Résistance Identitaire Européenne

Culture Enracinée

Une femme à Diên Biên Phu

Geneviève de Galard n’est pas, d’après elle, une femme extraordinaire. Elle a juste fait son devoir lors de la guerre d’Indochine. Pourtant, à la lecture de son livre, on ne peut s’empêcher de penser que ce petit bout de femme au sourire timide et aux joues potelées a eu le courage de faire ce que nombre de ses compatriotes, hommes et femmes confondus, n’auraient pas eu la force d’accomplir. Le Colonel Langlais dira d’elle : « A suscité l’admiration de tous par son courage tranquille et son dévouement souriant. […] D’une compétence professionnelle hors pair et d’un moral à toute épreuve, elle fut une auxiliaire précieuse pour les chirurgiens et contribua à sauver de nombreuses vies humaines. » « Restera, pour les combattants de Diên Biên Phu, la plus pure incarnation des vertus héroïques de l’infirmière française. » On pourrait croire que l’auteur de ces lignes a enjolivé son texte. Mais quand on a vécu ce qu’elle a subit durant les combats dans « la cuvette » et lors de sa décision de rester avec les prisonniers suite à la chute de Diên Biên Phu, on comprendra alors que cette admiration n’est pas exagérée. Pendant cinquante-sept jours de combat elle fut parmi les vaillants résistants afin de leur apporter soins et réconforts. Parfois ce fut très difficile, même pour une infirmière, de voir tous ces corps mutilés, toutes ces souffrances. Et tout cela sous les bombes des Vietminh presque quotidiennes. Dans la boue, le sang et la sueur, elle partagea le calvaire de tous ces braves combattants qui luttaient contre le Communisme. A aucun moment elle ne les abandonna, même quand elle eu la possibilité d’être rapatriée avant certains soldats blessés.

Un exemple de bravoure, de fidélité malgré l’adversité, de générosité et de gentillesse. Un peu de douceur féminine dans ce monde de guerriers…

Sa vie, « l'ange de Diên Biên Phu » vous la racontera mieux que moi. Je vous laisse découvrir le destin de cette héroïne qui a rendu l’espoir à de nombreux hommes et dont le souvenir ne pourra jamais s’effacer de leur mémoire…

Yann

Une femme à Dien Bien Phu, éditeur Les Arènes, Paris, 2003, 290 pages, 22,90 €

Une femme à Dien Bien Phu

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In-Mémoriam - Abel Bonnard

IN-MEMORIAM - ABEL BONNARD

(Poitiers, 19/12/1883-Madrid, 31/5/1968)

Ce représentant d'une civilisation raffinée, d'une lumineuse intelligence, d'une profonde culture, est décédé au moment où l'Université de Paris, celle de Victor Duruy, de Léon Bérard, d'Anatole de Monzie, sombre dans une ignoble et totale déchéance.

Devenu ministre de l'Education Nationale sous le gouvernement légal du Maréchal Pétain, son premier soin fut de réparer certaines injustices, instaurer un climat de confiance, créer le « Bulletin de l'éducation nationale» , développer des formes nouvelles d'éducation, notamment des « chantiers de jeunesse » et autres initiatives bénéfiques.

Aujourd'hui on mesure la pente descendue, d'un Capitant (policier et épurateur) à Fouchet (autre farfelu), on arrive au mystificateur démagogue Edgar Faure, nommé par le plus grand imposteur de notre temps.

Le vendredi 31 mai 1968, au moment où le Parlement français était liquidé en pleine « Grande Chienlit », Abel Bonnard s'éteignait doucement en ce Madrid qu'il aimait tant, et où il avait trouvé refuge, loin des haines, de l'ingratitude, du mensonge et de la bêtise de la plupart de ses compatriotes.

A cette occasion, la presse française s'est une fois de plus signalée par une ignominie le plus souvent anonyme : au moment où l'on vendait à la criée des feuilles dans lesquelles on pouvait lire, sur le drapeau français : « Honneur et mon cul », le contraire eût été surprenant. Du moins, il n'a pas vu ça. Mais il l'avait prévu, et depuis longtemps.

Lauréat à vingt-deux ans du Grand Prix de Poésie que venait de fonder le ministre de l'Instruction Publique, Abel Bonnard est né le 19 décembre 1883 à Poitiers, tout près de Notre-Dame la Grande. C'est après la publication de La vie amoureuse de Stendhal et d'une biographie de Saint François d'Assise qu'il fut reçu sous la Coupole et occupa le fauteuil de Charles Le Goffic (1932).

Dès 1925, dans Le Nouveau Siècle de Valois, il se prononce contre un nationalisme fanatique, sectaire, pour une Europe unie, au sein de laquelle les peuples libérés du mythe de la démocratie parlementaire et du marxisme pourraient enfin trouver leur plein épanouissement. Il remarque justement que la religion catholique, tombée au plus bas en Italie alors que la patrie y était niée, se trouve restaurée, régénérée par le Fascisme. S'il affirme avec force sa foi en une France militairement, socialement et ethniquement forte, il prend soin de préciser que nous ne devons refuser le dialogue ni avec l'Italie, ni avec l'Allemagne, ni avec aucun de nos voisins.

On peut dire de lui ce qu'il écrivait au prince de Ligne : « II n'y a rien de mesquin dans cette nature au-dessus de la vanité. » II est avec Paul Morand, un des derniers modèles de l'honnête homme, au sens qu'avait ce terme au XVIIe siècle. Nul n'a mieux que lui illustré, défendu notre langue et notre culture, à une époque où triomphe le jargon le plus affreux, où la confusion, la fausse intelligence exercent leurs ravages à l'envi, et où l'esprit de notre nation, gouvernée par le rebut, est tous les jours bafoué.

Il n'a jamais pensé que les ouvriers fussent des citoyens de seconde zone et constituassent «une classe inférieure», mais au contraire qu'il était nécessaire de les tirer de leur condition de prolétaires, de dégager de leurs rangs une aristocratie ouvrière que la haine et le mensonge réduisaient à l'esclavage. C'est à quoi il s'est appliqué à la présidence des Cercles Populaires Français, dès 1937, avec Ramon Fernandez, Drieu La Rochelle, Robert Brassillach, Jacques Boulenger, Paul Chack, Jean Ajalbert, Serge André, Alain Janvier et quelques autres.

La paysannerie constituait pour lui la réserve sacrée de la patrie ; que 800.000 paysans aient été sacrifiés en 1914-18 lui semblait catastrophique. S'il estimait Foch, il parlait toujours du maréchal Fayolle, «jus­tement économe du sang de ses soldats», avec ferveur. Du maréchal Pétain, qu'il vénérait, il disait :

— C'est à Vichy qu'ils lui apprirent à mentir.

De bonne heure, il prit donc parti hardiment, comme le recommandera, trois ans plus tard, le maréchal. Je ne crois pas qu'il pariapour l'intelligence, la dignité, l'honnêteté et la raison. Il décida seulement de défendre un certain aspect de l'homme, sachant que finalement, «tout fait retour». En décembre 1933 déjà, à propos des manifestations qui marquèrent la représentation de Coriolan au Théâtre Français, il écrivait :

«Au-dessus de leurs différences inévitables, de leur heureuse variété, ces profonds connaisseurs du réel que sont les grands poètes, sont d'accord. Depuis Homère, Eschyle, et Aristophane, jusqu'à Virgile, jusqu'à Dante, jusqu'à notre Ronsard, à ce Shakes­peare qu'on applaudit aujourd'hui, à Corneille et à Racine, ils témoignent dans le même sens. Ils savent sur quels principes les états durent noblement. Ce haut tribunal condamne la démagogie qui leur rend en haine sourde ce qu'ils lui montrent de juste mépris. »

« Sans doute les Romantiques interrompent cette continuité, mais ils apparaissent de plus en plus comme des hommes qui n'ont pas eu une âme digne de leurs dons ; cherchant toujours le thème le plus facile et les applaudissements les plus nombreux, flattant le peuple d'une façon plus épaisse qu'on n'a jamais flatté aucun roi, manquant de scrupules et d'austérité, ils ne se sont pas mis en condition d'avoir des pensées vraiment sérieuses. Mais au-dessus d'eux, les grands poètes sont ensemble. Ils sont, dans tous les sens de ce mot, y compris celui qu'il avait pendant la Révolution, des aristocrates. »

Avant que la maladie le terrassât, Abel Bonnard était toujours — dans sa quatre-vingt-cinquième année ! — le causeur merveilleux qui avait ébloui les salons parisiens avant qu'ils glissassent, peu à peu, dans la rue. Un soir, aux temps les plus sombres de cet exil qu'il supporta avec une hauteur admirable, il ouvrit un Shakespeare et nous lut le passage de la célèbre scène où Coriolan mendie les voix de ses concitoyens :

— Tout y est, nous dit-il. Imaginez les angoisses de ce pauvre Ménésius conjurant le futur consul de ne point braver la populace. Il faut être élu, flatter les Comices, et tout le reste n'a pas d'importance. Ménésius, c'est déjà un « modéré ». Ménésius, c'est « le miraculé de Kaboul ».

C'est en 1936, deux mois après la constitution du gouvernement de Front Populaire, que parut son maître livre : Les Modérés. Ce ne fut d'abord, pour beaucoup, qu'une œuvre scintillante, une manifestation pyrotechnique ; c'est qu'en effet les serpenteaux, les cascades, les girandoles, les bouquets et les comètes s'y succèdent et y mêlent dans le ciel noir leurs couleurs étincelantes. La plupart des modérés admirèrent ce somptueux feu d'artifice, fermèrent le livre et n'y pensèrent plus. Je crois que les fusées des Modérés sont montées si haut « qu'elles sont restées accrochées aux étoiles » et qu'il faut y regarder d'un peu près.

Ecoutons Bonnard :

« Toutes les fois que j'ai entendu parler des gens de la politique parler d'un de ceux qui arrivent à s'y signaler par une absence de scrupules encore plus marquée que chez tous les autres, je ne leur ai jamais entendu dire que cet homme-là fut très corrompu ; ils disaient seulement qu'il était très intelligent. »

A présent, nos modérés jacobins et nos progressistes bien-pensants sont aussi vaniteux et aussi nuls qu'en 1936 : « Leur ambition les pousse à réclamer des places qu'ils ne peuvent pas remplir ; ils se démènent tant qu'ils n'y sont pas et s'évanouissent dès qu'ils y arrivent. »

C'est ce qui se passait hier, ce qui se passe aujourd'hui et se passera demain.

Lui qui donna du général De Gaulle cette définition qui fit le tour de la terre : « C'est un nain interminable»  fait déjà apparaître tous ces prétendus chefs, foisonnant depuis 1945, et qui, n'ayant à montrer que leurs erreurs et leurs fautes, « écrivent complaisamment leurs mémoires. » Et il conclut : « La mort les surprend en train de faire leur visage pour la postérité ; mais, s'étant trompés en tout, ils s'abusent encore par cette dernière espérance : il n'y aura pas de postérité pour ceux qui ont laissé s'abîmer un monde, car ce que nous appelons de ce nom, ce n'est que notre civilisation qui dure après nous. »

Regardant alors par-dessus nos frontières, Bonnard distinguait déjà l'ombre du monstrueux chaos où nous a plongé la guerre délirante de 1939-1945 :

« Chaque peuple ne se connaît que pour ne pas connaître les autres. Les rencontres sont remplacées par des heurts. Alors qu'il n'y a plus d'Europe parce qu'il n'y a plus d'aristocraties, l'Asie se sert des armes et des idées que l'Europe lui a fournies pour chasser les Européens... On peut dire que c'est là le monde de la force et cependant c'est surtout celui de la faiblesse, car toutes les forces qu'on y voit titubent à la recherche d'une âme : on peut dire que c'est un monde des passions, et c'est d'abord celui de la peur, présente dans le cœur même de ceux qui prétendent l'inspirer, tant les chefs et les nations s'effraient de ne pas savoir où ils vont et être forcés d'aller. »

II est, comme Céline, un prophète, mais un prophète classique, capable de s'élever, de survoler son époque sans être condamné à disparaître avec la société qu'il décrit. Il a pris congé de ce monde avec dignité, noblesse et sérénité, en sorte que sa mort, écrit justement Jean Ferré dans le quotidien madrilène «ABC», n'a pas été une fin mais une conclusion. »

On lui prête des mots méchants. Il ne prononça jamais que des mots vrais dont la dureté n'était jamais gratuite. « Bonnard est une combinaison de Nietzche et de Joseph de Maistre » me disait Ramon Fernandez ; et Drieu La Rochelle ajoutait : « A Florence, Laurent le Magnifique lui eût fait construire un palais. »

Comme Léon Daudet, Alphonse de Chateaubriant, Jean de la Varende, c'est un homme de la Renaissance fourvoyé à une époque où la médiocrité, la jactance, l'uniformité et l'imposture triomphent à peu près partout. Doué d'un génie qui ne peut s'exprimer qu'en blessant profondément les médiocres — parce qu'il les remet à leur vraie place — il était redoutable. Ministre de l'Education Nationale du Maréchal, il avait été condamné à mort en 1945, étant bien entendu qu'il était criminel d'enseigner les jeunes Français de 1940 à 1944. C'est volontairement qu'il y a dix ans après sa comparution devant la Haute Cour, il choisit l'exil, car, me dit-il, « il n'est rien de pire que d'être exilé dans sa propre patrie. »

Il avait gardé pour l'Italie, l'amour de sa jeunesse. Il y a trois ans, comme nous revenions de la patrie de Stendhal, il nous questionna avec enthousiasme sur Florence, Pisé, Ravenne, Anghiari, Gubbio, Sienne, Urbin, Pérouse...

« Pérouse, soupira-t-il, j'y ai passé six mois. C'est là que j'aurais voulu vivre. »

Il fallait l'entendre conter ses entretiens avec Gabriele d'Annunzio en cette villa-croiseur-cuirassé où tirer la sonnette c'était tirer le canon, et où les miroirs, les tableaux, les sofas et les parfums de femme composaient un monde au sein duquel Marcel Proust lui-même se fut évanoui.

Bonnard admirait Pétrarque, Boccace — à cause de son culte pour l'amitié — sainte Catherine de Sienne, Leopardi, Pirandello. Il adorait l'Italie, mais il aimait l'Espagne : c'était une passion sérieuse et singulièrement désintéressée. Ses meilleurs amis, les plus fidèles, les plus sincères, n'étaient pas ici de grands seigneurs, mais de braves et de petites gens dont il comprenait et partageait les peine. Un jour, il rencontre par hasard un Grand d'Espagne qu'il n'avait pas vu depuis deux ou trois ans.

— Ah ! mon cher Maître, lui dit cet étourdi, quelle joie de vous revoir ! En vérité, je ne sais comment il m'est possible de vivre, et de façon si stupide, sans me donner davantage le plaisir de votre conversation !

Alors Bonnard, d'une voix très douce :

— Je ne sais comment vous faites, cher ami, mais vous y parvenez très bien.

De Genève, en août dernier, je recevais d'un admirateur de Bonnard, M. Marc de Montchal, une lettre qui constitue un témoignage d'une émouvante simplicité et dont voici des extraits :

« ...Après la dernière guerre, j'allai plusieurs fois à Madrid. A l'époque, il fallait rester à Barcelone, parfois assez longtemps, avant d'obtenir deux «butacas» dans l'express de nuit, et nous descendions, ma femme et moi, dans une modeste pension de la Via Layetana. Or, dès la première fois, nous fûmes étonnés de l'excellent français, presque sans accent, du jeune homme qui nous servait. Comme nous lui demandions où il avait appris un français aussi correct, il nous expliqua que c'était « avec Monsieur Bonnard », précisant même que Monsieur Bonnard mangeait d'ordinaire à la table que nous occupions « généralement avec Monsieur Pietri. » Abel Bonnard s'était fait une joie d'apprendre le français à ce garçon, qui semblait du reste éveillé. Cela m'est revenu en mémoire à la lecture des pages que vous avez consacrées à ce grand Français, dans les derniers « Ecrits de Paris », particulièrement quand vous dites qu'il s'intéressait aux gens du commun... »

En Espagne, Abel Bonnard et ses quelques compagnons d'infortune rendaient les visites faites à notre pays de 1813 à 1939 par des centaines de milliers d’Espagnols : afrancesados, libéraux, royalistes constitutionnels, carlistes, nationalistes et républicains.

Souvent il nous aparlé de ce qu'il écrivait sur la peinture espagnole, sur l'Espagne elle-même et sur Napoléon le Grand. Espérons que ces œuvres, longtemps ciselées, seront publiées au plus tôt. Il n'a pas voulu — m'a-t-il souvent affirmé — écrire ses Mémoires, bien qu'on lui eut offert, s'il y consentait, de cet argent dont il manquait. Mais à ce sujet, sa fierté n'avait d'égale que sa générosité. Comme il est facile à ceux qui possèdent beaucoup d'être généreux ! Abel Bonnard n'avait rien : « Nous sommes tellement gueux ! » me disait-il parfois en riant ; et pourtant il trouvait le moyen d'offrir, de donner ; et à sa table, dans les plus modestes toscas, on se voyait traité avec plus de magnificence qu'au Jockey ou chez Horscher. Il était là.

Il y a dix-huit ans, l'académicien Manuel Halcon qui dirigeait la revue Semana me demandait d'interroger Abel Bonnard sur la mort. Il me fit une réponse où il se mettait tout entier sans s'y montrer d'aucune manière. Et je ne crois pas que l'on puisse vraiment le connaître sans avoir lu ce grand texte classique qui honore la langue française, et que je recopie fidèlement :

«On ne peut parler de la mort que très simplement, car déployer de l'éloquence sur ce sujet-là ne ferait que prouver qu'on n'a pas pensé à ce dont on parle. L'idée de la mort apparaît nécessairement au-delà de toute idée sérieuse de la vie, comme la mer au fond d'un grand paysage. Elle a en chacun de nous un caractère différent selon notre propre nature, notre âge et le plus ou moins d'attache que nous gardons à la vie que les circonstances nous ont faite. Quand, dans mes premières réflexions ma propre fin me faisait horreur, et plus encore, je crois, la pensée que ceux que j'aimais auraient à mourir.

Plus tard, quand nous avons en effet connu toute la monstruosité de la mort par la fin de ceux que nous aimons, il nous devient aisé de lui donner beaucoup moins d'importance quand il ne s'agit plus que de nous même, et de la considérer alors soit avec indifférence, soit avec plus ou moins d'attrait. Pour moi, cet attrait naît en partie des circonstances présentes. Très convaincu que nous assistons à une chute immense de l'homme, et que des forces matérielles d'une puissance irrésistible travaillent, sans cesse et partout, à réduire à l'uniformité, à l'insignifiance, à la platitude, ces êtres humains qui se signalaient jadis par la fantaisie de tant de caractères divers, persuadés que l'homme laisse derrière lui les sommets de l'art, de l'héroïsme et de la sainteté, assuré que ma propre patrie est dans le passé, il doit me devenir beaucoup plus facile de quitter un monde qui n'a plus rien pour me retenir et où je n'aurai à regretter que la lumière. Les vieillards d'hier avaient la tristesse de laisser leur monde durer après eux. Une mélancolie plus subtile est réservée à quelques uns d'entre nous : c'est d'avoir vu leur monde finir avant eux. Il ne leur reste plus qu'à rejoindre ce grand cortège doré qui s'éloigne, et j'avoue que parfois j'ai un peu honte de tarder. »

Comme je le comprends. Cependant, ses vues étaient trop sombres, parfois trop désespérées ; souvent j'étais obligé de lui dire que la roue tournait, que les lois de l'accélération historique joueraient quelque jour en faveur de l'honnêteté, de l'intelligence, et que l'Histoire à Répétition prouvait que rien n'était jamais perdu. Il souriait, hochait la tête et disait :

— Peut-être, si vous tenez bon.

Il a tenu bon. Quel bel éloge eût pu faire de lui son successeur à l'Académie Française, ce Jules Romains qui, au temps de Hitler était membre du Comité France-Allemagne en compagnie, du reste, de Louis Bertrand et de Georges Duhamel ! La carrière de Bonnard ne finit pas. Elle commence. Ces traits maladroits et rageurs décochés sur un absent par quelques archers trembleurs qui, en décembre dernier, saluaient de la Concorde à l'Etoile les drapeaux rouges du camarade Kossyguine, ne sauraient atteindre Bonnard. Mais nous, qui fûmes ses amis et ses camarades, avons le devoir de confondre ceux qui continuent de mentir. Je lis par exemple dans « Le Monde » (2 juin 1968) ces lignes ahurissantes :

« En 1943, il rencontrait Goering auquel il offrit en cadeau un tableau de Van Eyck. »

II s'agit là d'un mensonge particulièrement stupide. Jamais Bonnard n'a offert un Van Eyck au maréchal Goering, ni aucune autre œuvre d'art. Mais Bonnard m'a en effet parlé d'un fameux Van Eyck, l'Adoration de l'Agneau mystique, qui était précieusement conservé à Pau. Il appartenait du reste à la Belgique, qui l'avait confié à la France. Cette œuvre superbe a fait retour à Gand, et on peut l'admirer en l'église Saint-Bavon. Jamais Goering ne l'eut en sa possession.

Notre éminente amie Blanche Maurel qui fut directrice du cabinet de Bonnard a envoyé au « Monde » une lettre de rectification qui n'a pas été publiée, que je sache. On manquait sans doute de place, rue des Italiens. Il était urgent de reproduire les Manifestes des Cohn-Bendit, Castro, Sartre, Bolkansky, Silbermann, Kazioniowsky, Lakhz, Tysblatt, Kijuhno, Schwartzenkopff, et surtout cette affirmation de Malraux :

« Le général De Gaulle, c'est la France. »

Pour l'amateur d'art khmer, peut-être. Pas pour nous. Certes, Bonnard était depuis longtemps partisan d'une entente entre l'Allemagne et la France : « En 1940 me disait-il, le problème était de refaire la France en refaisant l'Europe. Les deux choses se tenaient ; elles demandaient sur un fond de solide raison, un mouvement de générosité et de foi. Il s'agissait essentiellement dans la politique intérieure, de réintégrer le peuple dans la communauté nationale, comme, dans la politique extérieure, de réunir les différents peuples de l'Europe dans une communauté internationale. Ce programme était grandiose et il n'était pas chimérique. Il dessinait seulement le plus haut possible... Cette constitution de l'Europe devait avoir nécessairement pour noyau l'association sincère et profonde de la France et de l'Allemagne. Les grandes figures de notre passé ne manquaient pas pour patronner cet accord. Renan, Tocqueville, Hugo, Lyautey, bien d'autres encore. »

Tel était le crime irrémissible d'Abel Bonnard : croire qu'une entente franco-allemande, avant la domination de l'Europe par les Soviets pouvait tout sauver. Etait-il, comme on l'a dit, « réactionnaire » ? Certes non. Il fut le premier ministre de l'Education Nationale qui comprit que l'éducation physique de notre jeunesse était aussi nécessaire à l'avenir de la nation que son éducation intellectuelle et morale, et qu'en édifiant des stades et des piscines, l'état aurait à construire moins d'hôpitaux. « Le sport, disait-il, cette chevalerie nue. »

Au temps d'Abel Bonnard, l'université de Paris — la plus ancienne du monde avec celle de Bologne — servait encore à former des élites. L'université française était celle du marquis de Fontanes, proscrit du 18 Fructidor que Napoléon devait nommer Grand-Maître avec mission « de faire refleurir en France les études classiques » ; c'était celle de Victor Duruy historien d'Athènes et de Rome, celle d'un autre académicien, Léon Bérard, celle de ce magnifique esprit libéral, Anatole de Monzie.

C'est aujourd'hui celle de Faure et de Dany-le-Rouge ; avec la bénédiction d'un Mauriac, d'un Jean Genêt et d'un rat-de-cave de l'UNESCO du nom de Marcuse, qui s'intitule philosophe. Grâce à quoi on supprime le latin en sixième et le grec partout. Depuis 1945, il est vrai, Marx et Mao suffirent à orner les jeunes esprits français. Quelle honte, quelle dérision, et quelle folie !

Cette folie, la France, l'Europe, l'Occident s'y trouvent plongés depuis bientôt vingt-cinq ans. C'est la lugubre farce « résistante » qui continue, la confusion, le mensonge, et les coups d'accélérateurs vers le néant. Nous roulons aux abîmes, gouvernés par des imposteurs, des besogneux et des lâches. Bonnard l'avait prévu. En juin 1968, il n'a pas vu ses Modérés électoraux se jeter à l'eau pour ne pas se mouiller, en sauvant leurs vacances alors qu'ils prétendaient sauver la France.

Il est à craindre que les Français ne soient obligés de prendre bientôt d'étranges et terribles vacances, et qu'ils ne paient très cher tant d'années d'égoïsme, de bassesse et de mystification.

Madrid - 1968. Saint Paulien

Le tombeau d’Abel Bonnard – Editions Dynamo – Pierre Aelberts, éditeur – Liège - 1968

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Louis Roux chante Mistral

Louis Roux chante Mistral


 

Le Chantre Maillanais, sur la Lyre immortelle,
Redit le Verbe antique et ses rythmiques Lois ;
Et la panthère, encore, apaisée à sa voix,
Au char des jeux humains désire qu'on l'attelle.

Géorgiques d'amour, votre douceur est telle
Qu'elle emplit l'horizon des coteaux et des bois.
Rustiques Déités, Piérides d'autrefois,
Vous couronnez sa Muse et dansez devant elle.

Mais soudain resurgit un passé fastueux :
O Provence, c'est toi! Toi, Rhône impétueux !
Vous, Légende historique et légendaire Histoire !...

— Maître heureux, qui vécus aux clartés du Thabor ;
Temple d'azur, dressé sur un blanc promontoire,
Dernier Soleil couchant, parmi les Iles d'Or !

Louis Roux – Les siècles d’or - 1930

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Louis Roux chante Dante

Louis Roux chante Dante


 

Austère Florentin ! Le laurier dont tes tempes
Connaissent l'immortelle et sublime verdeur
N'a jamais adouci l'inflexible rigueur
De ce profil, transmis par les vieilles estampes.

C'est dans la haine aux flots amers que tu te trempes,
Gibelin que consume une éternelle ardeur !
De nos fades encens tu méprises l'odeur
Et refuses ton Ombre au jour faux de nos lampes.

Ton mal fut de maudire et nul ne l'a guéri ;
Et sur ton masque dur, terrible Alighieri,
On ne lit que dédains et que rêves étranges.

Et ni le bronze auguste, et ni le laurier vert,
Chantant l'un ta personne et l'autre tes louanges,
N'ont attendri ton cœur endurci par l'enfer !

Louis Roux – Les siècles d’or - 1930

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Fêtes païennes des quatre saisons, sous la direction de Pierre Vial, par Robert Dragan

Fêtes païennes des quatre saisons, sous la direction de Pierre Vial





C’est bientôt la fête de Jul, ou comme disent nos amis chrétiens, Noël. Qu’offrir à vos parents ou vos proches ? Un présent utile, qui contribuera à les éclairer politiquement : Fêtes païennes des quatre saisons, ouvrage collectif rédigé sous la direction de Pierre Vial, est le cadeau tout trouvé.

Peut-on cependant parler d’un ouvrage "politique" à propos de Fêtes païennes des quatre saisons ?

Assurément oui. Ceux qui considèrent que la politique consiste exclusivement à gloser sur les résultats de nos gouvernants, et à concevoir des stratégies opératoires pour prendre leur place, en seront pour leurs frais. Ici, pas l’ombre d’un programme électoral, et pas un seul mot en « isme ».

Mais qu’est-ce que la politique sinon l’art de diriger la cité, c'est-à-dire celui de conduire en priorité sa vie et celle de ses enfants ?
 
Fêtes païennes des quatre saisons  est un vade-mecum pour le militant identitaire qui cherche à vivre selon ses lois, au moins dans le cadre de la famille et de la communauté ; et cela, l’Etat moderne reste impuissant à le lui interdire.
 
Vivre selon ses lois, c’est d’abord se réapproprier son calendrier. Dans la Tradition indo-européenne, l’année est divisée en fonction de la course du soleil : elle est rythmée par deux solstices, celui d’hiver (Jul) et celui d’été (au mois de juin), et deux équinoxes (dont Ostara en Mars) ; mais on célèbre également le mois de mai (Beltaine), le soleil le 1er août (Lughnasadh), et les morts le 1er novembre (Samhain).

On peut constater qu’il est assez simple pratiquement de consacrer du temps à ces fêtes car elles correspondent peu ou prou aux dates de nos modernes vacances scolaires : à cela il y a une explication bien simple, c’est que la christianisation de l’empire romain, puis des royaumes barbares d’Europe du Nord, n’a été rendue possible que parce que le calendrier chrétien s’est glissé dans les habits de celui des Indo-européens.

En introduction du livre on nous le précise d’ailleurs :

« Le christianisme a dû s’européaniser et, donc, récupérer et intégrer des formes de sacralité s’exprimant dans la vie des communautés populaires (…). D’où la mise en place d’un calendrier de fêtes « chrétiennes » greffées en fait, plus ou moins adroitement, pour beaucoup d’entre elles, sur d’ancestrales fêtes païennes. »

Dès lors, on a désigné du nom de paganisme, celles des survivances indo-européennes qui étaient un peu trop évidentes, auxquelles restaient attachés les paysans (paganus,i). Et on s’est ingénié à les combattre : d’amusantes citations ponctuent Fêtes païennes, ainsi une vie de Saint Nicolas éditée en 1886 où il est précisé que « pendant sa vie notre saint avait travaillé à éteindre le culte d’Apollon, mais, malgré tous ses efforts, il n’était pas parvenu à extirper toutes les racines de cette superstition ». L’auteur nous précise alors que Nicolas est né à Patare, « deuxième ville de Lycie (du grec Lycaon, « le loup »), port fondé par les Grecs, [qui] était un centre important du culte d’Apollon. »

Dès lors, on voit qu’à moins d’avoir perdu toute mémoire, il n’est pas si difficile d’ « être païen ».
 
Etre païen consiste également à célébrer le culte de ses ancêtres.

Certes, l’ouvrage est savant, en ce qu’il fourmille de références historiques, mais en guise d’introduction, Jean Haudry fait la part des choses : être païen ne consiste pas à collectionner des références érudites, et à en disputer entre spécialistes l’interprétation. Si ce travail est nécessaire, et continue d’être approfondi, comme le montre son long article, il n’en conclut pas moins à la nécessité de faire vivre la Tradition :

« La Tradition est consubstantielle au peuple. C’est pourquoi comme lui elle a des ennemis, dont la haine vigilante sait exploiter ses faiblesses, et notamment l’impossibilité d’établir de façon sûre une continuité linéaire entre la pratique actuelle et son origine lointaine. Mieux vaut donc adopter la démarche inverse, semblable à celle qui consiste à faire revivre une langue morte, et revendiquer, tel que la science nous le révèle, l’héritage de nos ancêtres. »

Philippe Conrad explique ainsi que « [la] célébration [du solstice d’été] doit être vivante et joyeuse (…). Renouer avec cette fête de la plus vieille Europe, c’est affirmer notre fidélité à l’héritage ancestral et par là même notre identité. (…) Il reste le moment privilégié où, près du bûcher aux flammes claires, l’individu retrouve son clan. »

Si être païen permet de renouer verticalement avec la Tradition passée, c’est également le moyen de mesurer horizontalement dans son siècle, quelles sont les limites de sa communauté. Fêtes païennes des quatre saisons  vous montrera de façon pratique et simple la réalité du fait européen : Jean Poueigh décrit le solstice au pays d’Oc, deux pages illustrées évoquent l’Oktoberfest de Munich, vous lirez un article de l’Accent catalan sur la pratique actuelle des feux de la St Jean en Roussillon, vous n’ignorerez rien des traditions nordiques (l’origine de la tour de Jul ou la mort de Balder), et vous pourrez même apprendre à présenter vos souhaits pour le solstice d’hiver en vingt-six langues européennes ! Vous apprendrez qu’on célèbre également au mois de Mars la fête de l’amitié et de la communauté qui lie les fratries de jeunes gens, et au mois d’Avril la fête de l’Empire. Les derniers empires de notre continent ont sombré en 1918 ? Qu’importe si l’idée reste présente dans les cœurs des Européens d’aujourd’hui !
 
Fêtes païennes des quatre saisons, c’est encore mille informations pratiques : comment cuisiner les plats correspondant aux célébrations (ragoût de sanglier ou gâteau aux noix), comment organiser sa veillée familiale du solstice d’hiver, comment décorer sa maison, son arbre de Jul (confectionner votre julbok – activité idéale pour occuper les petits) ou comment monter le bûcher du solstice.

Ajoutons que l’ouvrage est abondamment illustré (photos de monuments, tableaux, gravures) et très soigneusement mis en page.

Enfin, il m’est impossible de dresser une liste complète de ses contributeurs : outre les noms cités, on y lira par exemple Diodore de Sicile, C. d’Orléans, P. de Ronsard, Bernardin de Saint Pierre, Hölderlin, A. de Musset, A. de Gobineau, G. de Maupassant, F. Nietzsche, E. Vehaeren, J. Giono, P. Drieu La Rochelle, G. Dumézil, J. Prévert, A. de Benoît, D. Venner… Et bien sûr  notre camarade Jean Mabire, à qui l’ouvrage est dédié.

Fêtes païennes des quatre saisons, sous la direction de Pierre VIAL
Editions de la Forêt - Mars 2008 - 34€ (N° ISBN : 978-2-9516812-8-6)

Robert Dragan

A lire également sur notre site :

- "Fêtes Païennes des Quatre Saisons", Interview vidéo de Pierre Vial à l'occasion de la sortie de son livre (Partie 1)

- "Fêtes Païennes des Quatre Saisons", Interview vidéo de Pierre Vial à l'occasion de la sortie de son livre (Partie 2)

- Les "Fêtes Païennes des Quatre Saisons"

- La Saint Nicolas, le 6 décembre

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Flaubert, contestataire et "nietzschéen"

Flaubert, contestataire et « nietzschéen »
Don Quichotte hispano-auvergnat du défunt « fascisme immense et rouge » par fidélité beau-fraternelle, Maurice Bardèche, entre deux éditoriaux de Défense de l'Occident, n'oublie jamais qu'il reste un critique littéraire plus encore qu'un observateur politique. Dans la découverte des géants du XIXème siècle, il prouve son immense érudition de normalien et d'agrégé. Mais il y ajoute une intelligence et un enthousiasme qui ont depuis bien longtemps déserté la Sorbonne, cette morgue des embaumeurs marxistes.
 
Bardèche n'est pas homme à se vouer à un seul écrivain et il butine, en abeille laborieuse, de Balzac à Proust en passant par Stendhal. Il devait, fatalement, poser sur Flaubert son regard de bénédictin hanté par la vivisection littéraire. Le résultat est un gros pavé de plus de quatre cents pages, imprimées en petits caractères, et qui se lisent « comme un roman » pour peu que l'on aime pénétrer dans l'intimité du génie.
Enfin, Gustave Flaubert commence à occuper la seule place qui pouvait convenir à ce Normand hautain et solitaire, farouchement individualiste et pessimiste, comme tous ses compatriotes entre Bresle et Couesnon : la première. Il n'est certes pas indifférent qu'il ait trouvé, pour se laisser fasciner par sa vie et par son oeuvre, deux critiques aussi dissemblables (ou aussi semblables, dans un certain sens) que Jean-Paul Sartre et Maurice Bardèche. L'idiot de la famille avait bien placé Flaubert à son vrai rang de précurseur de l'existentialisme germanique. Bien plus haut que la sainte trinité française de son siècle, Hugo-Balzac-Stendhal. Il faudra sans doute attendre Céline pour que retentisse à nouveau un tel rugissement « barbare ».
Bardèche marque bien la rencontre, chez l'enfant Flaubert, des deux grands courants du romantisme et du réalisme et leur fusion dans le creuset, tout à la fois glacial et brûlant, du désespoir. Et apparaît, très vite, dès la jeunesse, une sorte de " matérialisme biologique " qui fait du fils du chirurgien de Rouen le précurseur d'une école de pensée profondément moderne et révolutionnaire. Plus qu'aucun autre, Flaubert a démoli les idoles de son temps (et du nôtre). Déjà, sur un cahier de collégien, il notait des pensées terribles : " Je ne crois rien et suis disposé à croire à tout, si ce n'est aux sermons moralistes ".
 
Héritier de Rabelais, Flaubert préfigure Nietzsche. « Chercher la meilleure des religions, ou le meilleur des gouvernements, me semble une folie niaise. Le meilleur, pour moi, c'est celui qui agonise, parce qu'il va faire place à un autre ».
L'auteur de La tentation de Saint-Antoine s'avoua athée dans un siècle qui se contentait d'être anti-clérical. « Ce qui m'indigne ce sont ceux qui ont le bon Dieu dans leur poche et qui vous expliquent l'incompréhensible par l'absurde ». Mais, à l'inverse de tant d'autres, il ne remplace pas un culte par un autre et il écrit à sa vieille maîtresse Louise Colet : « Je crois que plus tard on reconnaîtra que l'amour de l'humanité est quelque chose d'aussi piètre que l'amour de Dieu ».
Ce pessimisme l'amènera vite à la prophétie. Quelques citations, au hasard : « A mesure que l'humanité se perfectionne l'homme se dégrade. Quand tout ne sera plus qu'une combinaison économique d'intérêts bien contrebalancés, à quoi servira la vertu ? » Ou bien : « 89 a démoli la royauté et la noblesse, 48 la bourgeoisie et 51 le peuple. Il n'y a plus rien, qu'une tourbe canaille et imbécile. Nous sommes tous enfoncés au même niveau dans une médiocrité commune ». Ou encore : « Quoi qu'il advienne, le monde auquel j'appartenais a vécu. Les Latins sont finis ! Maintenant, c'est le tour des Saxons, qui seront dévorés par les Slaves. Ainsi de suite ». Ou enfin : « J'ai toujours tâché de vivre dans une tour d'ivoire ; mais une marée de merde en bat les murs, à la faire crouler. Il ne s'agit pas de politique, mais de l'état mental de la France ».
Pris à son propre piège de l'objectivité littéraire, Maurice Bardèche a davantage insisté sur l'écrivain Flaubert que sur le prophète Flaubert. Pourtant, il ne manque pas de renouveler complètement le stock de nos idées reçues. Il montre bien « l'anathème que Flaubert lançait non seulement sur son siècle bourgeois, mais sur toute la civilisation issue du christianisme que l'humanisme sentimental et le verbalisme du XIXème siècle avaient aggravée ». On ne comprend pas Flaubert si on ne comprend pas son dégoût des grands mythes de son temps, à commencer par celui de l'égalité : « Qu'est-ce donc que l'égalité, écrira-t-il à Louise Colet, si ce n'est pas la négation de toute liberté, de toute supériorité et de la nature elle-même ? L'égalité, c'est l'esclavage ».
Finalement Madame Bovary et Salammbô ne sont que les exercices de style qui précèdent le seul grand roman de Flaubert, l'admirable Education sentimentale, qu'avec une certaine malice Bardèche compare à Autant en emporte le vent, affirmant : « II y a tant de choses dans ce roman-fleuve que les différents plans sur lesquels se déroule l'action se masquent parfois et se nuisent ». Ce sera bien pire avec Bouvard et Pécuchet qui ambitionnait d'être un chef d'oeuvre et apparaît comme un catalogue... « Flaubert est trahi par le génie même de Flaubert », remarque son critique.
Maurice Bardèche montre très bien que chez Flaubert le génie n'est pas forcément celui de l'écriture mais aussi celui du songe. Que ces velléités rendent donc un son normand et nordique ! « L'œuvre de Flaubert, ce n'est pas seulement les quatre romans célèbres que tout le monde connaît, mais toute une oeuvre rêvée, ébauchée, avec laquelle il a lutté pendant toute sa vie à laquelle il n'a pas su donner une forme, mais qui est malgré cela une présence dans son oeuvre réalisée, la sienne, et qui donne finalement leur signification complète, leur poids véritable aux romans qu'il a écrit ».
Ce livre montre surtout quel fut l'arrière-plan de toute l'œuvre flaubertienne, entièrement dominée par la nostalgie du paganisme. « Il accusa le christianisme d'avoir mutilé l'homme, condamné la joie et le plaisir, d'avoir inventé l'hypocrisie, la chasteté, le sentimentalisme humanitaire et en général tous les ingrédients modernes de l'émasculation. Et il accusa la civilisation mercantile d'avoir établi le marchand sur un trône, sanctifié l'argent, exalté l'avidité, l'égoïsme, la médiocrité et développé toutes les formes de la mesquinerie et de la sottise. En somme, conclut Maurice Bardèche, il était à la fois contestataire et nietzschéen ».
 
Il était temps qu'un critique le découvre et l'affirme.
 
 

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Jean Raspail: "La hache des steppes"

Jean Raspail : "La hache des steppes"

Avec sa moustache arverne et sa prunelle wisigothique, Jean Raspail évoque irrésistiblement ces grands guerriers dont le poil blond virait au roux à la lueur des incendies joyeusement allumés. Surgis de leurs forêts et de leurs marécages, ils ne brûlaient des monastères que pour élever des cathédrales. .. Leur sang bouillonnant et contradictoire incite leur héritier à se proclamer " catholique romain " tout en se découvrant -et un peu plus chaque jour- " mystique- païen ".
Curieux personnage que ce Languedocien qui fêtera cette année, avec ses cinquante ans, son treizième livre. Au lendemain de la guerre, il ressemble à ces jeunes gens impatients du film de Becker, Rendez-vous de juillet : il veut devenir explorateur. Comme on prétend que tous les paysages sont inventoriés, il s'intéresse aux tribus. Le voici ethnologue. Mais pas du genre pontifiant. ll ne dissèque pas la mentalité primitive au bistouri freudo-marxisme. ll se contente de vivre au milieu des populations parquées à l'écart de la société industrielle. ll n'en conclut pas à leur supériorité ni à la nôtre. ll découvre seulement une évidence : prenant les peuples dits « sauvages » pour ce qu'ils sont, on ne peut que désirer soi-même redevenir ce que l'on est.
Jean Raspail, sur le terrain, à la dure, loin de Saint-Germain-des-Prés et de l'UNESCO, découvre que l'homme universel et partout semblable n'est qu'une dangereuse fumisterie. L'éminente dignité de la personne humaine, c'est, au contraire, l'individualisme irréductible des ethnies et des hommes. Jean Raspail s'élève donc contre la colonialisation de l'univers « sauvage » par notre civilisation. Mais il dénonce tout autant la colonialisation du monde civilisé par la « sauvagerie », ce qui est certes un péché capital aux yeux des renégats de l'Occident. « Défenseur de toutes les races menacées, y compris la race blanche » voici une bien explosive étiquette à coller sur sa carte de visite !
Connu pour des romans, des nouvelles et des récits de voyage, Jean Raspail fait scandale, il y a deux ans, avec Le camp des saints. Il faut bien avouer que cet ethnologue romantique reste un incorrigible naïf. Poser clairement le problème qui, selon lui, va dominer les décennies futures, dérange tous les conformismes. S'il n'a que sarcasme pour les progressistes de salon, Jean Raspail n'éprouve que mépris pour les néo-racistes de brasserie : le monde des sectaires et des idéologues lui est étranger.
Ce voyageur solitaire nous donne dans son dernier livre, La hache des Steppes, une nouvelle approche de son univers sentimental.
Autant Le camp évoquait quelque épopée dérisoire et hallucinante, autant La hache s'en tient à l'univers intime de l'auteur. C'est dire que l'on y voyage autour de sa chambre et que l'on y vagabonde à travers le vaste monde.
 
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En quelque sorte, ce roman foisonnant est une sorte de riposte individuelle à l'invasion du délire universel. ll nous montre où se trouve véritablement notre prochain : non pas dans le monde horizontal qui nous enchaînerait à quelques milliards d'humanoïdes, mais dans le monde vertical qui nous unit à nos ancêtres. lls ne sont pas si nombreux que nous puissions ignorer leur présence et leur message.
Jean Raspail s'attache à la pérennité de l'homme : « Vers l'avenir, c'est le vide sidéral, peuple de foules en suspens, livré aux plèbes ... Tandis qu'à l'opposé, combien la chaîne se révèle solide, si toutefois on veut bien s'aviser de son existence. « ll s'interroge sur cette chaîne qui unit chaque homme à ses ancêtres : «  En cinquante générations seulement, nous avons rejoint Charlemagne et ses successeurs immédiats, le Débonnaire, le Chauve et le Bègue, et nous ne sommes pas encore des Français ! Cinquante ancêtres dont le petit homme ni personne ne savent rien et vous allez me dire qu'il a toutes les excuses ! ll est inexcusable. Cinquante, c'est peu, avouez-le. Dans sa vie quotidienne, le petit homme connaît au moins cinquante personnes par leur nom, avec quelque chose autour, métier, famille. Et pourquoi pas cinquante ancêtres ? Pour une mémoire normale, je ne vois pas la différence ».
Ce passage illustre bien le propos de Jean Raspail et la « philosophie » de son livre. ll n'est pas possible de le raconter ni de le résumer. ll suffit de savoir qu'il se passe en différentes parties du monde et qu'on y retrouve une certaine hache qui est bien aujourd'hui le plus nécessaire des bâtons de pèlerins.
 
Jean Mabire

 

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L'homme qui voulait être roi

Rudyard Kipling, l’'homme qui voulut être roi, collection Folio n°503.

 

Né à Bombay en 1865, Rudyard Kipling passe son enfance en Europe et retourne aux Indes à l’âge de 17 ans : c’est là qu’il compose une partie de son œuvre, à partir des souvenirs qu’il a réunis dans l’empire alors à son apogée.

Sous ce titre de l’homme qui voulut être roi, Kipling réunit neuf nouvelles fort différentes, mais se déroulant toutes en Inde. Notre auteur y montre une réalité sans fard, très loin des clichés du politiquement correct en usage de nos jours pour évoquer les civilisations extra-européennes : « les Etats indigènes professent une salutaire horreur pour les journaux anglais, toujours susceptibles de mettre en lumière leurs méthodes originales de gouvernement (…). Ils ne comprennent pas que personne ne se soucie plus que d’une guigne de l’administration intérieure d’un Etat indigène, tant que l’oppression et la criminalité s’y maintiennent dans des bornes raisonnables et tant que le chef n’y reste pas sous l’influence de l’opium, de l’eau-de-vie ou de la maladie d’un bout de l’année à l’autre. Les Etats indigènes furent crées par la Providence afin de pourvoir le monde de décors pittoresques de tigres et de descriptions. Ce sont de sombres coins de la terre, pleins d’inimaginables cruautés, qui touchent d’un côté au chemin de fer et au télégraphe et, de l’autre, aux jours d’Haroun-al-Raschid. »

La nouvelle éponyme attirera particulièrement notre attention. Le narrateur y rencontre deux aventuriers, Carnehan et Dravot, qui ont l’intention de se forger un royaume à leur dimension : « nous avons décidé que l’Inde n’est pas assez grande pour des gens de notre acabit. » C’est le Kafiristan que les deux aventuriers ont choisi comme destination : « un fouillis de montagnes, de pics et de glaciers que jamais Anglais n’a franchis » où les habitants constituent « un sacré tas de païens (…) apparentés à nous autres Anglais ».
Là réside certainement ce qui fait le charme particulier de cette nouvelle : Kipling, comme nombre d’auteurs anglo-saxons de son temps cède à la marotte alors très en vogue de l’anthropologie. Les Kaffirs, ou païens, n’ont été convertis qu’au vingtième siècle par les musulmans et leur pays est aujourd’hui, le Nouristan, ou pays de la lumière (remarquons au passage que la philosophie d’Allah n’est pas sans évoquer sur ce point celle des Droits de l’Homme) .

On ne sait cependant pas quelle est précisément leur origine, et nombre de légendes courent à leur sujet (descendants des armées d’Alexandre, voire des Aryens restés purs de tous mélanges). Carnehan les décrit au physique - « ils étaient blonds, plus blonds que vous et moi – les cheveux jaunes et très bien bâtis » - comme au moral – « je sais que vous ne tricherez pas parce que vous êtes des blancs –des fils d’Alexandre – non pas de vils musulmans à peau noire ».

Nos deux aventuriers connaîtrons finalement des difficultés emportés par la démesure de leurs projets : « ce n’est pas une nation que je veux faire, dit Dravot, c’est un empire. Ces hommes-là ne sont pas des noirs, mais des Anglais ! Regarde leurs yeux, leurs bouches. Voit la manière dont il se tiennent debout. »
A vous amis lecteurs de voir si Dravot et Carnehan sont parvenus à leurs fins : s’il vous est donné de voir le beau film de John Huston où Sean Connery et Michael Caine incarnent les deux hommes, vous les entendrez entonner le chant que Kipling met dans la bouche de Carnehan dans les dernières lignes de la nouvelle :

« Le fils de l’homme part en guerre,
Il veut une couronne d’or ;
Son drapeau rouge flotte au loin.
Qui le suivra vers son destin ?
»
 
Robert DRAGAN

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L'enlèvement, un livre de Vladimir Volkoff

V.Volkoff, L’enlèvement, 2000, éditions du Rocher. ISBN : 2 268 03774 6.


 
…ou chronique d’un kidnapping annoncé !

En 1999, Vladimir Volkoff faisait paraître L’enlèvement. Cette année là, les troupes de l’OTAN achevaient de bombarder la « Yougoslavie » afin de lui imposer le retrait de ses troupes au Kosovo, l’une de ses provinces.
Cinq ans après les accords de Dayton, des mandats d’arrêt internationaux étaient lancés contre les leaders Bosno-serbes dont Radovan Karadzic, et le général Ratko Mladic.
Volkoff, sans doute en raison de ses origines russe et orthodoxe avait pris activement fait et cause pour la Serbie, quand dans le camp nationaliste français, les avis étaient plus partagés. Il est vrai que l’Etat yougoslave était alors dirigé par le communiste S. Milosevic.
Volkoff règle ici ses comptes avec un Occident dont il s’éloignait de plus en plus nettement et flétrissait au passage l’atlantisme de certains des nôtres.

En août 2008, l’ancien président des Bosno-serbes, Radovan Karadzic était arrêté et livré à l’OTAN.

Dans ce roman, Volkoff conte la traque d’un chef de guerre balkanique orthodoxe, imaginaire, puisqu’il dirige la petite enclave du Monterosso, sorte de synthèse entre le Montenegro, qui résista toujours aux Turcs, et la Bosnie serbe, dirigée par R. Karadzic. Ce combattant élu par son peuple « Tchitcha » ou « Vieux », c’est-à-dire quelque chose comme « guide » de sa nation, est une synthèse des deux hommes traqués par le tribunal de La Haye. Vétérinaire et poète, il rappelle Karadzic, actif chef de guerre, il fait immanquablement penser à Mladic.

Ce sont bien évidemment les Américains qui sont les commanditaires de la traque. Le Président n’est pas Bill Clinton que Volkoff prend le soin de nommer à côté afin d’éviter toute confusion, cependant : « ce fut étrange d’entendre cette voix châtrée et ce ton plaintif sortir de cette montagne de jeune chair blonde régulièrement arrosée de bière blonde depuis quelques lustres. » ; « il avait dans sa prime jeunesse inconsidérément donné des gages aux mouvements contestataires, gauchistes, pacifistes, anarchistes, écologistes de tout poil », …la ressemblance est frappante. Il est flanqué d’une femme autoritaire, qui ne le cède en rien à Hillary : « Sally, une grande bringue osseuse en pantsuit aubergine (…). Vous savez ce qui est arrivé l’autre jour ? Nous étions en balade dans notre Oklahoma natal et je m’arrête pour prendre de l’essence. Sally descend et commence à tailler une bavette avec un pompiste crasseux. Quand on repart, je lui demande – Qui c’est ce minable ? – Un gars avec qui je sortais. – Eh bien tu dois être contente de ne pas être mariée avec lui. Et vous savez ce qu’elle me répond – Pourquoi ? Si je l’avais épousé, c’est lui qui serait président des Etats-Unis. »
Notre « Bob » - qui n’est pas Bill, répétons le – est conseillé par une réplique de Zbigniew Brezinski, l’éminence grise de Carter, et dit-on d’Obama : « David Abramson Wallingham, (…) fruit d’un croisement, paradoxal mais fécond, entre l’aristocratie sudiste et la banque juive, (…) se voyait assez dans le rôle de dispensateur de conseils à l’homme le plus puissant du monde. »

C’est donc dans cette atmosphère de roman d’espionnage que se tient l’action. Mais si, à la manière d’un auteur de polar, Volkoff vise le réalisme, il imprime à tout son roman une dimension morale.
Le camp des Tchetniks serbes est évidemment à nos yeux le dernier carré de la résistance européenne : « la slava, fête tribale, fraternité d’une famille réunie autour de son chef dépositaire à la fois de la tradition et de la survie » ; « les belles nappes amidonnées, brodées à jours, au point de croix, de rouge, de blanc et de noir » ; « Les Monterossiens étaient des gens dangereux et, sobres ou allumés, ils ne prenaient pas le risque d’offenser un autre Monterossien pour rien. Vladimir Knezevitch [leur chef] allait de table en table, participait aux conversations, plaisantait avec tous dans une familiarité qui demeurait distante, malgré l’adoration que lui portait ses gens à qui il avait rendu l’espérance et donné l’unité ».

Et c’est sciemment que Volkoff fait réaliser l’enlèvement par une équipe française, dirigée par 2K, un jeune officier, petit noble breton pétri de l’esprit de service : son livre préféré est le Parfaict Capitaine, publié en 1638. « Il retombe naturellement sur son passage préféré, celui qu’il sait presque par cœur et autour duquel il a sciemment organisé sa vie : la perfection consiste en ce que chaque partie garde le rang qu’elle y doit tenir et accomplit les fonctions qu’elle y doit faire. En effet quand les hommes s’attachent invariablement à leur devoir et s’efforcent de remplir les obligations sous lesquelles ils viennent ou prennent place dans le monde, il n’y a point d’harmonie si excellente en la nature. »
Encadré par une hiérarchie froide et désincarnée, plus soldat que guerrier, notre héros tentera de réaliser sa mission, mais il en entreverra ses limites morales, et percevra brièvement qu’il sert le mauvais camp : « 2K s’était toujours étonné que des soldats pussent avoir des « états d’âme », comme il disait : or, voilà que cela lui arrivait à lui, et il s’en défendait sans y mettre autant d’énergie qu’il l’eût voulu ».
Depuis 1999, de Chirac en Sarkozy, notre armée étant de plus en plus soumise au Nouvel Ordre Mondial voulu par les néo-conservateurs, de l’intervention en Afghanistan à l’intégration à l’OTAN, il apparaît que ces réflexions sont plus que jamais d’actualité. N’oublions pas que les maîtres du monde, sont, pour la défense de la Géorgie ou la conquête de l’Iran, prêts à se battre jusqu’au dernier soldat européen…cela se serait déjà vu.

Un autre mérite du roman de Volkoff est de montrer l’emprise de l’islam dans les Balkans, ainsi que l’hypocrisie occidentale dans la dénonciation à sens unique des crimes de guerre. Le chapitre VI 2 intitulé Les prisonniers de Zlatitsa ne cèle rien des tortures et viols pratiqués dans les camps musulmans. Et Volkoff de préciser : « Toutes les pratiques racontées ici étaient celles des gardiens du camp croato-musulman de Celebici à l’égard de leurs prisonniers serbes. »

Enfin, l’arrestation du « Tchitcha » nous offre des pages qu’on croirait avoir été rédigées au mois d’aôut 2008 : « Le lendemain, les media se déchaînèrent. Commentateurs de la télévision et de la radio, éditorialistes et penseurs rivalisèrent de qualificatifs, sans vraiment rien trouver d’original : le bourreau du Monterosso, le boucher des Balkans, le plus odieux tortionnaire du XX°siècle avait été déféré au Tribunal international des droits de l’Homme. Youpi ! On pouvait être assuré que justice serait faite. (…) De toute façon, la capture de Knezevitch était une belle aubaine pour étouffer l’odieuse tentative de propagande monterossienne à propos de pseudo-atrocités musulmanes, qui avait commencé à intéresser certains. »
Encore une fois, ici, la réalité rejoint la fiction puisque on apprenait en date du 3 juillet 2008 que le verdict pour crimes de guerre prononcé contre l'ancien commandant des forces armées bosniaques (musulmanes) à Srebrenica, Naser Orić, avait été cassé par le Tribunal pénal international sur l'ex-Yougoslavie (cf. http://balkans.courriers.info/article10836.html).

Quant au sort réservé au condamné, Volkoff laisse entendre que le verdict est connu à l’avance ; et oppose l’héroïsme tranquille du « Tchitcha » à l’agitation procédurière du tribunal international : « Depuis qu’il avait repris conscience dans l’hélicoptère, Vladimir Knezevitch n’avait pas prononcé un mot. Sur le navire de guerre, il ne prononça pas un mot. Dans l’avion, il ne prononça pas un mot, et lorsque, au petit matin – les influences internationales (c'est-à-dire américaines) ayant joué, (…) il eut fait son entrée dans les locaux du TDH à Helsinki, il n’avait toujours pas prononcé un seul mot depuis sa capture. »

Le pire étant toujours certain, Volkoff n’avait pas imaginé qu’un chantage encore plus odieux pouvait avoir été imposé au prisonnier, pour obtenir de lui une collaboration visant à arrêter les autres suspects recherchés par le tribunal.
(cf. http://www.axisglobe.com/article.asp?article=1615)

Relire aujourd’hui ce roman de V.Volkoff, c’est profiter de la prose d’un grand écrivain, vibrer à une histoire remarquablement construite, mais on l’aura compris, c’est prendre vis-à-vis de la question balkanique une distance critique qui peut manquer à certains.
En ces temps où les bruits de bottes aux portes de l’Europe, deviennent assourdissants, une saine réflexion sur l’engagement n’est pas un luxe.

Robert DRAGAN

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