Résistance Identitaire Européenne

Fêtes Païennes

La fête de Beltaine par Hathuwolf Harson

 

Beltaine se célèbre le 1er Mai. C’est une des quatre grandes fêtes celtiques du cycle annuel. Beltaine marque la fin de l’obscurité hivernale et le début de la saison lumineuse. Le nom même de la fête est lié étymologiquement au Dieu celtique Bélénos et à son épouse la Déesse Bélisama. Le nom de Bélénos se traduit par “le feu de Bel”, et celui de Bélisama par “la très brillante”. Dans la tradition d’Irlande, c’est à la date du 1er Mai pour Beltaine qu’arrivèrent les Dieux Tuatha-Dé-Dannan à l’île.

 

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Le Dieu Bélénos est un Dieu solaire et ouranien par excellence, il dispense lumière et santé. Le Dieu Bélénos possède parmi les autres traditions indo-européennes de claires correspondances: le Dieu Apollon dans la tradition grecque et le Dieu Balder dans la tradition germano-nordique. Il semble donc tout à fait logique qu’un tel Dieu de la lumière solaire soit célébré avec le retour des beaux jours.

Attesté par les sources historiques, le rite principal de la fête de Beltaine était la fumigation purificatoire des troupeaux et de leurs propriétaires. Les druides faisaient allumer de grands feux, et, après avoir prononcé les incantations rituelles, ils faisaient passer hommes et bêtes au milieu de ces feux dont la fumée était censée purifier et protéger pour le nouveau cycle à venir. Des sacrifices d’animaux avaient également lieu. Ce rite s’est maintenu en Irlande jusqu’au XXe siècle, avec les druides en moins bien-sûr, car tout ce qui est purement païen fut hélas interdit par les dogmes inquisitoires du christianisme.

Jusqu’au XIXe siècle, il était également coutume de décorer pour Beltaine les entrées de maison avec des fleurs jaunes, fleurs qui dans ce cas sont une figuration du soleil et de son renouveau cyclique. De plus, il existait aussi la tradition de décorer le buisson de Mai, un buisson que l’on décorait avec des guirlandes, des fleurs du type solaire, ainsi que des coquillages peints. Cet aspect coloré et très vivant est une image de la joie et de la lumière qui reviennent avec cette fête cyclique. Par ailleurs, la cueillette de plantes médicinales et divinatoires tenait une importante place pendant Beltaine. Cet aspect est directement relié au dieu Bélénos et à son pouvoir de guérison et de clairvoyance.

 

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Les sources et les puits étaient eux aussi vénérés durant Beltaine. Le lien avec le symbolisme de l’eau comme élément de vie, de fécondité, d’abondance, et surtout purificateur est fondamental pendant cette période cyclique printanière. On faisait rituellement le tour du puits en prononçant les incantations nécessaires pour invoquer ces forces liées à la magie de l’eau. De plus, on tournait dans le sens de la marche apparente du soleil, d’Est en Ouest, ce qui est une autre invocation symbolique aux forces cycliques du soleil, de sa lumière et de sa chaleur. Les offrandes aux différents puits étaient nombreuses, élément rituel qui a survécu de nos jours avec les pièces de monnaie que l’on jette dans un puits afin qu’un souhait se réalise. La première eau que l’on recueillait durant Beltaine avait des vertus magiques puissantes. Le soir venu, les jeunes filles se lavaient le visage avec cette eau, afin d’entrer dans le nouveau cycle annuel de manière complètement purifiée.

 

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Une autre tradition issue de Beltaine a très bien survécu dans le folklore populaire des pays qui ont reçu des influences celtiques. C’est celle du mât de Mai, également connue comme le mât de cocagne. En Bavière par exemple, la tradition du mât de Mai est strictement respectée tous les ans. Rares sont les villages qui ne dressent pas leur mât. Mettre en place le mât donne lieu à tout un rituel festif abondamment arrosé de boissons plutôt sympathiques. Puis en pleine ambiance de fête et d’allégresse générale, on danse en rond autour du mât en se tenant par des rubans accrochés au sommet du mât. Le symbolisme de ce rite est plus qu’évident: il s’agit de la danse du soleil autour du phallus donneur de vie. La danse en rond est une image de la course du soleil dans ses différentes phases cycliques de l’année, tandis que le mât est une représentation du phallus en érection, des forces ouraniennes qui viennent féconder la Terre-Mère. Les objets accrochés à un cercle au sommet du mât de cocagne, ont eux aussi leur importance. Ils figurent la richesse et l’abondance apportées par les forces vives de la belle saison. La graisse avec laquelle on enduit le mât afin de rendre très difficile la grimpette jusqu’au sommet du mât pour décrocher les objets, rappelle que cette quête du bonheur ne se fait pas sans effort.

 

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De nos jours, il existe en Irlande (Limerick et Arklow) et en Écosse (Calton Hill – Edinburgh), des célébrations folkloriques de Beltaine, de véritables spectacles ouverts à tous les visiteurs, un « Beltaine Revival ». Ces shows ont avant tout un caractère culturel et même touristique, mais ils respectent cependant l’esprit ancien de Beltaine, un esprit de fête, de joies, d’ivresse et d’érotisme naturel. Cet érotisme n’est pas innocent, car il repose sur les rites à caractère sexuel liés au printemps. C’est le moment où les couples se font et se défont, les jeux érotiques de Beltaine débouchaient souvent sur des unions sexuelles. Cet amour charnel était un écho de l’union sacrée entre le grand Dieu fécondateur et la Déesse fécondée. Dans le folklore écossais, cette union sexuelle se traduit par le mariage entre le « Green Man » et la « Reine de Mai », le Green Man (l’homme vert) étant le souvenir du Dieu Cernunnos et de son pouvoir de fécondation, tandis que la Reine de Mai incarne la Terre-Mère dans son aspect jeune et vierge.

Bonne fête de Beltaine à toutes et tous !

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LA FETE DE BELTAINE

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Bienvenu, avec ton adorable chœur de bois vert, mois estival de Mai que je désire tant !

GALLOIS, XIVe SIÈCLE

Quand les portes de Beltaine s'ouvrent toutes grandes le 1er mai, le soleil et les fleurs accueillent la procession de l'année dans les salles vertes de l'été. À Imbolc, nous nous réjouissons du retour de la lumière ; maintenant, nous célébrons la vie, la croissance, l'amour et la sexualité ; «la force qui conduit l'énergie verte dans la fleur», comme le dit le poète gallois Dylan Thomas.

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Il est sûr que la deuxième partie du mot irlandais Beltaine, et de l'écossais Bealtuinn, signifie «feu», du vieux celtique tene, mais les linguistes ne savent pas si Bel se réfère à Bélénos, l'Apollon gaulois, ou dérive simplement de bel, qui signifie «brillant». Il pourrait même dériver de bil tene, «feu favorable», parce que, sauter entre deux feux de Beltaine, c'était s'assurer une bonne destinée, un bétail en bonne santé, et la prospérité.

Dans la mythologie irlandaise, les événements qui marquent la fin d'un ordre ancien et le commencement d'un nouveau, ont lieu fréquemment à Beltaine. L'histoire mythique de l'Irlande consiste en une série d'invasions de différentes races, qui tour à tour, devinrent la caste dominante. L'une d'elles fut la race des dieux, les Tuatha Dé Danann, qui arrivèrent en Irlande un Beltaine, chevauchant des nuages noirs. Après qu'ils eurent régné pendant des siècles, les envahisseurs qui suivirent, les fils de Mil, les supposés ancêtres des Irlandais, arrivèrent sur la côte ouest de l'Irlande en bateau, et vainquirent les Tuatha Dé Danann, pour devenir les nouveaux maîtres. Enfin, selon certaines légendes, saint Patrick alluma un feu sur la Colline de Slane, près de Tara, à Beltaine, pour proclamer le triomphe du christianisme sur les anciennes religions. Au cours des siècles suivants, les gens du pays subirent une forte marée de changements, de l'hiver à l'été, et, pour faire en sorte que le passage soit sans heurt, ils accomplirent de nombreux rites et cérémonies que nous allons exposer ci-dessous.

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BÉLÉNOS

Bélénos était un dieu solaire qui était peut-être lié à la fête de Beltaine. Son nom-signifie «bellant». Les Romains l'appelèrent Apollo Belenos, du nom de leur dieu solaire, mais il semble avoir été un authentique dieu celtique avant cette période. Son culte s'étendait du nord de l'Italie, vers le Nord, en passant par l'Autriche et la Gaule, où des sanctuaires lui étaient consacrés à des sources curatives, car on attribuait au soleil de merveilleuses propriétés médicinales, quand il est associé avec l'eau. Il se peut qu'il y ait, à Paimpont, dans la forêt de Brocéliande, les restes d'un sanctuaire de Bélénos. Dans la clairière, la source sacrée appelée Fontaine de Brenton bouillonne près d'un dolmen. L'ancien nom de la source sacrée était Belenton, probablement une contraction de Bel-Nemeton, le bois sacré de Bélénos.

Un sanctuaire qui lui était consacré, portant une inscription romaine, fut découvert en Ecosse. Au Pays de Galles, il peut être assimilé à la figure ancestrale de Beli Mawr (beh-lî mah-oor), mais en Irlande, c'est en vain que l'on chercherait son nom. Il se peut cependant qu'il apparaisse sous une forme voilée dans l'histoire dont Diarmaid, l'un des guerriers de McCumhaill, est le protagoniste. Diarmaid marche sur une belle plaine, et voit un sanctuaire - un arbre haut, chargé de fruits, entouré par un cercle de pierres. Vers l'arbre, au centre, se dresse une pierre où jaillit une source cristalline. Diarmaid a soif et boit à la source, mais il fait ainsi venir le gardien de la source, un énorme géant recouvert d'une armure, la tête ceinte d'une couronne d'or, qui vient de l'est à grandes enjambées. Il provoque Diarmaid, et le combat dure trois jours. Chaque soir le géant disparaît dans le puits, mais le quatrième soir, Diarmaid l'y suit, et se retrouve dans le Sous la Vague ; le géant n'était sûrement autre que Bélénos, sortant de l'est couronné d'or comme le soleil levant, et disparaissant dans l’lnframonde chaque soir.

 

LA BENEDICTION DU FEU

Je vous parlerai d'une fête spéciale,

Les rites glorieux du Premier Mai :

Bière, racines, petit lait,

Et lait caillé frais pour le feu.

POÈME D'UN ANCIEN CALENDRIER IRLANDAIS

La veille de Beltaine, les druides et leurs successeurs se rassemblaient sur de hautes collines, orientés vers le soleil levant. Ils venaient allumer les grands feux qui apportaient le pouvoir du soleil à la Terre, sacrifier et purifier toute la communauté et les troupeaux, pour se préparer au cycle nouveau. Le feu était un intermédiaire entre les hommes et les dieux, les pouvoirs élémentaux du Monde Supérieur qui déterminent le sort des troupeaux et des récoltes. Des offrandes sacrées étaient jetées dans le feu, pour obtenir leur bienveillance, envoyées vers le ciel sur les flammes qui étaient des mains levées en prière.

 

feu

 

Plus tard, les feux de Beltaine continuèrent d'arder en Ecosse et en Irlande. Un récit du XVIIIe siècle, des Highlands, dit que tout feu domestique était éteint, et que sur la colline, le feu pour les grands feux de joie, appelé le «feu de nécessité», était allumé avec le bois de neuf arbres sacrés. Seuls les hommes les meilleurs étaient dignes d'allumer le feu sacré. Si l'un était coupable de meurtre, d'adultère, de vol, ou d'un autre crime majeur, il ne devait pas allumer le feu, car il perdrait alors ses vertus coutumières. Trois fois, trois fois, trois fois, neuf fois, ou même neuf fois, neuf fois, les hommes chacun leur tour faisaient tourner le bâton, ou «enroulaient» le chêne, bien ajusté dans un trou creusé dans une planche de chêne bien sèche, l'arbre du soleil. Dès que des étincelles commençaient à se produire, on mettait un morceau d'agaric, un champignon qui pousse sur les vieux bouleaux, et qui est très combustible. Le bouleau est un arbre associé aux commencements, aux purifications, et au monde des esprits.

Le feu venait comme une bénédiction des dieux. Le grand feu de joie était allumé avec sa flamme magique, et alors des silhouettes sombres sortaient de leurs fermes en bas de la colline, poussant le bétail. Elles portaient aussi des provisions -une crème aux œufs, du beurre, des flocons d'avoine, et du lait, beaucoup de bière et de whisky. Un peu de crème était versée sur le sol comme offrande aux dieux et à la terre sacrée. Il y avait aussi un « bannock » de flocons d'avoine, sur lequel étaient posés neuf morceaux carrés, chacun pour un dieu ou un saint qui protégeait les troupeaux, et aussi pour les animaux particuliers qui en faisaient leur proie. Se tournant vers le feu, chaque personne détachait un morceau et le jetait par-dessus son épaule, en disant : «Cela, je te le donne, préserve mes chevaux ; cela pour toi, préserve mes moutons.» Et aux prédateurs : «Ceci, je vais te le donner, ô Renard ! Épargne mes agneaux. Ceci pour toi, ô Corbeau ! Ceci pour toi, ô Aigle !» Quand la cérémonie était finie, on mangeait le reste de la nourriture.

Un récit d'Irlande, du XIXe siècle, nous donne un aperçu des scènes qui pouvaient suivre ce rite. Toute la colline était illuminée, les enfants mettaient des tisons de jonc et de bruyère séchés dans les flammes rugissantes, et les faisaient tourner autour de leur tête, imitant le cercle du soleil. Des danseurs tournaient, décrivant un cercle. Les jeunes hommes sautaient par-dessus les flammes pour sain, protéger, eux-mêmes, et leur bétail, tandis que les hommes âgés marchaient lentement autour du feu, murmurant des prières. Si un homme était sur le point de partir pour un long voyage ou d'entreprendre quelque chose de dangereux - ou de faire les deux, en se mariant - il sautait trois fois en arrière et en avant par-dessus les flammes, pour que son destin soit favorable. Dans certains endroits, deux feux étaient établis, et le bétail était conduit entre eux pour le purifier de la maladie, après le long hiver passé à l'intérieur. Quand le feu faiblissait, les filles sautaient par-dessus, pour avoir de bons maris, les femmes enceintes le traversaient, pour que leur accouchement se passe bien ; et les mères portaient leurs enfants à travers les braises et les cendres. Tous célébraient le pouvoir du feu sacré, pour purifier l'air des démons et des maladies, du tonnerre et de l'éclair, et tout ce qui pouvait nuire à leurs yeux pour l'enfant non né de la récolte de l'année.

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Quand le feu mourait, les braises étaient jetées parmi les plantes en herbe, pour assurer une croissance favorable, tandis que chaque maisonnée en rapportait quelques-unes pour allumer un feu nouveau dans leur foyer. Quand le soleil se levait, ceux qui étaient restés pour le contempler, pouvaient le voir danser de joie trois fois à l'horizon, avant de sauter dans le ciel, dans toute sa gloire estivale.

Sources : Vivre la Tradition Celtique au fil des saisons – Mara Freeman – Guy Trédaniel éditeur 2002.

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L'équinoxe de printemps, le mariage divin entre le Ciel et la Terre

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L'équinoxe de printemps a toujours marqué la transition vers le moment où la nature refleurit, où la vie s'épanouit, où la terre renaît. Dans de nombreuses cultures, l'équinoxe a été lu dans sa promesse de régénération comme le début de l'année. Le mythe du viol de Proserpine est emblématique à cet égard. Proserpine, fille de Cérès, enlevée par Hadès, suite à l'intervention du Père des Dieux, revient sur la Terre Mère, mais seulement pour les six mois du printemps et de l'été. L'équinoxe est donc un point fondamental de la Révolution propre au cycle annuel. Mais il n'y a pas que l'aspect "naturel" dans ce passage important de l'année. Dans les religions indo-aryennes, les cycles liés à la terre et à la nature étaient évidemment importants, mais ils n'étaient pas la seule charnière sur laquelle reposait la vision spirituelle, et donc la vision du monde. Ils étaient en fait intégrés dans une vision cosmique beaucoup plus large. C'est pourquoi l'équinoxe de printemps, moment où la lumière a grandi au point d'égaler les ténèbres et est finalement sur le point de les vaincre, n'a marqué l'épanouissement de la terre que dans son sens "inférieur", tandis qu'il a pris un sens beaucoup plus "élevé" en indiquant la porte qui mène à la voie anagogique de l'ascension vers le Ciel.

 

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Ce n'est pas une coïncidence si, pendant la période équinoxiale à Rome, la classe patricienne, à partir de la deuxième guerre punique, a mis côte à côte avec les cultes populaires et plébéiens de Liberalia en l'honneur des dieux Libero et Libera - étroitement liés à la terre, à la fertilité et au grain - les festivités en l'honneur de la Magna Mater Cybèle. Cybèle était une déesse très différente des grandes mères méditerranéennes honorées par les populations dans les cultes pré-aryens. Elle n'était pas du tout liée à la terre, à la fécondité du monde terrestre et naturel, et n'avait pas non plus les aspects "cannibales" classiques des divinités matriarcales qui génèrent la vie animale et végétale mais auxquelles tout revient pour se dissoudre dans un cycle continu sans débouchés verticaux.

Cybèle, selon les mots du dernier grand empereur païen Julien, est la "source des dieux intellectuels et démiurgiques qui gouvernent les dieux visibles" (1). Pour Julien le païen comme pour son ami Salluste, le dernier grand penseur néoplatonicien, tout le mythe de Cybèle représente l'arrêt de la génération (la mutilation d'Attis) et le retour non pas à la Terre Mère mais à l'origine des Dieux dans une anabasis céleste, à travers les rayons d'Hélios "qui partage le trône avec la Mère et qui, avec elle, est le démiurge de toutes choses" et le long du fleuve Gallus, ou la Voie lactée, le chemin que les âmes immortelles empruntent dans leur parcours descendant d'incarnation et ascendant de retour aux Dieux.

L'équinoxe de printemps marque également l'entrée dans le signe du Bélier, un signe strictement martial - nous sommes en mars, sans surprise - représentant le Feu céleste "principe viril de toute génération, manifestation directe de la puissance de l'Or" (2). Ce n'est pas un hasard si les deux choses coïncident et si les fêtes de la Magna Mater sont célébrées en mars et en même temps que deux fêtes dédiées à Mars : l'Agonalia du 17 et le Tubilustrium du 23. Comme le note Alexandre Giuli dans son essai fondamental sur la Magna Mater, "la matrice cosmique des Dieux intelligibles reste une feuille végétative infertile si elle n'est pas illuminée par le feu céleste viril et actif émis par le Bélier bicéphale" (3). A l'équinoxe de printemps, nous célébrons ce mariage mystique entre le principe viril céleste et la matrice universelle d'où doit naître la vie.

 

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Dans le nord germanique, le début du printemps était dédié à la déesse Eostre, qui devint ensuite Ostara d'où Ostern et Easter, respectivement Pâques en allemand et en anglais. La divinité était liée à la fertilité, il suffit de penser au lièvre, animal fertile par excellence, qui accompagne toujours la déesse et qui, dans le folklore, est devenu le "lapin de Pâques", mais elle était aussi liée à l'aube - Eostre vient du proto-indo-européen Hewsos ou Ausos d'où le grec Eos et le latin Aurora - dont la splendeur annonce la lumière qui remplacera les ténèbres. Tout comme Ostara est l'"étoile de l'Est" ou Vénus, l'étoile qui annonce le matin.

Le concept de l'aurore cosmique annonçant la lumière annuelle et non seulement quotidienne est une réminiscence de la patrie polaire indo-aryenne où l'alternance obscurité/lumière a pour nous une durée annuelle et où l'aurore marque le retour de la vie. Parmi les symboles d'Eostre, on trouve également l'œuf - qui est ensuite devenu un symbole de Pâques - qui renvoie au concept de "matrice cosmique des dieux" et de "source" avant toute chose. Mais même ici, l'œuf reste infertile sans le feu viril et actif, qui intervient par l'intermédiaire de Thor qui, avec son marteau et sa foudre, qui correspondent au même feu céleste et principe viril vus précédemment, féconde l'œuf et le "casse" pour libérer le potentiel de vie qu'il contient.

 

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Le sens ultime de l'équinoxe est donc celui du mariage divin, de la synthèse entre le Ciel et la Terre et de la génération d'une vie nouvelle, mais la Vie qui naît de ce mariage mystique n'est pas seulement celle qui naît de la génération matérielle, qui n'est que l'aspect extérieur. La Vie qui éclate en mars est donc bien plus qu'une promesse de régénération : c'est le fruit de la Lumière qui participe éternellement à la splendeur, et qu'il faut faire nôtre. C'est la vie "intelligible", telle que définie par l’Empereur Julien, une ‘’vie intelligible’’ qui ne se contente pas de jouer un rôle dans le cycle caduc de la naissance et du retour à la terre, mais qui participe à cette étincelle divine née dans l'obscurité solsticiale, qui s'est transformée en flamme à Imbolc/Chandeleur et qui brille maintenant d'une lumière aurorale, la vie qui est prête à parcourir le chemin ascendant indiqué par les rayons d'Helios et qui est prête à accompagner son chemin céleste si elle est correctement façonnée et guidée.

Carlomanno Adinolfi et Flavio Nardi

Notes :

1 - Flavio Claudio Giuliano, Hymne à la Mère des Dieux in Uomini e Dei, ed. Mediterranee

2 - Julius Evola, La Tradizione Ermetica, ed. Mediterranee

3 - Alessandro Giuli, Venne la Magna Madre, Settimo Sigillo ed.

Ex: https://www.ilprimatonazionale.it/ et Euro-Synergies

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L'histoire d'Imbolc (et de la marmotte!) par Catherine Bentley

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Traditions saisonnières et culture dans les Highlands écossais

En tant que (vrais) Highlanders, nous sommes façonnés par de nombreuses choses. Notre histoire, nos traditions et notre culture communes ont, pour le meilleur ou pour le pire, largement contribué à définir qui nous sommes vraiment. À la veille d'Imbolc, lorsque nous regardons derrière nous et que nous considérons les rituels du passé, il est tout à fait naturel de se demander si ces anciennes traditions ont une place dans le monde moderne. Les étudiants en histoire font souvent remarquer qu'ils étudient le passé afin de mieux comprendre le présent. Ainsi, si nous regardons Imbolc, que nous dit-il sur notre situation actuelle ?

 

Le 1er février, c'est Imbolc

Imbolc, qui tombe le 1er février, est l'une des pierres angulaires du calendrier celtique. Pour les habitants des Highlands, le succès de la nouvelle saison agricole était d'une grande importance. Comme les réserves d'hiver devenaient insuffisantes, les rituels d'Imbolc étaient effectués pour assurer un approvisionnement régulier en nourriture jusqu'à la récolte six mois plus tard. Au fil du temps, l'église a assimilé de nombreuses facettes de cette fête, principalement en raison de la réticence des Highlanders à perdre une partie aussi importante de leur culture et du pragmatisme des églises à adapter des idéologies apparemment contradictoires quand cela leur convenait.

Ainsi, Imbolc devint la Chandeleur et la déesse païenne Bridhe qui lui était associée devint Sainte-Bride, soit la Sainte Epouse (de Bride = la mariée, l’épousée, ndt). Dans les Hébrides extérieures, cependant, les populations locales se sont raccrochées un peu plus à leurs traditions et les coutumes ont évolué pour devenir un hybride spirituel unique, à mi-chemin entre la fête chrétienne moderne qui se tient le premier février et le paganisme traditionnel de nos ancêtres.

 

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Sainte-Bride et la Chandeleur

La Chandeleur elle-même a des origines très alambiquées. Dans ses efforts pour christianiser la divinité païenne populaire de la terre, Bridhe, l'église l'a rebaptisée Sainte Épouse et lui a donné une histoire colorée, où elle a été miraculeusement transportée à Bethléem pour assister à la naissance du Christ. L'église a également emprunté à la Rome antique, où un rite similaire, à cette époque de l'année, honorait la déesse Juno Februata (à l'origine du nom de ce mois) dont les adorateurs, ce jour-là, portaient des bougies allumées pour l'honorer. Dans les régions de langue gaélique d'Écosse en particulier, la déesse Brighid était toujours tenue en haute estime et c'est là que les coutumes et les rituels associés ont mis le plus de temps à disparaître.

Le 31 janvier Óiche Fheil Bhrighide, qui signifie la veille de la fête de Brighid en gaélique, la dernière gerbe de blé de la récolte précédente était habillée en Brighid et emmenée de maison en maison par des jeunes filles. Elles habillaient et décoraient cette effigie avec des coquillages et des cristaux étincelants ainsi qu'avec toutes les petites fleurs et la verdure qui poussaient à cette époque de l'année. Un coquillage ou un cristal très brillant était placé sur son cœur. On l'appelait reul iuil Brighde, l'étoile directrice de Bride. Les jeunes filles, vêtues de blanc avec les cheveux tombés, portaient la mariée en procession, lui chantaient une chanson et visitaient chaque maison. Tout le monde devait la vénérer et lui faire une offrande. Les mères lui donnaient un bannock, du fromage ou un petit pain au beurre. Enfin, elles se rendaient dans une maison pour faire un festin, les hommes étant autorisés à entrer après un certain temps. Une grande partie de la nourriture était conservée et distribuée plus tard aux pauvres.

 

Le lit de berceau de la mariée

Dans une autre tradition, les femmes âgées de chaque foyer fabriquaient un berceau appelé le lit de la mariée. Elles en faisaient une figure à partir d'une gerbe d'avoine décorée de rubans, de coquillages et de cristaux. La femme se dirigeait vers la porte et appelait doucement en gaélique « le lit de la mariée est prêt » ou « Brighde, entre, ton accueil est vraiment fait ». Ce faisant, ils invoquaient l'esprit de Brighde et elle était vraiment présente dans la figure qu'elles avaient faite. Elles ont ensuite placé Brighde dans le lit avec un bâton droit à côté d'elle (le slachdan Brighde). Puis elles l'ont lissée sur les cendres de l'âtre, la protégeant des courants d'air. Le matin, elles les examinaient avec empressement. Elles étaient très heureuses si elles trouvaient la marque de la baguette de Brighde, mais elles étaient ravies si elles trouvaient sa véritable empreinte de pas, car cela prouvait qu'elle était vraiment avec eux cette nuit-là et qu'elles auraient de la chance tout au long de l'année à venir.

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Les croix de St Bride

Une coutume plus courante, qui a survécu dans de nombreuses zones rurales, est le tissage de croix de St Bride à partir de joncs. Ces croix étaient construites la veille au soir et accrochées autour de la maison pour porter chance.

Contrairement à la fête du Samhain, et peut-être en raison d'un festival initialement consacré à une déesse, la plupart des activités rituelles étaient centrées sur les femmes et les filles du village. Il s'agissait également d'une célébration plus personnelle et localisée plutôt que d'une affaire de communauté. Cet aspect a également été repris à l'époque chrétienne, lorsque la fête avait tendance à être célébrée en famille à la maison, par opposition à un acte de culte communautaire à l'église.

Il existe également un lien étroit avec l'huîtrier dont le nom gaélique est gille bridhe, ou serviteur de Bridhe. Dans la tradition ancienne, Bridhe les appelait de sa main et les envoyait guider les marins vers le rivage par mer agitée. Entendre leur appel distinctif pour beaucoup est le signe que le printemps est en route.

 

Holy Wells (puits sacrés) en Écosse

Les puits sacrés étaient aussi traditionnellement visités ce jour-là, les visiteurs priaient pour la santé en marchant au soleil autour d'eux et laissaient des bouts de tissu trempés dans l'eau sur les arbres voisins. Depuis l'arrivée de l'Église réformée aux Hébrides, il y a peu de puits avec des dédicaces saintes ; cependant, pour les curieux, il en existe encore un à côté d'une chapelle en ruine sur une ferme de Melbost. Noté par l'Ordnance Survey comme Teampull Bhrighid, c'est un lien concret avec les histoires passées. Qui sait avec certitude quel genre de rituels auraient eu lieu en ce jour, ici, il y a des centaines d'années.

 

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À Barra, le jour de la mariée, on tirait au sort les meilleurs iolachan iasgaich ou bancs de pêche. Après l'église et un sermon sur les vertus et les bénédictions de la mariée, le prêtre exhortait la congrégation à éviter les disputes et les querelles concernant la pêche. Après être sortis de l'église, les hommes tiraient au sort les bancs de pêche des années suivantes, juste à la porte de l'église.

 

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Aucune mention d'Imbolc ne serait complète sans une mention de la tradition contemporaine. Les rituels évoluent avec le temps et souvent, lorsque les gens partent à la découverte du monde, ils s’adaptent à de nouveaux foyers et à de nouvelles circonstances. Comme nous l'avons vu avec les colons américains sculptant des citrouilles plutôt que des navets lors de cette autre fête païenne importante qu’est le Samhain ; nous pouvons également faire remonter les origines du « Jour de la marmotte » (Groundhog Day) en Europe. Ce jour-là, chaque année, les yeux de l'Amérique se tournent vers une petite ville de Pennsylvanie popularisée par un film de 1993 intitulé Groundhog Day. Lorsque Punxsutawney Phil sort de son terrier, si le ciel est nuageux, le printemps arrivera tôt mais s'il est ensoleillé, la marmotte verra soi-disant son ombre et se retirera dans sa tanière, et le temps hivernal persistera pendant six semaines encore.

 

Rituels de purification païens romains

Les origines de cette coutume spécifique sont enregistrées sous le nom de Lupercalia, un rituel romain païen de purification qui avait lieu le 15 février sur l'ancien calendrier romain, lorsqu'un hérisson était chargé de la divination du temps. Ces croyances ont survécu à la christianisation de l'Europe et se sont plutôt rattachées à la Chandeleur en tant que folklore. Les colons européens en Amérique du Nord ont maintenu la tradition païenne, mais avec la marmotte indigène. La tradition, bien qu'elle ne soit plus observée en Écosse, fait l'objet d'un proverbe gaélique :

Thig an nathair as an toll

Là donn Brìde,

Ged robh trì troighean dhen t-sneachd

Air leac an làir.

 

The serpent will come from the hole

On the brown Day of Bríde,

Though there should be three feet of snow

On the flat surface of the ground.

 

Le serpent sortira du trou

Le jour brun de Bríde,

Bien qu'il devrait y avoir trois pieds de neige

Sur la surface plane du sol.

 

C'est une sorte de victoire des anciennes coutumes sur les nouvelles, alors que des millions de personnes savent ce qu'est le « Jour de la marmotte » mais ne connaissent pas la Chandeleur. Mais plus que cela, cela montre l'attrait durable de la tradition et du paganisme. En ces temps incertains où quelques personnes luttent pour donner un sens au monde qui les entoure, le rituel peut donner un sens à la vie. Que vous regardiez le Phil de Punxsutawney en direct sur Internet, que vous allumiez une bougie ou que vous tissiez une croix de St Bride ce soir, vous faites partie de quelque chose de plus grand, de général, c’est plus pertinent que jamais.

Sources : Euro-Synergies

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Pour célébrer le solstice d’hiver par Jean Mabire

 

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Les fêtes « traditionnelles » de Noël et du Nouvel An perdent peu à peu leur signification religieuse, pour devenir simples prétextes à des réunions gastronomiques ou à des échanges de cadeaux futiles. Le vieux culte païen du « Soleil invaincu » a été transformé une première fois par les chrétiens en célébration de la naissance de l’enfant-dieu. Cette fête se trouve désormais de plus en plus désacralisée et dénaturée par les marchands. Il importe de retrouver le sens d’une véritable Tradition, qui plonge ses racines dans le passé le plus ancien de tous les peuples européens.

Tout naturellement, cette fête d’hommage et de confiance au Soleil, célébrée lors de la nuit la plus longue de l’année, a pris une force particulière dans les pays où l’hiver était le plus rude, le plus froid, le plus noir. La tradition du solstice d’hiver s’est maintenue plus longtemps dans un univers où la mauvaise saison a toujours pris la forme d’une véritable tragédie.

À l’angoisse de la longue disparition du Soleil, par ces mois de tempête et de gel, correspond, bien entendu, une ferveur encore plus grande dans l’espérance du retour de la lumière. Mais en « récupérant » la fête du solstice d’hiver, les « inventeurs » du Noël chrétien ont largement contribué à étendre cette ambiance religieuse et tragique vers les pays du Sud. Aussi le « mythe » de Noël at-il largement dépassé son berceau septentrional originel pour s’étendre à toute l’Europe.

Noël reste ainsi la plus grande fête de l’année, même si elle se trouve de plus en plus privée de son sens véritable.

Quand scintillent les lumières publicitaires du néon et que les familles se réunissent dans des appartements climatisés, que peut-il demeurer du sens profond de cette lutte millénaire qui a opposé les ténèbres de l’hiver et les rayons du Soleil ? Il faut donc aujourd’hui entièrement recréer le sens profond du solstice.

Non pas en s’enfermant dans de soi-disant « rites païens » qu’aucun archéologue n’a jamais pu reconstituer avec certitude, mais en s’inspirant du sens profond de cette nuit unique pour imaginer une nouvelle célébration des sentiments ancestraux.

Chaque foyer, chaque famille doit ainsi découvrir une manière qui lui soit personnelle de célébrer le solstice d’hiver. Il ne s’agit pas de donner ici une sorte de liturgie immuable, mais de proposer quelques « recettes pratiques » à ceux dont l’imagination ne serait pas aussi grande que la ferveur. L’important reste cependant d’innover, c’est-à-dire de respecter la véritable tradition en lui donnant toutes les couleurs de la vie. Il ne faut jamais craindre, en un tel domaine, d’improviser, et de se laisser emporter par une atmosphère tour à tour grave et joyeuse.

Ainsi se retrouvera le vrai sens de cette fête qui est tout autant spontanéité que fidélité. L’essentiel reste de célébrer le solstice d’hiver et de faire de cette nuit la plus longue une nuit unique et sacrée. Déjà, les temps sont venus. L’hiver est là. Bientôt vont commencer les douze nuits qui marquaient pour les anciens Européens le temps merveilleux où, au cœur de chaque foyer, le feu prenait la relève du Soleil – dont la mort n’était qu’un sommeil.

 

LA DÉCORATION DE LA MAISON

La fête du solstice d’hiver restant avant tout une fête familiale, la décoration de la maison revêt une importance toute particulière.

Le houx

Accrochés au plafond, suspendus sur les murs, disposés sur les meubles, des branchages apporteront au foyer la présence vivante de la nature. Il convient de choisir des espèces qui ne meurent pas au cours de l’hiver : gui, sapin et surtout houx. Ses feuilles luisantes et ses baies rouges en font la décoration la plus caractéristique de la période des fêtes.

Couronnes et guirlandes seront nouées de rubans soit en papier doré, soit en soie de couleur vive. Il faut respecter une certaine harmonie et limiter à deux le nombre des teintes. Le rouge et le jaune évoquent le feu et le Soleil. Ce sont aussi les couleurs de la Normandie et de l’Occitanie.

Ne pas oublier que chaque province a les siennes : blanc et noir, la Bretagne ; noir et jaune, la Flandre ; rouge et blanc, l’Alsace ; bleu et jaune, l’Île-de-France, etc. Les feuillages peuvent également être rehaussés par de petits objets de paille tressée et nouée de ruban rouge à la mode suédoise. On retrouvera ainsi la « trinité » des animaux sacrés indo-européens : le cheval, le sanglier et le bouc.

Le gui

Une grosse boule de gui décore la porte de la maison, à l’extérieur. On la suspend avec des rubans de couleur rouge, en essayant de disposer un éclairage à proximité ou, mieux encore, derrière le gui.

On peut aussi accrocher le gui à l’intérieur, à un lustre, à une poutre. On le brûle dans le feu, généralement lors de la dernière veillée du cycle de douze jours, c’est-à-dire pour la fête des Rois.

Le sapin

Le traditionnel arbre de Noël apparaît d’importation relativement récente en France. Originaire des pays germaniques, il fut introduit en France « intérieure » après la guerre de 1870, par des réfugiés alsaciens. Beaucoup de provinces françaises ne l’ont adopté qu’après la dernière guerre. Mais il s’est imposé aujourd’hui dans tous les foyers et constitue un des plus représentatifs symboles populaires du solstice d’hiver.

Nos ancêtres – qui « appelaient dieu le secret des bois » – ont toujours accordé une importance religieuse à la forêt. À l’origine de la vie se trouve, selon la mythologie nordique, un arbre puissant.

Ses racines embrassent la terre et ses rameaux portent la voûte du ciel. Les anciens Scandinaves l’appelaient Yggdrasill, c’est-à-dire le « frêne du monde ». Plus tard, les Saxons auront, eux aussi, un arbre sacré : l’Irminsul. Aujourd’hui, dans tous les foyers européens, le sapin renoue avec une très vieille tradition et retrouve son caractère sacré. On le choisit le plus haut possible, de préférence avec ses racines, afin de le replanter ensuite. Il est décoré de rubans colorés, de guirlandes, de bougies (éviter les lampes électriques !), de boules multicolores et d’objets de paille tressée à la manière scandinave. En haut du sapin est placé un symbole solaire : soleil de paille ou roue solaire recouverte de papier doré. On peut encore accrocher aux branchages des oranges plantées de clous de girofle, des petits gâteaux et des objets, des rubans aux couleurs d’une région, etc.

Ces rubans partent parfois de la couronne d’avent, et rejoignent les murs en formant une sorte de dais de couleurs vives.

 

LA COURONNE D’AVENT

Quatre semaines avant· le solstice d’hiver, on façonne avec des branches de sapin une couronne qui peut être suspendue au centre de la pièce principale de la maison. On peut aussi la poser sur un coffre ou sur une table. Cette couronne est faite avec une armature circulaire rigide, cercle de base d’une carcasse d’abat-jour ou cerceau d’enfant en bois. La carcasse est garnie avec de la paille (paillons à bouteille par exemple), liée avec de la cannetille ou fil de laiton de fleuriste. Elle est ensuite décorée avec du feuillage vert : branches de sapin ou de houx. Les branches sont également liées avec de la cannetille et entourées de croisillons de ruban rouge assez étroit.

On fixe quatre bougies rouges sur la couronne, soit des bougies fines et longues, qui tiennent avec des pinces à bougies pour arbre de Noël, soit des bougies courtes et larges, placées dans des coupelles et amarrées avec de la cannetille. Un autre procédé (difficile) consiste à planter à l’envers quatre clous très longs dans le cercle de bois de la carcasse, et à enfiler les bougies dessus.

La couronne est préparée quatre semaines avant le solstice d’hiver. Une bougie est allumée quelques instants pendant la première semaine, deux la semaine suivante, puis trois la troisième semaine. Quand arrive enfin la nuit la plus longue de l’année, on allume les quatre bougies ensemble. Ainsi, au fur et à mesure que le Soleil décline, les bougies s’allument de plus en plus nombreuses, prenant en quelque sorte la relève. Elles symbolisent, durant la veillée du solstice, la fin de l’hiver et annoncent le retour du soleil.

La tour de Jul

C’est un chandelier de terre cuite assez rustique qui est utilisé comme bougeoir uniquement lors de la veillée du solstice d’hiver. Le modèle original de la tour de Jul a été découvert au siècle dernier dans la province de Halland en Suède, et plusieurs musées folkloriques suédois en possèdent des exemplaires. De nos jours, des tours de Jul, s’inspirant du modèle nordique originel, sont exécutées par des artisans potiers. La tour de Jul comporte quatre faces, décorée chacune d’un cœur surmontant une rune de Hagal (rune de la Vie et rune de la Mort liées ensemble, image d’un Soleil à six rayons, symbole de l’année qui commence comme de celle qui finit). Ces motifs décoratifs ajourés permettent d’apercevoir une bougie qui se trouve placée à l’intérieur de la tour de Jul et symbolise l’année à naître du cœur même de l’année qui s’achève. Cette bougie doit rester éteinte jusqu’à minuit.

Au sommet du chandelier se trouve une cavité qui contient une bougie en partie consumée et qui ne doit durer que le temps de la veillée.

La bûche

La pièce maîtresse de la décoration du foyer est la bûche. On la retrouve dans la plupart des provinces européennes. Le soir du solstice d’hiver, le maître de maison va choisir dans le bûcher la pièce de bois qu’il destine à ce rôle capital dans la veillée. La bûche est ensuite décorée par son épouse, avec du feuillage de houx, de gui et de sapin, entouré de rubans de couleurs.

On peut graver sur cette bûche des devises, des signes ou des runes, à des intentions particulières. Quand le feu brûlera, les pensées et les désirs de toute la famille seront ainsi consumés et sublimés.

Juste avant d’être placée dans le foyer, la bûche est arrosée d’eau-de-vie par le plus jeune enfant de la maisonnée. Le plus âgé des enfants place la bûche sur un échafaudage soigneusement préparé de papier froissé, de brindilles et de petit bois. Il devra allumer le feu avec un tison provenant du solstice d’été précédent.

Le repas

Animé et savoureux, le repas du solstice d’hiver peut varier selon les régions. Certains plats et certaines boissons restent traditionnels, et il faut respecter ces usages au même titre que les autres. Il convient cependant de proposer un menu-type dont la qualité ne fait que renforcer le symbolisme. Il est de tradition de manger des huîtres le soir de Noël. Les huîtres creuses (portugaises) ne sont pas les plus chères, ni surtout les moins bonnes. On peut aussi déguster des oursins dans le Midi ou des praires dans le Nord.

Peut commencer la fête du cochon ! Le boudin blanc apparaît pour annoncer le plat de viande. Point ne sera pour nous question de dinde et encore moins de coq, fût-il au vin… Au soir du solstice d’hiver, il faut manger du porc !

Le choix existe entre le porc sauvage (marcassin de préférence) et le porc domestique (cochon de lait). La meilleure solution est de manger un animal entier, rôti. Bourré de farce, il doit être accompagné de purée de marrons, de purée de pomme de terre et de purée de pomme-en-l’air (pomme-fruit, de préférence du Canada).

Le repas se poursuit avec une salade d’hiver, c’est-à-dire un mélange de betteraves rouges, d’endives, de noix, de pommes émincées, assaisonné de jus de citron et de crème. S’y ajoutent les fromages du pays ou les fromages gras de saison. Les pommes et les noix ont toujours fait partie du menu du solstice d’hiver depuis la plus haute Antiquité : à l’intérieur de ces fruits se cache le noyau de la vie qui continue. C’est maintenant l’apparition du dessert tant attendu par les enfants. La réussite du gâteau de Jul est le grand problème d’une maîtresse de maison. La classique « bûche » à base de marron et de chocolat ne souffre que la perfection et garde ses amateurs.

Quant aux gâteaux à base de fruits les plus divers (pommes et noix, marrons et noix, pommes et citrons), ils demandent de vifs efforts d’imagination. Ils peuvent être servis en tartes ou bien en entremets chauds ou glacés. La tradition britannique du « pudding », qui reste vivace au pays de M. Pickwick, tend de plus en plus à franchir la Manche• Le repas est fini. Il ne reste plus qu’à « grignoter » … C’est le moment des mandarines, des fruits secs et des petites pâtisseries. Une habile cuisinière se doit, pour le soir du solstice d’hiver, de réussir des petits gâteaux très simples, à base de lait, de beurre et de sucre. Certains ont des formes traditionnelles : cheval, bouc ou sanglier. Le plus curieux des gâteaux de Jul représente trois lièvres en cercle, qui se tiennent par les oreilles et qui, par leur bond, indiquent le cours de l’année sous le grand tournant de la roue solaire.

Les cadeaux

Au début du repas, chacun a ouvert le « paquet cadeau » qui se trouve sur son assiette. Il ne s’agit pas des étrennes classiques qui doivent être remises aux enfants… et aux parents, seulement le lendemain matin, 25 décembre. En cette soirée du solstice d’hiver, il ne faut offrir que de menus objets symboliques.

Chacun des enfants doit ainsi recevoir :

Un objet en bois : coquetier, rond de serviette, chandelier, etc. inspiré par l’artisanat populaire, avec des motifs en pyrogravure ou en peinture.

Un objet en fer pour les garçons : couteau, boucle de ceinture, porte-clef (avec drakkar à roue solaire, emblème héraldique, reproduction d’anciens sceaux, etc.).

Un objet en fil pour les filles : rubans ornés de motifs folkloriques, mouchoirs, foulards, tabliers, petit nécessaire à coudre avec porte-aiguilles, etc.

Tous ces menus objets devront se trouver au maximum personnalisés. On peut même y faire graver ou broder le prénom de l’enfant. Le père et la mère s’offrent mutuellement, eux aussi, un présent, dont la nature est laissée à la discrétion de chacun, mais qui doit s’inscrire dans le cadre de cette fête.

Les paquets cadeaux doivent être présentés dans des papiers d’emballage « de saison » comme on en trouve à cette époque dans tous les magasins. Les nouer avec des rubans colorés et y accrocher une étiquette de circonstance avec le nom de chacun.

La veillée

Le repas terminé, la famille se réunit autour du feu. La veillée proprement dite commence. Elle doit être relativement courte puisqu’elle se termine peu après minuit. De toute façon, il est préférable que les enfants puissent y assister jusqu’au bout ; ils ne doivent pas avoir l’impression que quelque chose continue après que l’heure est venue de les envoyer au lit…

Pendant cette veillée, chacun peut lancer dans le feu des écorces gravées. Ce geste a la signification d’un vœu et peut ainsi se comparer au saut du feu lors du solstice d’été, où il est de coutume de prononcer un souhait ou un défi en bondissant par-dessus les flammes.

Tandis que le feu brûle dans la cheminée, surveillé par le maître de maison, toute la famille se réunit autour de la table familiale. Il convient alors d’allumer les bougies symboliques de cette veillée. Le père allume d’abord une bougie rouge en disant :

– J’allume cette flamme en souvenir de tous les morts de la famille. La mère allume ensuite une bougie bleue, en disant : – J’allume cette flamme en témoignage de fidélité à tous les parents et amis absents. Le plus ancien de l’assemblée allume enfin une bougie verte, en disant : – J’allume cette flamme en espérance de tous les enfants qui naîtront dans notre communauté et perpétueront à leur tour le retour du Soleil.

Les autres bougies qui éclairent la table familiale, et doivent si possible remplacer tout éclairage électrique, sont blanches ou, mieux encore, de couleur cire.

Pendant la veillée, chacun peut raconter des histoires. Il existe de nombreux livres de contes et légendes, généralement regroupés par province. Plus les contes sont courts, plus ils se retiennent facilement et peuvent être compris de tous.

À minuit, le chef de famille enlève la bougie qui brûle au sommet de la tour de Jul et s’en sert pour allumer la bougie qui se trouve à l’intérieur de ce chandelier, disposé à la place d’honneur de la maison. Il dit alors :

– Une année meurt. Une année commence. Ainsi s’enchaîne le cycle de la vie sur cette terre. Demain, le jour sera plus long et la nuit plus courte. Demain, le Soleil reviendra pour tenir sa promesse.

Que la lumière de cette flamme de l’année nouvelle brille dans cette maison et dans nos cœurs comme une image du Soleil qui ne meurt pas ; comme un symbole de la marche du monde qui se poursuit, sous la grande roue des saisons.

Jean Mabire

Sources: Via Eléments

 

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