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Les noms de nos villes et villages portent le lointain message de leur création, message écrit dans une langue disparue, mais qui désignait sans ambiguïté, à l'âge du bronze, leur fonction ou leur appartenance.

Auzeville n'échappe pas à cette règle toponymique et nous allons tenter d'apporter notre éclairage sur ce qu'a pu être la genèse de son nom, en prenant pour base une hypothèse essentielle : la toponymie du Lauragais est la création de populations sédentaires d'origine locale parlant la langue celte.

Pour la méthode d'analyse des toponymes, nous procéderons d’abord à leur segmentation pour ensuite rapprocher chaque élément du dictionnaire des 'Thèmes nominaux du gaulois de Xavier Delamarre  ed. les Cent Chemins'.

Le suffixe ' ville ' d'Auzeville ne fait pas débat et s'apparente communément à un domaine agricole comme nombre de communes (Ramonville, Gameville, Donneville …)  à une époque où toutes les terres ne sont pas défrichées et mises en culture. C'est dans le radical 'Auze' (ou osa, euze  )  qu'il faut trouver la véritable identité du village, radical Auze partagé par nombre de communes et toponymes locaux : Auzielle, Lauzerville, Vigoulet-Auzil, le ruisseau le Sauzat, Pompertuzat ( Pompertauzat ), Auzas, Eauze ( l'ancienne Elisiodunum), l'ancienne Elusiodunum ( Montferrand aujourd'hui) … Ce radical, auz, osa définit par conséquent une identité collective régionale, un peuple celte puisque c'est ainsi que se désignaient eux-mêmes ceux qui seront plus tard nommés  gaulois par les romains,  et c'est sans surprise que le radical osa prouve sa prééminence dans le nom de  la capitale régionale, Toulouse, Tolosa, Tol Osa.

Pour comprendre la signification de Tolosa, nous reviendrons plus tard sur le préfixe celte Tol de Tolosa, mais restons sur la traduction de Osa.

 

Le chêne vert

Osa, conservé en occitan sous sa forme originelle Euze, désigne le chêne vert ou la yeuse en français *, c'est un arbre du midi de la France qui appartient aux cultes naturalistes des celtes (culte attesté par les autels votifs aux six arbres -sex arboribus découverts dans la région ( cf Inscriptions Antiques des Pyrénées de J. Sacaze réédition SSablayrolles) Le peuple celte du midi, les Euzes, s'identifie donc géographiquement et cultuellement par son arbre sacré, un arbre à feuilles persistantes des régions méridionales. De manière analogue, le peuple des Ardennes, les Eburons, s'identifie par son arbre sacré, l'If des régions  septentrionales ( Eburo, l'if cf Thèmes nominaux du Gaulois de X. Delamarre), le peuple du Limousin, les Lemovices , par l'Orme.

Sur la voie de la désignation d'un peuple, César cite, dans la Guerre des Gaules, les Elusates d'Elisiodunum (Eauze) 'vaincus' (une négociation en réalité) par Publius Crassus en 56 Av JC, elusates, elu-auz-sates que nous pouvons transcrire par elu - (nombreux cf Delamarre) – auz - ( les Auzes ) - sates étant un collectif (du celte sati) les auzes nombreux. En 56 AV JC, ce peuple des elusates  perd son indépendance et entre sous domination de Rome de même que ses voisins aquitains (dont le nom de certains rappelle Auz :  Ausci Sibuzates, Tarusates, Cocosates ) alors que les Tolosates et les peuples à l'Est de Tolosa sont rattachés à Rome depuis le deuxième siècle AV JC ce qui établit une scission dans l'unité du peuple des Auzes datant de plus de deux siècles si leurs noms reflètent bien  une unité ethnique ou politique à l'origine.

 

Les volques tectosages

Ces peuples situés à l'Est de Toulouse jusqu'à Narbonne, sont désignés par l'historien grec Strabon (68 AV JC, 23 AP JC   ) et César, par Volques Tectosages, désignation  que nous analysons ainsi :  Volques Tectosages, Volks Tect -osa- ageos, Volks (du celtique peuples), Tectosages , Tect ( domaine – cf Delamarre ) , osa ( les Auzes), ageos ( les guerriers  - seigneurs - cf Delamarre), volks  tect-osa-ageos, en français 'les peuples des guerriers du territoire de la Yeuse' ** ( que nous préférons largement aux  traductions  en vogue _ 'ceux qui cherchent un toit' (!) ou les 'prédateurs'  ceux qui cherchent du butin , 'les pillards' (!) _ qui résultent de segmentations fautives ).

Au centre du pays des Tectosages, entre Toulouse et Narbonne, nous décomposons phonétiquement la lecture toponymique de Carcassonne en Ker - casse - one, le peuple (one) du chêne (casse) de rocher ( ker), ce chêne de rocher évoque à nouveau le chêne vert, la Yeuse à feuilles persistantes.

Cette constance des Tectosages à identifier leur lignée par un végétal méridional éclaire le débat sur l'origine autochtone de ce peuple et c'est bien une lecture fautive de son étymologie ( voir Pierre Yves Milcent : les Tectosages archive ouverte HAL 2015) qui a conduit certains érudits à postuler leur origine allochtone, la Bohême d'abord  puis maintenant  la péninsule ibérique, en plongeant l'analyse toponymique et historique dans une impasse conceptuelle majeure ( cf Pailler : Toulouse naissance d'une ville).

 

Tolosa

De Carcassonne, remontons la voie aquitaine vers Toulouse, pour étudier le préfixe Tol de Tolosa que nous avions laissé de côté.

L'élément Toul (Tol) appartient au  celtique Tullos (breton toull   qui signifie, trou , passage ) dérivant vers un passage où l'on prélève une taxe ( moyen anglais tol, tolle, de l’anglo-saxon tol, toll, toln (péage ,  taxe »,  douane), du proto-germanique *tullō (« ce qui est compté ou dit »), du proto-indo-européen *dol- (“calculation, fraud”) https://fr.wiktionary.org/wiki/toll [archive]  ( en anglais moderne toll, péage, en allemand moderne Zoll ( prononcer Tsoll), douane ).

L'interprétation celtique du toponyme Tolosa, Toll-osa  que l’on peut traduire par Passage des Auzes  ou encore  Péage des Auzes ) fait donc de Toulouse de l’âge du bronze,  le point de collecte par les Auzes, des taxes sur le trafic commercial de la Garonne, taxes qui passeront ultérieurement sous le contrôle des romains comme le relatera le célèbre avocat romain Cicéron  en 69 avant Jésus Christ  dans le plaidoyer pour Fonteius (la taxe est de 4 deniers par amphore de vin  à Tolosa, 6 deniers à Elusio).  C’est bien cette position privilégiée pour le commerce que Strabon mentionne : «  Tolosa est située dans la partie la plus étroite de l'isthme compris entre l'Océan et la mer de Narbonne « . Le port de la Tolosa protohistorique se situe précisément au niveau du bras de la Garonnette aujourd'hui asséchée (cf Tolosa Celtique de J. Mayer http://geopolintel.fr/article4293.html ). Enrichie par le commerce du vin italien et de l’étain de Cornouailles qui alimente l’ensemble des pays méditerranéens pour la fabrication d’armes et d’outils en bronze, la Tolosa protohistorique crée sur son pourtour de riches domaines agricoles, les  villa, devenus ‘villes‘ dans les toponymes actuels comme Auzeville, et organise des banquets somptueux, copieusement arrosés de vins italiens, avec pour spectacle  des courses de chevaux, banquets et hippodromes  dont il reste les vestiges archéologiques sur les coteaux bordant Auzeville. (Vieil Tolosa nous semble homophone de vegno tolosa, les voitures attelées de tolosa). Le statère d'or en illustration, à l'effigie de Vercingetorix, illustre la passion des gaulois pour le vin et les courses de chevaux.La légende de l’or de Tolosa ne provient pas du pillage de Delphes, comme l’atteste Strabon, mais des droits de navigation sur la Garonne. Cet ‘or de malheur’ qui était déposé en offrande aux divinités dans les étangs proches de Tolosa, selon toute vraisemblance les étangs alimentés par le ruisseau le Sauzat, à proximité de l’actuel quartier du Buscat, inutile de le chercher à Auzeville par conséquent,  car il fut pillé par les Romains lors de la guerre des Cimbres en 101 AV JC !

Le qualificatif de Tolosane ne fut attribué à Auzeville qu'au 20e siècle pour différencier la commune de son presque homonyme en Argonne : Auzéville.

Il nous reste à éclaircir le toponyme de Lauragais d’Auzeville en Lauragais.

 

Le Lauragais

Quand le Comte de Foix rassemble à Toulouse en Avril 1211, pour les conduire à la bataille de Montgey, les troupes fournies par Raymond VI sur l’actuelle Place St Georges, celle-ci  a conservé le nom antique de Place d’Ageion, ainsi que la porte du rempart romain voisin, porte  qui s'ouvre sur le Lauragais (cf l’Histoire des Albigeois de Guillaume de Puylaurens rédigée vers 1273 citée par Noé Batigne). Ageion est une divinité païenne authentifiée par l’épigraphie de plusieurs autels votifs régionaux ( cf J. Sacaze, Sablayrolles) dont le nom subsiste au moyen-âge. Franchissant la porte d’Ageion, le Comte de Foix s’est rendu à Montgey (Mont Ageion) en traversant le village de Montégut (Mont Ageion) non loin du village d’Agut ( Ageion ). Nous avons rencontré plus haut dans ce texte Ageion sous la forme plurielle ageos (les guerriers : X. Delamarre) dans le nom de peuple les Tectosages. Ces guerriers tectosages sont identifiés par leur divinité de tutelle Ageion, de manière similaire, les parachutistes de Castres seraient aujourd'hui dénommés comme leur Saint protecteur, les St Michel. La place d'Ageion sera naturellement christianisée au moyen-âge et remplacée fort logiquement par un Saint, guerrier lui-aussi, et de phonétique proche, Saint Georges, terrassant le dragon. Dans Laur-agais nous pouvons donc reconnaître le agais de ageos et voir une analogie de   construction entre Tect-osa-ageos et Laur- ageos, ‘les guerriers Laur’. Enfin par analogie avec Elusates vu plus haut et en reconstruisant l’élision du ‘e’ sur Laur, nous obtenons elaur -ageos corrigé en  elu rageos et au final     elu - ro - ageos – que nous traduisons ageos - les guerriers, - ro- très, elu - nombreux (cf X. Delamarre).

Lauragais, (occitan Lauragués), eluroageos, le peuple des guerriers très nombreux.

On observera que les trois termes Lauragais, Tectosages et Elusates sont trois variantes de la désignation d'un même peuple et qu'ils présentent une sorte de continuité lexicale :  les guerriers très nombreux, les guerriers du territoire de l'Euze, les Euzes nombreux.

Au terme de ce parcours toponymique nous traduisons en français actuel

                                                 Auzeville Tolosane en Lauragais :

Domaine cultivé du peuple de la Yeuse, peuple du Passage aux guerriers très nombreux

Jean Pierre Mayer

Auzeville Tolosane

le 31/10/25

 

Notes :

* A l'exception du Gascon qui attribue le terme Tauzin à un chêne pyrénéen à feuilles caduques

** Le T de Tauzin pouvant se rapprocher de  Tect Osa, 'le territoire de la yeuse' pourrait se comprendre par 'la yeuse du territoire' qui serait alors la variété à feuilles caduques