Résistance Identitaire Européenne

Fin des Unions d’États (UE, OTAN) et triomphe des acteurs non-étatiques

 

 

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Bernard Wicht est privatdocent auprès de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université́ de Lausanne où il enseigne la stratégie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment Citoyen-soldat 2.0 (2017); Europe Mad Max demain ? Retour à la défense citoyenne (2013); Une nouvelle Guerre de Trente Ans: réflexion et hypothèse sur la crise actuelle (2012); L’OTAN attaque. La nouvelle donne stratégique (1999); L’idée de milice dans la pensée de Machiavel (1995). Ses réflexions sur la milice et le citoyen-soldat l’ont amené à des conclusions alarmantes au sujet de l’évolution policière des États couplée au désarmement progressif des citoyens.

Pourquoi le récit des années 1990 n’est plus adéquat

Il est frappant de constater combien la classe politique suisse dans sa grande majorité est encore prisonnière du discours des années 1990. Élaboré avec honnêteté et conviction dans le cadre des négociations sur l’Espace économique européen (EEE), ce discours insistait sur la nécessité économique pour la Suisse de ne pas s’isoler, de garder ouvert l’accès au Grand Marché européen et voyait dans la construction d’une Union européenne renforcée un facteur de stabilité en Europe suite à l’effondrement du bloc soviétique. En 1992 (date du vote suisse sur l’EEE), un tel récit avait toute sa pertinence. Aujourd’hui en 2019, c’est-à-dire plus d’un quart de siècle plus tard, il est totalement dépassé. Pourtant, une grande partie de la classe politique suisse continue de le servir à chaque occasion aux citoyennes et citoyens du pays. C’est notamment le cas en ce moment dans le cadre du référendum contre la directive européenne sur les armes et sa mise en œuvre en droit suisse.

Or, comme on va essayer de le comprendre ci-après, de nos jours l’enjeu stratégique a complètement changé : il ne s’agit plus de ne pas s’isoler, mais bel et bien de se protéger. Essayons de comprendre comment et pourquoi un tel renversement est intervenu.

Les événements ne sont que poussière et ils ne prennent sens que lorsqu’on les replace dans les cycles et les rythmes de la longue durée (Braudel, Wallerstein). En conséquence, il faut se demander si l’on peut expliquer les pannes de l’UE — Brexit, démarche en solitaire de l’Allemagne et de la France avec le traité d’Aix-la-Chapelle, résistances italiennes, défiance de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque — et celles de l’OTAN — dont l’un des membres, la Turquie, combat les alliés kurdes des États-Unis en Syrie tout en se rapprochant la Russie alors que, dans le même temps, l’Alliance organise des manœuvres militaires en vue de contrer une éventuelle invasion russe en direction de la Pologne et des Pays Baltes —, par un changement de cycle macro-historique qui verrait la remise en cause fondamentale de la pertinence du mode d’organisation stato-national.

Hypothèse iconoclaste sans aucun doute, mais qu’il importe d’examiner dans le contexte actuel si on veut tenter d’appréhender les enjeux stratégiques majeurs plutôt que de céder à la facilité consistant à répéter un discours « clef en main » datant de la fin du siècle passé.

En effet, dans son histoire du temps long, Fernand Braudel souligne que les institutions sont comme les êtres humains : elles naissent, vivent et meurent. Mais ajoute-t-il, leur cycle de vie est beaucoup plus long que les biographies humaines – le temps des institutions est beaucoup plus lent que celui des hommes. C’est pourquoi ce temps échappe généralement à l’observation et, compte tenu de sa « lenteur », nous avons tendance à penser que les institutions avec lesquelles nous vivons (État, Églises, armée) sont éternelles.

Aujourd’hui pourtant, ne sommes-nous pas confrontés à la mort progressive d’un système étatique qui a vu le jour grosso modo à la fin de la Guerre de Trente Ans (1648) et qui, avec certaines modifications, s’est maintenu bon an mal an jusqu’au début du XXIe siècle? L’ordre westphalien (du nom de la Paix de Westphalie qui a mis fin à la guerre précitée) était composé d’États souverains en compétition et en lutte les uns contre les autres, ceci conduisant Clausewitz à énoncer que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. À partir de 1945, cet ordre inter-national devient peu à peu supra-national avec la création des grandes organisations onusiennes et, en Europe, avec la construction communautaire (CECA, puis CEE, puis CE et enfin UE). L’objectif explicite de la mise en place de cet étage au-dessus des États, est le « plus jamais ça » en référence au drame en trois actes de la première moitié du XXe siècle – Verdun, Auschwitz, Hiroshima. La cohésion de cet ensemble est garantie par le leadership politique, militaire et monétaire (accords de Bretton Woods) des États-Unis.

Toutefois, à partir des années 1990, la globalisation du capitalisme fragilise gravement cette ambitieuse construction. Avec la libéralisation des flux financiers, elle dépouille progressivement les États de leurs compétences économiques. Au nom des dividendes des actionnaires, elle désindustrialise l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord (thatchérisme, reaganisme, néolibéralisme). Combinée à la révolution de l’information, elle annule la souveraineté des États permettant à des organisations non-étatiques, transnationales, beaucoup plus fluides de se développer.

Là aussi, l’explication braudélienne continue d’être éclairante en distinguant, voire en opposant capitalisme et économie de marché : le capitalisme n’est pas l’économie de marché. S’il se construit à partir de celle-ci, sa logique s’en détache complètement parce qu’il n’est ni basé sur les échanges, ni ouvert à tous. Le capitalisme est opaque, limité à un petit cercle d’initiés, il vise l’accumulation et la spéculation financières. Aujourd’hui, cette dynamique capitaliste a atteint sa masse critique. Elle a pris une telle envergure qu’elle assèche l’économie formelle et provoque, en contrepoint, l’explosion de l’économie grise et informelle. La situation est devenue complètement incontrôlable par les institutions en place (États, organisations internationales).

Le paradigme guerre

Dans ce contexte, c’est sans doute le paradigme guerre qui est l’élément le plus significatif pour saisir les évolutions en cours. C’est celui qui s’est transformé de la manière la plus radicale… et la plus visible. Groupes armés, narco-guérillas, narco-terroristes, islamistes-djihadistes, gangs militarisés ont su profiter de cette « dérégulation » avec le succès que l’on sait. Et face aux formes de guerres qu’ils pratiquent, tant l’ONU, l’UE que l’OTAN sont devenus largement inefficaces.

Or, Charles Tilly enseigne que la guerre fait l’État. Il faut déduire de cette formule que, si la guerre se transforme, l’État en subit alors automatiquement le contrecoup en vertu du principe la fonction crée l’organe : lorsque la première disparaît ou change profondément de nature, le second s’atrophie ou mute de manière fondamentale.

Ouvrons une parenthèse pour dire que la prise de conscience d’une telle réalité n’a pas encore eu lieu. Certes, le « tremblement de terre » est bien perçu, il fait peur, mais il n’est ni compris, ni expliqué. Face à leur sentiment d’impuissance, les États et les organisations susmentionnées sont entrés dans l’ère de l’incantation droit-de-l’hommiste et, pire encore, de la désignation de coupables «immédiats»: les terroristes et, surtout, les populistes. Ces derniers – de Trump aux gilets jaunes – pointent du doigt (parfois maladroitement) la profonde inadéquation du système actuel avec les besoins des citoyennes et citoyens. Ils sont alors irrémédiablement qualifiés d’extrémistes faisant le lit d’un fascisme-nazisme qui serait en plein retour. C’est la reductio ad hitlerum dont les médias mainstream se font volontiers l’écho et qui a pour effet d’évacuer tout effort d’analyse au profit d’une commode extrapolation du passé récent de l’entre-deux-guerres. Peu ou pas de volonté de comprendre ce qui se passe – la reductio ad hitlerum est intellectuellement confortable !

Revenons à la transformation de la guerre et à ses effets. Que peut-on en dire du point de vue du temps long historique ?

1) Si l’État et ses avatars que sont les Unions d’États (UE, OTAN) ne sont plus les formes d’organisation les mieux adaptés pour faire la guerre, alors on peut supposer que nous sommes à la fin d’un cycle historique de près de 400 ans (de 1648 à nos jours). La guerre étant, avec l’économie, le principal moteur des transformations historiques, les formes des communautés politiques découlent de ces deux paramètres et de leur aptitude à combiner efficacement les moyens de faire la guerre et les ressources pour entretenir ces moyens. C’est le couple contrainte (moyens)/capital (ressources) mis en œuvre par Tilly pour expliquer le processus de formation et de dé-formation des unités politiques. D’où sa fameuse phrase :

« Les empires, les royaumes, les cités-États, les fédérations de cités, les réseaux de seigneurs terriens, les Églises, les ordres religieux, les ligues de pirates, les bandes de guerriers et bien d’autres formes d’organisation de pouvoir prévalurent en Europe à différentes époques durant le dernier millénaire. La plupart de ces organisations méritent le titre d’État d’une manière ou d’une autre, parce qu’elles contrôlèrent les principaux moyens concentrés de contrainte dans le cadre de territoires délimités et exercèrent leur droit de priorité sur toutes les autres organisations qui agissaient sur leur territoire. »

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2) Entre 1648 et 1945, l’État-nation a représenté cette meilleure synthèse pour faire la guerre: ceci explique la diffusion quasi universelle de ce modèle d’organisation étatique jusqu’à le considérer, à partir de la Révolution française, comme l’aboutissement ultime et le plus accompli de toutes les constructions politiques (Hegel et l’Esprit du monde). Or, avec la transformation de la guerre et la globalisation financière, le paradigme étatique moderne est remis en cause dans ses fondements parce qu’il n’est plus la synthèse la mieux adaptée pour faire la guerre et que, du point de vue économique, il est « prisonnier des recettes qui ont fait son succès » (G. Arrighi), c’est-à-dire l’État-providence. La fin du cycle hégémonique américain vient encore faciliter la transition vers d’autres formes d’organisation militaro-politique. Car, le déclin rapide de la superpuissance états-unienne et l’absence de challenger apte à reprendre le leadership mondial (ni la Chine, ni la Russie n’en ont actuellement les qualités), créent une situation de « Grand Interrègne » et de désordre international: une sorte de chaos systémiqueprofitant aux acteurs non-étatiques en guerre un peu partout dans le monde.

3) On l’a dit, la guerre s’est transformée radicalement. De nos jours, elle n’est plus inter-étatique, mais infra-étatique et conduite par des acteurs plus proches des gangs que des armées régulières. Les grandes guerres systémiques (Guerre de Trente Ans, Guerres napoléoniennes, Guerres mondiales) qui ont accouché des différents ordres hégémoniques mondiaux cèdent désormais la place à de longues séries de conflits de basse intensité démembrant les États et donnant l’avantage aux acteurs précités dont la structure non-bureaucratique, non-territoriale et transnationale permet toutes les flexibilités nécessaires. Cette structure est basée sur 1° des fidélités personnelles, 2° le contrôle de certaines franges de population à la fois par la contrainte et la prise en charge de leurs besoins de base (soins, alimentation, parfois scolarisation idéologiquement orientée), 3° le financement vial’économie grise et informelle.

Ce phénomène a débuté (Acte I) avec la Guerre civile libanaise (1975 – 1990) qui a servi de laboratoire, a pu ensuite se diffuser en raison de l’effondrement du bloc soviétique (1989 – 1991), puis a atteint sa vitesse de croisière (Acte II) avec le lancement de la War on Terror par Washington, à partir des attentats du 11 septembre 2001 (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie). Depuis, le phénomène ne cesse de s’étendre, notamment à l’Afrique subsaharienne et jusqu’au Nigéria avec Boko Haram, sans oublier la Corne de l’Afrique (Acte III). Aujourd’hui, si les actes I à IIIont pratiquement abouti au démembrement des États de toute cette région, l’Acte IVa démarré en Europe occidentale, au plus tard avec les attentats terroristes de 2015. Cette nouvelle phase d’expansion ne peut que s’amplifier compte tenu de l’inadaptation de plus en plus manifeste des États à ce type de menace et de guerres. Comme dans tout conflit de longue durée, c’est la découverte de l’antidote militaro-économico-institutionnel qui permettra d’y mettre fin.

Ce dernier élément, en lien avec l’approche de Tilly, est un des principaux enseignements à retenir de l’histoire de la longue durée : il en ressort que la résilience des formes d’organisation politique ne dépend ni des décisions de la classe politique au pouvoir, ni de la signature de traités internationaux, ni de la mobilisation (des jeunes et des moins jeunes) en faveur de certains sujets de société « dans l’air du temps » (par exemple, en ce moment, le réchauffement climatique). Non ! Le processus n’est ni éthique, ni moral, encore moins « tendance »; il est d’essence darwinienne – adaptation et survie. Dans le contexte actuel marqué par l’état d’esprit « Chacun d’entre nous est un petit flocon unique et merveilleux », il est évident que de telles considérations, pourtant tirées de l’outillage de la longue durée, risquent fort d’être qualifiées de cryptofascistes… et pourtant… (eppur…, comme disait Galilée devant le tribunal de la Sainte Inquisition).

Un désarmement opportun

Dès lors, et pour continuer avec Galilée sur la piste de l’hérésie, à l’heure actuelle les communautés politiques susceptibles de survivre au chaos mondial, susceptibles de se protéger elles et leurs enfants, ne sont pas celles correspondant au modèle dominant calé sur « plus d’Europe et moins de nations », sur « plus de sécurité et moins de liberté ». Au contraire, ce sont celles que la grande presse tend généralement à diaboliser, celles qui se rebellent, celles qui ont encore une identité (aujourd’hui qualifiées de populistes), celles qui souhaitent maintenir leurs frontières (aujourd’hui qualifiées de nationalistes) et celles qui ont encore envie de se battre (aujourd’hui qualifiées de dangereuses). En d’autres termes, toutes celles qui n’ont pas envie de se dissoudre dans le politiquement correct au nom du libre-échange… et de cet autre argument plus récent sur la protection des espèces menacées par l’Homme, c’est-à-dire au nom de slogans curieusement apparus avec la globalisation financière, les macrospéculations boursières et les subprimes… Il est vrai que le capitalisme goûte peu la contestation populaire, surtout lorsque le peuple est armé.

Vivant à l’ère du premier capitalisme, Machiavel l’avait bien compris lorsqu’il écrivait à ce propos : « Le riche désarmé est la récompense du soldat pauvre (L’art de la guerre).»

Tiens, l’UE veut désarmer les citoyens européens… Étrange coïncidence !

Bernard Wicht

 Ex: http://www.europemaxima.com

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2019/04/29/fin-des-unions-d-etats-ue-otan-et-triomphe-des-acteurs-non-e-6147177.html

 

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Les Identitaires et la recomposition des droites

Voici une version française de Jean-Yves Camus, « Die Identitäre Bewegung oder die Konstruktion eines Mythos europäischer Ursprünge », Gudrun Hentges, Kristina  Nottbohm, Hans-Wolfgang Platzer, dir., Europäische Identität in der Krise ?, Springer, 2017, pp. 233-247.

Le terme « identitaire » désigne habituellement depuis le début des années 2000, le Bloc identitaire (BI), ses pseudopodes locaux et déclinaisons sous d’autres dénominations (Génération identitaire ; Les Identitaires, connus pour leur activisme, leur présence sur internet et les réseaux sociaux ainsi que pour leur participation au système électoral (entre 2005 et 2017) puis leur retour à la fonction d’avant-garde militante et idéologique laissant le terrain électoral au FN/RN. Les Identitaires ne sont que la partie la plus visible d’une mouvance plus large, la mouvance identitaire, archipel de groupes concurrents dont l’objectif essentiel est l’action métapolitique. Celle-ci a pour objectif de diffuser un certain nombre de thèmes dont l’origine se trouve dans le travail de la Nouvelle Droite des années 1970-80 : refus de la société multiculturelle ; sens de la communauté militante ; opposition à l’immigration extra-européenne ; ethno-différentialisme ; refus du nationalisme jacobin et valorisation des « patries charnelles » ; attachement à l’Europe des ethnies et non au souverainisme hexagonal anti-européen. Grâce à un réel professionnalisme dans l’utilisation du web et des réseaux sociaux, le BI a contribué à faire connaître des idées telles que le « grand remplacement » ou la « remigration ». Vivier de cadres pour le le FN, il a néanmoins un logiciel idéologique propre et, avec Marine Le Pen, des désaccords de fond sur les identités régionales, l’Europe, l’Islam et la définition de l’identité nationale. Avec des opérations médiatisées comme affrètement du C-Star ; l’opération de patrouilles aux frontières au col de l’Échelle et l’occupation des locaux de SOS-Méditerranée à Marseille, le mouvement possède aussi une dimension consistant à endosser des actions et des mots d’ordre que la politique de normalisation du FN ne lui permet pas d’assumer.

Nous n’en oublierons pas pour autant la mouvance identitaire en dehors du BI. Celle-ci comprend d’autres groupuscules dont les thèmes sont soit identiques (Réseau Identités1) soit orientés de manière plus radicale vers un racialisme de type völkisch (Terre et Peuple2), soit privilégiant un esprit communautaire s’inscrivant dans la postérité du Mouvement de Jeunesse allemand dans sa composante bündisch (Europe Jeunesse3). Dans la lignée du GRECE (Groupement de Recherches et d’Etudes pour la Civilisation Européenne), l’ensemble des mouvements identitaires cherche à promouvoir une identité française inscrite dans un héritage européen, en postulant une filiation directe et ininterrompue avec les Indo-Européens définis en tant que peuple historique, porteurs d’un schéma d’organisation sociale, de valeurs culturelles et de mythes qui constituent « la plus longue mémoire »4 de la civilisation européenne. Très réduite au plan des effectifs militants, éclatée en de multiples organisations concurrentes, cette mouvance n’en a pas moins eu une influence sur le Front national et, d’une manière moins perceptible, sur l’évolution des idées politiques en France, puisque le simple mot « identitaire », ignoré avant la décennie 2000 en dehors de l’extrême-droite5, est désormais entré dans l’usage courant, au terme d’une évolution que les militants du « gramscisme de droite » considèrent être une victoire de la guerre des mots qu’ils ont engagée.

« Identitaire » : genèse d’un concept

“Le désir d’égalité, succédant au désir de liberté, fut la grande passion des temps modernes. Celle des temps postmodernes sera le désir d’identité”. Alain de Benoist, figure de proue de la “Nouvelle droite”, énonçait cette prédiction en 1977 dans son ouvrage Vu de droite. La genèse idéologique de la famille néo-droitière, sur laquelle Pierre-André Taguieff6 a produit une œuvre de référence, permet de comprendre comment et pourquoi la notion d’identité a pris le pas, dans ces milieux, sur celui de Nation. C’est le passage du nationalisme français (« hexagonal ») à la valorisation de l’identité européenne, théorisé par le mouvement Europe-Action au milieu des années 60, qui a bouleversé les références de l’extrême-droite française en produisant une fracture non réparée à ce jour. Celle-ci sépare les souverainistes intégraux, pour qui aucun niveau de souveraineté n’est légitime hormis l’État-nation (c’est l’idée des néo-fascistes de Jeune Nation et de l’Œuvre française, des royalistes, mais aussi du Front national), des identitaires pour qui l’État-nation est un cadre intermédiaire entre l’enracinement dans une région (au sens du « Heimat » allemand) et l’appartenance à un cadre civilisationnel qui est celui de l’Europe.

L’identité individuelle du citoyen est, pour les souverainistes intégraux du FN, française au sens où la Révolution de 1789 a défini ce mot, c’est-à-dire (théoriquement) ouverte à tous ceux qui, indépendamment de leur origine et de leur religion, acceptent le pacte républicain. Ainsi par exemple, le FN veut interdire l’expression de l’islam politique, mais il ne professe pas d’incompatibilité entre être musulman et être citoyen, même si son idéal est l’assimilation et non l’intégration7. La mouvance identitaire par contre, est ethno-différentialiste : pour elle, chaque peuple, chaque culture, ne peut s’épanouir que sur son territoire d’origine ; le métissage est vu comme un facteur de décadence ; le multiculturalisme comme un projet pathogène, produisant criminalité, perte des repères et au final, possibilité d’une « guerre ethnique » sur le sol européen, entre « européens de souche » et « allogènes » afro-maghrébins et en tout cas musulmans8. Au plan des projets politiques, le FN et les identitaires partagent de plus en plus le constat du « Grand Remplacement ». Cette théorie, popularisée par l’écrivain souverainiste et identitaire Renaud Camus9, affirme que le substrat ethnico-religieux du peuple français est en passe de changer totalement de nature, en raison d’une immigration de peuplement d’origine extra-européenne. Les deux sous-familles de l’extrême-droite divergent par contre sur la manière de répondre à ce constat. Le FN souhaite limiter strictement l’immigration légale, voire la faire diminuer par le renvoi de certaines catégories d’étrangers10, la mouvance identitaire propose la « remigration », c’est-à-dire le rapatriement organisé et obligatoire (bien que théoriquement négocié avec les États étrangers) des extra-européens vers leur pays « d’origine »11.

Dans l’ordre chronologique, le terme « identitaire » apparaît dans le vocabulaire de la Nouvelle droite. La stratégie métapolitique du GRECE, dès le milieu des années 1980, conduisit la Nouvelle Droite à abandonner le racisme hiérarchisant et à prendre ses distances avec l’action proprement politique, certains de ses animateurs, Pierre Vial et Jean Mabire en particulier, fondant le mouvement Terre et Peuple. C’est dans les colonnes de son magazine éponyme que dès le second numéro (hiver 1999), Pierre Vial consacre son éditorial au « Mouvement identitaire ». A peu près à la même époque un autre ancien cadre du GRECE, Guillaume Faye, publie une série de livres largement lus et commentés dans la mouvance nationaliste, qui évoquent à la fois l’inévitable « guerre raciale », le nécessaire retour aux traditions ancestrales indo-européennes et la centralité du concept d’identité dans le combat idéologique12.

Revenant en fait à la théorie du conflit racial exposée par la revue Europe-Action, il affirme la valeur positive de l’ethnocentrisme, qui est pour lui une « conviction mobilisatrice, propre aux peuples longs-vivants, que celui auquel on appartient est central et supérieur et qu’il doit conserver son identité ethnique pour perdurer dans l’histoire ». Il complète son propos par un aveu de taille : « vrai ou faux “objectivement”, peu importe: l’ethnocentrisme est la condition psychologique de la survie d’une peuple (ou même d’une nation) dans l’histoire ». Autrement dit : la généalogie des peuples européens que retrace la mouvance identitaire n’a pas nécessairement à voir avec l’histoire : elle tient du mythe mobilisateur. Là où Faye, comme Vial, restent toutefois en lisière de l’action partisane13, un acteur émerge au début des années 2000, qui va associer le terme « identitaire » à un parti politique : c’est le Bloc identitaire.

Le Bloc identitaire : du nationalisme-révolutionnaire à la périphérie du FN

Crée officiellement le 6 avril 2003, le Bloc identitaire n’émerge pas à partir du néant. Pour un certain nombre de ses dirigeants dont Fabrice Robert et Philippe Vardon, il est la continuation de leur engagement nationaliste-révolutionnaire dans les rangs des mouvements Nouvelle Résistance (1991-98) et Unité Radicale (1998-2002), dont la figure de proue était Christian Bouchet14. Nous avons en 1998 montré comment déjà, les deux groupes en question articulaient leur discours autour de deux thèmes : la recherche de nouvelles convergences entre radicaux de droite et de gauche, dans un projet de confrontation idéologique entre « la périphérie » et « le centre » ; et la mise en avant des ethnies comme référence première des identités personnelles et collectives, au détriment de la Nation, perçue comme une entité abstraite, voire destructrice des particularismes locaux15.

Le Bloc identitaire a conservé le second de ces fondamentaux, mais il a abandonné le premier, en affirmant nettement son identité de droite et en prenant en compte la quasi-impossibilité, pour un groupe activiste, d’avoir une audience autre que marginale, dans un contexte où le camp nationaliste est tout entier accaparé par la force électorale du Front national (28% des voix aux élections régionales de décembre 2015). En date de 2016, il a adopté un positionnement original, qui lui permet de continuer à s’exprimer en tant que force politique autonome tout en en se plaçant dans l’orbite du FN. Depuis décembre 2015, Philippe Vardon et Benoît Loeillet, deux de ses animateurs historiques à Nice, sont conseillers régionaux de Provence-Alpes-Côte d’Azur, respectivement placés en cinquième et septième position sur la liste frontiste des Alpes-Maritimes. D’anciens cadres de la mouvance (André-Yves Beck à Béziers16) ou d’autres plus récents (Damien Rieu à Beaucaire17, toujours actif au BI), occupent ou ont occupé des fonctions au cabinet de maires frontistes ou « Rassemblement Bleu Marine » élus en 2014.  Une cinquantaine de militants identitaires ont, aux municipales de 2014, été candidats sur des listes FN ou RBM18.

Comment s’est effectuée cette évolution et à quelle logique répond-elle ? Après la dissolution d’Unité radicale, le 6 août 2002, qui suivit l’attentat manqué contre le Président Chirac commis le 14 juillet précédent, trois options étaient ouvertes pour les militants, outre l’abandon de la politique : continuer sous un autre nom et en se repliant sur la métapolitique et la géopolitique (c’est ce que fit Christian Bouchet avec son Réseau radical), tomber dans la surenchère de l’activisme violent19 ou devenir un mouvement politique légal, prenant ses distances avec les formes extérieures de la radicalité et révisant au besoin certaines de ses positions passées. Le Bloc identitaire naquit ainsi en avril 2003 et se transforma en parti politique lors de la convention tenue à Orange en octobre 2009. Les Jeunesses identitaires, au départ mouvement de jeunesse du BI, furent présentées dès 2005 comme une formation autonome, bien que les liens interpersonnels entre animateurs des deux structures fussent suffisamment étroits pour suggérer une quasi-identité entre elles. Depuis septembre 2012, date à laquelle Génération identitaire a pris le relais, la distinction d’avec le BI subsiste. Elle permet au BI de ne pas avoir à endosser la responsabilité politique et judiciaire d’actions susceptibles de donner lieu à des poursuites pénales, comme l’occupation du toit de la mosquée de Poitiers (20 octobre 2012) ou, le 26 mai 2013, l’intrusion dans les locaux du Parti Socialiste à Paris.

Se définissant comme la « première ligne de la résistance », mais également comme « un clan » qui se dresse « face à la racaille, face à ceux qui veulent fliquer notre vie et nos pensées, face à l’uniformisation des peuples et des cultures, face au raz de marée de l’immigration massive, face à une École qui nous cache l’histoire de notre peuple pour nous empêcher de l’aimer, face à un prétendu vivre-ensemble qui vire au cauchemar »20, Génération identitaire a une posture de combat, comme en témoigne son emblème, le « lambda » majuscule qui ornait le bouclier des Spartiates. Le BI lui, cherche à montrer l’image d’un mouvement plus politique qu’activiste, doté d’un programme charpenté, qui repose sur quatre axes21 : une « vision de l’homme enracinée dans ses communautés naturelles et historiques », donc ethno-différentialiste, en ce sens qu’elle postule l’incompatibilité de l’islam et de toute forme d’immigration extra-européenne avec la culture de notre continent ; l’opposition à « la globalisation économique, celle qui écrase les peuples », ce qui conduit le BI à se réclamer d’un refus de la marchandisation du monde inspirée par les thèses de la Nouvelle droite ; la prétention à incarner l’écologie sous la forme du localisme, de la lutte contre la démesure (hubris), voire d’une certaine décroissance, mais aussi de l’écologie des peuples22 et enfin construction d’une « Europe politique puissante dégagée de l’OTAN » et « élargie à la Russie ».

Les diverses composantes de ce programme conduisent le BI et ceux de ses cadres qui sont désormais dans l’orbite du FN à pencher résolument en faveur des positions de Marion Maréchal Le-Pen plutôt que de celles de Marine Le Pen ou Florian Philippot. Si les liens sont de nature géographique (Marion Maréchal a dirigé la liste FN en Provence-Côte d’Azur, bastion du BI), ils sont aussi idéologiques. Les identitaires ne sont pas des souverainistes absolus. Leur nationalisme français admet un enracinement dans des régionalismes (breton, provençal, alsacien, etc…) et une articulation avec le sentiment d’appartenance à une culture européenne permettant de dépasser l’idée de Nation. Dans leur période de jeunesse militante, certains ont cru trouver cet idéal dans la pratique des rituels néo-païens (de type solstice) et la référence indo-européenne. Des groupes comme Europe-Jeunesse et Terre et Peuple s’y adonnent encore. Toutefois les cadres du BI ont ensuite réalisé que de telles références, si elles permettaient de conserver un « folklore » militant et une culture de témoignage, cadraient mal avec l’évolution vers l’âge adulte et la volonté sinon de toucher les masses, du moins de jouer un rôle de laboratoire d’idées pour le seul parti nationaliste doté de perspectives de participation au pouvoir ( le FN) et plus largement, pour une grande famille des droites qui concilierait organicisme et défense des libertés économiques, promotion des valeurs morales traditionnelles et modernité, volonté d’abattre le « système » et utilisation décomplexée du marqueur politique de droite. Soit précisément ce qui constitue l’agenda idéologique de Marion Maréchal et à quoi s’oppose le « ni droite, ni gauche » de la direction nationale du parti.

L’un des aspects les plus originaux du parcours intellectuel du Bloc identitaire est par ailleurs la capacité à se réclamer d’une identité européenne influencée, dans les années 1990 par la Nouvelle droite et des écrivains comme Jean Mabire et Dominique Venner pour aboutir, 25 ans plus tard, à une synthèse entre références européennes et catholicisme traditionnel. Pour comprendre ce chemin intellectuel, il faut scruter l’évolution de Dominique Venner lui-même dont le BI semble avoir été proche puisqu’au lendemain de son suicide, le 23 mai 2013, le mouvement saluait « le soldat, le militant, l’intellectuel (…) le camarade qui, naguère encore, nous accordait de son temps et nous prodiguait son amitié »23.

Réconcilier « la plus longue mémoire » et le christianisme

En se donnant la mort le 21 mai 2013 dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, l’écrivain et essayiste Dominique Venner, modèle des générations identitaires au sens large, depuis Europe Action (1964) jusqu’au BI en passant par la Nouvelle droite, a surpris, voire choqué, plus d’un militant de cette droite radicale française dont il avait été une des icônes dans l’activisme, le passage du nationalisme hexagonal au nationalisme européen et enfin la réflexion métapolitique néo-droitière. « Suicide d’un opposant au mariage pour tous » ; « suicide d’un ex-OAS »: ainsi a été annoncée sa mort dans la presse généraliste. Une analyse pour le moins superficielle pour un geste symbolique qu’il convient d’interpréter autrement, si l’on veut comprendre l’idéologie identitaire. Cet historien et essayiste avait été de tous les combats de l’extrême-droite du milieu des années 50 à celui des années 60, décrivant son idéal comme un « ordre militaire et mystique». Il avait ensuite cessé de militer dans des groupes voués selon lui à un activisme stérile et était devenu une des figures de la « Nouvelle droite », dont il partageait l’ethno-différentialisme, le paganisme et l’élitisme. C’est chez lui, en particulier, que le mouvement identitaire a puisé tout le vocabulaire du « soldat politique », du héros spartiate, du code de l’honneur. Venner, comme nombre d’identitaires au départ, était païen, mais il se donne la mort dans une cathédrale. En choisissant ce lieu, pour commettre un acte de surcroît explicitement interdit par la religion chrétienne, il pose Notre-Dame non plus comme un lieu de prières mais comme un symbole du « génie européen » dont se réclama en héritage la mouvance identitaire.

Il transforme la croyance, le dogme, en religion nationale, en composante fondamentale de l’identité française et européenne à laquelle il n’est pas indispensable de croire pour se reconnaître en elle, mais qu’il est indispensable de considérer comme la religion qui a façonné la France pour être français. Il se donne en outre la mort à un moment précis : celui des manifestations, auxquelles participent les Identitaires contre le « mariage pour tous ». Son suicide est un geste à portée politique, qu’il motive ainsi : « Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable »24. Le malentendu est de croire qu’il réduisait cette « léthargie » au vote du mariage pour tous. Comme la majorité de son camp politique, il était persuadé que cette loi s’inscrivait dans un contexte général, celui de la destruction programmée, voire déjà largement achevée, de la civilisation européenne par le « mondialisme ». Pour lui cette fin imminente de civilisation résultait au premier chef de ce qu’il appelait «  le crime visant au remplacement de nos populations ». C’est-à-dire le changement, selon lui imposé, structurel et définitif du substrat ethnique français et européen par l’immigration et le métissage. Il avait soutenu le Printemps français tout en distinguant bien en son sein deux composantes: une catholique, conservatrice et bourgeoise dont il n’attendait rien et une » identitaire » de laquelle il espérait un sursaut. Cette dernière n’était pas réductible au BI mais elle l’incluait, comme d’autres organisations de la même mouvance parmi lesquelles on peut citer la fondation Polémia, de Jean-Yves Le Gallou, ou encore l’institut Iliade, dirigé par Philippe Conrad.

Le Bloc identitaire, laboratoire de nouvelles méthodes d’action

Le BI s’est distingué des autres mouvements de la droite radicale par sa capacité à innover dans les pratiques d’action militante. Dès sa création, il s’est investi dans ce que les observateurs appellent le « militantisme 2.0 »25 avec une certaine maîtrise des réseaux sociaux, de la vidéo prise sur le vif et envoyée en quasi-direct sur les plateformes de partage et dans la mise en ligne de sites de « réinformation » gratuits, interactifs et présentés comme une alternative aux medias dominants26 : c’est ce que les adversaires du mouvement appellent la « fachosphère ». Cette forme de propagande militante, adaptée aux classes d’âge 18-24 et 25-35 ans, supplante la presse écrite du mouvement, qui consiste en un journal en quadrichromie théoriquement trimestriel (Identitaires) et un certain nombre de fanzines publiés par des groupes locaux27. Le mouvement est également différent des autres en termes d’organisation territoriale : en application de son intérêt pour les régionalismes il a, ou a eu, une structure quasi-fédérale qui agrège des sections dotées d’une autonomie et dont les noms évoquent les identités locales ou régionales, voire les langues régionales : Nissa Rebella (Nice) ; Alsace d’abord ; Rebeyne (Lyon) ; Vox populi Turone (Tours), etc… Il a également intégré la dimension régionaliste dans le combat électoral, en participant à la Ligue du (2,69%) et à la Ligue du Midi (0,68%), qui ont présenté des listes aux élections régionales de 2010, tout comme Alsace d’abord (4,98%).

Le BI a en outre tenté de transposer en France la pratique, ancienne au sein de la droite radicale italienne où Casapound (à Rome) est devenu un lieu emblématique, des locaux militants ayant pignon sur rue et jouant à la fois le rôle de siège d’une section, de maison de quartier, de salle de conférences et de lieu d’activités sociales ou sportives. L’expérience-pilote a été, à partir de 2004, l’ouverture à Nice de La Maioun, actuellement ouverte sous le nom de Lou Bastioun, dans le quartier populaire du Paillon. D’une surface d’environ 150 mètres carrés, visible depuis la rue, ce local comporte une salle de bar pouvant accueillir une soixantaine de personnes, une petite bibliothèque militante, des présentoirs avec les publications du mouvement et une plus grande salle, pouvant contenir une centaine d’invités lors de conférences ou projections de cinéma. Cette dernière est convertie, une partie du temps, en salle d’entraînement aux sports de combat/self-défense, notamment la boxe thaï. Un bureau sert enfin à l’administration de Nissa Rebella28. D’autres locaux semblables existent à Lyon (La Traboule) : ceux ouverts en 2012 à Toulouse et Bordeaux semblent avoir fermé.

On notera pour conclure que les identitaires ont voulu exporter leur doctrine et leurs méthodes d’action. S’ils n’ont pas le monopole des contacts internationaux avec des mouvements-frères, la spécificité de leur histoire est d’avoir créé de toutes pièces un concept (celui d’Identitaire), là où les autres réseaux transeuropéens diffusent des références idéologiques déjà existantes : national-populisme, nationalisme-révolutionnaire ou néo-fascisme. Le Bloc identitaire a fait des émules dans un premier temps en Espagne (Assemblea identitaria), au Portugal (Causa identitaria) et avec le député européen de la Ligue du Nord, Mario Borghezio puis en Allemagne et en Autriche avec le Identitäre Bewegung29. L’un des témoignages les plus intéressants sur le caractère à la fois international et générationnel du mouvement identitaire européen est ainsi l’ouvrage de Markus Willinger, Génération Identitaire: Une Déclaration de Guerre Contre les Soixante-huitards (2014), écrit par un activiste autrichien, ayant fait ses études à Stuttgart, inspiré par un mouvement français et publié par Arktos un éditeur basé en Suède30.

Conclusion

Le Bloc identitaire peut être interprété comme la matrice d’un renouvellement idéologique et générationnel qui a cherché, à partir de la France, à reformuler l’idée d’identité européenne, en tenant compte des apports théoriques de la Nouvelle droite et du nationalisme-révolutionnaire. L’actualisation idéologique essentielle est celle qui consiste, dans un pays (la France), très marqué par la centralisation et l’idée d’État unitaire (« jacobin »), à tenter de penser l’articulation entre régionalisme ( mais pas séparatisme), nationalisme français et conscience d’une unité ethnoculturelle de l’Europe. Le facteur générationnel tient à la jeunesse des cadres du BI et des organisations associées, nés dans les années 1980 et 1990, et qui estiment incarner la génération du rejet des valeurs libérales-libertaires issues de Mai 68.

Le Bloc identitaire est resté un mouvement numériquement réduit (600 personnes présentes à la convention d’Orange de novembre 2012). Il est néanmoins le plus important de l’opposition nationaliste extra-parlementaire. Il avait à sa création un désavantage : être né alors que le FN était déjà, par ses succès électoraux et sa visibilité médiatique, hégémonique au sein de la droite radicale française. Il a su retourner cette situation : d’une part en abandonnant la tactique du « front uni antisystème » utilisée par Nouvelle Résistance, dont les références allant jusqu’au national-bolchevisme trouvaient peu d’échos à droite ; d’autre part, en évitant l’écueil de la surenchère activiste qui a conduit d’autres groupes comme Troisième Voie et l’ Œuvre française à être dissous, enfin en assumant, avec un savoir-faire certain dans le domaine de la communication politique, un rôle d’écoles de cadres et d’aiguillon politique pour cette partie du FN qui voit son avenir dans une recomposition totale des droites entre les élections présidentielles de 2017 et de 2022.

Notes

1 Dirigé par Richard Roudier, à Montpellier, qui a quitté le Bloc identitaire après en avoir animé l’antenne en Languedoc-Roussilon, la Ligue du Midi.

2 Mouvement fondé et dirigé par Pierre Vial et travaillant avec le Thule Seminar, de Pierre Krebs.

3 Mouvement de jeunesse de type Wandervogel, en lien avec der Freibund (Göttingen).

4 L’expression « peuples à la longue à la plus longue mémoire », très utilisée dans la mouvance identitaire, est adaptée de la phrase de Nietzsche : « L’homme de l’avenir est celui qui aura la plus longue mémoire ».

5 Une des rares occurrences du terme dans le monde académique, avant les années 2000, se trouve dans le titre de l’ouvrage de Jean-François Bayart, L’illusion identitaire, Fayard, 1996. Parmi les ouvrages ayant reçu un écho médiatique, on citera : Joseph Macé-Scaron : La panique identitaire, Grasset, 2014 ; Ivan Rioufol : La fracture identitaire, Fayard, 2010 ; Eric Dupin : L’hystérie identitaire, Le Cherche Midi, 2004 ; Daniel Sibony, Le « racisme », une haine identitaire, Seuil, 2001, etc…

6 Voir notamment : Sur la Nouvelle droite. Jalons d’une analyse critique (1994)

7 Marine Le Pen affirme : « Or, l’assimilation constitue le rempart contre le communautarisme qui est l’un des terreaux du fondamentalisme islamiste. Dans sa sagesse, l’antiquité avait résumé cette règle de bon sens : « A  Rome, fais comme les romains ! ». Discours à l’université d’Oxford, 5 février 2015. Dans une conversation avec l’auteur (1er juin 2016), Jean-Marie Le Pen expliquait : « Nous pouvons dire aux musulmans : voyez le château de Versailles eh bien, c’est à vous. Mais à condition que vous deveniez français ».

8 Dans Terre et Peuple n°28, été 2006, Pierre Vial annonce « la clé du choc des civilisations : la guerre ethnique, qui est l’aspect le plus important du duel Nord-Sud ». Guillaume Faye, qui participe désormais à des tables-rondes du Bloc identitaire écrit : « La guerre civile ethnique, comme un serpenteau de vipère qui brise la coquille de son œuf, n’en est qu’à ses très modestes débuts ». Cf. son blog intitulé J’ai tout compris : http://www.gfaye.com/la-guerre-civile-ethnique-est-elle-evitable-probablement-pas/ (7 janvier 2016).

9 R. Camus : Le Grand Remplacement, éditions David Reinharc, 2011

10 Le »projet politique » du FN, dans sa version de 2015, indique : « Pour ce qui est de l’immigration légale, l’objectif est d’aboutir à un solde de l’ordre de 10 000 étrangers par an dans notre pays ». Il ajoute que pourront être sommés de quitter la France les immigrants en situation légale mais condamnés par la justice ou au chômage depuis plus d’un an.

11 Le Bloc identitaire a organisé le 15 novembre 2014 à Paris des Assises de la Remigration. Le Mouvement pour la Remigration, dirigé Laurent Ozon, un temps membre de la direction frontiste, est un autre groupe identitaire actif sur cette thématique : http://www.mouvementpourlaremigration.fr/

12 L’Archéofuturisme (1998) ; La colonisation de l’Europe (2000) et surtout Pourquoi nous combattons. Manifeste de la Résistance européenne(2001).

13 Vial a été conseiller régional FN, puis MNR, en Rhône-Alpes, jusqu’en 2004.

14 C. Bouchet, personnage-clé de la mouvance nationaliste-révolutionnaire depuis les années 1980, s’est progressivement rapproché du FN après la dissolution d’Unité radicale, jusqu’à en devenir le secrétaire départemental en Loire-Atlantique. Il s’en est éloigné fin 2015.

15 Jean-Yves Camus : Une avant-garde populiste : peuple et nation dans le discours de Nouvelle Résistance. In: Mots, n°55, juin 1998.

16 Ancien cadre de Nouvelle Résistance, ancien collaborateur du maire d’Orange, Jacques Bompard, il est désormais directeur de cabinet de Robert Ménard.

17 Nommé fin 2014 directeur adjoint de la communication du maire FN, Julien Sanchez, il semble l’avoir depuis quitté.

18 Entretien avec Fabrice Robert, juin 2014, à Paris

19 En janvier 2003 un sympathisant d’Unité radicale, .J.F.T, âgé de 30 ans, était interpellé pour avoir envisagé de commettre un attentat-kamikaze devant une mosquée parisienne.

20 Présentation du mouvement sur son site : https://www.generation-identitaire.com/generation-identitaire-2/

22 Le programme du BI mentionne » le respect de la diversité et des écosystèmes humains (lien entre les ethnies, les peuples et leur milieu géographique et culturel) »

24 Sa dernière lettre, qui fait office de testament, est consultable sur l’un des principaux sites de la mouvance identitaire : http://fr.novopress.info/137842/dominique-venner-nous-a-quitte-son-message-dadieu/

25 Sur ce point, voir Virchow, Fabian (2015). The « Identitarian Movement »: What Kind of Identity? Is it Really a Movement?. Digital Media Strategies of the Far Right in Europe and the United States (Lexington Books). Virchow, Fabian (2015). The « Identitarian Movement »: What Kind of Identity? Is it Really a Movement?. Digital Media Strategies of the Far Right in Europe and the United States (Lexington Books). pp. 177–190.pp. 177–190.

26 Les principaux sont : http://fr.novopress.info/ ( présentée comme une « arme de réinformation massive ») et http://www.fdesouche.com.

27 Ainsi Malfoutu, publié par la section parisienne nommée Projet Apache, n°1, avril-mai 2010

28 État des lieux, lors de notre visite du 28 août 2015, grâce au concours de Philippe Vardon.

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EDITORIAL - TP MAG N°79 (deutsch version)

DIE GELEHRTEN GEHÖREN AUF DEN SCHEITERHAUFEN

 

Die Nachricht vom Tode Robert Raurissons ist von den «Ultrarechten», die «anständig» sein wollen (im Klartext: die sich weigern,Tabuthemen auch nur ansatzweise anzusprechen, wie es die Tugendwächter verordnet haben), mit einem ohrenbetäubenden Schweigen empfangen worden. Das Spektrum reicht da vom sehr bürgerlichen «Institut Iliade» bis hin zu den «Neuen Rechten», wie das früher hieß (die wollen diese Benennung sowieso gar nicht mehr hören) und zu einem «Rassemblement National» *, dessen Präsidentin Marine Le Pen anläßlich ihrer Teilnahme an einer Demo des CRIF ** im Frühjahr 2018 sich von den Schergen der Jüdischen Schutzliga beschützen ließ...

Welches Verbrechen hatte Faurisson begangen? Er hatte sich angemaßt, das einzige historische Thema zu untersuchen, über das die Tugendwächter Untersuchungsverbot verhängt haben. Das hat natürlich redliche Geister zu der Frage gebracht: Warum denn? Was rechtfertigt ein solches Tabu? Im Namen welcher Interessen? Egal, was man von Faurissons Thesen hält, müßte es erlaubt sein, solche Fragen zu stellen. Denn das Recht aller Historiker, frei arbeiten zu dürfen, steht auf dem Spiel.

Das hatte die jüdischstämmige Historikerin Annie Kriegel (1926-1995) begriffen und auch gesagt. Nachdem sie in ihrer Jugend eine leidenschaftliche kommunistische Aktivistin gewesen war, hatte sie in späteren Jahren ein Einsehen und prangerte den kommunistischen Schwindel in ihren Büchern an, die eine große Resonanz finden sollten (so der Historiker Robert O. Paxton). Sie hatte dann mutig gegen das Gayssot-Gesetz*** Stellung bezogen, dem sie in einem Artikel der Zeitung Le Figaro, der damals für viel Aufsehen sorgte, vorwarf, das Meinungsdelikt in das französische Rechtssystem wiedereinzuführen.

Sie schrieb: «Indem Michel Rocard **** den Gerichten die widerwärtige Aufgabe überträgt, das Meinungs- und Meinungsäußerungsdelikt zu fahnden und zu ahnden, indem er sich von der Konkurrenz zwischen sog. «antirassistischen» Organisationen eine Hexenjagd erhofft (die mit den gleichen Exzessen wie alle anderen Jagden dieser Art verbunden ist), und sich hinter besorgten jüdischen Einrichtungen verschanzt, um einer unerträglichen jüdischen Gedankenpolizei das Wort zu reden, sollte er sich allen Ernstes die Frage stellen, ob er sich damit nicht für eine ziemlich widerliche Instrumentalisierung der Begriffe Rassismus und Antisemitismus hergibt, und zwar in der Verfolgung wenig ehrenwerter Zielsetzungen».

Die von Annie Kriegel aufgeworfene Frage hat Spuren hinterlassen: In einer am 14. Dezember 2005 von der Wochenzeitung Nouvel Observateur unter dem Titel Freiheit für die Geschichte veröffentlichten Kolumne meldeten sich namhafte Historiker***** zu Wort und schrieben:

«Historiker erkennen kein Dogma an, fügen sich keinem Verbot und kennen keine Tabus. Sie können zuweilen beunruhigend sein. Denn die Geschichte ist nicht die Moral. Die Aufgabe eines Historikers besteht nicht darin, zu verherrlichen oder zu verurteilen, sondern zu erklären (...). In einem freien Staat steht es weder dem Parlament noch dem Justizwesen zu, zu bestimmen, was historische Wahrheit sein soll. Nun aber wurden diese Grundsätze von verschiedenen, aufeinanderfolgenden Gesetzen (vom 13. Juli 1990, 29. Januar 2001, 21. Mai 2001 und 23. Februar 2005) aufs gröbste verletzt. Deren Bestimmungen schränken die Freiheit des Historikers ein, diktieren ihm – unter Strafandrohung - , wonach er forschen und was er finden soll. Sie zwingen ihm Methoden auf und zeigen ihm Grenzen auf».

Dieser Text sollte allen Freiheitskämpfern als Maßstab dienen.

 

PIERRE VIAL

 

*Rassemblement National (nationale Vereinigung) ist der neue Name der ehemaligen «Front National»....

** Repräsentativer Rat der Jüdischen Institutionen in Frankreich.

*** Das „Gayssot-Gesetz“ von 1990 (nach dem Namen eines kommunistischen Abgeordneten) stellt das Leugnen der Schoah unter Strafe (Art. 9 des Gesetzes).

**** Von Mai 1988 bis Mai 1991 war der Sozialist Michel Rocard Premierminister unter Staatspräsident Mitterand.

***** Es waren: Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclanc, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet und Michel Winock.

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Femme de Calais

 

Le drame de Calais magnifiquement chanté. La douceur de cette mélodie ne doit pas laisser oublier l'abandon que subissent les habitants de Calais ! Caroline-Christa Bernard au chants.

 

femmes de calais Caroline Christa Bernard

 

 

 

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