Résistance Identitaire Européenne

Histoire

Une anthologie des articles de Brasillach dans Révolution nationale, l'Echo de la France et La Chronique de Paris (1943/1944)

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Le 26 juillet 1943, mis en minorité au Grand Conseil fasciste, Benito Mussoloni avait remis sa démission au roi Victor-Emmanuel III, qui le fit immédiatement arrêter et qui nomma à sa place le maréchal Badoglio qui s'engagea auprès des Allemands à poursuivre la lutte à leurs côtés. Il ne tarda évidemment pas à trahir les Allemands après avoir trahi le Duce, faisant dire à Churchill, qui le méprisait profondément, qu'il était un des plus grands traîtres de l'Histoire. Robert Brasillach, brillant journaliste au journal fasciste Je Suis Partout, avait compris que la guerre était perdue, et qu'il était déraisonnable d'entraîner la jeunesse française dans une aventure sans issue. Il souhaita orienter JSP vers une voie moins politique, plus littéraire, mais ne fut pas suivi par les ultras, tels Lucien Rebatet, Alain Laubreaux et Pierre-Antoine Cousteau (dit PAC), qui tenaient à poursuivre leur politique de collaboration jusqu'au bout. Il quitta l'équipe de Je suis partout en août 1943, tout en restant fidèle à son idéal, et continuera à rédiger, certes moins souvent, des articles politiques dans un certain nombre de journaux de la Collaboration tels Révolution nationale (qui fut fondé par Eugène Deloncle, qui fut le chef de la « Cagoule »), l'Echo de la France et La Chronique de Paris. Une anthologie de ces articles passionnants nous est offerte par les remarquables éditions Pardès qui ont entrepris la réédition de tous les ouvrages de Brasillach, mais aussi de Drieu La Rochelle. Notons qu'une anthologie des articles de Brasillach, parus dans Je suis partout, est prévue dans les prochaines semaines. Nous l'attendons avec gourmandise !

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Le fascisme, « notre mal du siècle »

Peter Tame, l'excellent connaisseur de Brasillach, qui a écrit la préface, note que l'attitude de Brasillach envers les Allemands subit une métamorphose sous l'Occupation. Il avait montré, bien avant la guerre, une sympathie pour l'Allemagne nationale-socialiste tout en exprimant une certaine méfiance très maurrassienne mêlée d'amitié, devant les défilés de Nuremberg dont il avait été témoin en 1937. Mais cette amitié se transforma vite en admiration. Il exprima ainsi, lui le pacifiste, dans sa correspondance privée « une admiration objective pour la réussite du débarquement allemand partout à la fois en Norvège ». D'un collaborationnisme de raison, il ne tardera pas à arriver à un « collaborationnisme de cœur » qu'il exprimera dans son premier article paru dans Révolution nationale sous le titre « Naissance d'un sentiment ». On y lit cette déclaration d'amour: « J'aime les Allemands. Je me dis qu'ils sont courageux au-delà encore de ce qu'on savait, je me dis qu'ils sont forts, et surtout je me dis qu'ils sont des nôtre. Nous sommes des copains du même sang ». Cet article, d'une « germanophilie outrée », pèsera lourd sur l'issue de son procès. Brasillach, qui était un homme plus instinctif que doctrinaire, voyait en les Allemands qui connaissaient pourtant d'importants revers en Russie les vecteurs d'un « juste socialisme », une « construction révolutionnaire éloignée de la contagion juive et marxiste » et les libérateurs des paysans russes promis à un bel avenir, les champions du « respect des individualités et des patries ». Une vision quelque peu irénique. Mais Brasillach commettra cette phrase terrible, qui lui sera beaucoup reprochée, et qui sans doute, lui fut fatale: « Qu'on le veuille ou non, nous aurons cohabité ensemble. Les Français de quelque réflexion, durant ces années, auront plus ou moins couché avec l'Allemagne, non sans querelles, et le souvenir leur en restera doux ». L'année 1943 marqua un tournant. Les Allemands avaient été battus à Stalingrad et en Afrique du Nord. L'étau se resserrait. Pour Brasillach, commente Peter Tame, commença « le temps du dégoût », du « désespoir », du « désenchantement de la politiqu ». Le ton qui domine ses derniers articles pour Révolution nationale, alors que les Alliés viennent de débarquer, est celui du regret et de la nostalgie. Il écrit, dans un article paru le 5 février 1944: « Pouvez-vous penser qu'il ne restera pas au cœur de quelques jeunes gens éblouis le souvenir du temps mussolinien, le grand rêve d'une Italie dictant sa loi à la Méditerranée, toute la fable fasciste, avec ses mirages, ses illusions même, ses excès ? » Et de conclure: « Notre mal du siècle, qu'on le veuille ou non, c'est le fascisme ».

 

Brasillach et la religion

Brasillach n'a quasiment pas, dans ses livres, évoqué la religion. Son article, du 13 octobre 1943, paru dans Révolution nationale, n'en est que plus intéressant. Que dit-il ? Florilège: « L'Eglise a toujours subi la tentation de la théocratie. Il faut dire tout net que c'est là une idée essentiellement juive, l'essentiel même du judaïsme, où politique et religion sont toujours mêlées. L'enseignement de Jésus est, au contraire, un enseignement intérieur, le prêche du royaume qui n'est pas de ce monde ». Le pape Pie XI avait, quelques années plus tôt, consacré six évêques chinois. Commentaire de Brasillach: « Le christianisme est la religion du pain et du vin de vigne, produits méditerranéens. Il va de soi que, devant Dieu, toutes les âmes sont égales, mais cela n'empêche pas de maintenir les distinctions, voire les hiérarchies, dans le gouvernement de ces âmes: on imagine mal un pape nègre ». A propos des six évêques chinois, dont, dit Brasillach, deux sont retournés au culte des ancêtres, Brasillach évoque « le plaisir d'une belle cérémonie, d'une manœuvre anti-raciste ». Et L'auteur de s'en prendre au danger du « compromis moderniste » qui guette l'Eglise dès qu'elle se fourvoie sur le terrain politique. Evoquant le cas de l'Espagne où les curés avaient patronné la République de 1931 avant de se faire massacrer, Brasillach s'en prend à un « clergé trop souvent arriéré » qui « conte fleurette à la démocratie, à l'anglophilie, au parlementarisme, car il a ces vices dans le sang ». Et de conclure: « L'Eglise a versé dans la démagogie, et la démagogie s'est vengée ». Qu'eût dit Brasillach de Vatican II ?

 

Le national-socialisme contre le national-capitalisme

Brasillach s'en prend, dans un article paru le 23 décembre 1943, peut-être le plus passionnant de l'ouvrage, aux errements de « la cause nationaliste (comme d'ailleurs de la cause religieuse, ajoute-t-il), et à l'alliance indiscutable qu'elle a toujours maintenue avec les puissances de l'argent ». Il affirme que « la réconciliation du socialisme et de la nation est la grande tâche de la Révolution du XXème siècle ». Il critique sévèrement ces « pâles imitations françaises qu'on a pu faire du fascisme » et « la ruée des bourgeois » qui « pour la plupart ne cherchaient que des sections d'assaut et de protection à bon marché », désignant tant l'A.F. que le Faisceau, Solidarité française et même de façon quelque peu inattendue, le P.P.F. de Jacques Doriot, tous ces mouvements ayant été financés, il est vrai, à un moment ou un autre par le grand Capital, avec comme conséquence redoutable que l'on en vint à identifier le « fascisme » avec la « réaction ». Brasillach écrit ces phrases saisissantes et si justes: « On sait bien que (pour la bourgeoisie) la conservation des privilèges de l'argent reste le premier devoir, et la seule besogne sérieuse. De temps à autre, on se permet d'ailleurs quelque diversion, quelque attaque verbale contre cet argent, on chante, redressant le col, quelque chanson révolutionnaire, on tient des propos pour faire frémir les bourgeoises. Mais les bourgeoises aiment frémir, chacun sait ça ». Et Brasillach de s'en prendre à cette bourgeoisie qui sait, « pourvu que le chéri ne parte pas, que le fils ne parte pas, que le gendre ne parte pas, exhorter les autres à partir pour le sacrifice suprême, pour la civilisation en péril ». Brasillach méprise « les adeptes de la seule vraie religion, du seul vrai parti, de la seule vraie politique: le capitalisme ». « Non, nous n'avons pas de rapports avec ces gens-là », dit-il. Et de conclure: « Nous n'avons pas, nous, à aller au peuple, puisque nous sommes du peuple. Nous en sommes tout naturellement par nos soucis, par nos dégoûts, surtout par nos dégoûts ». Pour l'auteur, un ordre nouveau implique la rupture avec « le culte de l'or ». Toute la pensée politique fasciste de Brasillach se trouve en ces quelques phrases...

 

affiche bombardement de rouen 

 

Le temps des bombardements, des bobardements, du dégoût

Le débarquement anglo-saxon se rapproche. Il est là. Les bombardements tuent les populations et détruisent les plus belles villes de France. Brasillach est amer. Il évoque la « canaillerie humaine » de « ces pauvres benêts qui tremblaient de peur », quatre ans plus tôt, « dans leurs voitures de luxe » espérant l'armistice et qui aujourd'hui « se réjouissent du bruissement des planeurs dans le ciel de Normandie et du fracas des bombes de mille ou deux mille kilos ». « C'est le vainqueur qui écrit l'histoire, chacun sait ça », dit-il, à force de « bourrage de crâne ». La « bassesse humaine traîne avec soi tant de mensonges ». Il y a ces « bobardements » qui racontent que les Allemands venaient subrepticement bombarder les maisons de Caen « épargnées par les Américains » afin de faire croire qu'elles étaient démolies par leurs adversaires. Brasillach constate: « Au passif de toutes les guerres, il faut d'abord inscrire la bêtise. Telle est la nature humaine, dont on ne dit point qu'elle soit belle ». Brasillach évoque ces « civilisations assassinées », les bombardements de Florence, de Sienne, de Nuremberg. Et puis, « le crime immortel du Vieux Marché de Rouen » « les flammes ont monté du bûcher nouveau dressé autour de la place ancienne », brûlant pour la seconde fois Jeanne d'Arc. Brasillach évoque à plusieurs reprises dans ses articles cet épisode épouvantable, qui l'aura littéralement traumatisé, lui qui admirait tant Jeanne d'Arc. « Mais qui sont ceux qui nous bombardent? », s'interroge l'écrivain dans un article paru dans L'Echo de la France, le 24 mai 1944. Il évoque la littérature américaine qui permet de répondre à cette question, écrivant: « Un peuple se livre par sa littérature ». Se référant notamment à Caldwell et Steinbeck, il évoque une littérature qui « nous dépeint en quelques actes violents les réactions d'êtres prodigieusement élémentaires, de brutes effrayantes intermédiaires entre le singe et le nègre. Des hommes, des femmes qui ne savent ni lire ni écrire, volent, tuent, presque pour rien ». En attendant, ces « brutes », « ces assassins analphabètes », viennent bombarder les merveilles de l'Occident, détruisent « le Campo Santo de Pise, les fresques de Simone Martini à Sienne, le palais de justice de Rouen, les maisons de la Hanse de Hambourg, les pigeons sculptés de Nuremberg ». Brasillach cite ce mot admirable que lui a dit un menuisier d'origine italienne qui déplorait la destruction de Rouen: « Ils ont fait ça par envie. J'ai travaillé chez eux autrefois; j'ai vécu autrefois à Philadelphie. Mais ces gens-là n'ont rien... » Brasillach conclut amèrement cette séquence en évoquant le traitement de l' « arbre sacré des libertés basques » de Guernica, détruit par un bombardement allemand, ce qui suscita une intense émotion, et « le silence, le silence bestial et terrifié qui s'empare du monde devant tant d'autres disparitions plus émouvantes et plus irréparables que la mort d'un arbre ». Il ajoute: « les catholiques étaient émus de l'atteinte possible au paganisme inoffensif d'une coutume locale, mais les catholiques se taisent lorsque la ville de sainte Thérèse est réduite en décombres ».

Robert Brasillach ne se fait guère d'illusions quant au peuple français dont il dit: « Je sais que le peuple français n'a pas le goût de la vérité. Il aime ce qui lui fait plaisir, il accepte ce qui le flatte, à un degré absolument incroyable. On lui exprimerait demain que les habitants de la Lune ont décidé de venir lui rendre la semaine des quatre jeudis et des deux dimanche et le pernod pour Arthur, ils s’en trouveraient quelques-uns pour l'admettre de façon non pas métaphorique mais au pied de la lettre au nom du réalisme bien entendu, et avec le petit sourire malin de celui à qui on n'en fait pas accroire. Aussi ne faut-il pas s'étonner si pour parler à ce peuple on utilise si souvent le mensonge. »

Il restait à Robert Brasillach sept mois à vivre...

Robert Spieler – Rivarol 2021

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