Résistance Identitaire Européenne

Fêtes Païennes

La fête de Lugnasad

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Nous avons passé le solstice d’été depuis plusieurs semaines déjà, le soleil invaincu décline, cependant l’astre roi continue de réchauffer la terre et de gorger de ses rayons nos futures récoltes. Nous voici donc arrivés au moment de la célébration de la fête de Lugnasad. Les païens que nous sommes aiment à célébrer les anciens rituels, ils sont comme des phares dans l’obscurité médiocre du monde actuel où l’inversement des valeurs est de mise, signe avant-coureur du Kali Yuga, l’âge de fer, quatrième âge de la cosmogonie hindoue. Malgré ces temps incertains, le païen garde le cap et sourit dans la tempête, pleinement conscient du présent, il honore les traditions ancestrales tout en sachant être à l’écoute du futur.

 

Qu’est-ce donc au juste que cette fête de Lugnasad ?

Voici une présentation sans prétention et non exhaustive.

Lugnasad est l’une des quatre célébrations majeures du calendrier celtique avec Samain, Imbolc et Beltaine.

« Le nom de Lugnasad a subsisté en irlandais moderne pour désigner le mois d’août sous la forme lúnasa, en orthographe traditionnelle Lughnasadh : là Lughnasa est une forme anglicisée », nous indique Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc’h.

 

Le dieu Lug

Littéralement « assemblée de Lug », Lugnasad apparaît comme une fête à la principale divinité du panthéon celtique : Lug, dieu de la lumière, du savoir, et des arts, ainsi que du pouvoir, du droit et de la souveraineté. Lug est un dieu polytechnicien, il mobilise les trois fonctions indo-européennes : spirituelle et de commandement (1ère), guerrière (2ème) et productive (3ème). Ces fonctions incarnent l’équilibre de la société selon la conception indo-européenne. Cet aspect tri fonctionnel relevant de la divinité tutélaire de la fête peut nous indiquer une nature symbolique d’unité des diverses composantes de la société, rassemblées autour du dieu Lug, chef à la fois du panthéon mais également roi d’Irlande (L’aspect de la fonction royale devait également être symbolisée au niveau du monde celte continental). En célébrant Lug ce jour-là on célébrait également le rôle central du roi comme symbole garantissant la paix, la prospérité, l’abondance et la répartition des récoltes.

 

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De la nourrice de Lug, Tailtiu

Cependant, si il est vrai que la fête tire son nom du dieu Lug, nous ne devons pas oublier pour autant ses origines : des jeux funèbres en la mémoire de Tailtiu organisés à sa demande. Elle est la nourrice de Lug. Elle s’épuisa à défricher les plaines d’Irlande pour les mettre en culture et en mourut.

Nous nous rapprochons ici d’un autre symbolisme. Effectivement, nous sommes arrivés au moment où la nature nous permet des récoltes abondantes, fruit d’un bon labeur, c’est le moment où nos ancêtres remerciaient l’union sacrée de la terre-mère avec la lumière fertilisante du soleil.

Cependant la fête de Lugnasad ne s’arrête pas à un simple aspect agraire.

 

Une célébration communautaire

Lugnasad est aussi une fête communautaire par excellence. On célèbre les amitiés, les unions entre une femme et un homme, les mariages, les naissances, la continuité de la communauté à travers le temps, bref le cycle de la vie. Cette continuité communautaire doit impérativement passer par la solidarité. Mais que serait une fête, si communautaire soit-elle, sans les arts ?

 

La célébration des arts

A Lugnasad on célèbre également les arts, car le dieu Lug est, rappelons-le, un dieu polytechnicien. Que ceux qui ont un art à présenter le fassent afin de dispenser des énergies positives de création à ceux de leur clan. Rappelons-le, la musique et la danse sont une autre forme rituelle qui nous unit au cosmos. C’est la traduction corporelle de notre sensibilité spirituelle.

 

Le Concilium Galliarum

Il s’agit du Conseil des Gaules, dont le nom exact est le Concilium trium Galliarum, ou Conseil des trois Gaules, à savoir les trois grandes provinces impériales : Aquitaine, Lyonnaise et Belgique. Pourquoi ce passage ? Si le nom de ce conseil est latin, la fête en revanche est bien d’origine celtique et gauloise. La mention de ce Concilium a été découverte sur de nombreuses inscriptions de la ville de Lyon. La célébration de ce Conseil coïncide avec la date du 1er août. Le lieu n’en est que plus symbolique, le nom de la ville de Lyon : Lugdunum fait référence au dieu Lug, Lugus en Gaule. Ce conseil comportait un aspect religieux, bien qu’il faille sacrifier au culte impérial romain, un aspect politique, et sûrement une partie festive. Nous savons que la romanisation n’empêchait pas le culte des divinités locales après une conquête, ce qui suppose que d’autres sacrifices, d’origine celte, pouvaient être célébrés, car cette fête, bien que partiellement romanisée, était bien d’origine gauloise. Ces éléments laissent supposer que le Concilium était une fête homologue à la Lugnasad irlandaise.

 

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En conclusion

La fête de Lugnasad relève des aspects fondamentaux de la société, elle incarne à la fois une fête divine et perpétuelle, d’obligation communautaire, royale et protectrice des récoltes, elle garantit la paix par la trêve militaire et l’abondance.

Notre vision païenne du temps est cyclique et non linéaire. L’apogée n’est que le début du déclin, si Lugnasad est le point culminant de la fructification de l’été, c’est aussi le signe annonciateur de l’écoulement de l’année. Il n’est pas loin, l’automne qui verra la nature entrer dans un sommeil avant de renaître au printemps après les sombres mois d’hiver.

Ainsi va la roue des saisons qui emporte avec elle le cycle de la vie.

Notre société actuelle ne s’articulant plus autour du monde agricole et encore moins d’un roi, le druidisme moderne, ou une partie du moins, a symbolisé la fête de Lugnasad sous forme de réalisation : Homme réalisé (récolte, réalisation, succès), construit et souverain (aspect de centre et maîtrise de son royaume intérieur), équilibré, rayonnant et prospère (sur le monde qui nous entoure, nos proches, notre communauté).

Et vous, quelle a été votre réalisation cette année depuis la dernière Lugnasad ?

Llorenç Perrié Albanell (Lugnasad 2021)

 

Bibliographie :

Le Roux, Françoise, Guyonvarc’h, Christian-J, Les fêtes celtiques, Fouestant, Éditions Yoran, nouvelle édition revue et corrigée 2017.

Vial, Pierre, Fêtes païennes des quatre saisons, Saint-Jean-des-Vignes, Les Éditions de la Forêt, 2008.

Celui du Pays de l’Ours, Entre Soleil et Lune, La spirale du Druide, Le cycle des fêtes druidiques, Éditions en ligne Lulu.com, 2012.

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Notes sur le symbolisme du feu dans la tradition Celtique

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Le symbolisme du Feu est fondamental dans toutes les traditions et notamment dans le monda indo-européen. Dans la plupart des traditions du monde « aryen », on distingue trois feux : Le Soleil, le feu du sacrifice et le feu domestique. Le dernier n'est pas moins sacré que le second, auquel il est d'ailleurs analogue, car traditionnellement le père de famille est prêtre et roi dans sa maison : ce que le Druide, le Brahmane ou le Flamine font Iors du sacrifice public. Le tigâkos (tieg, chef de famille) le fait chez lui ; il entretient dans l'âtre, temple de la maison, un feu permanent, image du Dieu toujours présent au foyer (1).

Dans la tradition hindoue, le feu sacrifiel est personnifié par le dieu Agni qui comme tous les « dieux » est un aspect de Brahma, le Principe suprême, en tant qu'il est présent dans le bûcher sacré. Le « véhicule » d'Agni, c'est-à-dire l'animal dont l'espèce incarne la Force divine qui se manifeste d'autre part dans le Feu sacré, est le bélier (2). Or; pour en revenir aux choses celtiques, on a découvert de nombreux landiers ou chenets gaulois ornés d'une tête de bélier, plusieurs spécimens ont été trouvés dans le lit de la Loire, nous retrouvons l'association traditionnelle de cet animal avec le feu, Mais d'autre part, le fameux serpent à tête de bélier figure fréquemment, on le sait dans les mains du dieu Kernunnos, qui, a pu par conséquent être l'un des dieux familiers (ou même familiaux) des Celtes.

 

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Un nouveau rapprochement avec la tradition hindoue est d'ailleurs possible. Kernunnos est souvent représenté accroupi, dans la posture des yogis. Or ces derniers décrivent l'énergie psychique (Kundalini) comme un serpent de feu enroulé sur lui-même au bas de la colonne vertébrale, que les exercices du yoga ont précisément pour but de dérouler et de faire monter le long de la colonne vertébrale, jusqu'à ce que sa tête atteigne le « troisième œil » par où se fait la communication avec les états supra-humains (3). Cette description imagée symbolise en réalité la transmutation de l'énergie psychique ou « feu vital » en énergie spirituelle (telle est aussi, la signification en symbolisme alchimique), ce qui est le but même de l'ascèse yogique. Etant donné la valeur « ignée » du bélier, on peut penser que le serpent criocéphale a le même sens que Kundalini, et Kernunnos, qui paraît son maître, serait le dieu des ascètes gaulois, le Maître du Feu spirituel; sur certains monuments, il paraît nourrir ce serpent ; c'est l'image de la Force divine source de l'énergie psychique du prana.

Dans un précédent numéro d'Ogam on a exposé le symbolisme du feu par opposition à l'eau, dualité figurant l'Essentiel et le Substantiel (4) et qui résume toute la doctrine druidique. Chaque fête du calendrier celtique, par sa date et par son rituel, doit être elle aussi un compendium doctrinal ; or, si nous nous référons aux grandes dates du festiaire irlandais au sujet duquel nous reviendrons dans une autre étude, que constatons-nous ? Que l'Eau et le Feu figurent toujours dans les associations mythiques et historiques de chacune d'elles.

Ainsi, lors de la fête de Samain (Heven), tous les feux sont éteints et rallumés, pour marquer le passage d'une année à l'autre c'est-à-dire analogiquement d'un cycle à l'autre (c'est à Samain, après Mag Tured, que la Bodb prédit la « fin du Monde », qui ne peut être en fait que la fin d'«un» monde ou d'un cycle cosmique de manifestation, c'est à Samain également que le roi Muiccetach Mac erca se noya comme Flann dans un tonneau, pendant que le feu détruisait son palais. D'autre part, le folklore, tant irlandais que breton (5), recommande formellement de ne garder dans les maisons, la nuit de Samain (ou de la Toussaint), aucun vase contenant de l'eau sale. Cette prescription peut paraître étrange, mais l'eau sale est ici un symbole des « possibilités inférieures » qui doivent être « épuisées » afin que naisse un monde nouveau.

Imbolc (Brec'hed), fête de la « Purification », est marqué par le feu qu'entretenait à Cill Dara (Kildare) neuf vierges qu'on ne peut s'empêcher de rapprocher des « druidesses » de Sena (les «génisses» du Barzhaz Breizh) et les neuf pucelles dont le souffle fait bouillir le chaudron de Pwll pen Annwfn (6). On sait que ce feu, allumé en l'honneur de la déesse Brigit (Brigantia), continua de brûler, après la christianisation de l'Irlande en l'honneur de « Sainte-Brigite de Kildare » jusqu'à son extinction définitive par les hordes sataniques de Cromwell. Quant à l'eau son rôle purificateur l'associe tout naturellement à la fête d'Imbolc.

A Beltene (Kenteven), les Tûatha De Danann arrivèrent en Irlande par la mer et mirent le feu à leurs vaisseaux pour s'ôter toute velléité de retraite. C'est à Beltene que le roi Diarmaid mac Cerbhail assièga Flann dans sa maison, qui se noya dans une cuve pendant que la maison brûlait. Et la fête point culminant du cycle annuel est marquée par le « feu de Belos » allumé auprès de la source rappelant encore la dualité fondamentale qui se résorbe dans l'Unité principielle lorsque l'énergie du feu et la vapeur de l'eau se sont dissipées dans l'atmosphère — image ici de l'Ether principe du monde matériel.

La célébration de Lugnasad (Eured Lew) (qui aurait été institué pour commémorer les noces de Lug et de Tailtiu, c'est à cette date que meurt Carman la sorcière et Macha) comporte entre autres, le feu allumé au sommet du tertre entouré d'eau : nous retrouvons le symbolisme très important de « l'Ile Verte » émergeant de l'océan et couronnée par le soleil ou par un bûcher sacré : l'eau et le feu étant comme toujours la Substance et l'Essence, le tertre symbole « axial » et la Manifestation qui unit les deux pôles du Principe.

Les tribus celtiques se plaçaient volontiers sous le patronage d'un dieu ou d'une déesse. Ainsi les Eduens, en celtique Aedui, l'une des plus puissantes peuplades galoises tirent leur nom de aedius «feu» (irl. aed). Aedus, Dieu du Feu, était sans doute l'Agni celtique et l'une des principales divinités des Gaulois et des Celtes en général.

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Notes :

(1)      Quelques années avant la guerre, l'écrivain bourguignon Johannès Thomasset,   commentant   les   énormes   changements   survenus   dans   notre   mode d'existence à une époque comparativement   toute récente,   mettait particulièrement en relief la disparition du « foyer »   au sens strict du terme, et ajoutait : « Cette rupture avec la plus ancienne   habitude humaine est énorme de conséquences morales ». En fait il s'agit de quelque chose de plus grave encore : le signe que la Présence divine s'est   véritablement retirée de nous.   Et que dirions-nous du remplacement, dans tant d'églises, de la veilleuse d'autel par une lampe électrique du plus beau rouge ? La tradition bretonne (A. Le BRAZ Légende   de   la   Mort,   1,80)   prétend   que   l'extinction   d'une   seule   des   lampes sacrées sera l'« intersigne » de la fin du monde...

(2)      On sait qu'il y a un rapport « niruktique » entre Agni (linguistiquement identique au latin ignis) et agnus ; le bélier ou l'agneau apparaissent d'ailleurs dans la tradition judéo-chrétienne comme des symboles « polaires » et « ignés » (le bélier d'Abraham, Gen, XXII,   13 ; l'Agneau « lampe » de la Jérusalem céleste, Apoc.   XXI,   23).

(3)      Cf. R. GUENON, L'homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. XX.

(4)   NATROVISSVS,   Le   Feu   et   l'Eau,   dualité   primordiale   OGAM   N°13   p.

119.

(5)      LE BRAZ, loc.   cit.   introd.   p.   XIX-XX.

(6)      Poème de Taliesin ; cf SKENE, Four ancient books of Wales II, 181 sqq.

Sources : OGAM – septembre 1951

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La fête de Beltaine par Hathuwolf Harson

 

Beltaine se célèbre le 1er Mai. C’est une des quatre grandes fêtes celtiques du cycle annuel. Beltaine marque la fin de l’obscurité hivernale et le début de la saison lumineuse. Le nom même de la fête est lié étymologiquement au Dieu celtique Bélénos et à son épouse la Déesse Bélisama. Le nom de Bélénos se traduit par “le feu de Bel”, et celui de Bélisama par “la très brillante”. Dans la tradition d’Irlande, c’est à la date du 1er Mai pour Beltaine qu’arrivèrent les Dieux Tuatha-Dé-Dannan à l’île.

 

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Le Dieu Bélénos est un Dieu solaire et ouranien par excellence, il dispense lumière et santé. Le Dieu Bélénos possède parmi les autres traditions indo-européennes de claires correspondances: le Dieu Apollon dans la tradition grecque et le Dieu Balder dans la tradition germano-nordique. Il semble donc tout à fait logique qu’un tel Dieu de la lumière solaire soit célébré avec le retour des beaux jours.

Attesté par les sources historiques, le rite principal de la fête de Beltaine était la fumigation purificatoire des troupeaux et de leurs propriétaires. Les druides faisaient allumer de grands feux, et, après avoir prononcé les incantations rituelles, ils faisaient passer hommes et bêtes au milieu de ces feux dont la fumée était censée purifier et protéger pour le nouveau cycle à venir. Des sacrifices d’animaux avaient également lieu. Ce rite s’est maintenu en Irlande jusqu’au XXe siècle, avec les druides en moins bien-sûr, car tout ce qui est purement païen fut hélas interdit par les dogmes inquisitoires du christianisme.

Jusqu’au XIXe siècle, il était également coutume de décorer pour Beltaine les entrées de maison avec des fleurs jaunes, fleurs qui dans ce cas sont une figuration du soleil et de son renouveau cyclique. De plus, il existait aussi la tradition de décorer le buisson de Mai, un buisson que l’on décorait avec des guirlandes, des fleurs du type solaire, ainsi que des coquillages peints. Cet aspect coloré et très vivant est une image de la joie et de la lumière qui reviennent avec cette fête cyclique. Par ailleurs, la cueillette de plantes médicinales et divinatoires tenait une importante place pendant Beltaine. Cet aspect est directement relié au dieu Bélénos et à son pouvoir de guérison et de clairvoyance.

 

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Les sources et les puits étaient eux aussi vénérés durant Beltaine. Le lien avec le symbolisme de l’eau comme élément de vie, de fécondité, d’abondance, et surtout purificateur est fondamental pendant cette période cyclique printanière. On faisait rituellement le tour du puits en prononçant les incantations nécessaires pour invoquer ces forces liées à la magie de l’eau. De plus, on tournait dans le sens de la marche apparente du soleil, d’Est en Ouest, ce qui est une autre invocation symbolique aux forces cycliques du soleil, de sa lumière et de sa chaleur. Les offrandes aux différents puits étaient nombreuses, élément rituel qui a survécu de nos jours avec les pièces de monnaie que l’on jette dans un puits afin qu’un souhait se réalise. La première eau que l’on recueillait durant Beltaine avait des vertus magiques puissantes. Le soir venu, les jeunes filles se lavaient le visage avec cette eau, afin d’entrer dans le nouveau cycle annuel de manière complètement purifiée.

 

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Une autre tradition issue de Beltaine a très bien survécu dans le folklore populaire des pays qui ont reçu des influences celtiques. C’est celle du mât de Mai, également connue comme le mât de cocagne. En Bavière par exemple, la tradition du mât de Mai est strictement respectée tous les ans. Rares sont les villages qui ne dressent pas leur mât. Mettre en place le mât donne lieu à tout un rituel festif abondamment arrosé de boissons plutôt sympathiques. Puis en pleine ambiance de fête et d’allégresse générale, on danse en rond autour du mât en se tenant par des rubans accrochés au sommet du mât. Le symbolisme de ce rite est plus qu’évident: il s’agit de la danse du soleil autour du phallus donneur de vie. La danse en rond est une image de la course du soleil dans ses différentes phases cycliques de l’année, tandis que le mât est une représentation du phallus en érection, des forces ouraniennes qui viennent féconder la Terre-Mère. Les objets accrochés à un cercle au sommet du mât de cocagne, ont eux aussi leur importance. Ils figurent la richesse et l’abondance apportées par les forces vives de la belle saison. La graisse avec laquelle on enduit le mât afin de rendre très difficile la grimpette jusqu’au sommet du mât pour décrocher les objets, rappelle que cette quête du bonheur ne se fait pas sans effort.

 

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De nos jours, il existe en Irlande (Limerick et Arklow) et en Écosse (Calton Hill – Edinburgh), des célébrations folkloriques de Beltaine, de véritables spectacles ouverts à tous les visiteurs, un « Beltaine Revival ». Ces shows ont avant tout un caractère culturel et même touristique, mais ils respectent cependant l’esprit ancien de Beltaine, un esprit de fête, de joies, d’ivresse et d’érotisme naturel. Cet érotisme n’est pas innocent, car il repose sur les rites à caractère sexuel liés au printemps. C’est le moment où les couples se font et se défont, les jeux érotiques de Beltaine débouchaient souvent sur des unions sexuelles. Cet amour charnel était un écho de l’union sacrée entre le grand Dieu fécondateur et la Déesse fécondée. Dans le folklore écossais, cette union sexuelle se traduit par le mariage entre le « Green Man » et la « Reine de Mai », le Green Man (l’homme vert) étant le souvenir du Dieu Cernunnos et de son pouvoir de fécondation, tandis que la Reine de Mai incarne la Terre-Mère dans son aspect jeune et vierge.

Bonne fête de Beltaine à toutes et tous !

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LA FETE DE BELTAINE

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Bienvenu, avec ton adorable chœur de bois vert, mois estival de Mai que je désire tant !

GALLOIS, XIVe SIÈCLE

Quand les portes de Beltaine s'ouvrent toutes grandes le 1er mai, le soleil et les fleurs accueillent la procession de l'année dans les salles vertes de l'été. À Imbolc, nous nous réjouissons du retour de la lumière ; maintenant, nous célébrons la vie, la croissance, l'amour et la sexualité ; «la force qui conduit l'énergie verte dans la fleur», comme le dit le poète gallois Dylan Thomas.

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Il est sûr que la deuxième partie du mot irlandais Beltaine, et de l'écossais Bealtuinn, signifie «feu», du vieux celtique tene, mais les linguistes ne savent pas si Bel se réfère à Bélénos, l'Apollon gaulois, ou dérive simplement de bel, qui signifie «brillant». Il pourrait même dériver de bil tene, «feu favorable», parce que, sauter entre deux feux de Beltaine, c'était s'assurer une bonne destinée, un bétail en bonne santé, et la prospérité.

Dans la mythologie irlandaise, les événements qui marquent la fin d'un ordre ancien et le commencement d'un nouveau, ont lieu fréquemment à Beltaine. L'histoire mythique de l'Irlande consiste en une série d'invasions de différentes races, qui tour à tour, devinrent la caste dominante. L'une d'elles fut la race des dieux, les Tuatha Dé Danann, qui arrivèrent en Irlande un Beltaine, chevauchant des nuages noirs. Après qu'ils eurent régné pendant des siècles, les envahisseurs qui suivirent, les fils de Mil, les supposés ancêtres des Irlandais, arrivèrent sur la côte ouest de l'Irlande en bateau, et vainquirent les Tuatha Dé Danann, pour devenir les nouveaux maîtres. Enfin, selon certaines légendes, saint Patrick alluma un feu sur la Colline de Slane, près de Tara, à Beltaine, pour proclamer le triomphe du christianisme sur les anciennes religions. Au cours des siècles suivants, les gens du pays subirent une forte marée de changements, de l'hiver à l'été, et, pour faire en sorte que le passage soit sans heurt, ils accomplirent de nombreux rites et cérémonies que nous allons exposer ci-dessous.

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BÉLÉNOS

Bélénos était un dieu solaire qui était peut-être lié à la fête de Beltaine. Son nom-signifie «bellant». Les Romains l'appelèrent Apollo Belenos, du nom de leur dieu solaire, mais il semble avoir été un authentique dieu celtique avant cette période. Son culte s'étendait du nord de l'Italie, vers le Nord, en passant par l'Autriche et la Gaule, où des sanctuaires lui étaient consacrés à des sources curatives, car on attribuait au soleil de merveilleuses propriétés médicinales, quand il est associé avec l'eau. Il se peut qu'il y ait, à Paimpont, dans la forêt de Brocéliande, les restes d'un sanctuaire de Bélénos. Dans la clairière, la source sacrée appelée Fontaine de Brenton bouillonne près d'un dolmen. L'ancien nom de la source sacrée était Belenton, probablement une contraction de Bel-Nemeton, le bois sacré de Bélénos.

Un sanctuaire qui lui était consacré, portant une inscription romaine, fut découvert en Ecosse. Au Pays de Galles, il peut être assimilé à la figure ancestrale de Beli Mawr (beh-lî mah-oor), mais en Irlande, c'est en vain que l'on chercherait son nom. Il se peut cependant qu'il apparaisse sous une forme voilée dans l'histoire dont Diarmaid, l'un des guerriers de McCumhaill, est le protagoniste. Diarmaid marche sur une belle plaine, et voit un sanctuaire - un arbre haut, chargé de fruits, entouré par un cercle de pierres. Vers l'arbre, au centre, se dresse une pierre où jaillit une source cristalline. Diarmaid a soif et boit à la source, mais il fait ainsi venir le gardien de la source, un énorme géant recouvert d'une armure, la tête ceinte d'une couronne d'or, qui vient de l'est à grandes enjambées. Il provoque Diarmaid, et le combat dure trois jours. Chaque soir le géant disparaît dans le puits, mais le quatrième soir, Diarmaid l'y suit, et se retrouve dans le Sous la Vague ; le géant n'était sûrement autre que Bélénos, sortant de l'est couronné d'or comme le soleil levant, et disparaissant dans l’lnframonde chaque soir.

 

LA BENEDICTION DU FEU

Je vous parlerai d'une fête spéciale,

Les rites glorieux du Premier Mai :

Bière, racines, petit lait,

Et lait caillé frais pour le feu.

POÈME D'UN ANCIEN CALENDRIER IRLANDAIS

La veille de Beltaine, les druides et leurs successeurs se rassemblaient sur de hautes collines, orientés vers le soleil levant. Ils venaient allumer les grands feux qui apportaient le pouvoir du soleil à la Terre, sacrifier et purifier toute la communauté et les troupeaux, pour se préparer au cycle nouveau. Le feu était un intermédiaire entre les hommes et les dieux, les pouvoirs élémentaux du Monde Supérieur qui déterminent le sort des troupeaux et des récoltes. Des offrandes sacrées étaient jetées dans le feu, pour obtenir leur bienveillance, envoyées vers le ciel sur les flammes qui étaient des mains levées en prière.

 

feu

 

Plus tard, les feux de Beltaine continuèrent d'arder en Ecosse et en Irlande. Un récit du XVIIIe siècle, des Highlands, dit que tout feu domestique était éteint, et que sur la colline, le feu pour les grands feux de joie, appelé le «feu de nécessité», était allumé avec le bois de neuf arbres sacrés. Seuls les hommes les meilleurs étaient dignes d'allumer le feu sacré. Si l'un était coupable de meurtre, d'adultère, de vol, ou d'un autre crime majeur, il ne devait pas allumer le feu, car il perdrait alors ses vertus coutumières. Trois fois, trois fois, trois fois, neuf fois, ou même neuf fois, neuf fois, les hommes chacun leur tour faisaient tourner le bâton, ou «enroulaient» le chêne, bien ajusté dans un trou creusé dans une planche de chêne bien sèche, l'arbre du soleil. Dès que des étincelles commençaient à se produire, on mettait un morceau d'agaric, un champignon qui pousse sur les vieux bouleaux, et qui est très combustible. Le bouleau est un arbre associé aux commencements, aux purifications, et au monde des esprits.

Le feu venait comme une bénédiction des dieux. Le grand feu de joie était allumé avec sa flamme magique, et alors des silhouettes sombres sortaient de leurs fermes en bas de la colline, poussant le bétail. Elles portaient aussi des provisions -une crème aux œufs, du beurre, des flocons d'avoine, et du lait, beaucoup de bière et de whisky. Un peu de crème était versée sur le sol comme offrande aux dieux et à la terre sacrée. Il y avait aussi un « bannock » de flocons d'avoine, sur lequel étaient posés neuf morceaux carrés, chacun pour un dieu ou un saint qui protégeait les troupeaux, et aussi pour les animaux particuliers qui en faisaient leur proie. Se tournant vers le feu, chaque personne détachait un morceau et le jetait par-dessus son épaule, en disant : «Cela, je te le donne, préserve mes chevaux ; cela pour toi, préserve mes moutons.» Et aux prédateurs : «Ceci, je vais te le donner, ô Renard ! Épargne mes agneaux. Ceci pour toi, ô Corbeau ! Ceci pour toi, ô Aigle !» Quand la cérémonie était finie, on mangeait le reste de la nourriture.

Un récit d'Irlande, du XIXe siècle, nous donne un aperçu des scènes qui pouvaient suivre ce rite. Toute la colline était illuminée, les enfants mettaient des tisons de jonc et de bruyère séchés dans les flammes rugissantes, et les faisaient tourner autour de leur tête, imitant le cercle du soleil. Des danseurs tournaient, décrivant un cercle. Les jeunes hommes sautaient par-dessus les flammes pour sain, protéger, eux-mêmes, et leur bétail, tandis que les hommes âgés marchaient lentement autour du feu, murmurant des prières. Si un homme était sur le point de partir pour un long voyage ou d'entreprendre quelque chose de dangereux - ou de faire les deux, en se mariant - il sautait trois fois en arrière et en avant par-dessus les flammes, pour que son destin soit favorable. Dans certains endroits, deux feux étaient établis, et le bétail était conduit entre eux pour le purifier de la maladie, après le long hiver passé à l'intérieur. Quand le feu faiblissait, les filles sautaient par-dessus, pour avoir de bons maris, les femmes enceintes le traversaient, pour que leur accouchement se passe bien ; et les mères portaient leurs enfants à travers les braises et les cendres. Tous célébraient le pouvoir du feu sacré, pour purifier l'air des démons et des maladies, du tonnerre et de l'éclair, et tout ce qui pouvait nuire à leurs yeux pour l'enfant non né de la récolte de l'année.

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Quand le feu mourait, les braises étaient jetées parmi les plantes en herbe, pour assurer une croissance favorable, tandis que chaque maisonnée en rapportait quelques-unes pour allumer un feu nouveau dans leur foyer. Quand le soleil se levait, ceux qui étaient restés pour le contempler, pouvaient le voir danser de joie trois fois à l'horizon, avant de sauter dans le ciel, dans toute sa gloire estivale.

Sources : Vivre la Tradition Celtique au fil des saisons – Mara Freeman – Guy Trédaniel éditeur 2002.

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