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Le prénom est un marqueur d’origine sociale (ici au collège Chaptal dans le 8e à Paris).THIBAUD MORITZ / AFP

 

Zélie, Bertille, Hippolyte... À l’inverse de Jason, Kylian ou Mehdi, ces prénoms apparaissent bien plus souvent parmi les élèves qui obtiennent les meilleures mentions au brevet.

Les résultats du brevet 2026 sont publiés entre le 8 et le 10 juillet. Vaut-il mieux s’appeler «Clémence» ou «Thomas» que «Dylan» ou «Cassandra» pour avoir les meilleurs résultats au diplôme national du brevet ? Sur le papier, les 853 874 candidats au brevet 2026 avaient les mêmes chances : c’est le principe d’un examen national. Pour autant, le prénom est un marqueur de l’origine sociale qui, c’est bien connu, a une incidence sur la réussite scolaire. Pour en avoir le cœur net, le Figaro a analysé les prénoms des 115.881 candidats au brevet général et professionnel 2025 ayant accepté de diffuser leurs résultats.

À noter que seuls les prénoms ayant plus de 30 occurrences ont été retenus et que les données des 14,5% de candidats ayant échoué à l’examen ne sont pas disponibles. Un échantillon partiel donc, mais suffisamment important pour être pertinent. Quels prénoms portent les collégiens ayant obtenu les meilleures mentions ? Et ceux qui ont été reçus sans mention ?

 

Mention «très bien» : les prénoms de filles ressortent

En 2025, les Zélie et les Bertille sont les plus nombreuses à avoir obtenu la mention «très bien» (plus de 50%) quand les Imrane (0%) et les Jason (3,3%) étaient les moins nombreux. Dans cette même catégorie, les Albane (49,2%), les Apolline (48,2%) et les Lilas (46,9%) ressortent aussi du lot. Au-delà de la connotation bourgeoise de ces prénoms, on notera la surreprésentation des filles : seul un prénom masculin, Hippolyte (45,9%), figure parmi les dix prénoms ayant obtenu le plus de mentions «très bien». Parmi les 16,1% de candidats reçus sans mention en 2025, le résultat est inverse. Beaucoup de garçons et des prénoms qui renvoient aux classes populaires et aux familles issues de l’immigration. Les plus nombreux sont les Marina (56,7%) et les Jason (50%). Arrivent ensuite les Cyril, Kevin, Kilyan, Angélina, Leelou, Ilyès, Adeline, Allan, Djibril, Cédric, Angéla, Mehdi et Abdallah, qui sont 40% ou plus à avoir obtenu leur brevet sans mention. Sans surprise, les prénoms les plus répandus chez les brevetés sont Enzo pour les garçons et Emma pour les filles, qui sont aussi parmi les prénoms les plus donnés en France. 13,8% des Enzo ont obtenu une mention «très bien», contre 15,4% des Emma.

 

Le prénom, révélateur de l’origine sociale

«Le prénom lui-même ne joue aucun rôle dans cette histoire, rappelle le sociologue Baptiste Coulmont, qui a publié pendant plusieurs années des analyses sur les prénoms des bacheliers. Les résultats au brevet ne dépendent pas des prénoms mais de l’origine sociale des élèves et notamment du niveau de diplôme des parents.» En clair, les parents dont le niveau de diplôme est le plus élevé préfèrent «Zélie» et «Hippolyte» à «Kylian» et «Mehdi».

Selon le sociologue, les classes populaires ont pris une «autonomie culturelle» après 1945 en choisissant des prénoms qui n’étaient pas «d’anciens prénoms bourgeois», mais en puisant dans les registres anglophones et celtiques. «Dans les années 80, ça pouvait être “Mickaël”, dans les années 90 “Kevin” et “Kylian” à partir des années 2000», explique-t-il.

«Ces résultats traduisent le goût des parents dans les résultats scolaires, mais ce n’est pas lié aux prénoms», poursuit le professeur à l’ENS Paris Saclay. «Comme on vit dans une société de classe, cette appartenance se manifeste dans des choix de prénoms différents et des résultats scolaires différents. Bien sûr, la réussite scolaire ne devrait pas dépendre du diplôme des parents, elle ne devrait dépendre que des capacités des enfants. Mais les enfants ont beau vouloir réussir, certains partent avec des années d’avance.»

 

Méthodologie détaillée

Pour mesurer la performance d’un prénom au brevet, la rédaction a mis au point un indice pondéré fondé sur les mentions obtenues. Chaque «très bien» vaut 3 points, chaque «bien» 2 points, chaque «assez bien» 1 point et l’admission sans mention 0 point. Pour chaque prénom, on additionne l’ensemble des points récoltés par les candidats concernés, puis on divise cette somme par le nombre de points maximum auquel ces candidats pouvaient prétendre — c’est-à-dire le nombre de candidats reçus portant ce prénom multiplié par 3, le score maximal possible par candidat. Cela permet ainsi de gommer l’effet volume, c’est-à-dire l’effet de la sur/sous-représentation de certains prénoms dans la population. Le score de performance ainsi obtenu, exprimé en pourcentage, se situe par construction entre 0 et 100, un score élevé caractérisant de bons résultats pour le prénom concerné.

 

Source : Figaro Étudiant - Eloi Passot • Jules Brablé - 06/07/2026