Résistance Identitaire Européenne

Les Indo-Européens

Jean HAUDRY sur Méridien Zéro

Cette semaine, Méridien Zéro vous propose une émission préparée par nos camarades alsaciens de Vent d'Est sur un thème toujours aussi polémique : les Indo-Européens. L'automne 2014 a en effet vu la parution d'un nouvel essai de Jean-Paul Demoule, archéologue selon ses titres universitaires, qui prétend régler son compte à ce qui ne serait tout au plus, selon ses propres termes, qu'un "mythe". Si la revue Eléments a eu l'occasion de lui répondre longuement, MZ n'avait fait qu'effleurer cette question à l'occasion du passage de Pascal Eysseric sur notre antenne. Cette situation est réparée grâce à Eric Sanglier, Pierre Brader, Henri Levavasseur et Karl Hauffen qui reçoivent Jean Haudry, immense spécialiste de cette question.

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Entretien avec le professeur Jean Haudry à propos du livre de Jean-Paul Demoule "Mais où sont passés les Indo-Européens ?"

Notre origine européenne commune fait peur.

Jean-Paul Demoule, archéologue et professeur de protohistoire européenne récidive dans la propagande anti-européenne avec son dernier pavé (plus de 700 pages !)Mais où sont passés les Indo-Européens ? Quand on met autant d’énergie à vouloir démonter le mythe des Indo-Européens, on peut penser que le sujet dérange… Nous avons interrogé à ce sujet, l’éminent Jean Haudry, ancien professeur de linguistique et de sanskrit à l'université Lyon III.

Bonjour Professeur. Dans son dernier livre, Jean-Paul Demoule s'acharne à vouloir démythifier les Indo-Européens. Ne pensez-vous pas qu'il a pour but de nier notre origine commune afin de conforter l’idée que nous venons tous d’Afrique ?

1- Quand J.P. Demoule parle de démythifier les Indo-Européens, il met complètement à côté de la plaque. La quatrième de couverture de son livre pose effectivement la question en ces termes : « Mais les Indo-Européens ont-il vraiment existé ? Est-ce une vérité scientifique, ou au contraire un mythe d’origine, celui les Européens, qui les dispenserait de devoir emprunter le leur aux Juifs, à la Bible ? » En réalité, le passage de la conception biblique des trois fils de Noé à celle d’un « peuple indo-européen », corollaire de celle de l’indo-européen reconstruit, est celui du mythe à la science. Il est vrai que certains de nos amis, vers la fin des années soixante, ont souhaité ajouter une dimension mythique à cet acquis scientifique. A en juger par la méconnaissance générale du fait indo-européen, y compris dans nos milieux, ils ne semblent pas avoir beaucoup progressé dans ce sens. Le livre de Demoule peut les aider, car il a rencontré un large écho, généralement dithyrambique, dans la presse du Système. Mais y arrive en un temps où, sur des points considérés comme essentiels et intangibles, l’opinion se retourne.

2- Il n’y a pas de rapport entre l’hypothèse d’un « peuple indo-européen » (les locuteurs de l’indo-européen reconstruit) qui se situe entre le paléolithique supérieur (pour les origines les plus lointaines qui nous soient accessibles) et le néolithique européen et celle d’une origine africaine de l’homme, qui se situe dans des temps beaucoup plus anciens.

Que pouvez-vous nous dire au sujet de Jean-Paul Demoule ?

Je ne connais pas personnellement J.-P. Demoule qui se consacre à une autre spécialité et a enseigné dans d’autres établissements. Je ne l’ai rencontré qu’une fois, à l’occasion d’un colloque évoqué dans le prochain numéro de Terre & Peuple.

A part votre livre « les Indo-Européens » paru aux Editions de la forêt, quels ouvrages conseillez-vous pour améliorer nos connaissances sur ce sujet ?

L’ouvrage de base est celui de J.-P. Mallory et D.Q. Adams, The Oxford Introduction to Proto-Indo-European and the Proto-Indo-European World, Oxford University Press, 2006. Ces mêmes auteurs ont publié l’Encyclopedia of Indo-European Culture, Fitzeroy Dearborn Publishers, London and Chicago, 1997, qui complète, mais ne remplace pas le Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde d’O. Schrader et A. Nehring, W. de Gruyter, 2 Bde, Berlin und Leipzig, 1917-1929. Pour la question fondamentale de la race, on dispose désormais de J. V. Day, Indo-European Origins, the anthropological evidence, Washington D.C.: The Institute for the Study of Man, 2001.Il y a aussi l’oeuvre de G. Dumézil, pour laquelle il n’existe pas de synthèse, mais seulement un “catalogue raisonné” dû au regretté H. Coutau-Bégarie, L’œuvre de Georges Dumézil, Economica, Paris, 1998. Une traduction espagnole mise à jour de mes Indo-Européens est en cours ; une traduction allemande doit suivre.

Merci Professeur !"

Propos recueillis par Yann.

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Les Indo-Européens de Jean Haudry


Les Indo-Européens de Jean Haudry
envoyé par terreetpeuple

 

Les Indo Européens par Jean Haudry : les anciennes Editions dans la collection « Que sais-je » n’étant plus éditées (devinez pourquoi ?)…

Jean Haudry et les Editions de la Foret sont heureux de vous présenter cette édition, mise à jour et augmentée par l'auteur. (Mis à jour des dernières connaissances et découvertes)

Tandis que le monde moderne voudrait effacer notre Histoire, et formater nos Mémoires, ce livre est essentiel pour qui veut comprendre ce que les Européens étaient aux origines. Tout jeune « identitaire » doit avoir lu ce livre, qui nous rappelle ou sont nos racines, nos valeurs ; bref ce qui nous rend différent des zombies !

21 € + 4 € de frais de port

Pour découvrir puis commander le livre de Jean Haudry :

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Pensée, parole, action dans la tradition indo-européenne par Jean Haudry

Pensée, parole, action dans la tradition indo-européenne

La première partie de cette étude, fondée sur une série de travaux antérieurs de l’auteur, est consacrée à montrer, contre l’opinion qui a prévalu ces dernières décennies, que la célèbre triade avestique pensée, parole, action a des correspondants anciens, le plus souvent hérités, dans plusieurs autres traditions du monde indo-européen, et notamment en Grèce, où la triade figure dans un texte daté du VIIIe siècle, la « Grande Rhètra » de Tyrtée, dans les poèmes homériques et chez Hésiode. Ces correspondants sont restés inaperçus jusqu’à ce jour, en dépit de quelques indications remontant au XIXe siècle, parce que les formes les plus anciennes de la triade sont beaucoup plus libres, et donc beaucoup moins saisissables, que les formes les plus récentes, issues d’un processus de « cristallisation » déjà signalé dans l’une des premières études qui lui ont été consacrées : manifestement, la triade a été vécue et mise en pratique avant d’être formulée et bien avant que sa formulation ne se fixe. L’évolution est sensible de l’Avesta ancien à l’Avesta récent et, à l’intérieur de l’Avesta ancien, des Gâthâs au Yasna aux sept chapitres. Il est apparu d’autre part que la triade présente deux variantes principales : l’une dans laquelle le corps, ou, plus anciennement, l’un de ses constituants, tient la place de l’action (la « triade médicale » indienne, et ses parallèles germaniques), l’autre dans laquelle la vue tient la place de la pensée – à moins que ce ne soit l’inverse.

A partir de ces données a été effectuée une triple reconstruction.

1° Une reconstruction des formes par lesquelles s’expriment les termes de la triade. Elles sont assez unitaires pour la variante principale, dans laquelle les trois notions sont exprimées par les dérivés verbaux et nominaux des racines *men- « penser », *wekw- « parler », *werg̑- « faire », plus flottantes pour les variantes secondaires : il n’y a pas de désignation ancienne du corps, et l’on a supposé récemment que « voir » était le sens premier de la racine *men-, dont le sémantisme apparaît beaucoup plus complexe que celui des deux autres. Outre les formes, on reconstruit une « triade de la conformité » comportant pour chacun des termes une forme de la racine signifiant « adapter, ajuster », et une « triade héroïque » comportant le nom du héros. La triade se présente donc dans une situation intermédiaire entre celle des formules reconstruites réunies par Rüdiger Schmitt et celle d’un groupe de notions comme les « trois fonctions » de Georges Dumézil. De fait, la triade et ses variantes sont largement représentées dans les trois domaines – indo-iranien, grec, germanique - dans lesquels le formulaire traditionnel est bien conservé. On n’en connaît pas d’exemples latins. Il est en revanche un exemple slave dans le mythe du dieu printanier Jarilo, qui par l’éclair a donné à l’homme la pensée, par le tonnerre la parole, par la foudre à la fois le feu et l’éveil, « feu de l’action ».

2° Une étude rétrospective de la transmission, envisageant les différentes possibilités, héritage, emprunt à l’Avesta, direct ou indirect (à travers la formule du Confiteor). Il en ressort que des attestations anciennes peuvent résulter d’un emprunt (la triade principale chez Héraclite) et qu’en revanche des attestations plus récentes sont attribuables à un héritage (la « triade médicale » dans les poèmes eddiques).

3° Une étude de la signification des termes reconstruits, de leurs rapports mutuels, et des rapports de la triade avec la société ; il en ressort que la variante principale est liée à la « société héroïque » de la période des migrations qui met l’accent sur l’opposition entre la vérité (la loyauté, la fidélité) et le mensonge (la déloyauté, l’infidélité) dans les rapports entre le chef et ses compagnons, et sur le « choix » entre ces deux attitudes. De la provient la prédominance du couple parole (donnée) action. Mais le *ménos y trouve sa place, qu’il s’agisse de l’ardeur du guerrier ou de l’inspiration du poète. Une situation privilégiée est le rituel, où ces trois activités complémentaires ont été institutionnalisées. La variante pensée, parole, corps est devenue la « triade médicale ».

La seconde partie montre que les cinq termes impliqués, les trois de la variante principale (pensée, parole, action) et les deux autres (corps, vue), sont étroitement liés au feu, en particulier, mais non exclusivement, à ses formes latentes : il y a un « feu de la vision », lié en partie au « feu du regard » ; un « feu de la pensée » ; un « feu de la parole » ; un « feu de l’action » ; et un assez grand nombre de « feux du corps », qu’il s’agisse du « feu de la vie » ou des feux de différents fluides corporels, comme le feu froid du phlegme. On y a joint un chapitre consacré aux « feux de la personne » rassemblant les diverses composantes sociales qui s’ajoutent à l’individualité, en premier lieu le lignage, et qui sont figurées sous la forme d’un « rayonnement » ou d’un feu : feu de la gloire, feu de l’autorité, feu de la fortune. Il y a aussi un « feu du lignage ».

Outre les deux conclusions principales, l’antiquité de la triade avec ses variantes et leurs rapports avec le feu, un certain nombre de vues nouvelles ont été exposées chemin faisant :

L’interprétation par la triade du rôle de trois des quatre officiants majeurs du sacrifice védique, le brahman (pensée silencieuse), le chantre (parole chantée), l’officiant manuel (action physique) ; cette hypothèse concorde avec celle selon laquelle le hotar « oblateur » s’identifie initialement au sacrifiant laïc, et n’est donc pas un officiant et la comparaison avec le *gudjan germanique, désigné lui aussi comme « celui qui verse la libation ». Cette tripartition fondée sur la triade se retrouve dans les Mystères d’Eleusis et dans les dénominations islandaises du magicien (§§ 1.2.10, 1.3.4, 1.7.2.4). La triade a eu tendance à s’institutionnaliser.

Le feu physique s’intériorise parfois pour produire l’une ou l’autre des formes du feu de la pensée (§ 3.7). Le tapas, spécifiquement indien, est issu d’un tel processus ; mais, au départ, il doit s’agir de la transposition au prêtre du feu de l’action guerrière, beaucoup plus largement représenté (§ 3.4.7.9).

Les différents sens du vieil-indien púruṣa- (homme, géant primordial, pupille de l’œil, âme, feu latent des plantes) ont en commun un rapport direct ou indirect avec le feu, ce qui suggère de rattacher la forme à l’un des noms du feu (§§ 3.3.1, 5.6.3). Il en va de même pour un certain nombre d’autres noms communs de l’homme, du héros, et de noms propres de peuples. Le « feu de la victoire » et la « lumière du héros » sont des formes du feu de l’action (§ 5.5).

A partir du « feu de la parole », le Feu divin est à l’origine du théâtre en Inde, avec Bharata (= Agni) et en Grèce, avec Dionysos, ancien Feu divin « fils de Zeus » (§ 4.9).

Le Feu de la parole s’incarne dans plusieurs personnages mythologiques comme Narāśaṃsa dans l’Inde védique, Nairyō.saŋha dans l’Avesta, dont le nom signifie « proclamation qualifiante des seigneurs » et qui sont une forme du Feu divin du panthéon correspondant ; une part de la mythologie du dieu scandinave Loki s’explique aussi par là (§§ 4.8.1 et 4.8.3).

Le genius latin est l’équivalent de l’agni jania « feu lignager » védique (§ 7.4.3).

L’*awgos est un éclat, cf. grec αὐγή « éclat solaire » (§ 7.6.6).

Le nom i.-e. du roi, *rēg̑-, est issu de composés dans lesquels la forme signifie « éclat » (§ 7.6.7).

Plusieurs concordances ont été relevées entre le domaine germanique et le domaine indien : l’homonymie des deux substantifs vieil-islandais bragr « art poétique » et « éminent » et la convergence entre Bráhmaṇas páti « maître de la formule » et Bŕ̥haspáti « maître de la hauteur » (§ 4.2.1) ; la légende de Thor et Loki et celle d’Indra et Kutsa (§ 4.8.3) ; le feu de l’installation sur un nouveau territoire (§ 3.5.4) ; le rôle du Feu divin dans la procréation (§ 6.4.1.6). Certaines s’étendent à l’ensemble indo-iranien, et au domaine grec : ainsi la correspondance entre la « Satire contre le noble », les syntagmes sur lesquels se fondent les théonymes Nárāśáṃsa, Nairyō.saŋha, et le nom propre grec Cassandre (§ 4.8.1.9), ainsi que la « triade médicale » précitée. Une concordance formulaire indo-grecque : l’adjectif védique suagní- « qui possède un feu bénéfique » et les Eupuridai (§ 7.3.1).

Ces quelques exemples donnent un aperçu de la fécondité de l’hypothèse proposée pour la reconstruction de la tradition indo-européenne.

Jean HAUDRY

 

 

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Les Indo-Européens et leur tradition, par Jean Haudry

 Les Indo-Européens et leur tradition

par Jean HAUDRY

 

 

1 - L'Indo-Européen reconstruit

Les concordances régulières entre leurs déclinaisons nominales, leurs conjugaisons verbales, leurs suffixes de dérivation, et une part notable de leurs vocabulaires prouvent l'existence d'une parenté entre les langues dites Indo-Européennes, c'est‑à‑dire celle d'une langue commune qui s'est différenciée et dont les parlers ont divergé d'abord sur place, sous la forme d'ondes d'innovations, puis, à la suite de migrations, sous la forme de scissions que figure l'arbre généalogique, avant de donner naissance à de nouvelles langues communes, selon le schéma universel de l'évolution des langues, qu'on retrouve par exemple avec le latin et les langues romanes qui en sont issues.

2 - L'Indo-Européen « attesté » : l'hydronymie vieil européenne

Les noms de cours d'eau des régions du centre de l'Europe, de la Baltique aux îles britanniques, à l'Italie et à l'Espagne, avec des prolongements asiatiques, présentent une forme unitaire qui n'est pas celle de telle ou telle langue Indo-Européenne, mais qui représente une attestation directe de 1'indoeuropéen commun encore indifférencié. Sur ce vaste territoire, qui sera notamment celui des langues baltiques, germaniques, celtiques, italiques on trouve des noms de cours d'eau identiques : tirés d'un nom de l'eau, la Vézère et la Weser ‑ le Var et le Wôrnitz allemand, le Salon et la Saale allemande; tirés d'un nom du flot: le Drac, le Drau et le Dravos, affluent du Danube , tirés d'un nom de la source : les Avance, Avançon, Avenchet et les Avantia, Aventio d'Italie ; tirés d'un nom du lit du cours d'eau: l'Amance, les Amantia d'Italie et l'Ems ; tirés d'un qualificatif, « blanc » : l'Aube et l'Elbe, l'Argence, l'Argençon et les *Argentia d'Allemagne, 1'*Argenti d'Irlande.

Les plus notables des prolongements asiatiques sont le nom de l'Avanti indienne, qui correspond aux Avance, etc., et celui de l'Indus, vieil‑indien sindhu‑, apparenté à celui du Sinn affluent du Main, et du Shannon irlandais ; mais leur faible proportion montre qu'il ne s'agit que de l'application de noms anciens à de nouveaux cours d'eau.

Le statut privilégié de l'hydronymie s'accorde avec la théorie de Boettcher (1999) selon laquelle les premiers Indo-Européens, « vikings de l'âge de pierre », se seraient introduits en Europe en remontant les cours d'eau à partir de la mer du nord.

3 - De l'Indo-Européen aux Indo-Européens

Toute langue a des locuteurs : ceux qui la parlent. Ces locuteurs constituent le plus souvent un peuple. Les deux seules exceptions sont celles des langues « véhiculaires » qui servent à plusieurs peuples et les langues mixtes (sabirs, créoles) qui servent à une population mélangée. Ces deux situations sont manifestement inapplicables à l'Indo-Européen : les sabirs et les créoles qui en sont issus ont un système morphologique rudimentaire et souvent flottant. Les langues véhiculaires servent uniquement à communiquer avec l'étranger ; chacun des peuples qui l'utilisent conserve sa propre tradition, liée à sa langue nationale, alors qu'il existe une « tradition Indo-Européenne ».

4 - La notion de « tradition Indo-Européenne »

Cette notion recouvre un ensemble de concordances entre formules, entre groupes de notions, entre conceptions spécifiques ; des images, des symboles, des pratiques, des institutions peuvent leur correspondre.

4.1 - Le formulaire

Plusieurs centaines de concordances rigoureuses entre formules représentées dans plusieurs langues Indo-Européennes ont été identifiées depuis 1850, où l'a été celle de la «gloire intarissable ». Une première synthèse publiée par Rüdiger Schmitt en 1967, Dichtung und Dichtersprache in indogermanischer Zeit (Wiesbaden : Otto Harrassowitz) fait l'historique de la recherche (ch. 1) et passe en revue les thèmes principaux qui figurent dans les formules reconstruites : d'abord la gloire «notion centrale de la poésie héroïque indo‑européenne» (ch. 2), les autres traces de la poésie héroïque (eh. 3), la poésie mythologique (ch. 4), la poésie sacrale (ch. 5), diverses concordances phraséologiques (ch. 6), les éléments formels de la langue poétique (ch. 8), le poète et son œuvre (ch. 9) ; c'est ici qu'on trouve la célèbre concordance formulaire relevée en 1878 par Firaniste James Darmesteter dans laquelle le nom de la parole figure comme complément du verbe *teks« charpenter », lointaine origine de notre désignation du texte. L'ouvrage se termine par quelques indications sur la métrique Indo-Européenne (ch. 10). Le rôle de ces formules traditionnelles est double : elles expriment les idéaux, les valeurs, les préoccupations majeures ; elles servent de matériau pour la composition dite « orale et formulaire » des poèmes.

4.2 - Les groupes de notions

Il s'agit d'associations d'idées qui constituent le résumé d'une vision du monde, ou celui d'un discours et le schéma d'un type de comportement, à la façon des « devises ».

Les trois fonctions (Georges Dumézil) : groupement de trois notions, souveraineté magique et religieuse, guerre, production et reproduction, qui n'ont pas d'expression fixée dans la langue, mais dont le groupement est attesté dans une foule de textes (histoire légendaire inventée à partir d'elles, apologues trifonctionnels, comme le jugement de Pâris), de structures ( triades divines, panthéons ternaires) et d'institutions (les trois castes des Indo‑Iraniens et des Celtes, les trois ordres de l'Occident médiéval).

Avant de symboliser les trois fonctions, les trois couleurs, blanc, rouge et noir, ont eu leur signification propre, de nature cosmique ( § 8).

Pensée, parole, action : trois notions fréquemment associées dans l'Avesta, dans l'Inde classique, en Grèce, et dans plusieurs autres domaines , l'expression de ces trois notions est en partie fixée, comme celle des formules.

Le rôle de ces groupes de notions est analogue à celui du formulaire : elles servent à la fois à exprimer des préoccupations majeures (la hiérarchie des fonctions) et à fournir une trame narrative (les portraits de héros fondés sur la triade pensée, parole, action).

Certains groupes de notions se présentent à l'occasion comme des formules : ainsi traverser l'eau de la ténèbre hivernale, dont les attestations consistent soit en récits fondés sur ces quatre notions (la traversée d'une étendue d'eau, la nuit, en hiver) soit en expressions à caractère formulaire.

5 - Le type physique des Indo-Européens

On peut ranger dans la tradition les diverses mentions du type physique idéal, qui s'identifie au type nordique.

Ce type physique est largement représenté chez les divers peuples indo‑européens à date ancienne, même chez les plus méridionaux, et les plus éloignés de l'habitat originel ; la récente étude des corps momifiés du bassin du Tarim (Xinjiang) et la confrontation avec les représentations pariétales des Tokhariens historiques (VIle siècle de notre ère) ont confirmé la présence du type physique « protoeuropoïde », c'est‑à‑dire nordique, dans cette population d'Asie Centrale.

Mais quand bien même les données anthropologiques feraient défaut, les nombreux témoignages concordants des textes anciens suffiraient amplement à démontrer que la couche supérieure de la population présentait le type nordique. Partout, qu'il soit fréquent ou rare dans la population, ce type est associé au statut social, au caractère et à la valeur morale. Et même à une position intermédiaire entre l'homme du commun et le dieu : celle de « héros ». Le type nordique de l'homme Indo-Européen n'est pas une hypothèse : c'est une donnée de la tradition. Or l'avantage décisif de ce genre de témoignage est d'être indiscutable : on n'imagine pas que les poètes auraient chanté des hommes grands, à la peau claire, blonds, aux yeux bleus, si leurs commanditaires avaient été petits, bruns, s'ils avaient eu la peau sombre et les yeux noirs.

6 - La paléontologie linguistique

Cette pratique consiste à attribuer aux locuteurs la connaissance des êtres, des notions et des objets dont leur langue possède la dénomination, et à leur dénier la connaissance de tout ce que son vocabulaire ignore, ou ne connaît que par emprunt.

Ses conclusions valent pour le dernier habitat commun, celui qui réunit l'ensemble des réalités nommées dans la langue. Il s'agit des régions tempérées d'Europe, à l'âge du cuivre (néolithique final).

Mais le vocabulaire rassemble des mots d'âge divers ; une distinction opérée sur des critères fonnels conduit à opérer une distinction entre des réalités anciennement nommées et des réalités nommées plus tard, donc à établir une chronologie des reconstructions (§ 7).

7 - Chronologie des reconstructions

Qu'il s'agisse de la langue ou de la tradition, les reconstructions ne se situent pas sur un seul et même plan chronologique ; la chronologie des reconstructions permet de concilier leurs apparentes contradictions.

7.1 - Chronologie des reconstructions linguistiques

Si l'on remonte du français au latin, on trouve parmi les formes héritées des formes datables de la période romane (Ille‑Ve siècles de notre ère), des formes qui remontent au latin classique (Ille‑ler siècles avant notre ère), et quelques résidus antérieurs, comme l'alternance es‑ls‑ dans la flexion du verbe être, qui remonte à l'Indo-Européen. Il en va de même pour la reconstruction de l'indoeuropéen.

Comme celui de l'ensemble des langues Indo-Européennes anciennes, et de plusieurs langues indoeuropéennes actuelles, le système de l'Indo-Européen reconstruit est typiquement flexionnel. Plusieurs faits résiduels bien attestés indiquent un état antérieur agglutinant. Enfin, il semble exister quelques indices d'un état isolant encore plus ancien. De même, le vocabulaire reconstruit réunit des formes très anciennes et des formes plus récentes.

7.2 Chronologie de la tradition Indo-Européenne

On peut regrouper les données relatives à la tradition Indo-Européenne en trois périodes successives, qui ne correspondent pas nécessairement aux trois états successifs du système linguistique, mais qui sont définies par un trait caractéristique et que l'on peut mettre en relation avec un niveau de civilisation : celle de la « religion cosmique », celle des « trois fonctions » (et des quatre cercles), et la « société héroïque» de la période des migrations.

8 - La religion cosmique

J'ai nommé ainsi (Jean Haudry, La religion cosmique des Indo-européens, Paris/Milan : Archè, 1987) un ensemble de conceptions cosmologiques et religieuses centrées autour de la notion de « ciel du jour » : en Indo-Européen, où il n'existe pas de nom ancien du « ciel », un même vocable ‑tantôt masculin, tantôt féminin (cf. ci-dessous) ‑ désigne soit le jour (latin diés), soit le soleil (hittite sius), soit à la fois le ciel et le jour (vieil‑indien dyaus). Cette notion est divinisée (Apiter, Zeus, Dyaus, Sius), et les dieux sont nommés « ceux du ciel du jour » : elle est au centre d'une religion qui peut donc être qualifiée de « cosmique ». D'autre part, elle implique l'existence d'une cosmologie particulièrement archaïque qui comporte également un « ciel de la nuit », l'« Ouranos étoilé » d'Homère. Le ciel de la nuit est le domaine des démons et des âmes des morts ; sa principale divinité est le dieu Lune, ennemi des démons et roi des morts, en tant que « premier mort ». La triade des couleurs (ci-dessus § 4.2) suggère que le ciel blanc du jour et le ciel noir de la nuit étaient séparés par un ciel rouge, le ciel des deux crépuscules. Les principales divinités de ce ciel rouge sont l'Aurore « fille du Ciel du jour » et les Jumeaux divins « fils du Ciel du jour », selon le formulaire traditionnel. Une part de leur mythologie consiste dans le retour de l'Aurore fugitive ou enlevée, et ramenée par ses deux frères.

La mythologie de ces divinités exprime principalement le désir du retour de la belle saison, dite Aurore de l'année, ou Aurores de l'année, comme dans le nom allemand de la fête de Pâques, Ostern.

Plus généralement, la correspondance observée entre les parties du jour de vingt quatre heures et  les trois saisons de l'année (le jour et l'été, la nuit et l'hiver, « les aurores » et le printemps), correspondance qui donne un sens à l'union de Zeus Ciel du io ‑ ur ‑ et Hé ‑ ra Belle saison (anglais year, allemand Jahr « année »), indique une familiarité avec les réalités circumpolaires, également attestée par le groupe formulaire de notions traverser l'eau de la ténèbre hivernale (§ 4.2). Le conte scandinave du géant maçon qui demandait pour salaire le Soleil, la Lune et la déesse Freyja, Aurore de l'année, qui a été comparé à la légende grecque de la première destruction de Troie, exprime la crainte d'une éternelle nuit hivernale sans soleil, sans lune, sans aurore.

 

Cet ensemble de conceptions remonte à une période très ancienne de la communauté linguistique et ethnique, et à une culture mésolithique ou paléolithique, où la vie était précaire et dépendait étroitement du cycle de saisons. Le cheval n'était pas encore domestiqué : les Jumeaux divins, qui seront ultérieurement associés au cheval (les Advins indiens, les Dioscures cavaliers, Hengest et Horsa), le sont à l'élan, comme en témoigne le nom des Dioscures germaniques, les jumeaux Alces de la Germanie de Tacite. La société ne connaissait aucun groupe supérieur à la « bande » primitive : seule sa désignation est sûrement ancienne, celles du lignage et de la tribu sont plus récentes (§ 9). On supposera donc une société peu différenciée, donc peu concernée par le politique, sans autre stratification que celle des sexes et des classes d'âge. Les rites de passage de l'enfance à l'âge adulte des garçons ont laissé des traces à l'époque historique, notamment dans la cryplie lacédémonienne. C'est aussi à cette forme ancienne de la société que remontent les légendes de jumeaux (humains) expulsés en compagnie de leur mère et qui vont fonder une nouvelle communauté ou reviennent dans leur communauté d'origine pour y punir leur persécuteurs et s'emparer du pouvoir. Leur légende comporte souvent des traits similaires à ceux des contes merveilleux, dont l'origine paléolithique a été démontrée. Enfin, les vestiges de filiation matrilinéaire, comme le rôle privilégié de l'oncle maternel ou la transmission du pouvoir au gendre (la succession des rois du Latium), qui sont en contradiction avec le caractère exclusivement patrilinéaire de la filiation dans les époques historiques, ont chance de remonter à cette période, et de concorder avec le genre féminin de la divinité suprême, le Ciel du jour, qui sera remplacé par le « Ciel père », Jùpiter, Zeus patér, etc.

Identification archéologique probable : la culture de Maglemose, avec ses prolongements circumpolaires (Carl‑Heinz Boettcher, Der Ursprung Europas, St.Ingbert, 1999).

9 - Les trois fonctions et les quatre cercles

Contrairement à celle de la période antérieure, l'idéologie des trois fonctions (§ 4.2) repose sur des préoccupations de nature politique, et suppose une société différenciée et hiérarchisée : les rapports entre les fonctions sont hiérarchiques, et cette hiérarchie est essentielle, comme le rappellent les apologues trifonctionnels, qui ont pour objet de montrer que la première fonction l'emporte sur les deux autres, et la deuxième sur la troisième.

En revanche, l'aspect cosmique passe au second plan : les trois fonctions ne sont à l'œuvre dans le monde que de manière figurée, en raison d'une homologie entre le monde et la société. La cosmologie a changé : l'alternance entre ciel du jour et ciel de la nuit a cédé la place à un ciel fixe identifié aux nuages. Et elle s'est différenciée selon les peuples : la terre est placée tout en bas, et séparée du ciel par un espace intermédiaire, ou entre le ciel et le monde des morts. Ces mondes fixes sont structurés horizontalement par les quatre points cardinaux, qui définissent un espace carré (parfois appliqué à la terre), et verticalement par un étai cosmique (poteau, colonne, arbre), par un géant ou un dieu.

Le meilleur exemple de l'idéologie des trois fonctions est le dharma indien, la loi de la caste, qui concerne non seulement les droits et les devoirs sociaux, mais presque toutes les circonstances de la vie privée. Le respect du dharma conditionne à la fois l'ordre social et l'ordre cosmique ; s'il n'était pas suffisamment respecté, le monde entier serait anéanti, selon une formule de Kautilya.

Une telle idéologie émane nécessairement d'une société stratifiée en castes. Mais il n'est pas sûr que castes et fonctions se soient superposées, Les détenteurs du sacré ont pu constituer une caste sacerdotale comme celle des brahmanes indiens, des àthravans iraniens, des druides celtes, ou (plus vraisemblablement) s'identifier à la noblesse. La fonction guerrière peut avoir été réservée à la noblesse ou partagée entre nobles et hommes libres, paysans soldats. La troisième fonction a pu s'identifier à une caste, comme celle des serfs germaniques, ou se répartir entre des hommes libres appartenant à la communauté ethnique et une caste d'esclaves qui en sont exclus comme non aryens (les ùdras indiens). Par delà les questions institutionnelles de compétences respectives et d'organisation de la société se pose la question essentielle des rapports entre « autorité spirituelle » et « pouvoir temporel ». Elle ne se pose que là où existe une caste sacerdotale, qui prétend à la suprématie politique, et qui, parfois, y parvient : chez les Celtes, la position des druides est forte face au roi lié par divers interdits. En revanche, la question ne se pose pas là où la noblesse, et le roi qui en est issu, sont les détenteurs de la tradition. L'Inde védique conserve des traces indubitables de cette situation : on y voit des nobles affronter des brahmanes sur des questions de théologie, et même des brahmanes se déclarer leurs disciples. Les « rois poètes » légendaires représentent une réalité ancienne également attestée par le nom de la dynastie iranienne des Kavi « Poètes » et celui de Thule « Orateur », roi des Rondings, du poème anglais Widsith.

Cette société se divise aussi en quatre « cercles d'appartenance » : la famille de trois générations (le grand-père paternel, ses fils, leurs épouses et leurs enfants, et ses filles non mariées) ; le village clanique, désigné par le terme qui s'appliquait antérieurement à la bande primitive ; le lignage, qui porte des noms tirés de la même racine, mais dont le suffixe est différent, ce qui montre que la désignation est plus tardive ‑, enfin la tribu, dont le nom n'est attesté avec son sens technique que sur l'aire de la « vieille Europe » de l'hydronymie héritée (§ 2), celle dont le centre correspond au dernier habitat commun. Chacun de ces quatre cercles a un chef, désigné soit par un composé comme le grec despotés ouun dérivé comme le latin dominus, qui signifient l'un et l'autre « chef de famille » ; le chef de la tribu est le roi.

La filiation qui est à la base du lignage et de ses subdivisions est patrilinéaire. Cette réalité se reflète dans la conception de l'homme comme «semeur » et de la femme comme « champ ensemencé », celle qui s'exprime dans les Lois de Manou et dans les Euménides d'Eschyle ; cette conception en vient à nier toute parenté entre l'enfant et sa mère.

Le ressort principal de cette société est la gloire intarissable du formulaire traditionnel (§ 4. 1), mais cette gloire est celle de la lignée. Ce n'est pas celle de l'individu, qui n'a pas encore d'existence sociale ; il n'existe que par sa position dans le système des trois fonctions et des quatre cercles : par son lignage et par sa caste.

Cette période peut correspondre à la culture néolithique des gobelets en entonnoir.

10 - La société héroïque

Ce que l'on nomme « société héroïque » apparaît à l'âge du bronze et se développe à l'âge du fer; notre moyen âge en est le prolongement. Elle ne correspond donc pas à la dernière période de la communauté qui se situe au néolithique final. Mais d'un peuple à l'autre, on observe des évolutions parallèles au cours de cette période. Les plus significatives sont la « religion de la vérité », l'émergence de divinités assurant une protection individuelle, et l'apparition d'un nouveau type d'hommes : les « contempteurs des dieux ».

 

10.1 - La religion de la vérité

J'ai nommé « religion de la vérité » (Haudry 1992 : 62 et suiv.) une innovation indo-iranienne attestée par la désignation nouvelle du culte positif (sacrifice, louange, prière) par une racine qui signifie originellement « ne pas offenser », et s'applique donc initialement au « culte négatif », Parallèlement apparaît un ensemble de dieux nouveaux, issus d'abstractions, et le culte de ces dieux est d'abord un culte négatif, consistant à « ne pas les offenser » : Mitra « Contrat d'amitié », Varuna « Parole donnée », Bhaga « Juste répartition » et « Destin ». De tels dieux doivent, avant même toute prière, toute louange, tout sacrifice, « être respectés », « ne pas être offensés ». Cette « religion de la vérité » couvre une part essentielle des religions de l'Inde védique et de l'Iran ancien : de grands dieux comme les Àdityas indiens, comme Ahura Mazdà et Mithra en Iran en relèvent directement.

Ce renouveau a des parallèles indépendants (plutôt que des prolongements par emprunt) dans le monde germanique. Par exemple, le remplacement du terme hérité désignant les dieux par le nom de la libation, *guda‑ (neutre) ne peut s'expliquer que par là : on ne passe de « libation » à « dieu » que par l'intermédiaire de « respecter ses libations », c'est‑à‑dire les engagements qu'elles accompagnent et symbolisent, et les dieux qui en sont garants.

En grec classique, le culte divin est dénommé au moyen d'un verbe qui, chez Homère, signifie « avoir honte » ou « avoir scrupule », et notre désignation de la religion a suivi une filière sémantique analogue en latin.

Ces évolutions dans la terminologie religieuse correspondent à des préoccupations nouvelles, qui sont celles de la société héroïque : le respect des traités, la fidélité au seigneur, et la juste rétribution des services rendus par les compagnons sont désormais plus importants que les liens lignagers qui se distendent et que la hiérarchie des fonctions. C'est qu'une nouvelle forme d'appartenance sociale s'est développée : le compagnonnage autour d'un seigneur, soit au sein d'un lignage (les trois cent Fabii de Tite Live), soit au sein d'une tribu (Achille et ses Myrmidons), soit en dehors des cercles antérieurs : les tyrans des cités grecques, représentants de cette forme de société, s'entourent plus volontiers d'étrangers que de concitoyens. Ainsi, la fidélité au seigneur et les relations loyales entre seigneurs dans un monde en mouvement, où les risques de conflits deviennent plus fréquents tendent à être considérées comme des facteurs essentiels de la cohésion sociale : solidarités électives, dont la désignation générique, *swe, finira par s'appliquer au « sien » et au « soi ».

10.2 - Divinités protectrices, héros protégés

Dans la société lignagère, on connaît de nombreux exemples de divinités tutélaires. Mais elles protègent un lignage, non un individu. Les poètes du Rigvéda mentionnent souvent leurs « liens héréditaires » avec le dieu dont ils font la louange ; dans le monde scandinave, les anges sont des gardiens familiaux. Mais dans la société héroïque une nouvelle relation s'établit entre dieux et humains : certains héros sont à titre individuel les protégés d'un dieu ou d'une déesse. Cette protection peut s'étendre aux fins dernières : dans la Grèce posthomérique, certains héros doivent à une telle protection de survivre après leur mort sur les Iles Fortunées. Ces héros jouissent d'une survie individuelle, alors que les gens du commun survivent collectivement, mais surtout leur survie est réelle, et non fictive, comme le sont la survie par la descendance (la « voie des pères ») et la survie par la gloire intarissable (la « voie des dieux »).

10.3 - Les contempteurs des dieux

Dans cette nouvelle forme de société, une autre innovation se fait jour dans le domaine religieux : un rejet délibéré des cultes traditionnels de la société lignagère et tribale par certains héros. Une telle attitude est liée à la sophistique et à la philosophie dans la Grèce classique, mais non dans la Grèce homérique, ni dans le monde indo-iranien. Or, une expression formulaire signifiant « haïr les dieux », qui se retrouve dans la désignation du « blasphème » en gotique, donne à penser que l'attitude du « contempteur des dieux », comme le Mézence de Virgile, était connue. Mézence, dont le nom signifie « chef », est un tyran étrusque expulsé par son peuple et reçu en allié par Turnus, l'ennemi d'Énée. Contrairement au « pieux Énée », il proclame son mépris des dieux, notamment dans ses dernières paroles : « Nous ne craignons pas la mort, et ne nous soucions d'aucun dieu. » Au combat, il n'invoque pas les dieux, mais son propre bras et son arme : « Puisse ma dextre, ma divinité, et le trait que je brandis me venir en aide maintenant. » Or plusieurs auteurs anciens attestent une pratique de serment par les armes dans les tribus germaniques, par exemple chez les Quades (Ammien Marcellin 17,12,2 1) : « Alors tirant leurs épées, qu'ils vénèrent comme des dieux, ils jurèrent de demeurer loyaux. » Ainsi cette forme de mépris des dieux peut être celle de héros qui ne se fient qu'à leur destin, leur « puissance », conformément à une formule scandinave qui survit dans l'expression anglaise with might and main. L'antiquité classique désapprouve fortement cette attitude que les Grecs nomment hybris et les Romains superbia. Hésiode la projette dans un passé mythique, en l'attribuant à l'âge d'argent ; mais elle appartient en propre à l'âge des héros, ceux de la guerre de Troie et ceux du cycle thébain.

Ce bref aperçu ne constitue pas un état de la question ; il vise uniquement à rappeler les fondements linguistiques de la notion d'Indo-Européen et, en partie sur la base de travaux personnels, à présenter une chronologie de la préhistoire culturelle des Indo-européens.

Jean HAUDRY

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L'iconographie des Indo-Européens

"Eléments d'une iconographie Indo-Européenne"
Cycle de conférences de Terre et Peuple, Février 2008


Qui étaient les Indo Européens ? Entre mythe et Réalité, un des plus grands érudits sur le sujet, Jean Haudry nous parle de ses derniers travaux sur le sujet. Et notamment sur le Réalisme, un combat permanent pour la victoire de la vérité, loin du mensonge qui domine ce monde. L'Homme de l'avenir sera celui qui aura la plus longue mémoire !!!

A écouter, faire connaitre... Document mis en ligne grace au travail de j_lugh et de ses "gones" :

http://www.dailymotion.com/j_lugh

 
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