égoïsme monstrueux qui me poussait à prendre possession des immensités solitaires, et j’en jouissais tout en me hâtant sur la rive du glacier. L’air était âpre comme l’odeur d’un coup de fusil. La lumière tombait sur les épaules du Chardonet et de la Verte en longues chevelures blondes presque décolorées. Le dessin des arêtes sur le ciel avait des cruautés d’eau-forte… Ah, l’homme n’est qu’un tas de boue! S’il avait une âme, il choisirait une de ces journées d’automne bouleversante pour s’en aller mourir d’amour dans la montagne, le plus haut possible ».

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Dans Face Nord, le goût du dépassement de soi est totalement magnifié : « Soudain, se produisit une chose étonnante. Guido la Meslée poussa un cri tout à fait inhumain. Il escalada le socle de neige, engagea la pioche du piolet dans la fissure, s’enleva à la force du poignet… Ses jambes battaient dans le vide. Il ne se maintenait plus que d’une main au manche de l’outil. De l’autre, il fouillait la neige, à la recherche d’une prise plus élevée. Il sentait ses forces décuplées. Une volonté supérieure commandait à ses gestes. Son âme éclatait, sous la pression d’une joie dont la tension suivait le flux et le reflux de son sang. Tantôt recueillie, pleine comme un chant d’orgue sous des voûtes, tantôt dissipatrice et furieuse, comme celle du soudard qui s’apprête à piller et à violer dans la cité conquise… Tout en multipliant les efforts pour se rétablir, Guido sentait que cette joie, découverte à l’extrême pointe du risque, ouvrait des perspectives nouvelles dans sa vie. Sans elle, il ne pouvait plus, désormais, vivre sa vie… »

Saint Loup guide le lecteur sur le chemin de cette « grande santé qui a pour nom paganisme », comme le dit Pierre Vial, car il donne du sens à l’action physique. Au delà du goût de l’effort retrouvé, celui, délicieux et puissant de la peau de l’aurochs, il y a les retrouvailles avec les antiques racines de nos ancêtres.

 

Le combat pour l’Europe Blanche aux cent drapeaux

Voici d’ailleurs le domaine où Saint-Loup prend toute son importance : celui de l’identité! Cet auteur peut aider un jeune Européen à comprendre qui il est vraiment, et surtout, qui il n’est pas! La lecture des ouvrages du cycle des patries charnelles est édifiante pour tout européen en quête d’identité. A l’heure de la mondialisation et de la désuétude progressive de l’état-nation jacobin, il est bon de retrouver nos racines. Avec Saint-Loup, nous redécouvrons que nous sommes le peuple des bois et des forêts, le peuple des mers et de l’océan ; celui des pierres levées, des bâtisseurs de cathédrales et des découvreurs de terres. Nos ancêtres étaient des Celtes, des Germains, des Latins, des Slaves, des Scandinaves. Leurs vagues irrépressibles ont déferlé sur le monde et l’ont soumis à leur volonté prométhéenne. Jamais de musée chez eux, car leur fier regard clair et brillant était tourné vers l’avenir et l’action. Pas de folklore non plus, mais des traditions vivantes et en mouvement, car comme le dit Saint-Loup « le folklore est la honte d’une ethnie encore vivante et qui n’ose plus s’affirmer souveraine ».

A l’intérieur de ces peuples, des particularismes régionaux fondés sur l’ethnie, la langue et de solides traditions enracinées en profondeur. L’historien objectif doit bien noter que jusqu’en 1789, ces particularismes étaient préservés grâce à la monarchie, par une législation respectueuse des différences et sagement décentralisatrice. Aujourd’hui, une interprétation outrancière et tendancieuse du christianisme alliée au messianisme des Droits de l’Homme, véritable religion nouvelle, tente de détruire les derniers vestiges de l’identité.

 

Les patries charnelles

Contre le cosmopolitisme et le métissage généralisé, Saint-Loup propose cette forme d’ethno-différencialisme qu’est le concept de « patrie charnelle » : une communauté ethniquement homogène sur un territoire délimité par l’histoire, la langue et les coutumes. Cette notion politique permet, bien mieux que l’état-nation ou le concept universaliste de « citoyen du monde » de préserver les différences, ou pour mieux dire, les identités. La patrie charnelle est le rempart à l’impérialisme et à l’uniformisation, fille perverse du multiculturalisme ultra-libéral. Au delà de ces idéologies dépersonnalisantes, la patrie charnelle correspond à une réalité tangible, reposant sur un fondement biologique et territorial : la terre et les morts, pour reprendre Barrés. Selon Saint-Loup, seule cette base pourrait permettre de dépasser l’Etat-nation pour accéder au stade de l’Europe unifiée : il s’agit là de sa principale conviction, créer l’Europe des patries charnelles, l’Europe aux cent drapeaux dont parle également Yann Fouéré. Pour lui, seule une Fédération de régions peut réaliser l’Union Identitaire Européenne sans danger de perte irrémédiable d’un enracinement multiséculaire. Ce concept basé sur le fédéralisme biologique et écologique au sens véritable du terme (le refus d’une mixité contre-nature dans le monde animal, et l’existence naturelle de frontières pour chaque espèce), permet enfin d’accéder au véritable socialisme. Celui ci ne peut exister que dans une circonscription réduite à la communauté ethnique, car il se pare dans cette circonstance d’une solidarité fondée sur le réel, et non sur des abstractions : c’est le simplissime mais merveilleux truisme de Poujade : « j’aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines et mes voisines que des étrangers… »

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Dépassant les idéaux universalistes, le socialisme identitaire fait appel à une volonté commune de se préserver et de se soutenir. C’est un facteur de renforcement de cette cellule de base de la future Fédération européenne. Mais par dessus tout, sans le retour aux patries charnelles, impossible de lutter contre les assauts du métissage et du cosmopolitisme. Voici, aujourd’hui, pour les jeunes générations, le défi lancé par Saint-Loup : « La jeunesse française qui, hier, vivait dans les ténèbres, à laquelle manquait un idéal, qui avait perdu la foi dans les destinées de la patrie, sera éblouie demain par la tâche qui l’attend : refaire l’Europe ». Une seule question se pose : saurons-nous, nous mêmes et nos descendants, reconquérir le Graal, et redevenir les « hommes-dieux » des légendes celtiques et païennes?

Serons-nous capables de préserver notre identité? Saurons-nous, par le soin rigoureux de nos unions et celles de nos descendants, méthodiquement recréer une génération « biologiquement supérieure » nous permettant enfin de retrouver l’authentique Graal selon Saint-Loup? C’est là tout l’enjeu d’un ouvrage comme « Plus de pardon pour les Bretons », où une fée vient redonner un sang neuf aux Elus.

Mais face aux dangers et aux catastrophes montantes, peut-être devrons-nous plutôt nous inspirer d’ouvrages tels que « La peau de l’aurochs » ou « La république du Mont-Blanc ». Ces livres durs et héroïques montrent d’une certaine façon, la route à suivre si la situation devait empirer. Face au règne du matérialisme athée et destructeur d’identité, puis face à l’invasion du sol par des masses allogènes et au danger de métissage généralisé, les populations doivent choisir entre la collaboration entraînant la perte de leurs particularités ethniques et culturelles, ou l’abandon total de leurs biens, pour tout reconstruire dans le cadre d’une nouvelle société basée sur l’effort, le dépassement de soi, le retour à une vie naturelle et à une spiritualité païenne. Saint-Loup définit ainsi pour ce dernier clan les éléments subjectifs d’auto-identification, permettant à cette civilisation naissante de trouver une nouvelle manière et une nouvelle raison d’exister. Celle-ci diffère totalement et même s’oppose à l’ancien mode de vie. Désormais, ainsi que pourrait l’exprimer Julien Freund dans sa vision « ami/ennemi », c’est « Nous » contre « Eux »!

Dans cette société ethniquement homogène et reposant sur le culte de la terre et des morts, le socialisme authentique, le « socialisme de l’action » peut enfin se développer. Voici donc réunies toutes les valeurs fondamentales permettant de répondre aux questions ontologiques posées à tous les membres d’une civilisation : d’où venons-nous? Qui sommes-nous? Où allons-nous et pourquoi? Dans cette société antimatérialiste, Saint-Loup présente des personnages débarrassés de toutes les idoles débilitantes et des servitudes matérielles, des hommes libres et attachés à leur territoire devant lesquels se profile le vrai sens de la vie : préserver et perpétuer sa lignée ; transmettre un héritage et un patrimoine ; se préparer au mieux à affronter la mort et à continuer la longue marche, les yeux tournés vers le soleil.

 

Résistance et Reconquête!

Aujourd’hui Saint-Loup s’est retiré au Walhalla, mais sa lumière reste invaincue. De sa personnalité et de son œuvre riche, dure et généreuse se tirent de grandes leçons et la persistance des espoirs pour l’avenir.

Honneur et Fidélité, Dépassement de soi et goût de l’aventure, enracinement et identité constituent les grands enseignements de Saint-Loup.

Quant aux espérances, elles résident dans la certitude d’une Histoire cyclique et de l’éternel retour de la puissance, pourvu qu’entrés dans l’hiver de leur civilisation, les Européens continuent de combattre et d’espérer, car rappelons-nous « qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ».

Saint-Loup nous enseigne aussi que le mythe de l’Impérialisme bienveillant de la social-démocratie rousseauiste (américaine aujourd’hui, on ne sait trop quoi demain) doit être brisé, comme n’importe quelle autre idole ; qu’ainsi que le dit Thomas Hobbes, « homo homine lupus » : l’homme est un loup pour l’homme ; et l’on pourra dire ou faire tout ce que l’on veut pour le nier, au delà de l’économie comme moteur de l’histoire, il y a le choc des civilisations, qui ne peuvent cohabiter pacifiquement bien longtemps… La base d’une civilisation repose sur un socle ethnique, qu’on le veuille ou non!

Saint-Loup écrivait pour la jeunesse européenne. Ses écrits peuvent bien faire s’étouffer de stupeur et de rage les sectateurs du mondialisme et du multiracialisme, outrer SOS racisme et la LICRA, peu importe! Après tout, la jeunesse européenne, c’est nous!

Jean-Jacques Matringhem

(14 janvier 2008)

notes:
1. Philippe Conrad, Rencontre avec Saint-Loup, « De Marc Augier à Saint-Loup, l’itinéraire d’un hérétique, Les Amis de Saint-Loup, Paris, 1991.
2. Ibid
3. Saint-Loup, Solstice en Laponie,
4. Saint-Loup, J’ai vu l’Allemagne, Editions du Flambeau, 1991.
5. Ibid.
6. Saint-Loup, Nouveaux Cathares pour Montségur, Editions Avalon, 1986.
7. J’ai vu l’Allemagne, op. Cit.
8. Ibid.
9. Ibid.
10. Ibid.
11. Ibid.
12. Ce refuge chez des moines, et ce pseudonyme chrétien, même si l’on sait pourquoi il a été choisi, peuvent laisser supposer que Marc Augier n’était pas aussi anti-chrétien que certains veulent bien le dire. On imagine sans peine le mépris qu’il devait nourrir pour les Gaillot et autres curés de gauche. Mais à voir sa respectueuse description de Monseigneur Mayol de Luppé, il peut sembler que Saint-Loup pouvait s’entendre avec des personnes cultivant ce que Drieu la Rochelle nommait « le christianisme viril du Moyen-Age ».

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Suède. Poignardé par un clandestin soudanais en tentant de sauver une jeune fille d’un viol

Le 11 mai 2020, Tommie Lindh, 19 ans, tombait sous les coups de couteau d’un soudanais de 22 ans en tentant d’empêcher que ce dernier ne viole une adolescente de 14 ans, à Härnösand.

 

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Tommie Lindh était un militant nationaliste pour le parti “Alternative for Sweden” (Alternativ för Sverige). Il était donc parfaitement conscient du danger que pose l’immigration extra-européenne pour son pays, et pour l’Occident en général.

Il a été poignardé par un clandestin soudanais alors qu’il tentait de s’interposer pour défendre une jeune fille de 14 ans que l’individu de 22 ans, Abubaker Mohamed, essayait de violer.

Emmené à l’hôpital, il a finalement succombé à ses blessures. Lors d’une audience au tribunal, le criminel a nié les crimes dont il est accusé à savoir meurtre, viol, menaces illégales graves et sévices graves. Le procureur a par ailleurs fait savoir que le clandestin est également soupçonné d’avoir commis deux viols, l’un grave et l’autre dit de “degré normal” contre une victime le même dimanche où le meurtre a été commis.

Des nationalistes du monde entier ont rendu hommage à leur camarade Tommie Lindh : en Pologne, en Finlande, en Hongrie mais aussi en France à Paris et Toulouse notamment et même jusqu’aux Etats-Unis.

L’immigration en Suède, et le remplacement progressif de la population de souche européenne.

C’est à partir des années 70 80 que l’immigration extra-occidentale se développe en Suède. La part dans la population d’immigrés occidentaux se fixe en effet entre 5,5 et 6% dès 1970 pour ne quasiment plus en bouger.

La part d’immigrés extra-occidentaux passe en revanche d’à peine 1% en 1970 à 10, 5% en 2015. Notons que le statut d’ « immigré » ne s’obtient en Suède qu’à certaines conditions assez exigeantes et longues. Cette part ne reflète donc pas les demandeurs d’asile ou les réfugiés. Parmi ces immigrés extra-européens, le taux de retour au pays natal est de 4% à peine.

Selon l’office Suédois des statistiques, la population suédoise de 2017 était composée à 18, 5% de personnes nées à l’étranger. Si on ajoute la seconde génération d’immigrés nés en Suède de 2 parents étrangers, c’est 24,1% de la population suédoise soit 2,4 millions d’habitants qui sont totalisés.

Le journal l’Etudiant libre s’est d’ailleurs intéressé au profil de ces immigrés qui changent le visage de ce pays scandinave (certains balades en périphérie de Stockholm ressemblent plus au film Hôtel Rwanda qu’à la série Vikings…)

La population afghane n’était pas représentée en 1990. En 2017 on dénombre 43 991 ressortissants. Les somaliens passent de 100 en 1980 à 66 369 en 2017. 

De 8.236 Afghans accueillis en 2018, on notera d’ailleurs que 6.120 sont des hommes et seulement 2.116 des femmes.

La population africaine dans son ensemble passe de 79 en 1970 à 207.886 en 2017, et la population asiatique de 87 à 697.117. 

La conclusion ira à l’auteur du blog Jereinforme, auteur lui aussi d’un papier sur cette affaire :

Si la ville de Malmö est désormais surnommée “la capitale du viol”, ce n’est évidemment pas en raison d’une quelconque résurgence d’une “culture du viol” occidentale fantasmée, mais simplement parce que les dirigeants suédois ont importé chez eux des dizaines de milliers d’extra-européens. 

 La majorité des dirigeants européens depuis 50 ans a fait de même. Ils seront retenus comme des traîtres à leur pays et à leur peuple, tandis qu’on se souviendra de Tommie Lindh comme d’un martyr.

Sources :  Breizh-info.com

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